PRATIQUE, LA MORALE
Précédemment dans le même ouvrage, tract. I, De fine ultimo, disp. III, sect. ἵν, n. 2, p. 34, il avait préparé cette doctrine du péché véniel en établissant la possibilité de vouloir deux fins dernières, l’une dernière simpliciler et l’autre secundum quid.
b) Dans la même disp. II,sect. vit, p.539, est posée la question : An peccatum mortale debeat necessario præcedere veniale ? C’est le problème, présenté, il est vrai, sous un angle un peu spécial, de ce qu’on a appelé : l'option fondamentale : au début de la vie morale, une conversio ad Deum est-elle nécessaire de telle manière que l'enfant, s’il ne la fait pas, pèche mortellement avant de pouvoir véniellement pécher?
Suarez avait déjà touché cette question dans le tract. I, De fine ultimo, disp. III, sect. v, p. 36; il avait répondu qu’une fin particulière suffisait à déclencher le mouvement moral. Dans le De viliis el peccatis, au passage indiqué, après une discussion sur cette conversio ad Deum et le vrai sens qu’elle a, selon lui, chez saint Thomas, il donne une réponse plus complète : psychologiquement la raison se développant par degrés, il est possible et même sans doute plus fréquent que l’enfant puisse offenser Dieu d’abord véniellement, avant de pouvoir le faire mortellement. Zbid., n.18,:9; 10 p.141:
29 Morale spéciale. — 1. Vertus théologales et morales. — À la morale spéciale se rapportent d’abord les ouvrages de Suarez consacrés aux vertus théologales et à la vertu de religion, à savoir le De triplici virtute theologica, fide, spe et carilate, t. x1x (traité posthume, donné sous forme de Disputlaliones et reproduisant son enseignement; des questions proprement morales terminent chaque partie) et le De virlute religionis, publié par l’auteur en 1608-1609, τ, xrix et x1v, 6 traités, que compléta le De statu perfectionis et religionis (posthume), t. xv, xvI et χνὶ bis (ces deux derniers tomes avec pagination continue), 4 traités, le dernier sur l'institut de la Compagnie de Jésus.
armi les doctrines proprement morales de ces ouvrages nous signalerons les suivantes :
a) Vertus théologales. — Foi : disp. XII, sect. πὶ, τ. χα, p. 339 sq., nécessité de la foi en elle-même et cas exceptionnels où le vœu de la foi suffirait pour le salut; cf. en particulier le n. 15, p. 343, sur la pieuse croyance d’après laquelle la providence divine s’exercera pour éclairer le païen de bonne volonté; disp. XIV, p. 381 sq., sur le précepte de l’acte extérieur et la défense de cacher la foi, tout un ensemble de cas par exemple sur les vêtements (sect. v, p. 394) qui sont de véritable casuistique à la mode suarésienne, c’est-àdire fortement appuyée sur des principes développés. Nous parlerons plus loin de la disp. XVIII, p. 436, sur la conversion des infidèles, et des disp. XIX à XXIV, p. 460, sur l’hérésie.
Espérance : comme dans tous les traités anciens et modernes de théologie morale, cette vertu est très brièvement examinée et sans rien de bien saillant, du moins au point de vue pratique.
Charité : il en est longuement traité, 9 disputations. Nous signalerons surtout : disp. V, sect. v, p. 669 sq., où le précepte d'aimer les ennemis est donné comme existant déjà dans la loi naturelle et la loi ancienne et se trouve étudié avec la plupart des détails qu'on retrouvera chez les casuistes postérieurs ; et disp. VII, p. 676 sq., sur le précepte de l’aumône; Suarez s’y efforce de préciser la doctrine de saint Thomas, cf. par exemple, sect. 1v, ἢ. 6, p. 687, et, dans l'esprit de la ‘asuistique du temps, d'en déterminer l’exacte obligation; les diverses nécessités et les divers superflus, ad vilam et ad statum, sont distingués ; les applications casuistiques sont très poussées, cf. sect. 11, p. 679 sq., aumônes permises aux domestiques, religieux, fils de famille, épouses, etc.; devant des necessilales graves,
2701 SUAREZ. THÉOLOGIE c’est péché mortel que refuser l’aumône de son superflu, sect. 1, n. 5, p. 683; cf. n. 9, p. 685, l'opinion moins sévère est donnée comme sans probabilité pratique; et même in gravissima necessilale cette obligation existe quant au superflu ad vilam, sect. 1V, n. 5, p. 686; de plus devant les communes necessilales celui qui a du superflu simpliciter, quoiqu'il lui soit légitime d'’économiser et de vouloir s'élever socialement, cf. sect. 111, n. 9, p. 685, est tenu de faire l’aumône, en sorte qu'il pécherait gravement s’il avait le proposilum formale vel virluale nunquam dandi eleemosynam, nisi in gravibus necessilatibus, sect. 111, n. 7, p. 684; c'était bien mettre en valeur la « disposition d'âme » comme détermination première et fondamentale du précepte dans les circonstances ordinaires.
