‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 336 sur 457 · SUAREZ (FRANÇOIS · texte numérisé non relu

SUAREZ (FRANÇOIS

Niceron, Mémoires, t. XXI1, p. 297-306; Gallia christiana, t. 1, 1716, col. 936: Michaud, Biographie universelle, t. XL, p. 378-379; Hoefer, Nouvelle biographie générale, t. XLIV, Ρ. 610; Hurter, Nomenclalor, 3° édit., t. αν, col. 160-161. É. AMANN.

SUAREZ François, jésuite espagnol (1548-1617), auteur d’une importante collection d'ouvrages; c’est le Doctor eximius, célèbre comme théologien, philosophe et juriste. — I. Vie et œuvres. II. Théologie dogmatique (col. 2649). III. Théologie pratique (col. 2691).

1. VIE ET ŒUVRES. — La principale source de renseignements sur ces deux points reste l’ouvrage du P. de Scorraille, François Suarez, in-8°, Paris, 1912; il y a pourtant au moins quelques détails à y ajouter, comme aussi à l’excellente bibliographie dressée par le P. Rivière, Suarez et son œuvre à l’occasion du troisième centenaire de sa mort. 1. La bibliographie des ouvrages imprimés et inédits, in-8°, Paris et Barcelone, 1918. Dans le présent article chaque référence indiquera, sauf avis contraire, le tome et la page de l’édition Vivès.

I. VIE. — C’est la vie édifiante et laborieuse d’un religieux qui fut un travailleur insigne. On n’en connaît guère, et cela seul importe ici, que ce qui ἃ trait à son activité de professeur et d’écrivain.

1° Jeunesse et vocalion; éludes scolastiques à Salamanque (1548-1570). — François Suarez naquit le 5 janvier 1548 à Grenade, où son grand-père s'était fixé après la reprise de la ville sur les Maures. Son père était un riche avocat et lui-même, destiné à l’état ecclésiastique, commença par étudier le droit canonique à Salamanque. C’est là qu’il entra dans la Compagnie de Jésus le 16 juin 1564. Il avait dû triompher du refus préalable des supérieurs, comme il dut triompher, pendant ses études philosophiques, de difficultés qui lui firent d’abord faire figure d’étudiant fort mal doué; mais le succès une fois obtenu ne cessa plus de s’affirmer avec éclat. Pendant ses études de théologie, de 1566 à 1570, Suarez fut élève à l’université de Salamanque du dominicain Jean Mancio, lui-même élève de Vitoria avant d’être l’un de ses successeurs. Il suivit aussi les cours de l’augustin Jean de Guevara qui avait été titulaire de la chaire de Durand, et eut encore comme professeur, vers la fin de sa théologie, le jésuite Henri Henriquez, moraliste distingué et thomiste fervent, dans la carrière duquel se rencontre un événement peu fréquent, l’insertion, au milieu de sa vie de jésuite, d’une interruption de plusieurs années passées dans l’ordre de saint Dominique.

29 Premières années de professorat (1571-1580). — Après avoir été, à Salamanque même, répétiteur de philosophie, Suarez fut professeur de cette discipline trois ans à Ségovie (1571-1574), puis enseigna la théologie dans divers collèges de Castille, surtout à Valladolid. Pendant cette période de dix ans, il rédigea de nombreux cours qui devaient servir plus tard à la composition de ses ouvrages. On le sait, soit par le témoignage de ses historiens, soit par lui-même, d’abord pour une métaphysique reprise ensuite dans les Disputationes melaphysicæ, cf. de Scorraille, op. cit., t. 1, p. 96; pour une dissertation sur la sainteté de la très sainte Vierge, ibid., p. 107; pour le traité De opere sex dierum, ibid., p. 149; pour le De anima, dont une revision restée inachevée a permis la publication posthume en guise de complément; pour les commentaires d’Aristote restés inédits et dont on peut relever certaines indications chez Suarez lui-même. Voir plus loin, col. 2641.

