‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 367 sur 457 · SUFFREN JEAN) — SUICIDE · texte numérisé non relu

SUFFREN JEAN) — SUICIDE

Platon, Aristote, ont considéré le suicide comme un acte de lâcheté; et cependant Codrus, dernier roi d'Athènes, se dévoua pour assurer la victoire à son peuple; et l’on cite d’autres exemples analogues : Cléomène, à Sparte; Isocrate, qui, à Athènes, se laissa mourir de faim. Mais ce sont les stoïciens qui, en conformité avec leur morale d’insensibilité pour les biens et pour les maux, considérèrent le suicide comme relevant, selon les circonstances, de la vertu. Voir Sénèque, Epist., XXIV; ναι; De tra, 111, 15; De providentia, €. 11, vi. On sait d’ailleurs que le vrai stoïcien ne craignait pas la mort et Sénèque a, sur ce sujet, des expressions dignes d’un chrétien : « Ce jour, que nous redoutons comme le dernier, donne naissance au jour éternel, æ{erni natalis est. » Epist., cn.

Faut-il ajouter que cette conception du suicide, acte de force, ne semble pas étrangère à certains actes ou légendes de martyrs? On cite le cas de martyrs qui ont recherché le suprême sacrifice. Plusieurs vierges n’hésitèrent pas à se donner la mort pour éviter le déshonneur. Ainsi, au témoignage de saint Ambroise, De virginibus, 1. III, n. 33, P. L.,t.xvi(1866), col. 241, sainte Pélagie; Dominique et ses deux filles, comme le rapporte Eusèbe, Hisf. eccl.,'L'NIIL οἱ παῖ Θὲ. τ ἘΠ εν col. 770-771, et encore Sophronie, ibid, C. χῖν, col. 786-787. Sur sainte Apollonie, voir sa légende, au bréviaire du 9 février.

2. Le suicide, moindre mal. — C’est la thèse des épicuriens, qui pensent, par le suicide, délivrer l’homme des maux et des difficultés de la vie. L’épicurien est un désespéré par vocation : Hégésias, de la secte des cyrénaïques, auteur d’un livre intitulé le Désespéré, considère la félicité comme un fantôme qui trompera toujours nos efforts et conseille de chercher un refuge dans la mort. À Alexandrie existait l’académie des Co-Mourants dont faisaient partie Antoine et Cléopâtre. Le poète Lucrèce est un digne représentant de cette morale : rien d’étonnant qu’on lui ait attribué une fin violente dans une crise suprême de folie.

Ceux qui rejettent la foi chrétienne, avec ses espérances et ses consolations, tombent facilement dans le même pessimisme. Les faits sont là qui démontrent l’accroissement du nombre des suicides en proportion directe de la perte de la foi et de la progression de l’immoralité. A une époque encore rapprochée de nous, le romantisme accentua cette tendance. Le suicide est l’aboutissement logique des rêveurs désabusés du genre de Werther ou de René, et la thèse est bien formulée dans ces deux vers de Voltaire :

Quand on a tout perdu, que l’on n’a plus d'espoir La vie est un opprobre et la mort un devoir... (Médée).

Cette thèse a trouvé d’ailleurs des défenseurs de valeur : en Italie, Leopardi, le poète de la Gentilezza del morir, où il appelle et brave à la fois la mort; en Allemagne, Schopenhauer prolongé par Hartmann. Notons toutefois que l’anéantissement de la volonté que préconise Schopenhauer n'est pas absolument à confondre avec le suicide et que le but poursuivi par l’Inconscient de Hartmann est beaucoup plus un suicide cosmique et général qu'un suicide individuel et particulier. Voir, au sujet d'autres auteurs modernes, Legoyt, Le suicide ancien οἱ moderne, Paris, 1881.

On trouve quelque chose de cette tendance chez Montaigne, qui affirme que seule la religion catholique rend possible le grand courage, parfois nécessaire pour « renoncer à fuir, par la mort volontaire, la douleur humainement non supportable ». Cf, Mathurin Dréano, La pensée religieuse de Montaigne, Paris, 1937; sur la théorie du suicide chez Montaigne, p. 341-348.

Saint Thomas semble avoir voulu condenser toute la force de ces arguments dans la troisième objection : « Il est permis à quelqu'un de s’exposer librement à un

péril moindre pour en éviter un plus grand, par exemple couper un membre gangréné pour sauver tout le corps. Or, on peut très bien se suicider pour éviter un mal plus grand que la mort, par exemple une vie misérable ou le déshonneur qui s'attache à une faute. »

3. Le suicide, acte commandé par la morale sociale. — Cette raison a été présentée par saint Thomas (obj. 2) de façon rudimentaire : « Tuer un malfaiteur est au pouvoir de l'autorité publique; si celui qui détient l'autorité est un malfaiteur lui-même, il a donc le droit de se tuer. » Argument populaire qu’on trouve sur les lèvres de beaucoup de nos concitoyens : un criminel se suicide-t-il ? « Π s’est fait justice », dit-on.

L'argument a été repris d’une façon plus nuancée par des théologiens postérieurs : on prévoit le cas où l'autorité publique, ayant justement condamné à mort un criminel, lui confierait le soin d’exécuter la sentence par lui-même. De Lugo, De justlitia et jure, disp. X, ἢ. 12; 5. Alphonse, Theol. mor., 1. III, n. 369; Ballerini-Palmieri, Opus theol. mor., t. 11, n. 861; Billuart, De justitia, dissert. XIV, ἃ. 4, dico 49, etc.

Mais, se libérant de toute préoccupation théologique de morale surnaturelle, les partisans de certaines morales indépendantes ont donné récemment un aspect nouveau à l’argument. La morale évolutionniste, qui situe dans le plaisir le but de la vie, ne peut que proposer à l’homme, au cas où le plaisir viendrait à lui manquer irrémédiablement (par suite, par exemple, d’une maladie incurable), de s'évader, d’en finir avec l’existence et de se délivrer ainsi : « La vraie cause de l'existence personnelle n’est pas un cadeau de Dieu... Si donc le malheureux... ne rencontre pas dans le cours de son existence le bonheur auquel il pouvait aspirer ; si celle-ci, au contraire, ne lui apporte que misère, maladie et souffrance, il est absolument incontestable et hors de doute qu'il a le droit d’y mettre fin par la mort volontaire, par le suicide... La mort volontaire, qui met fin aux souffrances, est un acte de libération. » E. Hæckel, Les merveilles de la vie, p. 100-101; cf. Le Dantec, L’athéisme, p. 100. Ce point de vue, qui a plus d’un point de contact avec la morale épicurienne, présente cependant ceci de particulier qu’une telle affirmation sert de point de départ pour établir le droit qu’a la société de se débarrasser d’existences humaines qui non seulement ne lui sont d'aucune utilité, mais qui apportent soucis et chagrins aux familles, pertes pour les particuliers et dépenses pour l’État. Cf. Hæckel, op. cit., p. 105-106. Inutile d’ajouter que les fauteurs de cette morale sont partisans déterminés de l'euthanasie. Voir J. Regnault, dans La Revue du 15 juin 1905, combattant la thèse catholique exposée par le Dr Guermonprez dans L’assassinat médical et le respect de la vie humaine, Lille, 1905.

Une morale prétendue scientifique, fondée sur des constatations sociologiques, fait dépendre la licéité du suicide de l’opinion que s’en fait la majorité des citoyens. M. Albert Bayet avait esquissé cette thèse dans L'idée de bien, Paris, 1908; il l’a reprise, avec des développements historiques, dans Le suicide et la morale, Paris, 1922. La morale simple condamne le suicide, mais une morale nuancée, celle des « élites cultivées et éprises de liberté », l’excuse de plus en plus; car elle y voit souvent une preuve de courage, un devoir envers autrui, parfois même la plus haute expression de la morale.

Sans excuser directement le suicide, d’autres auteurs en ont voulu trouver les causes dans la pathologie ou la sociologie. Le Dr Ch. Blondel a mis en relief les causes psychologiques individuelles qui font distinguer les suicides par démence, mélancolie, alcoo-

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lisme, etc., et qui impliquent une altération de l’instinct de conservation. Tarde voulait faire du suicide « un fait raffiné de la civilisation », formule inacceptable quand il s’agit de civilisation morale. Mais Durkheim et plus récemment M. Halbwachs ont, à l’aide de statistiques, analysé avec plus de profondeur et d’esprit scientifique les causes sociales qui provoquent ou freinent le suicide. De multiples considérations, Durkheim a tiré cette loi : « Le suicide varie en raison inverse du degré d'intégration de la société religieuse, de la société domestique, de la société politique. » Le suicide, p. 222.