b) Vertu de religion. — L'étude de cette vertu — la seule des vertus morales qui soit directement exposée dans l’œuvre de Suarez — est particulièrement riche. Suarez ἃ bien vu la difficulté qu’il y avait à rattacher selon la conception thomiste la religion à la justice; cf. De virtute religionis, tract. I, 1. III, c. τὴν et 1v, t. x, p. 44 sq. L'ordre qu'il adopte, quelque peu divers de celui de la Somme, est pragmatique et peut être discuté; c’est le suivant : tract. I : caractères essentiels de la vertu; tract. II: préceptes affirmatifs : culte, adoration surtout extérieure; tract. III : préceptes négatifs : irréligiosité, superstition, sacrilège, simonie (t. x); tract. IV, V et VI : prière (oratio), serment et vœu (t. XIV).
Dans cette abondante matière nous ne relèverons que deux points, du reste secondaires mais d’actualité : d’abord les considérations présentées sur l’œuvre servile, tract. IL, 1 II, c. xvir-xx, ©. XIII, p. 322 sq. A la suite de Cajétan, Suarez paraît avoir grandement contribué à faire triompher la conception qui, au xvI® siècle, remplace la notion ancienne, à savoir un travail corporel, manuel, se rapportant aux arts mécaniques, par opposition à celui des arts libéraux. Puis ce qui concerne les vices opposés à la religion. Suarez s’écarte de la division de la Somme (il le reconnaît lui-même, tract. III, 1. I, c. 1, n.5,t. x111, p. 440); mais, en ce qui concerne la superstition divinatoire, il conserve à peu près les diverses espèces distinguées par saint Thomas, cf. 1. 11, c. 1X, n. 5, p. 513, et, comme lui, il voit dans les vaines observances, nous dirions aujourd’hui les craintes et les espoirs superstitieux, une relation au moins implicite avec le démon; cf. n. 12, p. 515. Il admet cependant, après Cajétan, que souvent elles sont de simples péchés véniels parce qu’on s’y confie ex quadam simplicitate, absque præsumptione mali aut pacti cum dæmone, c. x, n. 6, p. 519; la critique de l'astrologie, tout un chapitre, tract. III, 1. 11, c. ΧΙ, p. 523 sq., présente un réel intérêt devant les tentatives actuelles pour redonner une valeur scientifique aux horoscopes; retenons-en au moins cette réflexion de bon sens : en ce qui concerne les inclinations futures du nouveau-né, ce sont certainement les éléments directs produisant la conception qui influent beaucoup plus sur le tempérament que la position ou le cours des astres à la naissance, n. 8-11, p. 526 sq.; en tout cas, on ne peut sans pécher contre la vérité tenir l’horoscope comme certain, n. 12, p. 528, ni prédire par les astres ce qui, dans l’avenir, dépend de la liberté humaine, n. 13, ἰδία. annoncer les futurs contingents à l’aide des astres est certainement erroné et user de cette prédiction est superstitieux, n. 24, p. 532 et n. 31, p. 535; la divination par les songes est aussi largement étudiée, c. x11, p. 547 sq., ainsi que la magie. C. XIV, XV, XVI, p. 558 sq. ;
2. Sacrements. — Aides principales de la vie chrétienne et, à ce titre, tenant grande place dans la morale spéciale, les sacrements (sauf l’ordre et le mariage) ont été étudiés par Suarez dans une œuvre publiée de son