‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 366 sur 457 · SUFFRAGE — SUFFREN (JEAN · texte numérisé non relu

SUFFRAGE — SUFFREN (JEAN

Christ sur cette terre, ils ne sauraient être l’objet d’une sentence de sa part. Le rôle de l'Église consiste donc uniquement à présenter à Dieu les satisfactions destinées à payer leur dette; et ce principe vaut pour tout ordre de satisfaction, y compris la sainte messe, avec son fruit de propitiation et de satisfaction. Voir ici MESSE, t. x, col. 1301-1303. Les fidèles vivants gagnent les indulgences, accomplissent des œuvres satisfactoires, offrent ou font offrir le sacrifice eucharistique et en transfèrent la valeur expiatoire aux âmes souffrantes. Lorsque ce transfert est opéré par l’autorité de l'Église elle-même, comme dans les indulgences, cette affectation officielle donne aux pieux suffrages des fidèles une valeur plus particulière, un crédit plus pressant auprès de Dieu. Mais ce transfert ne saurait être une libération directe prononcée par l’Église; il est simplement une présentation faite à Dieu, qui seul peut prononcer la diminution ou la libération totale.

Les travaux de N. Paulus sur les indulgences ont montré, par les textes pontificaux eux-mêmes, que telle était bien la pensée de l’Église. Sixte IV est le premier pape qui ait promulgué (3 août 1476) une bulle d’indulgences pour les défunts. Cf. INDULGENCES, t. vis, 60]. 1616 et art. SIXTE IV, col. 2210. Nous avons dans cette bulle l'interprétation authentique de l’expression per modum suffragii, qui y est d’ailleurs employée : Volumus ipsam plenariam remissionem per modum suffragii ipsis animabus purgatorii pro quibus dictam quotam pecuniarum aut valorem persolverint, pro relaxalione pænarum valere ac suffragari. Il s'agissait d’une offrande faite en faveur de la réédification de Saint-Pierre de Saintes. Voir les textes col. 2211.

Comme conclusion, il faut donc affirmer que, tout en maintenant que la messe, les indulgences et autres œuvres de propitiation et de satisfaction offertes au nom de l’Église en faveur des âmes du purgatoire, sont offertes de la même manière — par mode de suffrage — que les prières, aumônes et satisfactions offertes par les simples fidèles en leur nom personnel, elles ont cependant devant Dieu une valeur bien plus grande, en raison de l'autorité et de la caution du pape ainsi que du trésor spirituel de l'Église tout entière.

A. MICHEL

SUFFREN Jean, jésuite français (1571-1641). — Originaire de Salon en Provence, Jean Sufiren entra à quatorze ans au noviciat d'Avignon. Comme beaucoup de ses confrères, il consacra plusieurs années à l’enseignement des belles-lettres ; puis les collèges de Dole, d'Avignon et de Lyon le virent tour à tour professeur de philosophie et de théologie. Il prêchait depuis quelques années dans diverses villes avec le renom d’un grand religieux et d’un prédicateur de talent, lorsque, en 1615, Marie de Médicis le choisit pour confesseur. Le P. Suffren accepta et, attaché désormais à la personne de la reine mère, il lui témoigna jusqu’à la mort un admirable dévouement. On peut se faire une idée des difficultés de sa position en songeant aux intrigues qui se nouèrent constamment durant ces années autour de la remuante princesse et de son fils Louis XIII. Plus délicate encore devint la tâche du confesseur, lorsque par la volonté de Richelieu, il eut à diriger la conscience du roi, tout en gardant ses fonctions auprès de la reine (1625-1631). Du moins trouva-t-il là de nombreuses occasions de servir l'État sans sortir du domaine où son zèle avait à s’employer, par exemple lorsqu'il réussit par ses relations personnelles avec le confesseur de l’empereur Ferdinand II, Lamormain, à éviter une guerre, imminente en 1629, entre la France et l'Autriche, Cf. Β. Duhr, Geschichle der Jesuilen in den Ländern deutscher Zunge, t. 11, 2e partie, p. 704. Après la « Journée des Dupes », le P. Suffren obtint du roi la permission de

suivre Marie de Médicis dans sa retraite et son exil. Il l'accompagna à Compiègne, puis en Belgique, en Hollande et finalement à Londres. C’est en rentrant avec elle sur le continent, après trois années passées en Angleterre, qu’il mourut à peine débarqué à Flessingue (15 septembre 1641). Jusqu'au bout il avait multiplié les démarches pour réconcilier la reine mère avec le cardinal. Celui-ci dans ses Mémoires ne parle qu'avec estime du P. Sufiren.