4. Le suicide, libération religieuse. — Ce fut le cas de plusieurs sectes hérétiques. Nous citerons les deux principales.

Au ve siècle, les circoncellions, voir ce mot, t. 11, col. 2513, à des forfaits sans nombre, ajoutaient une soif frénétique du « martyre », qu’ils recherchaient de différentes façons et notamment « en recourant au suicide, se précipitant eux-mêmes au fond des précipices, se jetant dans l’eau ou le feu, parfois par troupes entières ». Art. cité, col. 2516, où l’on trouvera les références.

Au Χαμ siècle, les albigeois, basant leur morale sur le dualisme manichéen, considèrent la vie du corps comme un mal. « La mort est un bien; il est permis d’en hâter l’heure par la saignée ou le poison, ou par l’endura qui consiste à s'abstenir de tout aliment. » Voir ici ALBIGEOIS, t. 1, col. 679.

20 Doctrine et discipline de l’Église. — 1. Au point de vue strictement théologique, le principal argument qui condamne la pratique du suicide est le précepte divin : « Tu ne tueras pas. » Ex., xx, 13. Le précepte est formel et général : tu ne tueras personne, ni un autre, ni toi-même. Telle est l’exégèse de saint Augustin Dercivitate Det, 1.1. ΟΣ ἘΣ, PR LE x LL 0] 95. dont saint Thomas apporte le texte dans le Sed contra. Toutefois, il est bon de noter que, dans un texte qui précède, ec. ΧΙ, col. 30-31, saint Augustin a précisé d’une façon opportune cette exégèse : non licet privata potestate hominem occidere, vel nocentem.

2. Reste à savoir si le précepte divin est d’ordre simplement positif, ou s’il s'appuie sur la loi divine naturelle. Saint Thomas s'attache à montrer que le suicide viole la loi naturelle sous un triple rapport :

« Il est absolument défendu de se suicider pour trois motifs :

Tout d’abord chaque être s’aimenaturellement lui-même : aussi toute chose cherche naturellement à se conserver l'existence et à résister à tout ce qui tenterait de la lui enlever. Ainsi le suicide est contraire à l’inclination naturelle et à l'amour que chacun doit avoir pour lui-même. En conséquence, se suicider constitue un péché mortel, parce que cela s’oppose à l’inclination naturelle et à l'amour que tout homme doit avoir pour lui-même.

En second lieu, la partie, en ce qu’elle est, appartient au tout. Or, l’homme est partie de la communauté humaine : ce qu’il est est donc quelque chose de la communauté et, en se tuant, il fait une véritable injure à la communauté elle-même.

Enfin, la vie est un don que Dieu a fait à l’homme, mais qui demeure soumis au pouvoir de « celui qui fait vivre et mourir » (αἵ. Deut., xxx11, 39 et Sap., Xv1, 13). Aussi celui qui se prive de la vie, pèche contre Dieu, tout comme celui qui tue un servileur d’autrui fait injure au maître de ce serviteur, tout comme pèche celui qui usurpe le pouvoir de juger en une cause qui ne lui appartient pas », I[»-II», 4. LXIV, 8. Ὁ.

C’est surtout ce dernier point de vue qu’il convient de mettre en relief pour avoir un fondement très solide à la thèse de la malice intrinsèque du suicide. La vie ne nous est pas donnée par Dieu pour que nous en usions selon notre bon plaisir : elle n’est qu’un prêt, que nous devons utiliser au mieux des intérêts de notre fin dernière et c’est le souci d'atteindre le

plus parfaitement possible cette fin qui doit inspirer nos actes. Or, il est bien évident qu’en nous retirant de nous-mêmes des conditions d’existence où Dieu nous a placés pour mériter, nous allons directement contre les droits que Dieu possède sur nous, à la fois comme cause de notre être et comme fin dernière de notre vie. La parole de saint Paul reste toujours vraie : « Nul de nous ne vit pour soi-même et nul ne meurt pour soi-même. Car, soit que nous vivions, nous vivons pour le Seigneur; soit que nous mourions, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur. » Rom., XIV, 7-8. L’argument n'avait pas échappé à certains philosophes païens. Voir, dans le Phédon (c. vi) de Platon, Socrate s'exprimant ainsi : « O Cébès, il me semble exact d’aflirmer que Dieu ἃ soin de nous; nous autres hommes, nous sommes comme une possession des dieux. Et toi, si quelqu'un de tes esclaves se donnait la mort, tu en serais irrité contre lui et si la chose t’était possible, tu le punirais. »

3. La discipline de l’Église a toujours été sévère pour le crime de suicide. Le 115 concile d'Orléans (533), can. 15, interdit de recevoir des offrandes pour les suicidés. Hardouin, Concil., t. 11, p. 1175. Le IIe concile de Braga (563), can. 16, leur refuse la sépulture ecclésiastique. Hardouin, op. cil., τ. 111, p. 351. Le pape Nicolas Ier interdit d'offrir le saint sacrifice à leur intention. Resp. ad consulta Bulgarorum (nov. 866), P. L., t. cxix, col. 1013. Toutes décisions transposées dans l’ancien Corpus juris et le Rituel.

Le Code actuel a ainsi condensé la discipline présentement en vigueur : Can. 1240, ὃ 1. Æcclesiastica sepullura privantur, nisi ante mortem aliqua dederint pænilentiæ signa :.… 3° Qui se ipsi occiderint deliberato consilio. — ὃ 2. Occurrente... aliquo dubio, consulatur, si lempus sinal, Ordinarius; permanente dubio, cadaver sepulturæ ecclesiasticæ tradatur, ita lamen ut removeatur scandalum. Ce second paragraphe indique au curé que sa décision doit êtré motivée par un double souci : celui de ne pas se montrer d’une sévérité excessive et d'examiner toutes raisons qui peuvent militer en faveur d’un doute sur la culpabilité du suicidé; celui “ d'éviter le scandale. Sur le premier point, voir le canon 2218, $ 1; sur le second, les auteurs pensent que, si le suicide est complètement secret, on procédera à la sépulture religieuse pour ne pas provoquer de diffamation à l’égard des survivants. Cf. Merkelbach, Summa theologiæ moralis, t. 11, n. 349; Prümmer, Manuale theologiæ moralis, t. 11, 1928, p. 107.

Ce canon doit être complété par le suivant qui interdit toute messe ou tout office public, même à l’anniversaire; et par le canon 2339 qui prévoit des peines contre ceux qui contraindraient le prêtre à donner la sépulture ecclésiastique et contre le prêtre lui-même qui l’accorderait spontanément.

Can. 985, 59 : Qui seipsos vel alios mutilaverunt vel sibi vitam adimere tentaverunt sunt irregulares ex delicto.

Can. 2350, ὃ 2 : Qui in seipsos manus intulerint, si mors non fueril secula, arceantur ab actibus legilimis ecclesiasticis el, si sint clerici, suspendantur ad tempus ab Ordinario definiendum, et a beneficiis aut ofjiciis

curam animarum inlerni vel exlerni fori annexam-

habentibus removeantur.

3° Réponses aux difficultés. — 1. La première série d'objections nous retiendra plus longuement, parce que ces objections touchent de plus près à l’enseignement proprement théologique.

Les exemples tirés de la Sainte Écriture ne prouvent aucunement la légitimité du suicide. Livre inspiré, l'Écriture n’en demeure pas moins, en certaines de ses parties, livre historique; elle rapporte des faits,

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en soi défectueux, sans pour autant les approuver : tel, par exemple, le sacrifice que Jephté fit de sa propre fille. Si, dans le cas de Razias, elle paraît accorder quelque louange, c’est pour exalter le sentiment qui animait ce guerrier beaucoup plus que pour approuver son acte. Il fallait, en effet, un singulier courage à Razias pour se donner la mort dans les circonstances que rapporte le IIe livre des Machabées. C’est un courage humain, héroïsme humain si l’on veut, mais non pas héroïsme surnaturel : « Si l’on se donne la mort, dit saint Thomas à ce propos, pour éviter des peines et des châtiments, il y a en cela une apparence de force (c'est pour cela que quelques-uns qui se sont tués estiment faire un acte de courage et de ce nombre fut Razias); cependant cette force n’est pas la véritable vertu. » Ad 51m, De tels actes sont de tous temps et se produisent sous toutes les latitudes : qu’on se souvienne du hara-kiri japonais.

