IV. PAR ANALOGIE, SCIENCE DES AMES SÉPARÉES
— Des conceptions formulées au sujet de la science des esprits purs, les théologiens ont déduit, par voie d’analogie, plusieurs conclusions concernant la science des âmes séparées, lesquelles, pour n'être pas des esprits purs, paraissent cependant devoir leur être assimilées.
1° Existence d’une vie psychologique des âmes dans l'au-delà. Nous présupposons le dogme de l’immortalité personnelle de l’âme, défini au Ve concile du Latran. La présente question de la science des âmes séparées ne saurait trouver de solution positive qu'à la condition d'admettre en ces âmes une réelle vie psychologique s’exerçant sans le concours du corps. Cette vie psychologique de l’au-delà ne s’accorde pas avec les rêveries qui admettent la préexistence des âmes, leurs transmigrations en des corps différents ou, pis encore, la métempsycose des êtres vivants : l’oubli bu au fleuve Léthé consacrait, chez Virgile, Énéide, vi, 748-752, l’inexistence de la continuation de notre vie psychologique dans l’au-delà. En faisant abstraction de ces rêveries, pour affirmer l’existence d’une telle vie on s’appuie sur plusieurs arguments très convaincants.
1. Arguments théologiques. — Le jugement particulier et le jugement général nous montrent l’âme capable d’entendre et de comprendre la sentence divine; la béatitude ne peut exister pour elle que sous la condition de l’exercice de ses facultés supérieures, intelligence et volonté; l’expiation du purgatoire, la souffrance de l’enfer ne s'expliquent que si l’exercice de ces facultés est susceptible d’être contrarié et enchaîné. Une âme plongée dans l’inconscience serait incapable de bonheur ou de malheur : aussi l’Église a-t-elle con damné la 23° proposition de Rosmini. Voir ici t. ΧΙῚ, col. 2940,
2. Considéralions philosophiques. Il est antiphilosophique au premier chef de concevoir un être vivant
qui serait normalement privé de son activité et de ses opérations propres. Si l’âme humaine continue à exister dans l’au-delà, elle doit conserver ses facultés et ses opérations. En retenant la thèse de l'union substantielle de l’âme spirituelle avec le corps, il est facile de conclure, la sensation requérant un sujet matériel comme les objets extérieurs qui agissent sur lui, que le règne des émotions organiques, se termine de toute évidence à la mort : l’âme séparée privée de son corps, ne peut plus jouer le rôle de forme végétative ni de forme sensitive : il n’y a donc plus pour elle de connaissance sensible.
De ces facultés inférieures l’âme séparée du corps ne garde plus que les virtualités : le jour où elle sera réunie à son corps, elle pourra de nouveau les remettre en exercice. Quant aux facultés supérieures, intelligence et volonté, elle en conserve à coup sûr l'exercice, puisque ce sont des facultés spirituelles. Toutefois alors que, dans l’état d'union de l’âme au corps, la connaissance intellectuelle d’ici-bas a son point de départ dans la connaissance sensible et se développe par voie d’abstraction, dans l’état de séparation, la connaissance intellectuelle se fera, comme chez les esprits purs, par mode d’intuition dans les idées que l’âme aura conservées de sa science expérimentale d’ici-bas ou que Dieu lui infusera à l’instant de la séparation d’avec le corps, comme il en a infusé aux anges au moment de leur création. Cf. S. Thomas, De veritale, 4. ΧΙΧ, a. 1. N'est-il pas juste qu’il en soit ainsi : « après la mort, puisqu'il est naturel à l’âme d’exister à la manière des substances spirituelles, il lui est comme naturel aussi de comprendre à leur manière, c’est-à-dire par des idées infuses; et la Providence, qui est toujours libérale, se doit à elle-même de pourvoir aux divers êtres selon leur état et leurs besoins actuels »? E. Hugon, Réponses théologiques, p. 237.
Ajoutons que la science des âmes séparées pourra recevoir encore quelque complément du langage des esprits entre eux. Par un acte de volonté, l'esprit séparé peut manifester ses pensées aux autres : pour que puisse se réaliser cette communication, il faut admettre que les idées infusées par Dieu représentent à tout instant donné ce qui a trait à l’âme ou à l’esprit pur à cet instant précis : sorte d'harmonie de connaissance établie par Dieu entre les idées des esprits.
L’analogie de l'esprit pur et de l’âme séparée nous fait encore découvrir pour l’âme séparée un autre moyen de connaissance : son essence même, moyen de se connaître d’abord, et d’atteindre par là d’une manière médiate Dieu lui-même. Cf. Hugon, Réponses théologiques, p. 241-243.
29 Applicalions. — 1. Aux âmes bienheureuses. — Voir ici GLOIRE, t. vi, col. 1406-1408; INTUITIVE (Vision), t. vir, col. 2380 et 2386-2389.
