‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 355 sur 457 · DOGMATIQUE, CONCLUSION · texte numérisé non relu

DOGMATIQUE, CONCLUSION

eff: Co UN UV, ΚΣ RE VIT, ΚΤ Deiaur gras, ἘΠ IC IRSC LT D 200:

X. CONCLUSION. — L’exposé qui précède ne donne qu'une idée très sommaire de l’œuvre de Suarez. Même en ce qui concerne sa théologie spéculative, force nous a été de nous en tenir à quelques aperçus. De parti pris ont été laissées de côté de nombreuses et importantes études de théologie positive : exégèse scripturaire, recherches sur l’enseignement des Pères et les définitions du magistère, études qui occupent pourtant une large place dans les différents traités de notre auteur. Par ailleurs celui-ci n’est pas seulement l’un des meilleurs théologiens scolastiques, ses Dispulationes metaphysicæ lui valent de compter aussi parmi les philosophes les plus marquants. Et son renom n'est guère moindre en morale et en droit canon. À presque toutes les branches des sciences ecclésiastiques il a consacré des ouvrages d’une ampleur et d’une portée considérables. Sa Defensio fidei ne l’a-t-elle pas fait estimer par certains comme l’un des créateurs de la philosophie du droit ? et ses écrits sur la vertu de religion, l’état religieux οὗ la prière ne le rangent-ils pas parmi les grands auteurs de l’ascèse et de la mystique? C’est précisément cette universalité qui constitue l’un de ses caractères les plus saillants et qui a particulièrement contribué à frapper d’étonnement et d’admiration ceux qui l’ont étudié de près.

Suarez n’est pourtant pas un simple érudit, un encyclopédiste et un compilateur. Car il ne s’est point borné à lire et à s’assimiler des documents, ni à dresser l'inventaire des opinions les plus diverses. De tous ces matériaux il a fait une critique attentive et méthodique. Avec un rare discernement, sans s’incliner à priori devant aucune autorité, comptât-elle parmi les plus hautes, sans jamais céder à la pression des amitiés ou des coteries, il ἃ analysé, discuté, sondé chaque système pour y séparer l’incertain du solide. Et c’est bien la maîtrise avec laquelle il a fait ce triage, jugé à sa vraie valeur, en tant de matières différentes, l’enseignement de ses devanciers et de ses contemporains, avant de proposer le sien en parfaite connaissance de cause, qui lui a valu son titre de Docteur éminent.

Le jugement porté par M. Grabmann sur ses Disputationes metaphysicæ s'applique sans aucun doute à toute la production de Suarez : « Il a réuni, écrit l’éminent historien de la philosophie scolastique, avec une étonnante érudition sur chaque problème l’ensemble de la documentation connue de son temps. Non seulement il ἃ cité une pléiade d'auteurs aux tendances les plus variées, mais, en règle générale, il a largement exposé leurs théories de façon à en donner une fidèle image. Et, de même qu’il rapporte clairement et textuellement leurs opinions, il en critique aussi les fondements et la portée sine ira el studio. On a justement nommé les Disputationes melaphysicæ un répertoire instructif et complet de l’enseignement scolastique et de ses divergences d’école à école. Ce recensement des systèmes n’est d’ailleurs pour lui qu’un moyen et un point de départ pour un travail plus constructif et la formation de son jugement propre sur chaque question disputée. Sous ce dernier rapport il faut signaler parmi ses traits dominants son sens du réel, c’est-àdire cette pénétration aiguë qui le fait aller jusqu’au cœur du problème pour en développer lumineusement, avec les tenants et aboutissants, le processus d’argumentation qui conduit à sa solution. Après l’avoir lu on est renseigné à fond sur tous les aspects d’une question, ses difficultés, ses ramifications, les diverses réponses qui peuvent lui être faites. Par cette qualité comme par sa tranquille objectivité, Suarez fait penser à saint Thomas d'Aquin. Et il lui ressemble encore

ainsi qu’à saint Bonaventure, par la profondeur de sa vie intérieure et la grande noblesse de son âme entièrement consacrée à Dieu et à la vérité. » Miltelallerliches Geislesleben, t. 1, c. Χ αι, Die Disputaliones metaphysicæ des Franz Suarez, p. 534 sq.