D'ailleurs, Razias mis à part, les autres cas invoqués présentent un aspect beaucoup plus facile à qualifier au point de vue moral. Saül et Achitophel ne sont ni loués, ni à louer. Quant à Samson et à Eléazar, il est difficile de voir en leur acte un suicide direct. Saint Augustin excuse Samson comme ayant agi sous une inspiration divine. De civ. Dei, 1. 1, €. xx1, P. L., t. xL1, col. 35. Mais il est plus conforme à la réalité des faits et à l’intention des deux héros de voir ici un cas de suicide indirect, leur intention ayant été de poser un acte qui détruisit les ennemis du peuple de Dieu. Cf. Noldin-Schmitt, De præceplis Dei el Ecclesiæ, n. 326, citant Lessius, De justilia, 1. 11, ce. ΙΧ, n. 32 et De Lugo, De justilia, disp. X, n. 55.

Si le suicide était voulu pour lui-même, comme la morale stoïcienne semble l’autoriser, loin d’être un acte de force, il serait un acte de lâcheté ou d’orgueil. Autre chose est de ne pas craindre la mort, quand les circonstances nous font un devoir de l’accepter, autre chose est de rechercher la mort pour elle-même, quel que soit le motif qui nous y incite. Il faut être prêt à souffrir les injustices et les persécutions dont on pourrait devenir l’objet à cause du Christ, mais la recherche spontanée de la mort violente ne saurait constituer un martyre, car on n’a pas le droit de fournir aux autres une occasion prochaine d'injustice. Le martyre est une mort patiemment soufferte pour la cause du Christ : ce n’est donc pas dans une bravoure extérieure qui pourrait bien n’être que bravade que réside l’héroïcité du martyre; c’est dans l’ensemble des vertus que requiert cette patience ferme et constante qui est l’acte principal de la vertu de force. Voir ici MARTYRE, t. x, col. 221 et surtout 250-254, où l’on retrouve les idées maîtresses proposées par le P. de Poulpiquet, L'objet intégral de l’apologétique, Paris, 1912, p. 154 sq. Voir aussi Monsabré, Introduction au dogme catholique, 37e conférence; Gaston Sortais, Valeur apologétique du martyre (collection Science et Religion) et Ami du clergé, 1924, p. 165 sq.

Une pareille recherche spontanée de la mort ne pourrait se justifier que si elle était inspirée par Dieu lui-même. Maître de la vie et de la mort, Dieu peut donner à qui il veut la licence de disposer de sa propre vie. C'est ainsi que saint Augustin explique que l'Église ait accordé les honneurs des autels aux vierges dont on a parlé plus haut. De civ. Dei, 1. I, ©. ΧΧΥῚ, P. L.,t. x11, col. 39. C’est à ce texte que se réfère saint Thomas dans sa réponse ad 4um, Mais on pourrait également supposer chez elles une erreur invincible. Elles ont cru agir d'une façon louable en se donnant la mort plutôt que de s’exposer au déshonneur. Erreur invincible d'autant plus facile à expliquer et à excuser que, de prime abord, il n'apparaît pas avec évidence qu'il soit illicite de conserver le grand bien de la virginité par le sacrifice spontané de la vie. Cf. Lessius,

De justilia, 1. 11, c. 1x, n. 23. Les théologiens ont d’ailleurs expressément discuté le cas de la vierge qui veut éviter le déshonneur. Ils suivent communément la réponse de saint Thomas (ad 3%) : « Il n’est pas permis à une femme de se tuer pour empêcher qu'on abuse d'elle », parce qu'on ne doit pas commettre contre soi le plus grand crime qui est le suicide, pour empêcher le crime d'un autre qui est moindre. La femme n’est pas coupable si on abuse d'elle par violence et qu'elle n’y consente pas, parce que le corps n’est souillé vraiment que par la faute volontaire de l'âme, comme le disait sainte Lucie à son juge... Il n’est permis à personne de se tuer à cause de la crainte qu’il y ἃ de consentir au péché, parce qu'on ne doit pas faire le mal pour qu'il arrive du bien ou pour éviter des maux, surtout des maux moindres et plus incertains. » D'après cette doctrine, il faudrait corriger ce que contient le Décret de Gratien qui l'emprunte à saint Jérôme, Comm. in Joannem, 1. I, n. 402, P. L., t. xxv, col. 1129 : Zn perseculionibus non licet propria perire manu, absque eo ubi caslilas periclitatur…. Caus. XXIII, q. v, c. 11. D'autre part, on verra plus loin, à la question du suicide indirect, que les moralistes font sur le même sujet de larges concessions. D'ailleurs, le trouble d'une vierge placée en de telles circonstances doit être tel, que le domaine de ses actes lui échappe tout au moins partiellement.

2, La thèse des épicuriens est bien plus fragile. Dès lors qu’on admet que la vie humaine est un « prêt » divin, dont nous avons à tirer le meilleur parti possible dans les circonstances mêmes où il nous est accordé, et qu’il faudra en rendre compte selon l’usage bon ou mauvais que nous en aurons fait en vue de notre fin surnaturelle, selon la parabole des talents, la question de la licéité d’une mort volontaire pour échapper aux souffrances de l'existence terrestre ne saurait plus être soulevée. La seule question qui puisse se poser est celle de l’utilisation des souffrances. Cf. Rom., v, 3-5; vit, 18-39. Mais cette considération déborde le cadre de l’article. Voir Ollé-Laprune, Le prix de la vie et, pour la mise au point théologique de la valeur individuelle et sociale de la souffrance rédemptrice, Fr. Mugnier, Souffrance el rédemption, Paris, 1925, surtout c. x et χι. Le suicide, accompli pour éviter la souffrance, soit physique, soit même morale, y compris le déshonneur qui peut rejaillir sur nous de nos propres fautes ou des fautes de nos proches, est un acte, nou de force, mais de lâcheté.

Rebus in adversis facile est contemnere vitam; Fortiter ille agit qui miser esse potest (Martial).

Saint Thomas réfute la thèse épicurienne en donnant à sa réponse le fondement solide des principes : « L'homme est constitué maître de lui-même par le libre arbitre. Aussi peut-il licitement disposer de luimême relativement à ce qui regarde les actes de cette vie, régis qu'ils sont par le libre arbitre. Mais le passage de cette vie à une autre meilleure ne dépend pas de la liberté humaine; c’est chose soumise à la divine puissance. Il n’est donc pas permis à l’homme de se suicider, ni pour passer à une vie meilleure, ni pour échapper aux misères de celle-ci. La mort est le plus grand des maux de cette vie et le plus terrible; aussi se donner la mort pour se délivrer des peines de cette vie, c’est recourir à un mal plus grand pour en éviter un moindre...» Loc. cit., ad 3%n,

3. Du même principe, saint Thomas tire la réponse à l’objection du malfaiteur qui se suicide pour se punir de ses crimes : « Il n’est pas non plus permis de se tuer pour un péché qu’on ἃ commis : d’une part, on se cause le plus grand tort en se privant du temps nécessaire pour faire pénitence; d’autre part, un malfaiteur ne peut être tué qu'après avoir été jugé par

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l'autorité publique. » Zbid. Le chef de l’État lui-même, s’il est prévaricateur, doit être mis en jugement. Tout autre est le cas envisagé par les théologiens postérieurs. Il s’agit d’un criminel, dûment jugé par l’autorité compétente et justement condamné à mort, Lui est-il permis de se donner la mort, sur l’injonction du pouvoir public, qui le charge d'exécuter la sentence? Le cas n’est peut-être pas aussi chimérique qu'on pourrait l’imaginer : l’officier prévaricateur à qui l’on remet un revolver pour s’exécuter.. Les auteurs que nous avons cités hésitent à reconnaître une probabilité certaine à l’opinion qui admet la licéité de ce « suicide ». Ceux qui défendent cette opinion rappellent qu'on ne saurait qualifier de suicide un acte d'obéissance à une sentence justement portée par l’autorité légitime, car il ne s’agit plus d’une mort recherchée par sa propre volonté. Saint Alphonse n’ose se prononcer, tandis que Ballerini-Palmieri, op. cit., n. 39, Génicot-Salsmans, n. 361, Tanquerey, Synopsis theologiæ moralis et pastoralis, t. 111, n. 271, sont assez affirmatifs. Mais le droit de mort, conféré par Dieu à l’autorité sociale, peut-il s’exercer d’une façon aussi contraire à la loi naturelle? Cf. Pruner, art. Selbstmord, dans le Kirchenlexicon, t. ΧΙ, col. 76.