3° Enseignement à Rome el en Espagne (1580-1597). Début des publications. — 1. A Rome. — Suarez fut appelé à l’enseignement de la théologie au Collège

| romain, mais il vit sa santé fléchir et dut regagner

l'Espagne après un séjour de cinq ans. Il avait enseigné toute la Prima pars de la Somme théologique à Valladolid; à Rome ses cours eurent pour matières des questions des deux parties de la Secunda et de la Terlia. Certains cahiers d’élèves qui seront mentionnés plus loin nous ont conservé des spécimens de cet enseignement que reproduisent aussi les traités imprimés De spe et De charilale.

2. A Alcala (1585-1593). — Suarez vint remplacer à Alcala le P. Gabriel Vazquez, qui le remplaça luimême à Rome, et il y enseigna la Terlia pars avec un succès qui aboutit à la publication de son premier volume sur cette partie de la Somme. C’est à cette époque que Suarez se montra partisan de la science moyenne dont il était précédemment l'adversaire. Stegmüller, Zur Gnadenlehre des juigen Suarez, in-8°, Fribourg-en-B., 1933, p. 34; Dumont, Liberté humaine et concours divin d’après Suarez, in-8°, Paris, 1936, p. 165. Mais, lorsque Vazquez, au bout de six ans, revint de Rome à Alcala, la rivalité difficilement évitable et quotidiennement excitée des deux grands théologiens, tous deux de même valeur et de très dissemblables caractères, finit par aboutir, pour Suarez, sur sa demande et selon son choix, au départ pour Salamanque.

3. Premières publications. — A part la suppléance d’un professeur absent pendant la première année de son séjour à Salamanque, Suarez n’y enseigna point, mais se consacra entièrement à la publication de ses ouvrages : deuxième et troisième volume sur la Tertia pars de la Somme, revision et augmentation du premier déjà paru, préparation des Disputaliones metaphysicæ; voir plus loin. Désormais Suarez n’a qu’un désir, celui d'achever d'écrire et de publier sa théologie; mais à ses nombreuses années d'enseignement il va être obligé d’en ajouter encore bien d’autres et son travail d'écrivain sera lui-même trop souvent conduit tout autrement que selon ses vues, force lui étant de tenir compte des circonstances et des démêlés où cellesci l’engagent. Aussi, malgré les splendides résultats d’un prodigieux labeur, il mourra sur sa tâche, sans avoir publié tout ce qu’il avait rédigé, ni achevé toutes les rédactions ou revisions qu’il voulait faire encore.

49 Le docteur de Coïmbre (1597-1617). — 1. Première période (1597-1603). Les controverses « De auxiliis ». — Appelé à Coïmbre par la volonté expresse de Philippe II, Suarez, qui était allé prendre le titre de docteur à l’université d'Évora, s’efforça de remplir ses obligations de professeur sans ralentir la composition de ses ouvrages. L'année qui le vit arriver à Coïmbre vit paraître ses Dispulationes metaphysicæ; mais c'est aussi vers ce temps que les débats entre dominicains et jésuites sur la question De auxiliis passaient d'Espagne à Rome, et Suarez fut appelé à écrire sur la grâce avant de pouvoir continuer ses travaux sur la T'erlia pars. Le volume Opuscula theologica ne représente qu'une partie de son activité dans les controverses; en effet, « acteur de second ordre seulement, si on en juge par les apparences, il l’est en réalité de premier ordre, si on tient compte de l'influence qu'il exerça par ses écrits et par ses conseils. » De Scorraille, op. cit., t. τ, p. 350. On trouve, du reste, parmi les théologiens jésuites qui discutèrent à Rome, Valencia qui l'avait eu pour répétiteur, tbid., p. 63, Arrubal qui avait été son élève, ibid., p. 247, Salas et Los Cobos, jadis ses collègues, en butte avec lui aux mêmes oppositions à Salamanque ibid., p. 325, et surtout La Bastida sur lequel son influence est assez connue. /bid., p. 464. Elle allait mettre à profit un rapprochement accidentel.