Il est vrai que ce ne sont pas d'ordinaire ces qualités sérieuses et robustes qu’on applaudit avec le plus de bruit et d'enthousiasme. Mais, à défaut de la gloire plus retentissante des grands chefs d’école et des créateurs de nouveaux courants de pensée, Suarez mérite celle d’avoir mis au point sur la plupart des grands problèmes de la métaphysique, de la théologie dogmatique et morale et de la spiritualité chrétienne une doctrine remarquablement compétente, judicieuse et sûre. Moins brillante que d’autres, son œuvre n’a certainement pas été moins féconde et sans doute ne sera-t-elle pas moins durable.

P. Dumoxr.

"11. LA THÉOLOGIE PRATIQUE. — Dans le Proæmium de son De religione, ἃ. XII, p. 1, Suarez a fortement marqué que la théologie ne pouvait se borner à être spéculative, qu'elle devait s’achever en théologie pratique : Sacra theologia ita subtili divinarum rerum speculatione detinetur ut humanas eliam dirigat actiones, speculatrix enim est οἱ practica… Minus quidem laudabilis essel, si mentem illustraret, non mores dirigeret.. C’est le grand reproche que fait saint Paul aux philosophies anciennes, Rom., 1 : elles connaissaient Dieu sans apprendre à l’honorer et — nous pouvons l’ajouter — à le servir et à l’aimer. Et le grand théologien se rend à lui-même ce beau témoignage : Hic semper [fuit] meorum laborum scopus ut Deus ab hominibus el cognoscatur magis et ardentius sancliusque colatur.

De fait, dans l’œuvre écrite de Suarez, si, aux traités d'enseignement se rattachant plus ou moins directement à la Somme de saint Thomas, on joint les écrits polémiques : Defensio fidei, De immunitate ecclesiastica, etc.), on peut reconnaître que sa théologie pratique n’est pas d’une moindre étendue que sa théologie spéculative : sur 26 volumes de l'édition Vivès (plus exactement 28, les t. xvr et xxrr1 étant en effet dédoublés), 14 contiennent des matières qui lui reviennent, soit en totalité, soit en partie, à la suite du dogme ou mêlé à lui.

Dans ce dictionnaire, nous nous contenterons de donner quelque idée de la théologie pratique suarésienne, en marquant les matières qu’elle embrasse et ses caractères principaux, en signalant quelques-unes de ses doctrines plus importantes ou plus actuelles (col. 2696), et en relevant quelques traces de son influence (col. 2724).

I. MATIÈRES DE LA THÉOLOGIE PRATIQUE SUARÉ- SIENNE ET CARACTÈRES PRINCIPAUX. — 7, MATIÈRES TRAITÉES. — Le relevé des œuvres de Suarez (col. 2641 sq.) a énuméré et décrit les divers ouvrages qui traitent directement dela théologie pratique, les uns publiés du vivant de l’auteur, les autres après sa mort, certains retenant plutôt la forme de commentaire, du reste fort libre, de la Somme thomiste, d’autres, les plus considérables sans doute, comme le De religione et le De legibus, prenant celles de traités plus personnels. De plus toute une série d'ouvrages renferme des questions se rapportant à cette théologie, soit séparées de celles proprement dogmatiques, soit mêlées à elles.

Sans y revenir, il importe de souligner l’ampleur des matières, qui sont traitées dans ces divers ouvrages. Par rapport à la division des sciences théologiques telle qu'elle existe actuellement en suite de leur développement historique, on peut sans exagérer aflirmer que ces matières couvrent la plus grande partie du champ de la théologie morale proprement dite (en y ajoutant la philosophie morale), du droit canon, et

Page 1