Quant aux prétentions des morales indépendantes, évolutionniste ou scientifique, c’est en discutant leurs principes mêmes qu’on en montrera l’inanité. Nous ne pouvons ici que renvoyer aux ouvrages spéciaux. Deux articles du Dictionnaire apologétlique de la foi catholique ont bien fait ressortir l’énormité des conclusions que leurs thèses relatives au suicide comportent logiquement. Voir Évolution (Doctrine morale de l'), t. 1, col. 1807-1810; Loi divine, t. 11, col. 1915-1917. Ces morales nient le principe fondamental sur lequel s’appuie la doctrine catholique : la vie est un simple prêt fait à l’homme et dont l’homme ne peut disposer qu’en vue, pour reprendre la formule de nos catéchismes, de «servir Dieu et de gagner le ciel ». On pourrait d’ailleurs reprendre ici, au point de vue social, les considérations relatives à l’utilité de notre vie personnelle et même de nos souffrances pour la société elle-même. Jean-Jacques Rousseau, qui cependant paraît parfois favoriser le suicide, rappelle au « jeune insensé », hanté par l’idée du suicide, qu’il a toujours quelque bonne action à faire avant de mourir. Nouvelle Héloïse, part. III, lettre xx11. On pourra, d’ailleurs, utiliser les conclusions de l’école sociologique en faveur de la thèse catholique.

D'une manière absolue, l’assertion de Kant reste vraie : « Anéantir dans sa propre personne le sujet de la moralité c’est extirper du monde, autant qu’il dépend de soi, l’existence de la moralité même. » Doctrine de la vertu, trad. Barni, p. 77.

4. Enfin, nous n’avons pas à nous attarder sur le fanatisme des sectes qui ont préconisé le suicide comme une libération de l’âme. Aucune préoccupation religieuse ne peut légitimer un tel acte; pour reprendre les paroles de saint Thomas, « le passage de cette vie à une autre meilleure ne dépend pas de la liberté humaine; c’est chose soumise à la divine puissance ».

Il est également utile de rappeler que le dualisme manichéen, fondement de la doctrine cathare, ἃ été maintes fois condamné par l’Église et que, philosophiquement, il implique une absurdité.

II. SUICIDE INDIRECT. — 1° Principe général. — Le suicide indirect est celui qui résulte d’une action qui, ne visant pas directement la mort de celui qui la pose, met cependant celui-ci dans un péril extrèmement grave de perdre la vie. La question morale du volontaire indirect est ici à la base des solutions à donner. Et, pour rentrer dans la catégorie du volontaire indirect, l’action, qu’on dénomme suicide indirect doit être, de soi, bonne ou indifférente, et produire,

deux effets, l’un bon, celui qui recherche l’agent, l’autre mauvais, sa propre mort, que l’agent ni ne désire, ni ne recherche.

Cela posé, le principe général qui règle la licéité ou l'illicéité du suicide indirect est facile à formuler « Il n’est licite à personne de se tuer indirectement, c'est-à-dire de faire ou d’omettre quelque chose dont on prévoit que la mort s’ensuivra, si ce n’est en raison d’une cause proportionnellement grave. » On pose un acte en soi indifférent, dont résulte un double effet : on ne recherche que l’effet bon, on permet simplement l'effet mauvais, la mort. Il faut donc que l’effet bon soit d’une importance telle qu’il puisse justifier la permission d’un mal aussi considérable que la mort. Plus le péril de mort est proche et certain, et plus la raison de le permettre doit être grave. Sur ce principe général, pas de controverse. Les cas concrets présentent plus de difficultés.

20 Applications. — 1. Le bien public est la première et indiscutable raison qui peut permettre à quelqu'un de s’exposer au péril, même prochain et certain, de mort. Ainsi, il est permis, en temps de guerre, au militaire, de porter l’incendie à un navire ou de faire sauter un pont, pour nuire aux ennemis, bien qu’il prévoie que sa propre mort s’ensuivra presque infailliblement. A bien réfléchir, c’est le cas de Samson et d'Éléazar. Voir ci-dessus, col. 2744. Au bien public se rattache l’accomplissement d’une charge ou d’un office publics : prêtres, médecins, magistrats doivent, même au péril de leur vie, remplir leurs fonctions parce qu’elles assurent la vie (naturelle ou surnaturelle) et la sécurité de leurs concitoyens.

2. Un bien, même privé, mais d’ordre supérieur à celui de la vie du corps — tel l’exercice des vertus chrétiennes, charité, foi, chasteté, justice, ete. — est une raison suffisante pour aller au-devant d’un péril de mort même certain. Ainsi, par raison de charité, on peut s’exposer au péril de mort pour sauver la vie d’un parent, d’une épouse, d’un ami et même en général du prochain. Le dévouement de ceux qui exposent leur vie aux soins de pestiférés est un acte pleinement louable. Saint Thomas appelle perfeclissimus actus charitatis l’acte du naufragé qui abandonne à un autre la planche à laquelle il avait pu se raccrocher. In IllIun Sent., dist. XXIX, ἃ. 15, ad 3u®, Pour une raison de foi, il est permis non seulement de supporter courageusement la mort, comme les martyrs, mais même de ne pas la fuir et au besoin de se présenter devant le juge, si on estime ce geste nécessaire pour fortifier les autres dans leur foi. Par amour de la justice, un malfaiteur peut se dénoncer lui-même et se présenter spontanément à la barre du juge, bien qu'il soit certain d’y subir une sentence capitale. Le cas de la vierge, dont on menace l'intégrité corporelle, est plus délicat. Il est certain qu’elle peut fuir, même si cette fuite constitue pour elle un péril immédiat de mort; qu’elle peut même se jeter par une fenêtre, afin d'éviter hic el nunc le déshonneur. Mais les théologiens discutent pour savoir si elle le doit. La question débordant sensiblement le cadre de notre article, on voudra bien se reporter ad probatos auclores.

3. Un bien privé, de même ordre que celui de la vie corporelle, peut parfois être une raison légitimant le suicide indirect. Il s’agit d'éviter un péril de mort plus certain ou un genre de mort plus cruel. De toute évidence, le suicide direct demeure interdit. Cf. S. AIphonse, Theol. mor., 1. III, n. 367. Les auteurs admettent généralement que, pour fuir un incendie, il est permis de se jeter par la fenêtre, surtout s’il y a quelque espoir d'éviter la mort. On peut en dire autant du malheureux à qui un tyran cruel veut infliger hic el nunc une mort atroce, et qui se précipite du haut d’une tour pour éviter une telle mort. Cf. Prümmer,

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op. cit., n. 114, qui cite Busenbaum, Lugo, Lessius, le continuateur de Tournély, Sporer et Elbel. Le cas de la « grève de la faim » est particulièrement intéressant. Faire la grève de la faim pour obtenir la cessation de sa captivité peut être licite si l’espoir de la libération est fondé et si cette libération est utile au bien public. Cf. Ami du clergé, 1920, p. 399-400; 529- 531, à propos du cas du maire de Cork.

4. Par contre, celui qui, par simple témérité ou vaine gloire s’exposerait gravement à la mort, n'aurait pas une excuse suffisante : par exemple le malade qui entreprendrait un voyage difficile. C’est en vertu de ce principe que les courses de taureaux sont interdites par la morale catholique, en raison de la futilité du motif qui pousse le torréador à s’exposer. Il n’en est pas de même des aviateurs qui risquent leur vie pour permettre un incessant perfectionnement dans la construction des appareils. Le bien général est ici en jeu, d’une manière tout au moins médiate. Et, comme le danger de mort n’est pas lui-même immédiat, la raison de s’exposer est suflisante.

5. Si le danger de mort est éloigné, une cause plus légère est suffisante pour permettre de s’y exposer. C’est le cas des ouvriers qui s’adonnent à des métiers dangereux pour la santé. Le motif d'assurer leur pain et celui de leur famille est suffisant; mais la société aura le souci constant de réduire leurs heures de travail et de leur procurer une retraite anticipée. Un motif d'ordre surnaturel peut également autoriser l’homme pieux à se livrer à des mortifications et à des macérations susceptibles de diminuer sa vigueur et d'accélérer sa mort. ἃ condition toutefois que ces macérations soient sagement réglées, en fonction des devoirs d’état qui lui incombent.