2. Aux âmes du purgaloire, spécialement en ce qui concerne la connaissance qu’elles ont de Dieu, elle leur vient ou bien par les idées que l’âme emporte de ce monde; ou bien par la connaissance au moyen d'idées infusées directement par Dieu; ou bien par la connaissance de l’âme séparée qui se voit elle-même et par là connaît Dieu, son auteur et sa fin. Ces trois explications ne s’excluent pas l’une l’autre et peuvent au contraire se compléter mutuellement. Voir ici PURGA- TOIRE, t. XI, 00]. 1316-1317. Cf. Ami du clergé, 1925, p. 1-4.
3. Aux âmes des enfants dans les limbes.— Voir ΒΑΡ- TÈME (Sort des enfants morts sans), t. 11, col. 373-376.
On indiquera simplement ici, outre les manuels connus (Hugon, Tanquerey, Hervé, Diekamp), les commentateurs de saint Thomas, Sum. theol., 15, q. LIV-LvrIr, notamment Cajétan; Jean de Saint-Thomas, De angelis, disp. ἈΝΤΙ les Salmanticenses, id., disp. ΠῚ sq.; Gonet, id., disp. VII-X; Billuart, id., diss, III, On consultera avec profit L. Jans-
sens, Summa theologica, t. νι, p. 598-696; H. Lamiroy, D intellectu et voluntate angelica, dans Collationes Brugenses 1925, p. 348 sq.; 379 sq.; 430 sq.; Schlôssinger, Die Erkenntnis der Engel, dans Jahrbuch für Philos. und spek. Theol., τι xx11, 1907-1908, et xx111, 1908-1909; E. Hugon, L'état des âmes séparées; dans Réponses théologiques, Paris, 1924, p. 183-270. Le Commentaire français littéral de la Somme théologique, par le P. Pègues, t. 111, Toulouse, 1908, p. 326-450 sera un guide précieux pour pénétrer la pensée thomiste. A. MICHEL.
IV. SCIENCE DE JÉSUS-CHRIST.— Il n’est pas question de la science que Jésus-Christ a eue comme Dieu; il s’agit uniquement de sa science humaine. Que Jésus ait eu une science humaine, sans qu’on apporte à cette assertion générale aucune détermination particulière, c’est là un fait que la foi catholique nous oblige à tenir contre Arius, Apollinaire et tous ceux qui, parmi les anciens hérétiques, ont nié que le Verbe ait pris, dans son humanité, une âme raisonnable. Il est également de foi que cette science s’est exercée au moins par certains actes : une telle assertion est contenue dans la formule de foi de Chalcédoine : Salva proprielate utriusque substantiæ, Denz.-Bannw., n. 148; plus expressément dans la lettre de saint Léon à Flavien : A gitl enim utraque forma cum alterius communione quod proprium est; Verbo scilicet operante quod Verbi est, el carne exequente quod carnis est. Ibid., n. 144. Ce texte est repris par le pape Agathon avec une nuance plus accentuée : Operante utraque forma cum alterius communione quod proprium habet, Verbo operante quod Verbi est, el carne exequente quod carnis est. Ibid., n. 288. Ce que le IIIe concile de Constantinople, plus nettement encore, exprime ainsi, en vue de condamner le monothélisme : Duas vero naturales OPERATIONES... divinam operationem οἱ humanam operationem. Ibid. n. 292. Si l’homme ἃ agi selon l’opération humaine, il faut admettre que l'intelligence du Christ ἃ eu des connaissances certaines : « L'esprit qui n’a aucune connaissance, aucune science, est comme s’il n’était pas. Inerte et sans mouvement, il n’existe pour ainsi dire pas. » 5. Jean Damascène, De fide orthodoxa, 1. IT, c. XVIII, P. G., t. xciv, col. 1072 C. D'ailleurs, si le Christ n'avait eu aucune connaissance en son intelligence humaine, il n’aurait pu produire aucun acte moral et méritoire, puisque, pour agir ainsi, ilfaut savoir auparavant ce que l’on veut faire.
Le fait de la science humaine du Christ ne peut être mis en doute. Le problème théologique est ailleurs, à savoir sur la nature de cette science et sur sa perfection. Or, ce problème ne s’est éclairé que progressivement et après plus d’un tâtonnement. L’hérésie des agnoètes avec les controverses qu'elle a suscitées n’en a été qu’un épisode d’ailleurs mal élucidé, parce qu'il n’a pas été remis dans son cadre historique. Voir ici t. 1, col. 586-596.
On étudiera successivement : I. Les sources scripturaires qui le commandent. II. Lesinterprétations qu’en ont données les Pères, col. 1633. III. Les systématisations théologiques, col. 1649. IV. Les décisions de l'Église, col. 1659.
I. SOURCES SCRIPTURAIRES.— Les textes intéressant la science du Christ, répartis en quatre classes : 1° aflirment la science parfaite de l'Homme-Dieu; 2° énoncent un progrès dans cette science; 3° laissent entendre, sur certains points déterminés, une ignorance dans l'intelligence du Christ et enfin 4° semblent, sur l’heure du retour du Christ ici-bas, comporter une erreur véritable.
