‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 35 sur 457 · EXPLICATIONS DES PÈRES · texte numérisé non relu

EXPLICATIONS DES PÈRES

interprétation de Luc., τι, 52 est dépendante de sa conception de l’ignorance du Christ. II l'explique d’une imperfection humaine librement acceptée par le Christ. Car personne ne progresse s’il est parfait ; celui qui progresse a besoin d'acquérir quelque perfection. In Jeremiam, hom. 1,7, P. G.,t. Χαπὶ, col. 264. Le progrès dans la sagesse a été la contre-partie de cet anéantissement volontaire : si l’enfant Jésus a pu croître en sagesse, c’est qu'auparavant il s’en était dépouillé et qu’il fallait la reprendre. In Lucam, hom. x1x, tbid., col. 1849 C. II y ἃ donc un progrès réel de l’âme du Christ. Cf. hom. xx, col. 1853 B; Zn Matth., commenlar. series, XI11, col. 1686-1688.

Saint Athanase se demande comment pouvait progresser en sagesse et en grâce celui qui confère la grâce aux autres. Le Verbe, répond-il, ne progresse pas; en Jésus, c'est l’homme qui progresse et les évangélistes ont ajouté opportunément pour marquer cette nuance que Jésus, non le Verbe, progressait en sagesse, en grâce et en âge. Contra arianos, orat. ΠῚ, n. 51, P. G., t. ΧΧΥῚ, col. 430. Cf. pseudo-Athanase, Sermo major de fide, n.17, 18, col. 1272 BC.

Saint Basile, d'une manière générale, attribue le progrès à l’humanité. In ps. xz1V, 5, Ὁ παν t. χχιν, Col. 397 BC. Mais il applique aussi le texte au progrès du corps mystique du Christ, l’Église.

Saint Grégoire de Nazianze, dans le panégyrique de saint Basile, déclare incidemment que le progrès du Christ ne consistait que dans l’exercice et la manifestation progressive de sa science. 7. G., t. XXXVI, col. 548 BC. Le progrès ἃ donc été tout extérieur : comment concevoir un accroissement en celui qui, dès le principe, était parfait? Cf. Epist., C1, τ. XXXNNW, col. 180 B-181 A.

Saint Épiphane rappelle brièvement que le progrès ne saurait affecter que l'intelligence humaine du Christ. Hær., νι, 26, P. G., t. xuur, 680 B. L'Ancoratus, n. 78, t. xLII1, col. 165 A, semble réduire ce progrès à une manifestation progressive.

Proclus admet, lui aussi, un progrès réel de la science humaine du Christ. Epist., 1, Ad Armenos, n. 14, Ῥ. α.. 1. τοῖν, 00]. 869.

Théodore de Mopsueste (qui s’en étonnerait 2) admet un véritable progrès intérieur. De incarnatione Filii Dei, 1. VII, fragm., P. G., t. LXVI, col. 980 A.

Chez les Antiochiens, le progrès réel du Christ en science démontre la réalité de son âme raisonnable. Ainsi Théodoret, Eranistes, ©. 11, P. G., t. LXXXIHE, Col. 149-152, surtout 152 C. Voir également Zn ps. XV, 7: «il s’instruisait comme homme et, comme Dieu, était la source de la sagesse », t. LXXX, col. 961 C; In epist. ad Hebr., 11, 18, t. LXXX1I1, col. 697 A; EÉpist., CLI, €. LXXxII1, 00]. 1425 A. Cette croissance de l’âme humaine dans la sagesse manifestait la sagesse de la nature divine. Hæret. fabul. comp... 1. V, €. χα, tbid., col. 497 BC. Cf. Pentalog., t. LXXXIV, col. 69-72. C£. N. Goubokovsky, Blajennui Theodorit, t. 1, Moscou, 1890, p. 76.