Par contre, pèchent toujours contre la charité qu’ils doivent porter à leur corps, ceux qui se livrent à des passions dont l'effet, peu à peu, sera d’abréger la durée de leur existence : il suffit de nommer l’impureté, l’ivrognerie, la morphinomanie, etc. Sont également coupables ceux qui, le pouvant, refusent de se soigner pendant leurs maladies ou ceux qui, trop faibles, s’adonnent à des travaux trop pénibles pour eux. Il reste toujours entendu néanmoins que nul n’est obligé de prendre des remèdes extraordinaires.

Conclusion. — Ces principes sont suflisants pour indiquer la solution à apporter aux cas d'espèce. En terminant, il sera bon d'indiquer ce qu'il faut penser du désir de la mort. Le désir de la mort n’est pas nécessairement le désir du suicide. Autre chose, en effet, est désirer se donner la mort, et désirer que la mort vienne nous délivrer de cette vie. Il est permis, comme saint Paul l’exprime lui-même, Phil., 1, 23, de désirer la mort pour être réuni au Christ dans le bonheur éternel. Un tel désir est tout à fait compatible avec une parfaite soumission à la volonté divine quant à l'heure et au mode de la mort. Un tel sentiment est même extrêmement louable. Il est également permis de désirer la mort pour être délivré de peines et de vexations très graves : melior est mors quam vila amara, Eccli., xxx, 17. Sentiment moins louable sans doute que le précédent, mais néanmoins compatible avec les strictes exigences de la vie chrétienne. Il serait moins parfait de désirer la mort, uniquement par lâcheté devant les peines et les difficultés ordinaires de la vie : un tel sentiment, à moins d’être excusé par un mouvement de colère ou un trouble passager de l’esprit, constituerait facilement une faute grave.

OUVRAGES GÉNÉRAUX. — Les traités de morale à la question du cinquième commandement. Nous avons spécialement consulté Tanquerey, Synopsis theologiæ moralis et pastoralis, t. 111, Paris, 1929; Prümmer, Manuale theologiæ moralis, t. 11, Fribourg-en-B., 1928; Noldin-Schmitt, De præceptis Dei et Ecclesiæ, Inspruck, 1930; Génicot-Sals-

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mans, Institutiones theologiæ moralis, t. 1, Bruxelles, 1927; Vermeersch, Theologia moralis, t. 11, Bruges, 1928; Merkelbach, Summa theologiæ moralis, t. 11, Paris, 1932.

Voir également 5. Thomas, Sum. theol., IIS-II®, q. LXIV, a. 5, et les commentateurs, spécialement De Lugo, De justitia, disp. X, n. 1-55; Lessius, De justitia, 1. 1,c.1x, dub. vtr; Billuart, De justitia, dissert. X, a. 3; S. Alphonse de Liguori, Theologia moralis, t. 11, n. 366-375; Carrière, De justilia et jure, Paris, 1939, n. 833-856; Ballerini-Palmieri, Opus theologicum morale, t. u, tract. VI, n. 855-875.

MONOGRAPHIES. — Dumas, Traité du suicide, Amsterdam, 1773; Morselli, 11 suicidio, Milan, 1879; Legoyt, Le suicide ancien et moderne, Paris, 1881; Lehmkuhl, une série d'articles dans les Stimmen aus Maria-Laach, 1882, t. XxXn1, p. 345 sq.; p. 324 sq.; t. ΧΧΙΙΙ, p. 270 sq.; Masaryk, Der Selbstmord als sociale Massenerscheinung, Vienne, 1881: Matth. Imhofer, Der Selbstmord. Historisch-dogmatische Abhandlung, Augsbourg, 1886; E. Durkheim, Le suicide, Paris, 1897 ; A. Bayet, Le suicide et la morale, Paris, 1922; Ch. Blondel, Le suicide,Paris, 1930 ; M.Halbwachs, Les causes du suicide, Paris, 1930; G. Rutten, Le suicide, Paris, 1932.

A. MICHEL

SUIDAS, écrivain byzantin du x siècle. — Suidas ou plutôt Soudas — la graphie Σεύδας autrefois assez répandue est abandonnée — vivait au cours

de la seconde moitié du x° siècle. Les circonstances de’

sa vie sont totalement inconnues, toutefois son nom semble indiquer qu’il était originaire de Thessalie ou de la Macédoine méridionale. Suidas n’est connu que comme auteur d’un Dictionnaire « qui constitue le monument le plus remarquable du travail de compilation de l’époque byzantine ». Bruymann-Thumb, Griechische Grammatik, Munich, 1913, p. 701.

Le Dictionnaire de Suidas se distingue des productions similaires du Moyen-Age byzantin par le fait qu'il est le seul qui soit vraiment encyclopédique. Il ne se confine pas dans les questions de grammaire et d’étymologie comme c’est le cas pour les autres lexiques byzantins; en de nombreux articles il aborde tous les aspects de l’histoire tant profane qu’ecclésiastique, il contient aussi des renseignements appréciables sur les écrivains de l’antiquité comme sur ceux de l’ère chrétienne. Les notices historiques de Suidas ne sont pas sans intérêt, car elles donnent des détails parfois assez abondants au sujet de personnages sur lesquels les sources historiques connues d’autre part ne fournissent que peu ou point de renseignements. En outre, par les nombreuses citations qu’elles renferment, elles donnent la possibilité de reconstruire ou de compléter des œuvres littéraires perdues ou mutilées. C'est ainsi que nous sommes redevables à Suidas de maint détail intéressant, concernant des ariens de marque comme Démophile, Auxence et Théophile l’Indien; c’est pour une bonne part grâce à ses citations que nous pouvons nous faire une idée approximative de ce qu'était l’histoire ecclésiastique de Philostorge. Sur tout ceci, voir l’art. PHILOSTORGE, t. ΧΙ, col. 1496; Bidez, Die Kirchengeschichte des Philostorgius, Berlin, 1913, p. LvII sq.

Le Dictionnaire de Suidas n’est pas un travail de première main. Ses articles concernant la grammaire et l’étymologie se rapprochent tellement de ceux du dictionnaire attribué à Photius, qu’ils semblent être tirés de ce dernier, à moins que Suidas et Photius n'aient eu recours à la même source. Les notices biographiques qu'il consacre aux auteurs de l’antiquité proviennent d'Hésychius de Milet, lequel au vie siècle a publié une histoire de la littérature en forme de dictionnaire. Cf. Suidas, v° Hesychius Milesius. Pour les articles historiques, Suidas semble avoir mis à contribution différents chroniqueurs byzantins en particulier Georges Hamartolos. Quant à ses nombreuses citations d'auteurs profanes et ecclésiastiques, Suidas les a très vraisemblablement puisées dans les collections d’extraits d'auteurs tant païens que chrétiens

— SUISSE

qui furent publiées sous les auspices de l’empereur Constantin Porphyrogénète vers le milieu du x? siècle. Le fait que les citations données par Suidas ne sont. pas de première main doit imposer une grande réserve à ceux qui seraient tentés de les utiliser pour établir le texte des auteurs cités par notre lexicographe.

Suidas a été édité en deux volumes par Bernhardy à Halle, 1834-1853; nouvelle édition en quatre volumes par Adler 1928-1935; sur Suidas voir Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Literatur, 2° 6d., Munich, 1897, p. 562- 570; les renseignements de Krumbacher sont à corriger et à compléter d’après les prolégomènes de l’édition de Adler,

G. FRITz.

Aperçu général. II. Divisions IV. Littérature

SUISSE. — I

ecclésiastiques. III. Enseignement.

ecclésiastique.

I. APERÇU GÉNÉRAL. — La Suisse est une confédération de vingt-deux cantons et même de vingt-cinq États, puisque trois de ces cantons, Appenzell, Bâle et Unterwald, sont divisés en deux demi-cantons. Tous ces États sont autonomes et souverains dans les limites que leur assigne la constitution fédérale de 1848, laquelle ἃ créé un pouvoir central et lui a donné certaines compétences qui diminuent naturellement la souveraineté cantonale.

La Suisse forme donc, comme la grande confédération des États-Unis d'Amérique, sur laquelle elle s’est quelque peu modelée, un État fédératif, c’est-à-dire une forme politique intermédiaire entre l’État unitaire et la confédération d’États pleinement souverains, comme l'était l’Helvétie jusqu’en 1848.