1° Textes affirmant la science parfaite de l'Homme- Dieu, — 1. Les Synopliques offrent plusieurs textes où la perfection de la science de Jésus est affirmée sans restriction : « Nul ne connaît le Fils, si ce n’est le Père; et nul ne connaît le Père, si ce n’est lé Fils et celui à qui le Fils aura voulu le révéler. » Matth., ΧΙ,
27; cf. Luc., x, 22. Qu'il s'agisse principalement d'une science divine qui fasse du Christ-Dieu l'égal du Père, c'est ce que pensent P. Galtier, De incarnatione, n. 48- 49 et A. d’Alès, Leverbo incarnalo,p.57-58. Mais l’'incise finale montre manifestement qu'il s’agit aussi d'une science humaine, reçue du Père, et qui doit être révélée aux hemmes. A. d’Alès, op. cit, p. 255. Aussi le Christ invite les hemmes à venir à lui, ÿ. 28, et à se scumettre à son joug, τ. £9, ce qui se réalise en adhérant à Jésus et en recevant de lui la doctrine qui doit devenir Ja règle de notre vie. C’est ce que fit Pierre, confessant la divinité du Christ, confession qui lui vaut lcs louanges de Jésus, parce qu'elle procède de la révélation du Père dont le Christ est l'intermédiaire. Matth., xvi, 16-17.
Cette science est si parfaite qu'elle provcque déjà, à l'égard de l'enfant Jésus dans le Temple, l’admiration de tous. Luc., 11, 47. C’est, pendant la vie publique, la science d’un maître surhumain, bien supérieur £ux scribes et aux pharisiens et qui plongeait les auditeurs de Jésus dans l'admiration. Matth., ναὶ, 28-29; CE Marc. τὶ 22: LuC., 1V, 32: Joa.;,vir, 46:
2. Le IVe écangile. — C'est surtout dans saint Jean qu'apparaît la science parfaite du Christ-Homme. Les aff mations abond@cnt :
Au dernier versct du prologue, le Verbe fait chair apparaît « p'ein de grâce et de vérité», ÿ. 14, et «de sa plénitude nous avons tous reçu », ÿ. 16; «la grâce et la vérité nous sont venues par Jésus-Christ », ÿ. 17. Le Verbe n'est-il pas «la vraie lumière venant en ce monde et qui éclaire tous les hommes » ? ÿ. 9. La vérité dont il est question ici est « la Vérité substantielle, qui nous a été présentée jusqu'à présent comme la lumière, la vérité qui se répandra avec les paroles de Jésus comme un principe de sanctification » (xvun, 17, 19). M.-J. Lagrange, Évangile selon saint Jean, p. 23. La plénitude de science que Jésus reçoit de la vérité divine implique une communication aux autres, ÿ. 16. Une confirmation de cette vérité se trouve dans le ÿ. 18: « Personne n’a jamais vu Dieu : (un Dieu) Fils unique €tant dans le sein de (son) Père, lui-même (en) a parlé. » Or, c’est le Christ, en tant qu'homme, qui a parlé de Dicu aux hemmes : « Pour moi, ce que j'ai vu en mon Père, je le dis. » Joa., vi, 38. La leçon primitive μονογενὴς Θεός ne saurait infirmer notre interprétaticn; elle indique simplement la raison pour laquelle : l'incapacité qui frappe tous les hommes n’atteint pas cclui qui cst le Fils unique, Dieu comme son Père ». Legrange, op. cit., p. 27. Cf. νι, 46; vin, 28; x, 15. C’est la même vérité que traduit le discours du Christ à la Cène : « J'ai manifesté ton nom aux hommes que Lu as tirés du monde pour me les donner. Ils étaient à toi et tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Is savent à présent que tout ce que tu m’as donné vicnt de toi, car les paroles que tu m'as données, je les lcur ai données et ils les ont reçues et ils ont compris vraiment que je suis sorti d’auprès de toi... » XvII, 6-9.
L'entretien avec Nicodème fournit une autre indication de la science parfaite du Christ. « En vérité, je te dis que nous parlons de ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu... Perscnne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel... » Joa., 111, 11, 13. Ces paroles du Christ ont un écho, vraisemblablement dans la pensée de l’évangéliste lui-même, aux ÿ. 31-36 : « Celui qui vient du ciel témoigne de ce qu’il a vu ct entendu... Celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, car il ne donne pas l'esprit avec mesure. Le Père aime le Fils et 1] a tout remis dans sa main. :
3. Saint Paul appelle le Christ sagesec de Dieu », ! Cor., 1, 24, car
DE
vertu de Dieu et ce qui (paraît) folie
JÉSUS-CHRIST
DONNEES DE L'ECRITURE 1630 en Dieu est (en réalité) très sage », ÿ. 25. Le Christ a été fait par Dieu «notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption », ÿ. 30. Si le Christ est la «sagesse » de Dieu, c’est que la science du Christ est aussi parfaite que possible.