2. Affaire de la confession à distance (1604-1606). — C'est une condamnation portée par le Saint-Office qui occasionna ce rapprochement. Suarez en effet gagna

Rome en 1604, dans le dessein de justifier son interprétation d’un récent décret de Clément VIII, interprétation condamnée par le Saint-Office (31 juillet 1603), et avec l’espoir d’épargner à son De pænitentia la suppression de la section où se trouvait l'interprétation erronée. Il ne réussit « qu’à faire confirmer plusieurs fois la sentence portée contre lui et à lui donner plus de notoriété ». Cf. de Scorraille, op. cit., t. 11, p. 102; long récit documenté et exposé doctrinal de cette affaire, ibid., p. 52-116. Voir aussi plus loin. La condamnation, qui mortifia beaucoup Suarez, ne semble pourtant pas lui avoir fait grand tort aux yeux de Paul V devenu pape pendant le séjour de Suarez à Rome. Ce séjour avait duré plus d’une année pendant laquelle Suarez vécut près de ses confrères de Rome au temps des dernières Congrégations De auxiliis sous Clément VIII et jusqu’à leur reprise sous Paul V.

3. Dernière période (1606-1617). La fin du professoral el l’affluence des écrits. — Le désir qu'avait Suarez, rentré à Coïmbre au début de 1606, d'achever la rédaction d’une théologie basée sur la Somme, fut contrarié de différentes manières, mais on peut dire que, tout compte fait, il n’y eut guère de changé que la forme de ses ouvrages. Car la première des entraves apportées à son travail d'écrivain venait de ses obligations de professeur, prolongées à plusieurs reprises par le roi et terminées seulement en 1615; or, les cours enseignés se transformaient en livres publiés. Les traités De Deo, De angelis, De legibus, De gratia, sont avant tout le fruit de l’enseignement. Suarez fut aussi conduit par les circonstances et se rendit à certaines demandes à lui adressées; les controverses sur la grâce ont été déjà signalées; un désir de son recteur de Coïmbre fut l’occasion première du De legibus; le traité Defensio fidei est une apologie contre le roi d'Angleterre, Jacques Ier, réclamée par le Saint-Siège; l’énorme De religione, qui traite de l’état religieux en général et de la Compagnie de Jésus en particulier, répond à une demande du P. général Aquaviva. Sans compter le grand nombre de consultations, rapports, conseils, donnés par Suarez pour satisfaire aux demandes des prélats espagnols ou de son entourage et qui pourraient constituer un juste volume. Mais désormais il n’était plus question pour Suarez de commenter la Somme de saint Thomas comme il l’avait fait dans ses premiers ouvrages. Aux quatre tomes sur la Tertia pars, il n’a joint que le volume De censuris, sans même entreprendre l'ultime volume sur les sacrements qu’il avait pourtant annoncé au début et qu’il aurait écrit volontiers, de Scorraille, op. cit., t. 11, p. 156; voir le τ. ut, Zn lertiam, argumentum tolius operis ad lectorem, édit. Vivès, t. xx, p. x. Quant au changement dans le type des ouvrages, le voici : Suarez publie ses cours sans les amplifier aussi abondamment et se contente d’une simple table donnant la concordance des questions de saint Thomas; ou bien, s’il écrit encore un livre immense, il en fait purement et simplement un traité de sa façon. Il reste que le travail peut toujours s’encadrer dans la Somme de saint Thomas. Voir plus loin. Suarez mourut à Lisbonne où il mettait sa science et son renom au service de l’Église pendant un conflit de l’autorité ecclésiastique avec l'autorité civile, l’affaire dite de l’interdit de Lisbonne: cf. de Scorraille, op. cil., t. 11, p. 331. Le bref de félicitations envoyé de Rome à cette occasion ne parvint qu'après sa mort qui eut lieu le 25 septembre 1617. C’est un bref précédemment donné; celui qui répondit en 1607 au traité, resté d’ailleurs pour lors inédit, De immunitale ecclesiaslica contra Venelos, qui avait formulé le titre gardé par la postérité au Doclor eximius en qualifiant Suarez de théologien éminent et pieux.