Saint Cyrille d'Alexandrie est peut-être l’auteur grec qui a le plus étudié la question de la science du Christ. Voir plus loin. Sur le point précis du progrès affirmé par Luc., 11, 52, il affirme que « la nature divine du Verbe ne peut pas être sujette au progrès, mais la nature humaine peut l'être et l’a été en effet dans le Christ ». Thesaurus, assert. XXVIm, P. G.,t. LXXV, Col. 424 B. Le Christ a voulu ce progrès humain pour nous être semblable et nous sauver, col. 425 D; 428 C. Le progrès n'est qu'à la surface de la vie du Christ : dès l’origine, le Christ sait tout, étant le Verbe de Dieu, mais il manifeste progressivement sa science οἵ sa grâce. Zbid., col. 428 AB. Cf. Ado. N?storium, 1. III, c. IV, P..G., t. LXXVI, Col. 153. Saïint Cyrille n'entend pas par là que, dès l’origine, la science humaine du

ΕΣ SCTENCETDE TES Christ ait été parfaite el se soit ensuite manifestée progressivement ; mais il veut dire que sa science divine apparaît progressivement dans son humanité.

1bid., col. 428 B.

Le rapprochement entre la croissance du corps de l'enfant Jésus et le développement progressif de son intelligence humaine, éclaire la pensée de saint Cyrille; il y revient ailleurs avec plus d’insistance : Quod unus sit Christus {t. LXxXv, col. 1332) : « Le sage évangéliste ayant introduit le Verbe divin fait chair, montre que, s'étant uni selon l’économie de l'incarnation à la chair qu'il avait prise, il l’a laissé$e se développer selon les lois de sa propre nature. Or, c'est le propre de l'humanité de progresser en âge et en sagesse, je dirai même en grâce, l'intelligence qui se trouve en chacun se développant, en quelque façon, en même temps que les dimensions du corps.Chezles enfants elle n’est plus ce qu’elle était au premier âge, et dans la suite elle croît encore. Car il n'était certainement pas impossible ni irréalisable pour le Verbe, puisqu'il est Dieu et né du Père, de grandir dès le berceau le corps qu’il s'était uni, et de l’amener soudain à la croissance parfaite. Et je dirai aussi qu'il lui était aisé et facile de manifester dans l'enfant une sagesse admirable; mais cela eût peu différé de la magie, et cela eût rompu l'économie de l’incarnation. Car ce mystère s’est accompli sans éclat. Il a donc permis aux lois de l'humanité de garder en lui toute leur valeur. Et l’on attribuera cela à sa ressemblance avec nous: nous nous développons peu à peu, le temps faisant croître notre stature et, dans la même proportion, notre intelligence. »

« Tous ces textes, conclut J. Lebreton (à qui nous umpruntons ce résumé) constituent un ensemble cohérent et assez facile à interpréter; on peut ramener cette doctrine à ces quelques points principaux : la science divine du Verbe est infiniment parfaite, et le Christ eût pu la manifester, dès l’origine et en toute occasion, dans son humanité. Mais, s'étant fait semblable à nous, il a voulu partager nos infirmités; il a donc voulu que le dévelcppement de son intelligence apparût progressif comme celui de son corps, et il a voulu aussi se montrer, en certaines occasions, comme ignorant, de même qu’il a voulu souffrir de la faim et de la soif. » Histoire du dogme de la Trinité, 6e édit., 1. 1, p. 573-575. On voudra bien confronter cette explication avec celle donnée ici par J. Mahé, art. CYRILLE D'ALEXANDRIE (Saint), t. 111, col. 2513, où le progrès de la science du Christ est affirmé simplement apparent.

Chez les Latins, saint Ambroise semble émettre, au sujet du progrès dans la science du Christ, une double opinion contradictoire. Dans le De fide, 1. V, c. XVI, n. 221, P. L.,t. xvi, col. 694, il rapporte, mais sans oser s’y rallier, l’opinion de ceux qui interprétaient Luc., 11, 52, dans le sens d’un progrès dans la connaissance elle-même :; or. cette idée il l’admet, tout au moins dans sa substance, dans le De incarnationis sacramento, ©. V1, N. 71-74, ibid., 836-837. Ce changement a-t-ilété imposé à saint Ambroise par la préoccupation de l’hérésie d’Apollinaire? Voir E. Schulte, Die Entwicklung der Lehre vom menschlichen Wissen Christi bis zum Beginne der Scholastik, Paderborn, 1914, p. 68.