Ainsi la charité du Christ « surpasse toute science », c'est-à-dire tout ce qu’on peut croire », et nous devons essayer de la connaître afin d’être remplis de la plénitude de Dieu ». Eph., 1, 19.
C'est que tout homme doit être parfait dans le Christ. Col., 1, 28. Aussi les cœurs doivent être consolés et instruits dans la charité «pour parvenir à toutes les richesses d’une parfaite intelligence et à la connaissance du mystère de Dicu le Père et du Christ-Jésus,en qui tous les trésors de la sagesse et de la science sont cachés ». 11, 2-3.
29 Texte énonçant un progrès dans la science du Christ. — Il s’agit de Luc., 11, 52 : « Jésus avançait er sagcsse (τῇ σοφίᾳ), en âge et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. » L’exégèse de ce texte reçoit quelque lumière d’une affirmation similaire relative au pregrès et à la croissance du jeune Samuel devant Dieu et devant les hemmes. I Reg., 11, 26. Voir aussi Prov., 1, 4. L'expression « croître en grâce et en science devant Dieu et devant les hommes » serait donc en quelque sorte consacrée par l’usage biblique pour marquer le pregrès qu’on peut remarquer chez l'adolescent pieux.
On n'’oublicra pas non plus que le Christ «a dû être en tout semblable à ses frères, afin de devenir auprès de Dicu un pontife miséricordieux et fidèle » Hebr., 11, 17. D'ailleurs Luc lui-même, 11, 40, se contente d’affirmer que « l’enfant croissait et se fortifiait plein de sagesse, et la grâce de Dieu était en lui ».
3° Textes laissant entendre une ignorance dans l'intelligence du Christ. — 1. Ce sont tout d’abord les interrogaticns posées par le Christ comme pour se renseigner sur des faits ou des choses qu’il ignore. Au démon, à
sadara, le Christ demande : « Quel est ton nom? » Marc., v, 8; cf. Luc., var, 30. A Capharnaüm, il interrcge la foule sur un sujet de dispute, Marc., 1x, 16; les apôtres sur leur sujet de conversation, Marc., IX, 52. 1] s’informe qui, dans la foule, l’a touché, Luc., vint, 45; questionne les apôtres sur ce qu’on pense de ἘΠ PUCES 8 "ct Matth, κνι, 187 Marc, ὙΠ. 27e Et même, après la résurrection, il interroge les disciples d’'Emmaüs sur leurs discours et leur tristesse, Luc., Χχιν, 17; il demande aux apôtres s'ils ont quelque chose à manger, ibid., 41; cf. Joa., XXI, 5. Jésus s’enquiert de l’endroit où se trouve le tombeau de Lazare. Joa., ΧΙ, 34; voir aussi les interrogations posées aux soldats au jardin des Oliviers, Joa., XVI, 4, puis à Pilate, ÿ. 34, enfin, après la résurrection, à Marie-Madeleine. Joa., xx, 15.
2. Ce sont ensuite les exclamations échappées à Jésus au cours de son agonie et de sa passion : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice passe loin de moi.» Matth., ΧΧΥῚ, 39. Comment le Christ a-t-il pu envisager cette possibilité, si sa science était parfaite ? Et quand il s’écrie : « Mon Dieu, pourquoi m'’as-tu abandonné ? » Matth., xxvir, 46 (cf. Marc., xv, 34), ce sentiment de l'abandon ne peut s'expliquer que par l'ignorance, tout au moins momentanée, des relations personnelles de son humanité à la divinité.
Au fond, la difficulté est inexistante. Dans Matth., xxvI, 39, Notre-Seigneur n’a nullement ignoré la volonté divine, puisque, après avoir accordé à la nature humaine, pour notre instruction, le mouvement de répulsion en face du calice d’amertume, il continue :
pourtant, [qu’il en soit] non comme je veux, mais comme tu veux.» — Quant à Matth., xxvi7, 46, pas davantage de difficulté. Ces paroles sont empruntées au ps. xx1, 1. C’est une simple application que Jésus en
fait à son état présent. L'abandon dont il s'agit n'est que l’abandon aux mains des ennemis, par un mystérieux dessein qui aboutit au triomphe dans le paume, comme dans l’évangile il aboutit à la résurrection :
« Cette plainte, écrit Loisy, n’était pas celle d’un révolté ou d’un désespéré : c'était celle du juste souffrant et assuré quand même de l’amour et de la protection que lui garde jusque dans la mort le Dieu de toute sainteté ». Les évang. synopt., t. 11, p. 685.
3. C’est enfin et surtout le passage célèbre dans lequel Jésus affirme qu’il ignore l'heure et le jour du jugement : « Sur ce jour ou sur cette heure, nul ne sait rien, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seulement. » Marc., xt, 32. Un texte parallèle dans Matth., χχιν, 36, texte dans lequel cependant les mots importants οὐδὲ ὁ υἱός sont d'authenticité douteuse. Le texte de Marc, lui, est très ferme, «le seul ms. important qui omette cette clause est le ms. X de la Vulgate ». J. Lebreton, Histoire du dogme de la Trinité, Ge”éd., t. x, p. 559.