On a dit justement de la Suisse qu’elle est « une et diverse ». Elle est diverse par la race et la langue de ses habitants : il y a une Suisse allemande, une Suisse italienne et une Suisse française ou romande. Outre les trois principales langues nationales, l’allemand, le français et l'italien, il existe dans les Grisons (la Rhétie des vieux Romains), une quatrième langue, le romanche, qui vient d’être proclamée, après une votation du peuple suisse, quatrième langue nationale, à égalité de droits avec les trois principales langues que nous venons de mentionner. Avec ses dialectes néo-latins, le romanche atteste la survivance du latin et de la civilisation romaine, apportés dans ces montagnes lointaines par les soldats et les fonctionnaires de l’empereur Auguste.

La Suisse est diverse aussi par la religion de ses habitants) Protestants et catholiques se mêlent et se coudoient partout, les uns et les autres en majorité dans certains cantons, qui ont ainsi le caractère de régions nettement catholiques ou nettement protestantes, à côté de certains autres cantons, qui tendent de plus en plus à devenir, au point de vue religieux, des cantons mixtes, alors que la population y était autrefois en grande majorité protestante ou catholique.

D’après le dernier recensement de 1930, il y avait en Suisse 4 066 000 habitants; on peut évaluer aujourd’hui cette population à 4 218 000, soit un peu plus de cent habitants par kilomètre carré. Toujours d’après le dernier recensement décennal de 1930, 2 320 000 habitants, soit le 56,85 %, étaient de religion protestante et 1 670 000, c’est-à-dire le 40,92 %, professaient la religion catholique.

Comme nous le disions plus haut, il y a des cantons qui sont presque complètement protestants et d’autres presque entièrement catholiques, comme les cantons de la Suisse centrale qu’on appelle aussi la Suisse primitive, parce que la Confédération suisse y a pris naissance, à savoir : Uri, Schwytz, Unterwald, Zoug et Lucerne, auxquels on peut ajouter le Valais et jusqu’à un certain point Fribourg. Protestants et catholiques se mêlent de plus en plus, par le fait de l’immigration, de l’afflux des étrangers, des mariages mixtes,

des conversions, etc. Ces dernières sont relativement nombreuses, bien qu’il soit difficile d'apporter des chiffres précis en la matière. Certains cantons protestants, du moins leurs capitales, telles les villes de Genève, de Bâle et de Zurich, redeviennent catholiques; tandis que certains cantons catholiques, surtout les cantons industriels, voient le nombre des protestants augmenter assez rapidement.

Pour l’Église catholique, cet état de choses présente des avantages et des inconvénients. Certains catholiques « dispersés », noyés pour ainsi dire dans la masse protestante, risquent de perdre leur foi ou de tomber dans l'indifférence religieuse. Ce danger diminue d’ailleurs au fur et à mesure que l’œuvre admirable des Missions intérieures multiplie les églises, les chapelles et les stations de culte dans la « Diaspora », c’est-à-dire les régions protestantes. D'autre part, les protestants, vivant côte à côte avec les catholiques, apprennent à connaître la religion de ceux-ci et même à l’estimer; les préjugés tombent, des retours heureux se produisent. D'ailleurs, bien qu’appartenant à des religions diverses, les Suisses pratiquent les uns à l’égard des autres une large tolérance. L’ère des luttes religieuses est heureusement révolue. Le catholicisme jouit en Suisse d’une grande faveur; il est, à l’heure actuelle, en pleine prospérité, plus jeune et plus charitablement conquérant que jamais.

Il y a malheureusement une ombre au tableau. Ce sont les articles dits « confessionnels » de la Constitution fédérale dont la revision, faite en 1874, s’est ressentie fâcheusement de l’esprit du Kulturkampf, qui sévissait alors en Allemagne et par contre-coup en Suisse. Ainsi l'interdiction portée en 1848 contre les jésuites fut aggravée; « l’ordre des jésuites et les sociétés qui lui sont affiliées ne peuvent être reçues dans aucune partie de la Suisse et toute activité à l’église et à l’école est interdite à leurs membres; cette interdiction peut s'étendre aussi, par voie d’arrêté fédéral, à d’autres ordres religieux dont l’action est dangereuse pour l’État ou trouble la paix entre les confessions ». Un autre article interdit de fonder de nouveaux couvents ou ordres religieux et de rétablir ceux qui ont été supprimés. Il ne peut être érigé d’évêché sur leterritoire suisse sans l’approbation du pouvoir central.

Les catholiques suisses n’ont cessé de réclamer l’abrogation de ces articles constitutionnels qui sont en contradiction flagrante avec les traditions démocratiques de la Suisse, laquelle a toujours été une terre d’asile et de liberté. Reconnaissons toutefois que, depuis de longues années, les autorités fédérales ont l’esprit et le bon goût de ne pas insister sur l'application de ces dispositions qui, répétons-le, font tache dans la Constitution fédérale.

Pour compléter cet aperçu général sur la Suisse « une et diverse », ajoutons que, d’après le recensement de 1920, la population suisse se répartissait ainsi au point de vue linguistique : 2 750 000 habitants de langue allemande, 824 000 de langue française, 238 000 de langue italienne, 43 000 de langue romanche et ladine. Dans ce domaine aussi, on constate la plus grande diversité. Tel canton est complètement allemand de langue, — c’est le cas de la plupart des cantons de la Suisse alémanique; tel autre canton est entièrement français, — c’est le cas des cantons de Genève, Neuchâtel et Vaud (la capitale de ce dernier canton est Lausanne). Il y a enfin des cantons qui sont mixtes au point de vue linguistique comme au point de vue religieux. Il en est, comme le canton de Fribourg, qui sont à la limite des langues, séparant ou plutôt réunissant deux mondes de langue et de culture différentes. Ainsi, Fribourg n’est pas seulement, par ses ponts célèbres qui enjambent la Sarine et par son université catholique et internationale, un

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trait d'union entre la Suisse allemande et la Suisse romande; elle est aussi le point où se rencontrent, se mêlent et s’enrichissent par un mutuel échange d'idées et de sentiments, le génie latin et la culture germanique. C’est ce qui donne un cachet original à cette ville que Louis Veuillot appelait, il y a un siècle, « une petite Rome silencieuse et cachée ».

II. DIvisiONS ECCLÉSIASTIQUES. — Au point de vue ecclésiastique, la Suisse catholique est divisée en six diocèses, assez différents par leur ancienneté et leur étendue. Ce sont les diocèses de Bâle et Lugano, de Coire, de Saint-Gall, de Sion, de Lausanne, Genève et Fribourg. Il existe en outre, de fait, sinon de droit, un septième évêché, celui de Lugano, qui comprend, au delà du Saint-Gothard, le canton du Tessin, autrement dit la plus grande partie de la Suisse italienne, Cet évêché est de fondation récente. Jusqu'en 1885, le Tessin faisait partie des évêchés italiens de Côme et de Milan. Au lendemain du Kulturkampf qui avait gravement troublé la paix religieuse dans certaines régions de la Suisse, une convention intervint, le 16 mars 1888, entre le gouvernement fédéral et le Saint-Siège pour régler définitivement la question, depuis longtemps ouverte, d’un évêché tessinois. Ce fut un compromis entre le désir du gouvernement fédéral de réunir le Tessin à un diocèse suisse, et celui du Saint-Siège de créer un diocèse autonome. Le Tessin fut réuni canoniquement au diocèse de Bâle dont l’évêque porte le titre d’évêque de Bâle et Lugano; mais, malgré cette fusion, le Tessin jouit de lJ’autonomie diocésaine complète. L’église cathédrale de Saint-Laurent, à Lugano, est placée, au point de vue canonique, sur un pied d'égalité avec l’église cathédrale de Bâle, qui est aujourd’hui la cathédrale de Saint-Ours, à Soleure. Le diocèse de Lugano a à sa tête un administrateur apostolique, avec caractère épiscopal; il est nommé par le Saint-Siège d’entente avec l’évêque de Bâle et il relève directement du Saint-Siège. Le diocèse de Lugano comprend approximativement 145 000 catholiques.

Le diocèse de Bâle est le plus important quant au nombre des catholiques, qui sont un demi-million. Il comprend les cantons de Bâle (divisé en deux demicantons), Berne, Lucerne, Schaffouse, Soleure, Thurgovie et Zoug. A l’époque de la Réformation, Bâle ayant passé au protestantisme, le prince-évêque dut quitter la ville. Il réside aujourd’hui à Soleure. Le diocèse possède un séminaire très florissant à Lucerne; les futurs prêtres vont achever leurs études et compléter leur formation cléricale dans la ville épiscopale de Soleure.