Saint Augustin.— Bien qu'iln’admette, on le verra, aucune ignorance dans l’âme du Sauveur, il n’a pas nié dans la science du Christ tout progrès. Voir De diversis quæst. LXXXIII, 4. LXXV, P. L., t. XL, col. 87 et Contra Maximinum Arian. episc., 1. 11, €. XxIn, n. 7, t. ΧΙ, col. 802. Dans le premier de ces textes, il concède même un progrès dans la vision béatifique, sinon dans le Christ, au moins d’une façon mystique, dans son corps qui est l’Église.

Leporius, dans son Libellus emendationis, n. 6, commente le texte de saint Luc en affirmant une science progressive librement acceptée en vue de la rédemption par le Christ qui a voulu porter nos infirmités : ad probationem veri hominis, currente in eodem nihiominus cursu nostræ morlalilatis, POTESTATE scilicet,

JS-CHRIST.

BR PMICAIATOINSAD ES PERS 1088 NON NECESSITATE, &lale el sapientia, evangelista testante, proficit. P. L.,t. XxXx1, col. 1225.

Chez saint Fulgence, le progrès dans la science et la grâce est une preuve, contre les ariens, de l'existence d'une âme humaine en Jésus. Ad Trasimundum, 1. I, ΟΣ νὰ PL τυ ρον Col. 231-232.

Les luttes contres les agnoètes et les monothélites amènent une réaction dont on trouve l’écho chez saint Jean Damascène. Dans le Christ, en raison de l'union hypostatique,ily ascience parfaite, le progrès en science comme en grâce n’a pu être qu'apparent. Soutenir le contraire, c’est verser dans l’hérésie de Nestorius. De fide orth., 1. IT, ce. Ἐπὶ P. G., t. XCIV, col. 1088 AB. On trouve néanmoins, postérieurement au Damascène, l’assertion d’un réel progrès dans la science humaine du Christ chez Euthymius Zigabène, Panoplia, €. ΧΙ, PAGE. exxx, col 1686!

Il faudra la théologie du Moyen Age pour apporter les nuances nécessaires et définitives. À

5° Interprétation des textes relatifs à l'ignorance. — 1. Les interrogations posées par le Christ. — Peu de Pères se sont préoccupés de les expliquer. Ils n’acceptent pas l'explication par l’ignorance : ils y voient un aspect du rôle de lhumanité dans l’incarnation. Voir Origène, In Matth., xx, 51, P. G., t. x, col. 1686; 5. Jean Chrysostome, Zn Matth., hom.LXXVI (al: τσ χ νη), n 3, Ὁ. ὦ, t. avr, col. 705:sq. — A Béthanie, Jésus, comme homme, demande où est Lazare, et comme Dieu il le ressuscite; à Césarée, Jésus interroge Pierre comme homme et, comme Dieu, il l’inspire. 5. Athanase, Contra arianos, οὐ αἴ. 111, n.46, P. G.,t. XX V1, col. 421. Cf. n. 38, col. 404 CG. — Quand Jésus demande au démon son nom (Matth., v, 1-15), il interroge non par ignorance, mais pour mieux faire ressortir ses raisons d’agir, ou encore pour se conformer à la manière d’agir des hommes. — Voir aussi S. Épiphane, Hær., Lxv1, n. 33, P. G.,t. xLn1, col. 85 B; Ancoratus, XXXI, XXXIX, €. XLIIT, CO. 72-73, 88.