II. Œuvres. — 1° État général. — Suarez laissait un certain nombre d'ouvrages tout préparés pour

l'impression; mais l'apparition de tel d’entre eux se

trouvait différée sine die par l'interdiction de rien |

publier sur le sujet des controverses de auxiliis. Les autres, pendant les dix ans qui suivirent la mort de Suarez, furent presque tous édités par le P. Balthazar Alvarès, son collègue et son ami, qui édita aussi les cours que Suarez avait laissés sans pouvoir lui-même en faire la revision. Toutefois Alvarès, à son tour, mourut sans avoir achevé la tâche, et celle-ci, malgré le volume donné encore en 1859 par Mgr Malou, Suarezii opuscula sex inedila, reste toujours à terminer. On peut dire qu'il n’y a jusqu’à présent qu’une édition d’Opera omnia, puisque celle de Paris, 1856-1878, chez Vivès, reproduit celle de Venise, 1740-1751 ; mais précédemment les ouvrages avaient été abondamment réédités. Rivière, op. cit., Préface, fait remarquer que « de 1590 à 1636, c’est-à-dire pendant une période de près de cinquante ans, ouvrages et rééditions se succèdent presque sans interruption d'année en année ». Certains de ces vieux volumes sont parfois bien utiles pour remédier aux fautes de l'édition Vivès, spécialement pour les trois premiers tomes. On a fait aussi grief à l’édition complète de la façon dont sont distribués les différents ouvrages selon l’ordre de la Somme de saint Thomas. C'était en effet intervertir notablement l’ordre dans lequel Suarez a donné ses ouvrages. Mais il n’est pas possible de suivre simplement l’ordre chronologique de l’apparition des ouvrages : on disjoindrait des parties qui font un tout. La liste suivante essaiera de concilier les deux points de vue.

2° Liste détaillée. — 1. Traités scolastiques de philosophie. — a) Commentaires sur différents traités d’Arislote. — Leur existence ἃ été attestée plus haut,

col. 2638. Leur édition avait été promise par Alvarès comme en témoigne la Vila auctoris mise en tête du premier volume De gralia, édit. Vivès, en tête du t. 1, p. vi. Actuellement il faut se contenter de citer les principales mentions que Suarez ἃ faites lui-même de ces commentaires : sur le Perihermeneias, dans le De enuma, l'A, δἰ x, n.1,\édit. Vivès, tt. 11, p. 651; sur les deux livres des Analytica posteriora, par exemple Detaruma, L'IV, c: 1x, dob: 2. ἢ 15... 11 6 1n: 10, édit. Vivès, t. 111, p. 727 et p. 576; sur les livres de la Physique, soit en général, soit notamment les 1. I, II, III, VIII, par exemple dans le premier traité De Deo, LL c:5r, n. 7, édit. Vivès, t. x, p. 48; De anima, 1. V, Rd UT, ὍΣ; n° 91" V ΟΕ INA ον; τς, édit. Vivès, t. 111, p. 753, 649, 777, 736; sur le De generatione et le De cælo, dans le De anima, 1. 11, c. xt, n. 6; L IV, c. van, n. 5, édit. Vivès, t. 111, p. 607 et 742. Il peut être question de référence tout à fait précise, par exemple celle-ci : diximus in libro De generatione, disputatione prima, quæst. 4, circa secundam confirmationem octavi argumenti secundæ opinionis, et secunda solutio ibi data est conformior doctrinæ hic traditæ. De anuna, 1. IL, c. xx, 0. 12, t. xx, p. 583.

b) De anima.— Le traité était en cours de transformation quand Suarez mourut. Le remaniement s’arrête avec les douze premiers chapitres et donc la presque totalité du traité publié est un traité de philosophie datant de la jeunesse de Suarez; pourtant Suarez était en train de le faire passer dans un ensemble théologique, c’est là qu’on le retrouvera. Voir plus loin, col. 2645.

c) Disputationes metaphysicæ, Salamanque, 1597, Vivès, t. xxv et xx vi. — Cette métaphysique de Suarez est l'introduction voulue par lui-même à son œuvre théologique; indépendamment de sa valeur philosophique absolue, elle est donc comme la clé de l’intelligence des positions théologiques de son auteur, et c’est à regret qu’on en omettra ici l'exposé. On peut en croire sur ce sujet un historien non suspect de bienveillance excessive pour la philosophie suarézienne et qui écrit : « Quelle que soit l’importance de ces thèses