On a du P. Suffren un certain nombre de sermons et de lettres, ainsi que divers écrits historiographiques, tels que la relation de l’entrée du roi Louis XIII à La Rochelle, en 1628, et le récit de sa maladie à Lyon en septembre 1630. Voir Sommervogel, op. cit. Mais l’ouvrage capital est L'année chrélienne ou le saint et profilable emploi du temps pour gagner l'éternité, 5 vol. in-4°, Paris, 1640. Ce cycle annuel de méditations pour chaque jour, composé, dit-on, à la suggestion de saint François de Sales, a rencontré une certaine faveur. Des traductions en ont été faites en allemand et en italien. Une partie en a été traduite également en latin, sous le titre Circus perfectionis. Enfin un autre extrait dû à l’éditeur Claude Sonnius est intitulé : Avis el exercices spiriluels pour bien employer les jours, les semaines, les mois et les années de la vie, Paris, 1642 (et plusieurs éditions postérieures).

Sommervogel, Bibl. de La Comp. de Jésus, t. vix, col. 1697 sq.; H. Fouqueray, Le P. Jean Suffren à la cour de Marie de Médicis et de Louis XIII, dans Revue des questions historiques, t. LXVI11, 1900, p. 74 et 445; le même, Histoire de la Comp. de Jésus en France, t. 11, IV, V, passim; cf. tables (à la fin du t. v).

Jde Brrc:

SUICIDE. Ainsi qu'on l’a indiqué à Homi- CIDE, t. VI, Col. 35, le suicide est une espèce d’homicide : c’est le meurtre de soi-même, volontairement accompli. « Volontairement » indique ici que le crime de suicide n'existe plus lorsqu'on se donne la mort dans un accès de folie ou dans une crise maladive.

Le suicide peut être direct ou indirect. Suicide direct, celui qui est recherché directement et résulte directement d’un acte librement et délibérément posé dans cette intention. Suicide indirect, celui qui n’est pas voulu en lui-même, mais qu’on prévoit cependant devoir résulter d’une action qui, sans causer absolument la mort, constitue cependant un péril très grave de mort. I. Suicide direct. II. Suicide indirect.

I. SUICIDE DIRECT. — Pour exposer la doctrine catholique relative au suicide direct, nous prendrons la méthode de saint Thomas, [15-115, q. LXIV, ἃ. 5 : exposer tout d’abord, en les illustrant par l’histoire et certains systèmes philosophiques, les raisons invoquées pour légitimer le suicide; ensuite, la doctrine et la discipline de l’Église; enfin, les solutions à apporter aux difficultés soulevées en premier lieu.

19 Raisons invoquées pour légitimer le suicide. — 1. Le suicide, acte de force. On souligne la force et la noblesse d’un acte qui permet au soldat courageux d'éviter le déshonneur public ou d’entraîner avec lui dans sa perte un ennemi qu’il veut abattre. L'Écriture sainte nous a laissé plus d’un exemple de suicides de ce genre : Samson, se faisant écraser avec les Philistins dans le temple de Dagon, Jud., xvi, 22-30; Saül se transperçant de son épée après sa défaite à Gilboé, I Reg., xxx1, 2-6; Achitophel, s’étranglant parce qu’il n’était pas obéi, II Reg., xvnr, 23; Éléazar se glissant sous l’éléphant et se faisant écraser dans l'intention de perdre avec lui Antiochus Eupator, I Mac., νι, 46; enfin, le cas le plus frappant, car l’Écriture semble le louer, Razias, se donnant une mort cruelle pour échapper à d’indignes outrages, II Mac., χιν, 41-46.

Cette conception n’est pas inouïe chez les païens. Sans doute les principaux philosophes grecs, Socrate,

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