Aucune ignorance dans l'esprit du Christ, aflirme Cyrille d'Alexandrie. Si Jésus interroge, c’est qu'il s’est fait semblable à ses frères. Il savait où Lazare était enseveli, et il le demande cependant. A Césarée de Philippe, quand il interroge Pierre, il savait la réponse que ferait l’apôtre. Dieu a bien interrogé Adam (Gen., 111, 9) et Caïn (1v, 9); on ne peut donc être surpris que le Verbe incarné interroge Philippe (Joa., νι, 5-6). Thesaurus, ass. xxI1, P. G., t. LxxV, col. 376 AB, 371 B C1 Ad reginas, 11, 7, t. LXXVI, col. 1355. — Pour Euloge d'Alexandrie, les interrogations du Christ ne sont que des figures de langage, comme celles prêtées à Dieu lui-même (voir ci-dessus). Cité par Photius, Cod., cexxx, P. G.,t.cur, col.1080 D-1084 ἃ. — Nicéphore de Constantinople dit que le Christ interroge simplement pour manifester la manière de faire de notre nature. Antirrheticus, n. 50, P. G:,t. €, col. 328. — C’est aussi l'interprétation de saint Augustin, In Joannis evang., tract. XLIX, n. 20, P. L.,t. XXX\, col. 1755-1756. On peut voir aussi dans les interrogations du Christ un symbole de la vocation, De div. quæst. LXXXIII, 4. LXV, t. XXXIV, Col. 60.

2. Les exclamations du Christ à la passion. — Le cri d'abandon du Christ sur la Croix (Matth., xxvir, 46) inspire à Leporius cette interprétation : l’abandon dont il s’agit n’est que celui du corps après la mort : la passé est employé ici à la place du futur, le corp; devant être abandonné non seulement par Dieu, mais par l’âme du Christ elle-même. Op. cit., n. 9, P. L., t. xxx1, col. 1228 D. Cette interprétation est d’ailleurs assez commune aussi bien chez les Grecs que chez les Latins au 1ve siècle. Elle s’appuie sur cette idée que le corps du Christ ne pouvait mourir que par l’abandon de la divinité. Voir Novatien, De Trinitale, C. XXT, P. L., t. 1, col. 956 BC; 5. Hilaire, De Trinitale, 1. X,

(6859. SCTENCTADITE n. 65, P. L., 1. x, col. 594 A ; 5. Ambroise, In Luc., 1. X, n. 127, P. L.,t. x, col. 1929 A; Nicétas de Remésiana, De symbolo, c. xx, P. L., t. xvr1, col. 525. Sur la pensée de cet auteur, voir L. Janssens, De Deo-homine, t. 11, p. 838-839.

Pour Grégoire de Nazianze, c’est en notre nom que Jésus s'adresse au Père, Orat., xxx, n. 5, P. G., t. XXXVI, 00]. 108. — La prière : « Que ce calice, s’il est possible, s'éloigne de moi » : paroles de l'humanité, déclare saint Damascène, et non de la divinité. De duabus voluntatibus, n. 38, P. G., t. κον, col. 177 B. Plus simplement, saint Grégoire de Nazianze expliquait cette prière du Sauveur, tout en maintenant la parfaite connaissance qu’il avait de tout ce qui arriverait à Ja passion. Orat., xxx, n. 15, P.G:, t.XXxVxr, col. 117 C. Saint Jérôme ne trouve aucune ignorance réelle dans ces sentiments exprimés par le Christ ils doivent simplement être une occasion de manifester notre foi. Dial. adv. pelagianos, 1. 11, n. 17, P. L., t. xx111 (édit. de 1865), col. 575.

40 Les interprélations patristiques de Marc., XIII, 32 el Matth., XX1V, 86. -— L'article AGNOÈTES ἃ étudié spécialement l'interprétation de ces textes par les Pères, t. 1, col. 589-593, en fonction des négations agnoètes. On ne reprendra donc la question que partiellement, dans la mesure où il est nécessaire de compléter un sujet qui déborde l’agnoétisme et de tenir compte des travaux plus récents et plus étendus, parus depuis le décret du Saint-Office du 5 juin 1918, de Schulte, de J. Marië et surtout de l’étude presque exhaustive de J. Lebreton, Histoire du dogme de la Trinité, 6e édit., t. 1, Paris, 1927, note C : L’ignorance du jour du jugement, dont on s’inspirera ici.