DICT. DE THÉOL. CATHOL

SUAREZ. TRAITÉS SCOLASTIQUES

où il semble que la connaissance des dogmes fondamentaux et ce qu’on ἃ appelé le bon sens de la foi aient suffi à faire prendre position à Suarez, il faut dire que l’ensemble de ses positions théologiques, du moins en matière dogmatique, se ressent avant tout et foncièrement de sa philosophie. » L. Mahieu, François Suarez, sa philosophie et les rapports qu’elle a avec sa théologie, Paris, 1921, p. 495. D’ailleurs cette métaphysique ne parut qu'après une vingtaine d'années d’enseignement théologique et la publication de trois gros volumes sur la Tertia pars de la Somme de saint Thomas. Suarez, parti pour rédiger une théologie, a constaté la nécessité de s’interrompre et de rédiger d’abord une métaphysique. Il en avait toujours eu un peu l’idée, nous confie-t-il dans son ad lectorem et son Proæmium; il ne s’est pourtant mis vraiment à l’ouvrage que vers 1595, semble-t-il. Le premier volume sur les sacrements, qui fut édité cette année-là, ne mentionne pas la Métaphysique, tandis que l’édition définitive du De Verbo incarnato, qui est de cette même année 1595, annonce la prochaine apparition des Disputes métaphysiques : plura tradentur in disputationibus metaphysicis quas propediem in lucem dabimus, disp. VII, sect. rx, n. 7, t. XVII, p. 311; quæ omnia in Disputationibus jam prœlo mandandis late tractanda sunt, disp. VIII, sect. 11, n. 6, t. xvI1, p. 342. Suarez y renvoie déjà au passé : ul in disputationibus metaphysicis latius declaratum et probatum est, disp. XXXI, sect. vi, ἢ. 65, t. XVIII, p. 132; ily renvoie au futur : fortasse in Metaphysica pressius examinabo, disp. XIV, sect. 1, n. 21, t. xvir, p. 510. Avant cette édition définitive du De Verbo, Suarez renvoyait à un opuscule, écrit ou à écrire, sur l’essence, l’existence et la subsistence de la créature. Voici, selon l’édition de Lyon, 1592, les passages qui correspondent aux deux premiers de ceux qui viennent d’être cités : Plura tradentur in disputatione de essentia, existentia et subsislentia creaturæ, p. 135 aD; Quæ omnia in illo opusculo de essentia, existentia, el subsistentia late tractata sunt, p. 145 ΒΕ. On peut croire que les développements de cet opuscule ont passé dans la Métaphysique, laquelle a dû bénéficier aussi des cours philosophiques de la jeunesse de Suarez. Tout en rédigeant, non pas un manuel, mais une récapitulation préparatoire à la théologie — la métaphysique du théologien et non celle du simple philosophe — Suarez a en effet pris soin d’y rendre possible, grâce à son Zndex locuplelissimus in melaphysicam Aristotelis, la présentation de toutes les questions du programme scolaire d’alors dans l’ordre scolaire d’un commentaire d’Aristote.

2. Traïlés scolastiques de théologie. — a) Commentaires sur la Somme de saint Thomas. — C’est la première manière suarézienne. Le texte de la Somme est reproduit, suivi d’un commentaire, après lequel viennent les disputationes, subdivisées en sections. Le commentaire est toujours très bref, réduit la plupart du temps à quelques courtes remarques ou renvoyé aux dispulationes. Tam quæstio ipsa quam littera D. Thomæ perspicua est, neque aliquid addendum occurrit… Dehacre jam disputatum est, et littera nulla indiget expositione. In Ille , q. ur, a. 5 et a. 8, édit. Vivès, t. xvit, Ὁ. 475 et 481. Les disputaliones au contraire sont très copieuses. Ce n’est pas le texte de saint Thomas qui intéresse Suarez, c’est la doctrine, pour la pénétration de laquelle il se met du reste sous la conduite de saint Thomas. Cette première manière a été appliquée à toute la Tertia pars, et comme saint Thomas a laissé la Somme inachevée, les derniers tomes suaréziens ne comportent que des disputationes.

a. Commentariorum ac disputationum in tertiam partem Divi Thomæ lomus primus, Alcala, 1590 (Vivès, t. xvui-xvur). — C'est le De Verbo incarnalo. Suarez le remania et l’augmenta considérablement : ul non

immerilo novum aliudque opus possit et appellari et existimari, dit l’admonilio de cette édition définitive, Salamanque, 1595. Une bonne part des nouveaux développements avaient pour occasion la polémique contre Vazquez. Voir de Scorraille, op. cit., τ. 1, p. 301.

