‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 339 sur 457 · SUAREZ. DOGMATIQUE, LA TRINITÉ · texte numérisé non relu

SUAREZ. DOGMATIQUE, LA TRINITÉ

chacune des différentes parties dont elle est composée, une synthèse plus ou moins neuve et grandiose? La répugnance que d’aucuns éprouvent à fondre en un système logiquement organisé et rigoureusement lié les résultats de leur vie de travail, ne pourrait-elle pas venir précisément de ce que l’étendue de leurs connaissances et la vigueur de leur esprit leur ont permis de sonder plus à fond les vraies difficultés des grands problèmes de la métaphysique ou du dogme, et de mieux comprendre les défauts des meilleures solutions qu’on a cherché à leur donner? N'’est-il pas au moins permis de se poser cette question?

Mais beaucoup mieux peut-être que ces considérations générales, quelques morceaux choisis de la théologie de Suarez mettront en lumière ces caractères fondamentaux de son œuvre : la précision scientifique toute moderne de sa méthode, son indépendance à l’égard des écoles trop exclusives, son immense érudition et la remarquable pénétration de son analyse.

II. LA TRINITÉ : EXISTENCES ET SUBSISTENCES EN Dieu. — Ayant successivement établi, dans son traité de la Trinité, qu’il y avait trois personnes en Dieu, que l’existence de cette Trinité n’était démontrable ni par notre intelligence, ni par celle des anges, qu’elle ne l’était même pas après la révélation, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit étaient également Dieu et, en tant que personnes, réellement distincts l’un de l’autre, Suarez étudie la notion desubsistence dont ils’est aussi occupé à propos de l’incarnation du Verbe. T. xvui, disp. XI, p. 431 sq.

Chez les Pères, le mot subsistence a un sens concret; chez les scolastiques, au contraire, il s'emploie généralement de façon abstraite pour désigner le principe en vertu duquel subsiste la personne. D’après certains, de ce qu’il existe en Dieu plusieurs personnes, il ne s’ensuivrait pas qu’il y ait en lui plusieurs principes de subsistence. La nature divine, expliquent-ils, étant subsistante par elle-même, n’a aucun besoin d’être complétée par des subsistences personnelles. L. III, c. 1V, n. 2 et 6, t. 1, p. 593, 594:

Suarez rejette cette opinion d’où il résulterait que la personne serait exclusivement définie par l’incommunicabilité et ne consisterait par conséquent qu’en une pure négation. Comment, du reste, une essence seraitelle rendue incommunicable par du négatif? Selon lui, les formes positives par lesquelles subsistent le Père, le Fils et le Saint-Esprit, ce sont les relations propres qui les unissent entre eux. Ce qui ne l'empêche point, au demeurant, d'admettre que l’essence divine ait sa subsistence à elle, cette subsistence absolue ne s’opposant nullement, à son sens, aux subsistences personnelles. Loc. cit., n. 3, 7, 10, p. 595.

De même incline-t-il à affirmer, contrairement à l’opinion de Capréolus et de Cajétan, la présence en Dieu de trois existences relatives et personnelles à côté de l’existence essentielle. Impossible, d’après lui, de ne tenir l’être du Père, du Fils et du Saint-Esprit, comme le veulent ses adversaires, que pour un mode de l’existence absolue de la divinité. D’ailleurs n’en serait-il qu’un mode, encore posséderait-il son existence propre, comme l'accident en possède une qui se distingue de celle de la substance. Partout en effet où il y a une entité actuelle réellement différente d’une autre, ily a aussi une existence spéciale et distincte. Or, les trois personnes de la sainte Trinité sont réellement différentes l’une de l’autre; elles ont donc chacune une existence relative particulière. D’où il ne faut pas conclure cependant que la divinité existe formellement par les trois existences des hypostases dans lesquelles elle subsiste, mais seulement, que ces hypostases ont leur existence relative propre, comme la substance divine a son existence absolue. Zbid., c. v, p. 595.

Il semble beaucoup plus malaisé de décider si les propriétés personnelles, comme la paternité et la filiation, constituent ou non des perfections différentes l’une de l’autre et différentes aussi de la perfection essentielle. Duns Scot, Capréolus et de nombreux thomistes le nient, alléguant qu’une relation, un simple esse ad n'implique de soi aucune perfection. Ainsi les créatures acquièrent-elles des relations et en perdentelles sans subir de changements. Comment supposer, d’ailleurs, une inégalité quelconque en fait de perfection entre les trois personnes de la Trinité? C. 1x, n. 1 et 2, p. 603.

Quelques auteurs pourtant professent une opinion contraire, mais ne s’accordent pas sur la façon de l’expliquer. Jbid., n. 3, p. 603. Certains, par exemple, mettent une différence entre la bonté transcendantale qui consisterait dans l'intégrité de la perfection divine et la bonté comparative qui proviendrait de la convenance d’un terme ou d’un objet à l’égard d’un autre. Dans la mesure où les relations personnelles sont nécessaires à l’intégrité divine, ilfaudrait donc les considérer comme transcendantalement bonnes et de ce point de vue, cela va sans dire, il ne pourrait être question de leur attribuer différents degrés ou différentes sortes de perfection. Par contre, la bonté comparative qui résulte de la convenance de chacune des trois relations avec la personne correspondante, ne serait point identique dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ce qui n'offrirait du reste aucun inconvénient, cette bonté n’étant point d’ordre réel, mais résultant tout entière d’une considération de la raison. Zbid., n. 5 et 6, p. 604.

Suarez se refuse à entrer dans cette manière de voir. A ce compte, objecte-t-il, les personnes divines prises isolément ne seraient pas intégralement Dieu. Si, en effet, les trois relations personnelles sont indispensables à la perfection complète de l’Être infini. chacune d’elles en tant que réellement distincte des deux autres n'inclurait pas toute cette perfection. La paternité comme telle n'étant pas la filiation, ni la spiration passive, ne s’identifierait donc pas avec la bonté intégrale de la divinité. En d’autres termes, le Père, dans ces conditions, ne serait pas intégralement Dieu, ce qui semble vraiment inadmissible. Zbid., n. 7, p. 604,

Quant à l’opinion de Suarez, elle tient en ces trois propositions. Premièrement : la paternité doit sans aucun doute être considérée comme une perfeclion réelle et transcendantalement bonne. La relation qui la constitue est, en effet, réelle et elle est une perfection; car c’est une perfection que d’être ce par quoi subsiste une nature. Comment admettre que le Père ne soit pas aimable en tant que Père et pourquoi l’estil, sinon parce que, comme tel, il a une bonté particulière. Ibid., n. 15, p. 606.

Deuxième proposition : la perfection et la bonté propres de chacune des trois personnes divines ne peuvent être pourtant que relatives; des êtres relatifs étant incapables d’un autre genre de bonté. Jbid., n. 18, p. 607. ᾿

Troisièmement : il y a donc dans la Trinité trois perfections relatives et réellement distinctes entre elles. Loc. cit., n. 19.

Dira-t-on dès lors que le Père possède une perfection qui ne se trouve point chez le Fils et vice-versa? Rien ne s’y oppose, à condition toutefois de noter qu’il s’agit en pareil cas de ce que Suarez appelle des perfections non simpliciler simplices, c’est-à-dire de perfections opposées entre elles et cependant suffisamment équivalentes pour qu'aucune ne puisse être considérée dans l’ensemble comme ontologiquement meilleure que les autres. C. x, n. 4, p. 608.

Par contre, il n’y a entre les relations personnelles et l’essence aucune opposition, puisque celle-ci se re-

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