L'étude des interprétations patristiques de Marc., 11, 32 doit être répartie sur cinq périodes : 1. avant la controverse arienne ; 2. la controverse arienne et apollinariste; 3. la controverse christologique au ve siècle; 4. Saint Augustin; 5. les controverses christologiques du vie au vue siècle. C’est à peu près la division adoptée par J. Lebreton.

1. Avant la controverse arienne. — L'interprétation d’/rénée est strictement littérale : le Fils n’a pas eu honte de rapporter la connaissance du dernier jour au seul Père pour nous apprendre à ne pas rougir de rapporter à Dieu ce qui est au-dessus de nous. Contra hær., 1. II, 6. ΧΧΝΗΣΙ, ἢ. 6-8, P. G.,t. vix, col. 808-811.

-Origène présente plusieurs interprétations. L'anéantissement (quia se exinaniverat, formam servi accipiens, cf. Phil., 11, 7) explique que Jésus se soit dépouillé de sa science : ce qui est loin d’être une imperfection; car, si Dieu n’est pas imparfait en ignorant le pécheur, le Christ n’est pas imparfait en taisant les choses humaines pour magnifier la gloire de Dieu. /1n Jerem., hom. 1, 7-8, ἢ. G.,t. Χαπὶ, col. 264-265. Rien d'étonnant donc que, sur le jour du jugement, le Seigneur se joigne aux ignorants, puisque, en tant qu'homme, le Christ progressait en science et en sagesse. Voir ci-dessus, col. 1636. Sur ce fondement se greffent deux explications, l’une littérale jusqu’à sa résurrection, la science du Christ fut imparfaite, ce n’est qu'après la résurrection que Dieu l’a exaltée et que le Fils a reçu du Père la science complète; l’autre mystique:l'Église ne faisant qu’une avec le Christ, tant qu'elle ignore, le Christ est dit ignorer lui-même. Zn Matth. cemmentar. series, ΧΙ, P. G., t. ΧΙ, col. 1686 A-1687 C: cf. In Lucam, hom. x1X, col. 1849; hom. xx, col. 1853 B.

2. Controverse arienne et apollinariste. — a) Pères grecs. Les Pères réfutent les ariens qui veulent attribuer l'ignorance au Verbe de Dieu,et d'autre part, ils invoquent Marc., Xi, 32 pour prouver aux apollinaristes la réalité d’une science humaine, et par conséquent d’une âme humaine dans le Christ. « Les intérêts immédiats de cette double controverse semblaient

JÉSUS-CHRIST

EXPLICATIONS ΕΘ ΕΘ 1020 recommander une interprétation littérale du texte évangélique : admettre une ignorance humaine réelle dans le Christ, n'était-ce pas établir une fois de plus une distinction devenue traditionnelle dans l’exégèse catholique ? » J. Lebreton, p.561. Cependant l’exégèse littérale, largement répandue, n’est pas la plus universellement acceptée.

Ainsi Eustathe d’'Antioche explique l'ignorance du Christ par un dessein miséricordieux de Dieu en vue du salut des hommes : ne forte inefjabilia mysteria similis generis hominibus homo indicans et diem secundi adventus ostenderet. Fragm., dans Théodoret, P. G., τ. xvin, col. 677 B, 691 C (ou dans Facundus d’Hermiane, Pro defensione trium cap., xt, 1, P. L.,t. LXVIr, col. 795).