Le diocèse de Coire, l’un des plus anciens de la Suisse, comprend les cantons des Grisons, de Schwytz, Glaris, Zurich, Unterwald (divisé en Obwald et Nidwald) et Uri. Les catholiques y sont au nombre de 330 000 environ. Il faut souligner ici le fait intéressant que le canton de Zurich, pays essentiellement protestant, qui fut le berceau de la Réforme en Suisse, est en train de devenir un des plus grands cantons catholiques avec ses 142 000 catholiques, qui résident surtout dans la ville de Zurich, où l’on ne cesse de créer de nouvelles paroisses et de bâtir de nouvelles églises. L'évêque du diocèse réside à Coire; c’est aussi dans cette ville que se trouve le séminaire diocésain.

Il existe encore dans la Suisse orientale un petit, mais sympathique diocèse, dont la création ne remonte guère à plus de cent ans; c’est le diocèse de Saint-Gall, qui comprend le canton de Saint-Gall et le petit canton d’Appenzell (divisé lui-même en deux demi-cantons). Il y ἃ là quelque 150 000 catholiques dont l’évêque réside à Saint-Gall, la cité bien connue dans l'histoire par sa célèbre abbaye, aujourd’hui supprimée.

Dans la Suisse française ou romande, le diocèse le plus important est celui de Lausanne, Genève et Fribourg, qui réunit les deux anciens évêchés de Genève et de Lausanne, supprimés lors du passage de ces villes à la Réforme, et dont l’évêque réside à Fribourg. Ce diocèse comprend donc les cantons de Genève, de Vaud, de Neuchâtel et de Fribourg. Ce dernier canton, avec ses 125 000 catholiques, forme le noyau principal de ce grand et beau diocèse, qui compte quelque 270 000 catholiques, et qui s'étend du Jura aux Alpes, du lac Léman aux lacs de Neuchâtel et de Morat. Ici encore, 450 ans après la Réforme, le catholicisme refleurit et conquiert sans cesse des positions depuis longtemps perdues. ἃ Genève et à Lausanne, le nombre croissant des catholiques réclame de nouvelles paroisses et de nouvelles églises et chapelles. Qu'il suflise de dire que, d’après le recensement de 1930, le canton de Genève, ville et campagne, comptait 72 000 catholiques contre 88 000 protestants, et que la ville de Genève, la « Rome protestante » d'autrefois, comptait, vers 1920, quelque 58 000 catholiques contre 68 000 protestants; on y trouve aujourd’hui une douzaine de paroisses catholiques. Même phénomène à Montreux, à Vevey, à Lausanne, où l’unique paroisse de Notre-Dame compte déjà trois filiales.

Le canton de Neuchâtel, où deux paroisses seulement étaient restées catholiques au temps de la Réforme, compte aujourd’hui plus de douze nouvelles paroisses avec de grandes et belles églises, telles que celles de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds. C’est ainsi que la Suisse romande, qui était autrefois presque entièrement protestante, sauf le canton de Fribourg, se couvre d’une blanche parure d’églises et de chapelles catholiques.

Terminons ce tour d'horizon par le diocèse de Sion, qui comprend un seul canton, entièrement catholique, le pittoresque canton du Valais, c’est-à-dire la vallée où coule le Rhône, depuis sa source, au glacier du Rhône, jusqu’à son embouchure dans le lac Léman ou lac de Genève. Le diocèse compte quelque 130 000 catholiques, de langue allemande dans le Haut-Valais et de langue française dans le Bas-Valais. Quelques paroisses de cette dernière région sont desservies par les chanoines réguliers du célèbre hospice du Grand- Saint-Bernard et par les chanoines de Saint-Augustin de l’abbaye royale de Saint-Maurice, dont l’abbé porte le titre d'évêque de Bethléem.

Il n'y ἃ pas d’archevêché en Suisse. C’est le doyen d'âge des évêques, qui préside la réunion annuelle des sept évêques que nous venons de mentionner. Cette réunion se tient généralement dans la célèbre abbaye bénédictine d’Einsiedeln, qui est en même temps un lieu de pèlerinage très fréquenté.

Une nonciature apostolique a été rétablie en Suisse pendant la Grande Guerre, sous le pontificat de Benoît XV. Vers la fin de l’année 1915, le pape envoya à Berne, comme représentant oflicieux, l’actuel cardinal-vicaire, S. Ém. le cardinal Marchetti; il devait travailler à l’œuvre de la paix et s’occuper en particulier des prisonniers de guerre. Le premier nonce fut l’actuel secrétaire d'État de S. 5. Pie XII, 5. Ém. le cardinal Maglione. Le nonce est accrédité, non plus comme autrefois auprès des cantons catholiques, mais auprès de la Confédération. Celle-ci, par contre, n’a pas de représentant officiel à Rome, auprès du Saint- Siège.

III. ENSEIGNEMENT. — Le clergé suisse n’a plus besoin, comme autrefois, d’aller faire ses études théologiques dans les universités ou les séminaires étrangers. Chaque diocèse est aujourd’hui pourvu d’un séminaire où, pendant quatre et même cinq ans, les jeunes lévites reçoivent de maîtres compétents la

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science philosophique, théologique, morale, juridique et liturgique qui leur est nécessaire. Les futurs prêtres ont d’ailleurs reçu une bonne instruction dans les écoles primaires; ils ont fait ensuite d'excellentes études classiques dans les petits séminaires ou, mieux encore, dans les collèges officiels ou privés des difrérents cantons.

L’instruction primaire est très répandue en Suisse; on n'y trouve pas d'illettrés; les enfants anormaux, arriérés, aveugles, sourds-muets y sont l’objet d’une touchante sollicitude. L'enseignement à tous les degrés est de la compétence des cantons; le pouvoir fédéral, exception faite pour l’École polytechnique de Zurich, qui a été créée par lui et est encore organisée et dirigée par lui, n’a jamais réussi, en ce domaine très important et très délicat, à supplanter les cantons. La Constitution fédérale se limite à dire que l'instruction primaire doit être suflisante, obligatoire et gratuite dans les écoles publiques et que celles-ci doivent pouvoir être fréquentées par les adhérents de toutes les confessions, sans qu'ils aient à souffrir d’aucune façon dans leur liberté de conscience ou de croyance. Le peuple suisse, protestant ou catholique, n’a jamais interprété cet article constitutionnel dans le sens d’une école neutre ou sans religion. Aussi, sauf quelques rares exceptions, les cantons, aussi bien protestants que catholiques, maintiennent-ils l’enseignement religieux à l’école. Dans le canton de Fribourg, par exemple, et c’est le cas des autres cantons catholiques, la religion est une des branches officielles du programme scolaire; les curés ou pasteurs font de droit partie des commissions scolaires communales; ils ont le droit de faire des visites dans les écoles; ils sont chargés de l’enseignement religieux et social dans les cours complémentaires ou post-scolaires. Grâce à l’école confessionnelle, le peuple suisse maintient ses traditions religieuses qui vont, chez lui, de pair avec les traditions nationales et patriotiques.

Un des mérites des catholiques suisses est d’avoir su organiser, d’un bout à l’autre du pays, des collèges où se développent encore ces traditions patriotiques et religieuses, où l’humanisme chrétien est à l’honneur, où enfin les futurs prêtres et les futurs magistrats, médecins, avocats, etc., faisant les mêmes études, apprennent à se connaître et à s’estimer, sans ces cloisons étanches qui, dans certains pays, les séparent les uns des autres dès leur enfance et qui risquent plus tard de les opposer les uns aux autres pour le plus grand dommage de l’Église et de la Patrie. Parmi ces collèges très florissants, il convient de citer le collège Saint-Michel de Fribourg qui a été organisé, en 1580, par saint Pierre Canisius et qui n’a cessé de rester fidèle à l’esprit de son fondateur. Une des grandes idées de celui-ci était de répandre l’instruction et la science pour corroborer la foi catholique et la défendre contre les attaques de ses adversaires. Plusieurs collèges sont tenus par des religieux, tels que les chanoines de Saint- Augustin, les bénédictins et même les capucins. Les études classiques qui comprennent six ans de gymnase, sont couronnées au cours des deux ans de lycée, par l’enseignement de la philosophie et des sciences. C’est le privilège des collèges catholiques de donner à leurs élèves une solide philosophie, celle d’Aristote et de saint Thomas, qui les garde contre certaines aberrations de la pensée moderne. C’est cette même philosophie qui, suivant les directions pontificales, est enseignée dans les séminaires, où le thomisme est à l’honneur, un thomisme qui sait d’ailleurs s'adapter à l’évolution et à l'enrichissement de la pensée moderne, surtout dans le domaine des sciences expérimentales.