49 Textes qui semblent comporter une erreur sur l'heure du relour du Christ. — Π1ν a une erreur positive quand on affirme ce qu’on ignore. Or, il pourrait sembler que le Christ ait été dans l’erreur lorsque, ayant affirmé que le Fils ignorait le jour et l’heure du jugement, il estime cependant et enseigne positivement la proximité de ce jour, avant que finisse la génération présente. A trois reprises en effet nous trouvons cet | enseignement. |
1. Quand Jésus annonce d'une façon générale la pro- | æimilé de cet avènement :
Matth., xv1, 27-28 : « Le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges; et alors il donnera à chacun selon ses œuvres.
« En vérité, je vous dis qu'il en est parmi ceux qui sont ici qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venant dans son royaume. »
Marc., VII, 38-1X, 1 : « Celui qui aura honte de moi et de mes paroles, dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son père, avec les saints anges.
« Etilleur disait : En vérité je vous dis qu’il y en a ici parmi les personnes présentes qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le règne de Dieu venu en sa puissance. »
Luc., 1X, 26-27 : « Quiconque aura rougi de moi ou de mes paroles, le Fils de l’homme rougira de lui lorsqu'il viendra dans sa gloire et (dans celle) du Père et des saints anges. ]
« Or, je vous le dis en vérité, il en est parmi ceux qui sont ici présents qui ne goûteront pas la mort avant qu'ils aient vu le règne de Dieu. »
En réalité la difficulté n’est qu’apparente, car les deux versets que nous avons nettement séparés dans | le texte se rapportent à deux idées, connexes dans la | pensée du Sauveur, mais différentes de p:rsp2ctive.
Dans Marc, l'expression « venu en puissance, ἐν δυνάμει », pourrait faire identifier les deux perspectives, celle du jugement dernier et celle du règne de Dieu s’établissant avant que disparaissent les derniers survivants de la génération présente, d'autant que dans le ÿ. 38 du c. vu, il est déjà question de « cette génération adultère et pécheresse ». Mais il est clair que le second verset est un logion distinct, puis- | qu'il débute par une introduction nouvelle : « Et il | leur disait. » Cette reprise de Marc « laisse deviner que ce qui la précède ne se rattachait pas originairement à ce qui la suit. » Loisy, Les évangiles synoptiques, t. τι, p. 27. Aussi les éditions récentes de Marc ontelles reporté ce verset de Marc (p'imitivement Vin, 39) au début du c. 1x.
Dans la double affirmation du Sauveur il y a done une double idée, une double perspective. Le p'emier verset (Matth., xvi, 27; Marc., vint, 38; Luc., 1x, 26) se rapporte de toute évidence à la fin du monde, quand le Fils de l’homme, avec lequel s’identifie Jésus, |
DONNÉES DE L'ÉCRITURE 1632 viendra juger « les vivants et les morts ». Mais le ÿ. suivant suppose un tout autre horizon. « Le Fils de l’homme venant dans son royaume (Matth.), où il y a du bien et du mal (cf. Matth., xx, 24-30), ce n'est pas nécessairement le Fils de l’homme venant pour juger à la fin des temp:. On dirait que la p2rsp2ctive du jugement étant épuisée, Matthieu revient au point de départ. Quelques-uns hésitaient à tout quitter, à se renoncer pour porter leur croix (voir ÿ. 24) à la suite de Jésus. Rien de plus encourageant que de savoir qu'ilentrerait en possession de son royaume avant qu? la génération présente n’ait disparu. C’est donc bien de l'avènement du royaume qu'il est question, comme dans Marc et dans Luc, mais sous la forme plus ancienne de la venue du Fils de l’homme? déjà présentée au ÿ. 27. » Lagrange, Évangile selon saint Matthieu, p. 333. « Voir » le règne de Dieu peut très bien, en effet, être synonym?: de «avoir part », particip2r.
L'incise ἐν δυνάμει, propre à Marc, marque que la domination de Dieu sera installée sur la terre comme ayant en elle-même la puissance qui doit la faire p'évaloir : « Il se peut, en effet, que cette expression, qui ne se trouve ni dans Matthieu ni dans Luc, soit de frappe paulinienne, mais dans Paul elle exprime? précisément l’action puissante de Dieu dans la prédication de l'Évangile (cf. Rom. 1,4: xv, 19; I Cor., τν, 20). Si Marc s’est inspiré de Paul, c’est donc à la prédication de l'Évangile qu’il fait allusion et aux miracles qui ont accompagné la fondation de l’Église (ef. Act., αν, 33; vit, 13). Il ne faut pas oublier que ἐν δυνάμει n’est pas synonyme d'éclat de gloire, mais indique plutôt une énergie comme celle de l’âme dans le corp;; aussi la puissance est-elle rattachée à l’Esprit-Saint dans Rom., 1, 4; xv, 19. La seule difficulté de cette interprétation, c’est que, si la prédication de l'Évangile s’est produite avec une énergie extraordinaire, les effets en ont été gradués, tandis que la parole de Jésus semble indiquer une impulsion décisive, qui se produira assez tard, puisque quelques-unes seulement des p2rsonnes présentes en seront témoins. Mais toute prophétie est nécessairement un tableau d'ensemble, tandis que la vie et l’histoire procèdent par des mouvements plus ou moins accentués. Si cep2ndant Jésus faisait allusion à une crise particulière et avantageuse qu’il n’a pas déterminée, on peut regarder la ruine de Jérusalem comme réalisant la prophétie, parce qu’alors la domination de Dieu, cessant d’être restreinte à un seul pzuple, s’est en réalité étendue sur les gentils. » Lagrange, Évangile selon saint Marc, p. 215.