Saint Athanase discute longuement ce texte contre les ariens et fournit plusieurs réponses à l’objection qu’on en tire. Contra arianos, orat. 111, n. 42-49, P. G., t. ΧΧΥῚ, col. 412-428. Déjà, au n. 37, il pose le principe de sa solution : l'ignorance appartient à la chair (l'humanité), mais le Verbe, par qui toutes choses ont été faites, connaissait toutes choses. Col. 404 GC. Le Verbe, qui connaît le Père et qui a tout créé, connaît donc le jour du jugement et il le montre en décrivant les signes avant-coureurs. N. 42, col. 412. 11 le connaissait donc en tant que Verbe, mais il l’ignorait en tant qu’homme. N. 43, col. 413. En n’exceptant pas le Saint-Esprit, le Christ a montré que, comme Verbe, il connaît cette heure puisque c’est de lui que le Saint- Esprit reçoit; de plus, il connaît le Père, il est dans le Père, donc il connaît cette heure, n. 44, col. 416; il connaît en tant que Verbe, mais ignore en tant qu’homme. N. 45, col. 417... Si le Christ se dit ignorant, il fait comme Paul qui, sachant qu'il a été ravi en corps au ciel, déclare par modestie qu’il l’ignore (II Cor., x11, 2). N. 47, col. 421. S’il a répondu ainsi en tant qu'homme, c’est afin d’arrêter les interrogations des apôtres; mais, après la résurrection, le Christ ne dit plus : « Le Fils ne sait pas », mais : « Il ne vous appartient pas de savoir » (Act., 1, 7). N. 48, col. 424. Ainsi le sens des paroles est : ἐγὼ οἶδα, ἀλλ᾽ οὐκ ἔστιν ὑμῶν γνῶναι. N. 49, col. 425

Dans la deuxième lettre à Sérapion, n. 9, P. G., t. xxvI, col. 621-624, Athanase ne retient qu'une idée : l'ignorance est le propre de l’homme et comme le Verbe a voulu être homme, il en a pris l'ignorance comme d’autres infirmités, précisément pour en purger et libérer l'humanité, col. 624; cf. De incarnatione et contra arianos, τι. 7, col. 993.

« Ainsi, conclut J. Lebreton, tout l'effort de saint Athanase tend à établir que le Verbe divin n'ignore rien; en comparaison de cette affirmation capitale, le reste est pour lui de peu d'importance, et il propose plusieurs interprétations différentes du texte évangélique : l'ignorance, écartée de la divinité du Christ et attribuée à son humanité, est présentée tantôt comme apparente, tantôt comme réelle. À cette occasion, il formule ce principe sotériologique qui sera dans la suite si souvent invoqué en divers sens : « Le Christ ἃ voulu se charger de toutes nos infirmités pour les guérir toutes. » Op. cil., p. 563.

Saint Basile. — Dans la lettre vin au peuple de Césarée (en supposant que cette lettre soit de Basile et non d'Évagre le Pontique, cf. R. Melcher, Der 8. Brief des Basilius ein Werk des Evagrius Ponticus ? Munsteren-W., 1923), l’auteur donne une double interprétation : dans l'ignorance du jour du jugement, il voit d’abord une disposition providentielle; cf. Act., 1, 7. Mais à cette interprétation grossière (παχύτερον) se superpose une interprétation allégorique : Dieu ne connaît que lui-même; il ignore ce qui n’est pas luimême, La connaissance des choses divines (le jour du jugement en fait partie) est, par ailieurs, un sommet

inaccessible aux anges eux-mêmes. Epist., Vin, n. 6-7, col. 256 A-257 A.

Dans la lettre ccxxxvI à Amphiloque, d’authenticité indiscutée, Basile établit deux principes de solution. D'une part, l'ignorance aflirmée par le Fils montre que le Père seul est le principe de cette connaissance, et le Fils ne connaît le jour du jugement que parce que le Père le connaît. P. G.,t. Xxxn1, col. 870 B. Le Fils ne saurait d’ailleurs être rangé avec ses serviteurs parmi ceux qui ignorent. Col. 880 A. D'autre part, sans s’écarter de la saine doctrine, on peut expliquer l'ignorance par |’ « économie » (l'incarnation). Col. 877 GC. Basile fait ici remarquer la différence de Matthieu, qui ne nomme pas le Fils,et de Marc qui en fait mention (voir ci-dessus, col. 1631); mais cette omission importe peu.