On ne donne qu’une faible idée des additions en signa-

lant que 9 sections sur 213 sont entièrement nouvelles : au total c’est presque le quart de l’ouvrage qui est fait de développements complémentaires.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire et à ce que semble dire le P. de Scorraille, op. cit., t. 1, p. 254, on trouve encore, même datés d’après 1595, des exemplaires du De Verbo qui n’ont pas reproduit ce texte définitif, mais le précédent. Ce sont des éditions de Venise, 1600 (Paris, Bibliothèque nationale, D. 2504) et 1605, conformes, comme celle de Venise, 1593, au texte donné par l’édition de Lyon, 1592. Il est intéressant de signaler qu’on possède donc plus facilement qu’on ne l’aurait soupçonné le moyen de mettre en parallèle le texte définitif et celui qui l’a précédé, au moins celui de 1592. Ne parlons pas, faute d’avoir pu l’atteindre, du texte de 1590, mais à s’en fier aux titres, la deuxième édition, 1592, ne diffère de la première, 1590, que par ce qu’elle annonce ainsi : emendata, scholiolis ad marginem illustrata…, indice copiosiore ac uberiore aucla. En tout cas, pour voir du premier coup d’æil si le texte d’une vieille édition est ou non le texte définitif, il suffit de faire attention au nombre de sections de certaines disputes. Le nombre des disputes est dans les deux cas de 56, mais la 4° est passée de 10 sections à 12; la 8e de 3 à 4; la 26e également, la 31e de 8 à 9; la 49e de 2 à 4; la 519 de 3 à 4 et la 54° de 7 à 8. On a même ainsi la raison de fautes qui se sont perpétuées jusque dans la plus récente réimpression : par exemple, édit. Vivès, t. XVIII, p. 479 : Dispulatio XLIX in puas sectiones distributa.

Ὁ. Commentariorum ac disputationum in IIIe»

partem Divi Thomæ tomus secundus, Alcala, 1592 (Vivès, t. xix). — C’est le De mysteriis υἱΐξο... Christi. On possède encore le manuscrit original, Rivière, n. 523; de Scorraille, op. cit., t. 1, p. 255, note.

c. Commentariorum ac disputationum in III partem Divi Thomæ lomus tertius, qui est primus de sacramentis, Salamanque, 1595 (Vivès, t. XX-XXI). — Cinq traités composent ce gros ouvrage : De sacramentis in genere; De baptismo; De confirmatione; De sacrosanclo eucharistiæ sacramento; De arcano missæ sacrificio. Chacun d’eux est divisé en deux parties, l’une dogmatique et l’autre morale.

ἃ. Commentariorum ac disputationum in III" partem Divi Thomæ tomus quartus, Coïmbre, 1602 (Vivès, t. xx1r). — Six parties : De pænitentiæ virtute; De pænilentia ut est sacramentum; De extremæ unctionis sacramento; De purgalorio in genere, an et ubi sit; De suffragiis; De potestate concedendi indulgentias, et an sil et quid sit indulgentia. C’est l’ouvrage qui fut l’objet de la condamnation racontée plus haut col. 2639; on trouve pourtant la section condamnée à disparaître restée intacte dans toutes les éditions postérieures. Voir de Scorraille, op. cit., t. 11, p. 101.

e. Dispulationum de censuris in communi, excommunicatione, suspensione el interdiclo itemque de irregularilate, tomus quintus addilus ad III®® parlem Divi Thomæ, Coïmbre, 1603 (Vivès, t. xxrr1). — Dans la première idée de Suarez, la matière de cet ouvrage devait former la dernière partie du volume précédent ; c’est l’ampleur de son œuvre qui le força à dédoubler le volume. Une des éditions du De censuris a été mise à l’Index, mais cette condamnation était portée en faveur de Suarez; l’édition prohibée fut celle de Venise 1606 : les éditeurs avaient falsifié l'ouvrage en y supprimant certains passages capables de gêner la politique du sénat vénitien alors en conflit avec l’Église.