Saint Luc ayant supprimé ἐληλυθυῖαν ἐν δυνάμει enlève à l'affirmation du Christ la p2rsp2ctive eschatologique : son texte signifie simplement « participer au règne de Dieu », inauguré par la résurrection et la prédication des apôtres. Le princip: de la solution est donc qu’il faut distinguer deux stades du règne de Dieu : l'avènement de ce règne par la prédication des apôtres, et l'avènement du règne après le retour du Christ. Cf. Galtier, op. cil., n. 337, 338.
On ἃ dit plus haut que les deux p2rspzctives, celle de l’avènement du royaume et celle de la parousie, étaient connexes. L’avènement du royaume sur terre, inauguré par la résurrection du Christ, est le prélude de l'avènement du royaume de Dieu dans le ciel, au jug:ment. De plus, la ruine de Jérusalem qui doit se produire avant que la génération de Jésus n'ait passé (Matth., xx1v, 34) est la figure du bouleversement final. Dans la prophétie, les deux p:rspectives se rejoignent. Cf. Lagrange, Évangile selon saint Matthieu, P. CLXVI-CLXVII, οἱ ici PROPHÉTIE, t. xt, Col. 718; L. de Grandmaison, Jésus-Christ, τ. 11, note F°, p. 457 sq.
2, Dans la réponse à Caïphe, Jésus s'exprime ainsi:
1633 SCRENCEDIE -JESUS-CIMRIST.
Matth., XXvI, 64: « Je vous (le) déclare, désormais vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel. »
Marc., XIV, 62 : « … Et vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Puissance et venant avec les nuées du ciel ».
Ces deux textes laisseraient entendre que Caïphe οἱ les membres du sanhédrin devaient eux-mêmes être prochainement les témoins de la gloire du Fils de l'homme revenant sur les nuées. Mais il faut bien comprendre le sens de la réponse faite par Jésus au grand prêtre. « D'après les termes (de cette réponse), Jésus décrit une vision : le Fils de l’homme —- c'est lui avec sa nature humaine est assis à la droite de la Puissance, c’est-à-dire de Dieu... il se lève et vient avec les nuées du ciel. Cette vision est empruntée à Dan. vit, 13 (Théodotion), mais elle est complétée. Daniel avait parlé de trônes (vir, 9), sans dire si le Fils de l'homme devait y être assis, Jésus l’affirme et, de ce chef, met le Fils de l’homme sur le même: rang que la divinité. Ce trait se trouvait dans Ps., ex, 1, à propos du Messie. Le sens est donc que les sanhédrites, qui maintenant ne veulent pas reconnaître le Messie, y seront contraints un jour lorsqu'ils le verront dans sa gloire. Jésus n’annonce donc pas que les sanhédrites, avant leur mort, auront une vision de la gloire du Christ, ou que la parousie est imminente: il affirme simplement que sa dignité s’imposera à eux dans tout l'éclat décrit par Daniel. Le terme « vous verrez» ne signifie pas toujours « vous verrez de vos yeux » (cf. Deut., XXVIN, 10; Ps., xLIX, 11; Ps., LXxxxIx, 49)... Jésus affirme donc, par une allusion au texte de Daniel qu’il complète, qu’il est le Messie, et le Messie investi d’un rang divin. Sûr de ce que Dieu lui réserve, il donne rendez-vous à ses juges: il ne les assigne pas devant le tribunal de Dieu, mais il leur déclare qu'ils seront obligés de reconnaître sa gloire et son rang unique auprès de Dieu. » Lagrange, Évangile selon saint Marc, 1re éd., p. 376-377.
L'’évangile de saint Luc évite la difficulté : « Désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu », xx11, 69. Marc et Matthieu groupaient deux textes, Ps., cx, 1 et Dan., vir, 13, pour donner par deux images une idée du triomphe du Messie. Luc ne retient que la première et par ἔσται au lieu de ὄψεσθε il en rend la réalité indépendante des sanhédrites : qu’ils voient ou ne voient pas, le triomphe de Jésus aura lieu, le plaçant à côté de Dieu. Sur les raisons de cette divergence, voir Lagrange, Évangile selon saint Luc, p. 572-573.