Dans le IVe livre contre Eunemius, €. 111, le pseudo- Basile esquisse une solution plus précise. Le Fils connaît le Père et donc ne peut rien ignorer : en lui sont tous les trésors de la sagesse et de la science. L’ignorance du dernier jour est donc une simple réticençe, pour ne pas dévoiler ce qui aurait pu diminuer la piété et le zèle des hommes. P. G.,t. XXIX, col. 696 BC. Sur l'attribution probable de ce livre à Didyme, voir G. Bardy, Didyme l’Aveugle, Paris, 1910, p. 23-27.

Saint Grégoire de Nazianze. — Ce Père s’appaie sur le même principe que le pseudo-Basile pour dire que le Fils n’ignore pas le jour du jug:ment, dont il a même décrit les signes avant-coureurs. Mais cette science, il la comme Dieu et non comme homme. Orat., XXX (theol. τ). τὸ. 15-16, P. G., t. xxxvV1, col. 124 AC. Aussi Grégoire emploie-t-il ici le mot Fils (υἱός) d’une façon absolue et non «le Fils de Dieu »(6 υἱὸς τοῦ Θεοῦ). « Cet emploi absolu de υἱός est d’ailleurs emprunté à saint Athanase, Orat., 111, n. 43 et se retrouve chez saint Ambroise, De fide, 1. V, c. Xvin, ἢ. 221 et chez saint Cyrille d'Alexandrie (voir plus loin, col. 1643), Thesaurus, ass. Xx11. Ce texte de saint Grégoire devicndra classique dans la théologie grecque; on insistera particulièrement sur la réserve : ἄν τις τὸ φαινόμενον χωρίσῃ τοῦ voouévou (si l’on sait séparer l'apparence de ce qu'il faut comprendre). Euloge d'Alexandrie et Jean Damascène l’interpréteront en ce sens que l'ignorance ne convient à l’humanité du Christ que si, par abstraction, on l’isole de la divinité, et cette interprétation paraît très légitime. Cf. Gore, The consciousness of our Lord in his mortal life, dans Dissertalions on subjects connected with the Incarnation, 3e édit., Londres, 1897, p. 126 et note 2; Schulte, op. cil., Ὁ. 53. À ceux que ne saticferait pas cette solution, saint Grégoire en propose une autre : le Christ a voulu signifier que le Père était la source unique de cette connaissance. 1bid., n. 16, col. 124 C. » J. Lebreton, p. 564.

Saint Grégoire de Nysse. — Afin de prouver la réalité de l'humanité totale du Christ contre Apollinaire, il affirme positivement l'ignorance dans l’âme du Christ : le Christ a souffert la faim, la soif, l'ignorance, et par conséquent il y a en lui autre chose que la divinité. Adv. Apollinarem, Xx1V, P. G.,t. XLV, col. 1173- 1176; cf. xxvrr, col. 1185; Contra Eunomium, 1. VI, col. 736 BD.

1,55 autres Pères grecs de cette Cpoque rejettent généralement l'explication de l'ignorance véritable pour s’en tenir à une ignorance apparente dans l’âme du Christ : Pour Didyme l’Areugle, le Christ a refusé de révéler ce qu’il nous était utile d’ignorer, mais lui, connaissant le Père, connaissait «le jour et l’heure », De Trinitate, 1. III, c. xxxu11; Cf. In ps. LXVI11, n. Ὁ, P. G.,t. ΧΧΧΙΧ, col. 916-921, 1453 A. Voir ci-dessus : pseudo-Basile. — A mphiloque rapproche, lui aussi, la science du Fils de celle du Pèzc : « Le Fils ne saurait

ΟΝ ΒΘ 16242 pas, si le Père ne savait. » Fragm., νὰ, P. α.;1. col. 104.