SUAREZ. TRAITÉS SCOLASTIQUES

Suarez cite ordinairement tous ces ouvrages in 1115 partem en indiquant simplement le numéro d'ordre de chaque tome; il arrive même au De censuris d’être cité ainsi : vide tomum v in tertiam partem D. Thomæ. Defensio fidei, 1. VI, c. vi, ἢ. 16, édit. Vivès, t. XXIv, p. 690. Quand la référence indique seulement question et article de la Somme, c’est qu’il s’agit du commentaire; et, comme dans l’édition Vivès certains volumes sont dédoublés et en tout cas leur numérotation toujours différente de celle qu’énonce Suarez, les recherches ne sont pas facilitées. Voici un tableau récapitulatif :

T. x in 1119, q. 1-1x ou disp. I-XXV — édit. Vivès, XVII, — 4. X-XXVI ou disp. XXVI sq. = édit. Vivès, t. XVIII.

T.xrin 1119 ,q.xXvVrI-LIX = édit. Vivès, t. xIx.

T. πὶ in 111°® ou 1 De sacramentis, 4. LX-XLIV ou disp. I-XLV = édit. Vivès, t. XX; — 4. LXXV-LXXXIII Où disp. XLVI sq. = édit. Vivès, t. xxI.

T. τν in 1115 ou τ De sacramentis, 4. LXXXIV 56. — édit. Vivès, t. XXII.

T.v in 1115π ou De censuris, — édit. Vivès, t. XXII.

b) Traités dans le cadre de la Somme de saint Thomas. — C’est la deuxième manière suarézienne. Suarez lui-même, au début de son De Deo, a marqué le changement, Lectori optimo, édit. Vivès, t. 1, p. xv. Le texte de la Somme n’est plus ni reproduit ni commenté, il y a simplement une table de concordance des questions de saint Thomas et des différentes parties du traité suarézien ou, moins encore, une référence générale indiquée dans la préface. En définitive, le traité est parfaitement autonome et il ne se compose plus de disputes et de sections, mais de livres et de chapitres. Il peut être assez bref. Suarez se contente alors de publier ses cours; il peut au contraire être très développé, Suarez met alors son autonomie à profit. Certaines publications posthumes reproduisent des cours absolument tels quels.

a. In primam. — «) De Deo uno et trino, Lisbonne, 1606 (Vivès, t. 1). — Il y a trois traités différents : De divina substantia ejusque attributis in tres libros divisus; De divina prædestinatione el reprobatione (deux livres); De sanctissimo Trinilatis mysterio (douze livres). Un index donne la concordance de l’ouvrage avec les quarante-trois premières questions dela Somme théologique, mais pour certains articles Suarez doit se contenter de dire : omittilur ou remittitur. Plus nombreux sont les renvois précis à sa Métaphysique, laquelle est abondamment mise à contribution dans le cours du premier et du troisième traité, du premier tout spécialement. Dans une lettre au P. de La Bastida, Suarez lui-même fait connaître que presque tout ce que contient ce volume avait déjà été donné dans ses cours. Cf. de Scorraille, op. cit., t. 11, p. 118.

β) De angelis (Vivès, t. τη). — Publié seulement après la mort de Suarez, Lyon, 1620, l’ouvrage avait été préparé par lui dans tous ses détails et même déjà soumis par ses soins au jugement de l’Inquisition; c’est ce que nous apprend l’ad lectorem de l’éditeur au début du De gratia, édit. Vivès, t. vrr, p. v. De cette édition le De angelis est le t. 11, et, de fait, Suarez le présente comme le premier traité de la deuxième partie de son œuvre sur la Prima de saint Thomas. La première partie étant De Deo uno et trino, la deuxième est De Deo crealurarum omnium effectore et, la création en général ayant été exposée dans la Mélaphysique, le premier traité est celui de la créature incorporelle. Suarez se contente de rappeler que saint Thomas parle des anges dans la 15, 4. L-LIV, mais il ne donne pas de concordance détaillée. Il procède en effet d’une façon toute personnelle : quatre livres pour considérer chez les anges ce qui est de l’ordre de la nature, quatre autres pour ce qui est de l’ordre de la

grâce. Il ne s’agit plus de cours édités à peu près tels quels : le De angelis est un des ouvrages de Suarez écrits à loisir et considérablement développés.

