STROSSMAYER (JOSEPH-GEORGES
que de véritables prévisions, concernant par exemple le développement de la démocratie dans le monde et l'influence de la presse, aussi bien que l’importance qu'allaient prendre les mouvements sociaux.
Le second discours de Mgr Strossmayer relatif au schéma De disciplina ecclesiastica contient les propositions sur la réforme du collège cardinalice, relevées plus haut, et d’autres propositions d’ordre pratique, ainsi par exemple l’abolition du droit des souverains de nommer les évêques. Cette question était d’ailleurs une des plus épineuses pour les catholiques de la double monarchie. L'empereur faisait souvent nommer des évêques de nationalité allemande ou hongroise pour les fidèles slaves : Tchèques, Slovaques, Croates et autres. Il va de soi que pour l’Église catholique il ne pouvait résulter de là que des désavantages.
Le troisième discours de Mgr Strossmayer, prononcé le 7 février 1870, sur le schéma De vita el honestate clericorum a, lui aussi, plutôt une portée pratique.
Son quatrième discours, prononcé le 22 mars lors de la discussion spéciale de la constitution De doctrina catholica, provoqua dans l’assemblée un véritable orage. Strossmayer insista tout d’abord sur la nécessité d'ajouter une précision au début de la constitution. Celle-ci était libellée comme suit : Sedentibus nobiscum et judicantibus universi orbis episcopis in hanc œcumenicam synodum auctoritale nostra in Spiritu Sanclo congregatis. Strossmayer proposa que l’on ajoutât, après judicantibus, les mots ef definientibus de fide. Ibid., p. 78. :
D’après Strossmayer le schéma de cette constitution aurait trop chargé les protestants, en leur imputant à peu près toutes les erreurs de ce temps. A l’affirmation de Strossmayer que, parmi les protestants, il y avait encore aujourd’hui beaucoup de personnes qui aimaient vraiment Notre-Seigneur Jésus-Christ, des mouvements divers commencèrent à se produire dans l’assemblée. Le président, le cardinal De Angelis, dut intervenir. Le calme ayant été finalement rétabli, Strossmayer passa à la critique de la procédure du vote. Il protesta contre le fait que la majorité des voix avait été déclarée suffisante pour toute définition dogmatique, alors qu'autrefois l’unanimité morale était exigée. Un tumulte encore plus grand que le précédent interrompit l’orateur. En protestant contre cette interruption, celui-ci descendit de l’ambon. Parmi les interrupteurs, plusieurs s’oublièrent jusqu’à lui jeter l’anathème, à l’appeler un second Luther, à le traiter même de Lucifer. Cf. op. cit., p. 88.
Le dernier et cinquième discours de Strossmayer, tenu le 2 juin 1870, a seul trait à la question de l’infaillibilité pontificale. Ce fut le plus long des discours de Strossmayer, mais, pendant deux heures entières, les Pères du concile suivirent l’orateur avec intérêt, dans un calme absolu. Le charme que possédait la parole de Mgr Strossmayer y fut sans doute pour quelque chose. Il n’est pas nécessaire de s'étendre sur le contenu de ce discours. L’orateur y développe deux arguments qui, de son point de vue, s’opposent à la définition de l’infaillibilité. D’une part ce sont les difficultés d'ordre historique et, de l’autre, l’inopportunité qu'il y aurait à proclamer ce dogme. Strossmayer accentua tout particulièrement les conséquences fâcheuses que ce dogme pourrait avoir pour le rapprochement des chrétiens non catholiques avec l’Église romaine. Il est curieux de noter que Mgr Strossmayer parle toujours d’une absoluta et personalis infallibililas romani Ponlificis. L'on sait que dans l’assemblée générale du 13 juillet, Strossmayer fut parmi les évêques qui votèrent : non placet. Il quitta immédiatement Rome pour
| ne pas devoir assister à l’assemblée solennelle du
18 juillet à laquelle le dogme de l'infaillibilité fut
| promulgué.