3. Le discours eschatologique : Jésus annonce à ses auditeurs les événements qui précéderont immédiatement le jugement dernier et marqueront la fin du monde : Matth, xx1v, Marc., χαπ Luc., xxr; la conclusion des trois récits est identique :
Matth., xx1V, 34 : « Je vous dis en vérité que cette génération ne passera pas que tout ne soit arrivé. » (Voir aussi x, 23.)
Marc., x111, 30 : « Je vous dis en vérité que cette génération ne passera pas, que tout cela ne soit arrivé. »
Luc., xx1, 32 : « En vérité, je vous dis que cette génération ne passera pas, avant que tout ne soit arrivé. »
En étudiant le contexte, on peut y distinguer deux questions se superposant, l’une relative à la ruine de Jérusalem, laquelle peut être prévue en raison de signes certains et évitée d’une certaine manière par la fuite, l’autre relative au dernier avènement du Fils de l'homme. Le sens exact des textes a été rétabli à PA- ROUSIE, t. ΧΙ, col. 2049-2050. Voir aussi Billot, La parousie, Paris, 1930, p. 15-191 ; Galtier, op. cit., τι. 340,
IT. INTERPRÉTATION DES PÈRES. — 19 Les textes scripluraires relatifs à la science parfaite du Christ. — Ces textes n’amènent ordinairement, sous la plume des Pères, aucune remarque bien précise : la plu-
ENPETCADIONSADIESMPÉRIS 1634 part du temp;, en effet, les Pères ne parlent pas explicitement de la science bienheureuse du Christ; et l’on ne sait si la science parfaite dont ils parlent doit ètre rapportée à la nature humaine comme une propriété, ou en vertu de la communication des idiomes. Cependant il y a des exceptions, soit que certains envisagent explicitement la science parfaite du Christ comme la science de vision béatifique que son humanité possède comme suite de l’union hypostatique, soit que cette science parfaite soit invoquée pour réfuter la thèse de l'ignorance au sujet du jour et de l'heure du jugement. Nous suivons ici l’ordre chronologique :
Saint Justin a une assertion générale sur « la doctrine pure et vraie de Jésus-Christ ». Dial, XXXV, PAG NT Col 549.
Saint Irénée. — Selon lui le Verbe, paru visiblement comme homme, possède le gouvernement et la direction de toutes choses, lui-même récapitulant en soi toute l’universalité des êtres. Contra hær., 1. V, €. XVII, ἢ. 3. On trouve également une allusion explicite ἃ ΙΟΘ. ur MS dedans le l 771. οἱ χα, ἢ. 9, PSGAE ΘΟ]. 1Π1Δ Ὅρ.
Clément d'Alexandrie. — « Celui qui est notre pédagogue et maître nous appelle ses enfants et ses patits (parvulos) parce qu’ainsi nous sommes plus aptes au salut, le Christ révélant aux enfants ce qu’il cache aux superbes (allusion à Luc., x, 21). » Pæd., 1. I, c. vi, n. 32, 33, P. G., t. ΝΠ, col. 282 A. Pour montrer que l'Esprit-Saint et non une doctrine humaine est à la source de la prédication de saint Paul, cf. I Cor., 11, 13, Clément cite la parole du Christ, Joa., var, 16 : « Ma doctrine n’est pas de moi, mais du Père qui m'a en- NOYC..» SIrom., l..I, C.-XVIT, n. 87, 10id., col. 801 .C.
Origène. — Dans le Contra Celsum, il exalte la doctrine admirable du Christ, laquelle doit être prêchée dans le monde entier par l’évangile,l. IT, c. xx, P. G., t. ΧΙ, col. 821-824; doctrine pleine de sagesse, source des mystères, 1. III, c. ΧΧΧΙΙΙ, col. 961 C; car Jésus était non seulement doué de sagesse, mais participant à la divinité et ce fut la volonté de Dieu que la doctrine de Jésus s’aflirmât victorieuse parmi les hommes et rendît vains tous les efforts des démons. L. IV, €. XXXII, COÏ. 1076 C-1077 A.
Tertullien. — Dans le portrait qu’on peut tracer du Verbe incarné d’après Tertullien, « le Christ est l’'Emmanuel, l’illuminateur des nations, le conquérant des àämes, le prêtre catholique, le pontife authentique de Dieu le Père, le médiateur entre l'humanité et Dieu, le nouvel Adam, le Princip2 en qui Dieu récapitule toutes choses, l'Époux de l’Église. » A. d’Alès, La théologie de Tertullien, Ὁ. 199; cf. Tertullien, Adv. Marcionem, 1. IV, Ὁ. 1x, c. xxxV; De resurrectione carnis, C. LI, P. L., t. 11, édit. de 1866, col. 403 sq. ; 476 sq.; 916 sq. Toutes appellations qui impliquent dans le Christ une science puisée en Dieu lui-même.