Dans l’Ancoratus, P. G., τ. Xuin, saint Épiphane pose en principe la perfection de la science du Christ : puisque le Fils connaît parfaitement le Père, la science du Père est celle du Fils; comment donc le Fils pourrait-il ignorer les moindres vérités ? N. 16, col. 44-45. Alors, comment interpréter l'ignorance du dernier jour Ὁ N. 19, col. 52 D. L'Écriture nous enseigne l’existence d’une double connaissance spéculative, n. 20, col. 53; or, le Fils connaît le dernier jour de cette connaissance spéculative, mais pratiquement il ne le connaît pas encore et doit attendre le jour du jug:ment. Col. 56-57. Même doctrine dans le Panarion : Hær., LXIX, n. 43-47, τ. XLI1, 60]. 269-276. Sur le progrès dans la science du Christ, voir ci-dessus, col. 1080. --- On retrouve la distinction proposée par saint Grégoire de Nysse dans le Dialogue attribué faussement à Césaire, frère de Grégoire de Nazianze, 1, n.20, P. G.,t. XXXVINT, col. 876-880.

Saint Jean Chrysostome, lui non plus, n’admet aucune ignorance du dernier jour dans l’âme du Christ : celui «en qui sont tous les trésors de la sagesse et de la science » (Col., 11, 3) ne peut ignorer ce jour; mais il ἃ voulu détourner les disciples de toute interrogation. In Matth:, hom.:LxxvIr, τὶ. 2, P. G.;t. zvrrr, col. 703; cf. In Joannem, hom. XLvVI1, 11. 2, t. LIX, col. 265-266.

b) Pères latins. — Les Pères latins de cette époque dépendent beaucoup des grecs dans l'interprétation de Marc., Χπιὶ, 32; la plupart nient toute ignorance réelle. Saint Hilaire estime que « savoir » équivaut à «faire savoir »,si le Fils ne sait pas, c’est qu'il entend se taire. Ainsi pas d’ignorance dans le Fils, ce serait faire injure au Père. Comme le Père, le Fils a la prescience de tout. Rien n’échappe à celui qui a, renfermés en lui, tous les trésors de la sagesse et de la science. Dieu ne connaît pas ce qu’il ne veut pas connaître. Ainsi le Christ, n’ignorant rien de ce qui concerne la « dispensation » (incarnation), parle comme s’il ne savait pas; il conserve sa science cachée parce qu’il ne la veut pas communiquer. De Trinitate, 1. IX, n.71-73, P. L.,t.x, col. 335-340. Deux passages (mais d’authenticité douteuse) semblent attribuer à l’humanité du Christ l'ignorance, comme un défaut inhérent à la nature humaine. Zbid., 1. IX, n. 75: 1. X, n. 8, col. 341 B-343 A, 348 BC.

Saint Ambroise, on l’a vu, col. 1637, semblait admettre, dans le De fide, une science parfaite en Jésus- Christ, rejetant l’opinion qui conçoit la possibilité d’un progrès, à plus forte raison d’une ignorance. Au I. V, n. 193 sq., il fait observer, comme saint Basile, l’absence du mot « Fils » dans le texte de saint Matthieu, col. 716. L'opinion écartée dans le De fide est adoptée dans le De incarnatione. Dans le commentaire sur saint Luc, postérieur à ces deux ouvrag?s, Ambroise écarte toute ignorance, mais voit la source de la science parfaite du Christ non dans l'humanité, mais dans la divinité. In Lucam, 1. VIII, n. 34-36, P. L., Éxwv, col. 1779.

Saint Jérôme. — Le Christ connaît le dernier jour, lui qui « fait tous les temps» et connaît le Père. Mais parce que «tous les trésors de la sagesse et de la science sont cachés en lui », ce secret en particulier y est caché, parce que sa révélation serait nuisible aux apôtres. /n Matth., 1. IN, ©. xx1v, ÿ. 86, P. L., t. xxvi, (édit. de 1866) col. 188-189; cf. In Marc., €. xX111, Ÿ. 32, dans Anecdota Maredsol , τ. 111 ὃ, p. 365 sq. (cf. Rouét d: Journel, Enchiridion patristicum, n. 1410). Une con firmation de la science parfaite du Christ est la connaissance qu’il a des péçhés commis par les accusa teurs de la femme adultère. Dial. adv. pelag, 1. Ο 11. n. 17, P. L.,t. xx, col. 579. L’ignorance du derniet jour a été affectée pour donner lieu à un acte 40 foi

Page 1