Par son attitude au concile du Vatican, Strossmayer s’acquit une grande notoriété. Malheureusement certains hommes se servirent de son nom pour attaquer plus efficacement l’Église catholique. Dès la fin du concile il parut à Florence une brochure intitulée : Pape e Vangelo, di un vescovo al concilio vaticano. Elle contenait un discours apocryphe attribué à Mgr Strossmayer. Cette brochure eut un succès de scandale. On la traduisit bientôt en différentes langues. L'auteur de ce faux était un certain José Augustin de Escudéro, religieux apostat, qui s’en ouvrit à son confesseur, le P. Pierre Stollenwerk, prêtre de la Mission à Buenos- Ayres, en chargeant celui-ci d’en informer Mgr Strossmayer. La lettre du P. Stollenwerk est conservée aux archives de l’évêché à Djakovo. Cf. op. cit., p. 149.
Mgr Strossmayer ne publia dans son diocèse les définitions du concile du Vatican qu’en janvier 1873, mais il n’y a aucune raison de penser qu’il ait voulu tirer une conséquence pratique de son attitude antiinfaillibiliste au concile. Dans la suite Strossmayer se servit de maintes occasions pour montrer sans restriction aucune son adhésion complète au dogme de l’infaillibilité, surtout dans sa lettre pastorale du 4 février 1881, commentant l’encyclique de Léon XIII Grande munus. La question de l’infaillibilité ne provoqua d’ailleurs aucune agitation religieuse ni dans le diocèse de Djakovo, ni dans les autres diocèses croates. La secte des vieux-catholiques ne commença à exister en Croatie qu’à partir de 1923, mais pour des motifs tout autres que d’ordre dogmatique.
SOURCES.— Les archives de l’évêché à Djakovo; Glasnik biskupija bosanske i srijemske (Bulletin officiel du diocèse de Bosnie et de Sirmium); Dr Andrija Spiletak, Biskup J. J. Strossmayer na vatikanskom saboru (L’évèque J.-G. Strossmayer au concile du Vatican),Zagreb, 1929; Dr Ferdo Sisié, Korespondencija Raëki-Strossmayer, Zagreb, 1928- 1931, 4 gros volumes contenant la correspondance entre Mgr Strossmayer et son ami le plus intime, le chanoine Raïki de Zagreb. Les travaux sur Strossmayer en langue croate sont innombrables.
R. ScauTz.
STROZZA Pierre, érudit italien né à Florence en 1575, secrétaire des Brefs aux princes sous Léon XI et Paul V, mort à Pise en 1640. Il ἃ écrit : Synodalia Chaldæorum suivi de Preces Chaldæis consuelæ ex quibus palel eorum in papam et Ecclesiam constans cultus, Rome, 1617, in-4°; De dogmatibus Chaldæorum disputatio ad patrem Adam, Eliæ patriarchæ Babylonis ad Paulum papam V legatum, Rome, 1617, in-4°; Cologne, 1617, in-8°.
M. Jugic, Theologia dogmatica chrislanorum orientalium dissidentium, t. ν, 1935, p. 39; Tiraboschi, Storia della letteratura italiana, Milan, t. 1V, 1833, Ὁ. 410; Brucker, Historia critica philosophiæ, τ. αν a, Leipzig, 1776, p. 210; Ellies Du Pin, Table des auteurs ecclésiastiques du XVII® siècle, col. 1884.
J. MERCIER
STROZZI Thomas, jésuite napolitain (1631- 1701). — Homme apostolique, auteur d’opuscules de piété non dépourvus de valeur, le P. Strozzi s’intéressa particulièrement à la conversion des juifs et publia pour eux un ouvrage considérable sur la divinité de Jésus- Christ, L'Homo-Dio, Naples, 1692, in-4°. Il écrivit également sur la question, alors discutée, de l’immaculée conception de la Vierge : Controversia della concezione della beata vergine Maria, descrilla istoricamente, Palerme, 2 vol. in-fol., 1700. Mais le livre fut mis à l’Index le 11 mars 1704,
Sommervogel, Bibl. de La Comp. de Jésus, t. vrr, col. 1650- 1652, J. DE BLic.
STUMEL Frédéric, frère mineur allemand (xvir 5.). — Appartenant à la province de Thuringe, il y exerça les charges de lecteur en théologie, de gardien du