y) De opere sex dierum (Vivès, t. m1). — Encore une édition posthume, Lyon, 1621; et un ouvrage dans les mêmes conditions de préparation achevée que le De angelis. Suarez a refait un traité déjà rédigé dans sa jeunesse, voir plus haut, col. 2638; il le place comme deuxième traité De Deo creatore, le réfère d’une façon générale à la Somme, 15, 4. LXV-LXXIV, et le divise en cinq livres. Le dernier de ceux-ci, De statu quem habuissent in hoc mundo viatores si primi parentes non peccassent, risquant de paraître un développement hors de saison, Suarez le présente comme une enquête relative aux suites funestes du péché originel. Cf. début du 1. III et de ce I. V, t. rx, p. 170 et 380.

à) De anima (Vivès, t. m1). — Ce traité a toujours été édité à la suite du De opere sex dierum. Mais la revision du De anima fut interrompue par la mort de Suarez après les douze premiers chapitres. Un manuscrit signalé par Rivière, n. 504, Francisci Suarez S. J. Commentaria una cum quæstionibus in libros Aristot. de anima, comprend 14 disputationes. Dans la partie refondue, Suarez utilise Fonseca et ses propres Disputationes metaphysicæ; il donne aussi, aux C. IX, X, XII, l'exemple d’apports scripturaires, patristiques, conciliaires, comme la partie non revisée n’en présente pas. Les références à la Métaphysique contenues dans cette partie non revisée peuvent être attribuées à l’éditeur, et, en tout cas, ne se trouvent jamais dans le texte, lequel renvoie à des cours inédits, on en a donné plus haut des exemples, col. 2641.

b. In primam secundæ. — αὐ Tractalus quinque in primam secundæ D. Thomæ (Vivès, t. 1v). — Ce titre est suivi de leur énumération, voir énfra. Il s’agit encore d’un recueil posthume, Lyon, 1628, et, du reste, le dernier publié par Alvarès, qui s’est contenté de réunir des cours donnés jadis par Suarez vel per Hispaniam, non uno in loco, vel Romæ. (Ad lectorem). Tels qu'ils sont édités, ces cours semblent bien présenter quelques additions à leur état primitif; on y trouve, et à l’occasion dans le texte même, des renvois à des ouvrages postérieurs aux années d’enseignement espagnol ou romain. Il est vrai que Suarez, on l’a vu plus haut, citait déjà sa Métaphysique quand elle était encore à paraître ou même à achever. Mais on trouve aussi des indications dont Ja teneur n’est vraisemblablement pas de Suarez. Quoi qu’il en soit, la façon dont ces traités se citent les uns les autres montre bien que leur réunion est tout à fait conforme au plan suarézien. Les cahiers d’élève conservés à Karlsruhe et dont le relevé le plus détaillé est indiqué en note par Stegmüller, Zur Gnadenlehre des jungen Suarez, Fribourgen-Brisgau, 1933, p. 2, portent des dates qui prouvent pour certains traités et suggèrent pour d’autres, que Suarez a enseigné à Rome l’ensemble de cette matière en 1580-1583; sans préjudice d’éventuelles reprises ultérieures. Voici maintenant l’énumération de ces traités; le premier et le troisième sont les plus longs, le quatrième est le plus court.

α. De ultimo fine hominis. — Seize disputationes dont l’une, la douzième, est un simple renvoi à deux chapitres du De Deo. On pourrait dire aussi : Traité de la béatitude, comme le fait Suarez dans le Proæœmium du traité suivant. Rivière, n. 505, signale sans indication de lieu un cahier d’élève, Tractatus de beatitudine a P. Suarez expositus, dont l’explicit est daté quinto kalendas julias, anno Domini 1592.

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