Saint Athanase. — C’est surtout en parlant de |’ « ignorance » du Christ, que le témoignage de saint Athanase doit être invoqué. Sur la perfection avec laquelle il est l’expression du Père, voir Contra arianos, orat.1, n. 24; "111, n.37, P. G:, t. xxV1, col. 24, 401 C. Cette expression est, dans la pensée d’Athanase, relative à une science humaine. Cf. De incarnalione et contra arianos, n. 7, col. 993 C.
La plupart des Pères désormais parleront expressément de la science parfaite du Christ, précisément dans le but d’expliquer l'ignorance que semblent indiquer certains textes. Aussi les retrouverons-nous plus loin. Toutefois une place spéciale est à faire ici à ceux qui, voulant donner la raison dernière de la science parfaite du Christ, affirment explicitement et équivalemment en lui une science venant de la vision de Dieu.
Saint Augustin. — Pour Augustin, l’homme « que portait la Sagesse divine elle-même » diffère des autres justes en ce que ceux-ci ne voient le Seigneur que dans un miroir et en énigme (cf. 1 Cor., xur1, 12), tant que leur âme, par la dissolution du corps, n’est pas libérée de tout péché et de l'ignorance; mais le Christ qui n’a pas commis le péché, est le seul à qui dans la chair rien ne pouvait être caché. De diversis quæstl. LXXXIII, q. LXV, P. L.,t. x1, col. 60. Voir aussi De pecc.meritis et remissione. 1. 1, €. XxXx1, n. 60,t. XLIV, col. 144.
Saint Jérôme. — « Aucun homme, excepté celui qui pour notre salut a daigné prendre notre chair, n’a eu la pleine science οἵ la pleine certitude de la vérité. » Epist., xxx VI, τι. 15, P. L:,t. xx, col. 459. Si Jérôme fait une exception, parmi les hommes, en faveur de l’'Homme-Dieu, il semble bien que la science dont il parle ici soit une science humaine et non divine. En sens contraire Galtier, De incarnatione, p. 259, note 4.
Saint Fulgence. Ses formules méritent attention et demandent quelque explication. Dans sa lettre XIV à Ferrand, 4. 11, ἢ. 26, il affirme que l'âme du Christ connaissait tout le Fils et par conséquent également tout le Père. De quelle science s'agit-il? De la science divine communiquée à l’âme humaine en raison de l’union hypostatique ? C'est l'interprétation de P. Galtier, op. cit., p. 270, note 1, après Stentrup, Christologia, t. τι, th.72 et Ruiz, De scientia Dei, disp. VI, sect. 2, h. 14.1] semble cependant qu’on puisse l’interpréter de la science de vision béatifique, encore confusément envisagée. On trouvera une très ample discussion de la pensée de Fulgence dans Thomassin, De incarnatione, AY a ce 0
Euloge d'Alexandrie. — De Joa., XVI, 15, cet auteur conclut que l’humanité du Christ a la science même qui appartient à Dieu le Père. Cité par Photius, Cod, cExxX%x, PAGE. enr COL LUSLEAS
Maxime le Confesseur aboutit à la même conclusion, en comparant l'humanité du Christ unie au Verbe au fer plongé dans le feu et prenant les propriétés du feu. Quæsliones et dubia, q. Lxv1, P. G., τ. Χο, col. 837 D- 840 A. Même remarque de P. Galtier sur ces deux textes que sur le texte de Fulgence. Il n’en reste pas moins vrai que, dans ces formules, encore vagues, on trouve une indication en faveur de la doctrine que déjà le génie de saint Augustin avait su préciser.
Saint Jcan Damascène est peut-être celui des Pères grecs qui a le plus clairement entrevu la solution théologique. Il enseigne que l'humanité du Christ, bien que par sa nature esclave et sujette à l’ignorance, ne peut cependant, en raison de l’union hypostatique, être esclave et ignorante des événements futurs. En raison de cette union avec le Verbe, elle a été enrichie de la connaissance des futurs comme elle fut enrichie d’autres divines merveilles, θεοσημείων. De Πές orth., 1. III, c. xx1, P. G., τ xcIV, col. 1084 B-1085 A. L'unité personnelle est donc la raison pour laquelle, nonobstant l'esclavage et l’ignorance naturelle à l’humanité, nous devons affirmer « que ce Christ un, à la fois Dieu οἱ homme, est le maître et le Seigneur de toute créature et sait tout ». Zbid., col. 1085 C.
Sans doute, comme le fait justement observer P. Gal- Uier, op. cil., Ὁ. 270, la distinction entre science incréée et science humaine est encore ici dans une certaine obscurité; l’œuvre de précision théologique, si heureusement amorcée par Augustin, sera reprise par les théologiens postérieurs.
29 Le progrès dans la science du Christ. - - Les Pères interprètent assez différemment Luc., τι, 52, quant au progrès affirmé dans la science (sagesse) du Christ. Unanimement ils confessent que le progrès ne saurait exister que dans la science que le Christ possédait en tant qu'homme.
Origène est le premier que nous rencontrions. Son