L'enseignement de la philosophie et de la théologie thomiste triomphe naturellement à l’université catholique de Fribourg qui, après de modestes débuts, est

2755 SUISSE 2756 aujourd'hui en plein développement. Université | la Réforme, les catholiques suisses n’eurent ni le temps

d'État, dont les grades sont reconnus par les autres universités de Suisse et de l'étranger, elle a été fondée en 1889 par le grand homme d’État Georges Python, qui a réalisé ce miracle dans un canton essentiellement agricole, dépourvu par conséquent de grandes fortunes, de créer, avec les seules ressources du pays qui ne compte pas 150 000 habitants, cette école de hautes études, réalisant ainsi un rêve que les catholiques suisses caressaient depuis le xvre siècle.

L'université de Fribourg comprend quatre facultés : celles de droit, des sciences, de philosophie et lettres, de théologie. Une cinquième faculté, celle de médecine, est en voie de réalisation progressive. L’enseignement de la philosophie et de la théologie a été confié aux dominicains, dont le savoir est justement renommé et fait accourir à Fribourg, par centaines, des étudiants de tous pays et même de tous les continents. Car l’université catholique est en même temps internationale; ses professeurs, nommés et rétribués par l’État de Fribourg, appartiennent à peu près à tous les pays de l’Europe : Frante, Allemagne, Italie, aux pays anglo-saxons et même slaves. La pittoresque ville de Fribourg, qui ne compte guère plus de 25 000 habitants, est ainsi devenue comme un phare lumineux d’où rayonne au loin, par le monde entier, la pensée catholique. C’est à Fribourg aussi que les professeurs et les élèves, de race et de langue diverses, travaillent et collaborent dans un même sentiment de foi et de charité chrétienne. Malgré certaines divergences de vues et certains frottements inévitables, la bonne entente ne cesse de régner entre eux. Bel exemple de ce que pourrait être le monde s'il avait le même idéal chrétien, fait de justice et de charité dans les relations internationales! Les catholiques suisses sont justement fiers de leur université, qui s'affirme de plus en plus comme un centre intellectuel de premier ordre, et qui peut rivaliser avec les universités protestantes de Berne, Bâle, Zurich, Genève, Lausanne et Neuchâtel.

IV. LITTÉRATURE CATHOLIQUE. — Les Suisses sont avant tout positifs et pratiques; ils n’ont jamais eu un penchant bien prononcé pour les hautes spéculations philosophiques et théologiques. L’étroitesse de leur territoire, la diversité de leur culture, leur isolement au milieu des montagnes, l’absence de hautes écoles, et surtout les difficultés de la vie matérielle dans un pays en grande partie montagneux, pauvre, rude et sauvage, tout devait contribuer à faire de la Suisse, au point de vue intellectuel et artistique, un pays tributaire de ses grands voisins. Au Moyen-Age, alors que la France, l'Italie, l'Allemagne, l'Espagne et même les pays du Nord avaient des universités célèbres qui attiraient des centaines et des milliers d’étudiants, les contrées qui forment aujourd’hui la Suisse restèrent un peu étrangères à ces grands mouvements de la pensée et de l’opinion, qui préparaient la Renaïissance et les temps modernes.

La Suisse n’avait pas encore d'université. La première, celle de Bâle, ne fut érigée qu’en 1459, en vertu d’un privilège accordé par le pape Pie II, l’humaniste Æneas Silvius Piccolomini, de Sienne, qui avait pris une part importante au concile de Bâle. La jeune université brilla surtout par ses humanistes, dont le plus célèbre fut Érasme de Rotterdam. Quand la ville de Bâle passa à la Réforme, les catholiques perdirent le seul établissement d'enseignement supérieur qu'ils possédaient. Ils n'avaient pas de théologiens marquants. Lors des fameux colloques religieux de Baden, de Berne et de Lausanne, ils en étaient réduits, pour défendre leur foi et réfuter les novateurs, à faire appel à des théologiens étrangers.

Pendant le demi-siècle qui suivit l'établissement de

ni les moyens de faire de hautes études et de se livrer à la théologie spéculative; ils avaient à se défendre contre ceux qui voulaient les protestantiser de force. Le concile de Trente donna heureusement le signal d'une véritable restauration religieuse et intellectuelle, grâce en particulier à la création des collèges de Lucerne et de Fribourg, dont l’organisation fut confiée aux jésuites, grâce aussi à la fondation du Collège helvétique de Milan par saint Charles Borromée, séminaire qui devait être longtemps une maison providentielle pour la formation du clergé suisse. Si elle n'était pas suffisamment connue, ce serait le cas de retracer ici l’activité admirable de saint Pierre Canisius au point de vue théologique, apologétique, catéchistique, hagiographique. Ce serait aussi le cas de parler de son contemporain, saint François de Sales, évêque de Genève, dont l’apostolat eut en Suisse un heureux contre-coup et dont certains ouvrages, tels que l’Introduction à la vie dévote, le Traité de l'amour de Dieu, les Controverses, ont eu sur la pensée et la vie religieuse des catholiques suisses, en Suisse romande tout au moins, une influence considérable. Les protestants avaient devancé les catholiques par la création de leurs académies, véritables pépinières de théologiens et de prédicants que Calvin, par exemple, envoyait par toute l’Europe. Mais, de l’aveu d’historiens protestants, on chercherait vainement parmi ces théologiens, figés dans leurs formules et leur intellectualisme étroit, des hommes capables de contrebalancer l'influence d’un Pierre Canisius et d’un François de Sales.

Les étudiants faisaient de sérieuses études littéraires dans les collèges des jésuites de Lucerne, Fribourg, Porrentruy, Soleure, Brigue. Ceux qui se des- UÜnaient à l’état ecclésiastique allaient étudier la théologie au collège Borromée de Milan, au Collège germanique de Rome, dans les universités allemandes, surtout à Fribourg-en-Brisgau, à Dillingen, à Ingolstadt, d’où ils revenaient souvent avec le titre de docteur. Les facultés de théologie que les jésuites ouvrirent à Lucerne, en 1660, et plus tard au collège Saint-Michel de Fribourg, remirent en honneur les études sacrées. On pourrait citer ici les noms, bien oubliés aujourd’hui, de théologiens et d'écrivains remarquables qui sont sortis de ces écoles, tel ce Georges Gobat, du pays de Porrentruy, dont les traités de morale étaient universellement appréciés.

Si, au xvinie siècle surtout, les doctrines gallicanes, jansénistes et fébroniennes eurent aussi leurs partisans et leurs défenseurs en Suisse, la grande majorité du clergé et des laïques resta fidèle aux directions du Saint-Siège et à l’orthodoxie traditionnelle. Le mérite en revint en partie à des théologiens et à des hommes d'Église remarquables, tels que le prévôt de Beromünster, Güldlin de Tiefenau, aux professeurs de théologie Geiger, Widmer, Gügler, etc. Par leur enseignement et leurs écrits (voir Werner, Histoire de la théologie catholique, Munich, 1866), ils ont résolument orienté la pensée catholique vers une forte et saine théologie, donné à des centaines de jeunes lévites le goût et l'intelligence de la haute théologie du Moyen- Age: ils ont aussi défendu courageusement l’Église contre l'influence délétère et antiromaine de Wessenberg, le vicaire général du diocèse de Constance. Geiger surtout, qui était professeur de théologie à Lucerne, a exercé une grande influence sur les catholiques et même sur les protestants de son temps. Citons aussi Conrad Tanner, abbé d'Einsiedeln, mort en 1825, qui laissa une série d'ouvrages pédagogiques, religieux et ascétiques, et qui fut un des bons artisans de la régénération de la vie catholique en Suisse.

La création des séminaires diocésains où les futurs

prêtres font aujourd’hui de sérieuses études théologiques, et surtout la fondation de l’université de Fribourg ont donné une vive impulsion aux études sacrées dans tous les domaines : théologie dogmatique et morale, exégèse, droit canonique, liturgie, etc.

La théologie catholique en Suisse a une tendance assez prononcée à mettre en valeur les aspects apologétiques de la doctrine chrétienne; elle s'intéresse tout particulièrement aux rapports du spirituel et du temporel, de l'Église et de l'État, aux questions pédagogiques, à tous les problèmes que comporte l’action catholique. Cette tendance s'explique par le caractère du peuple suisse qui est plus porté vers le concret que vers l’abstrait, qui s'intéresse plus à la vie de la cité qu'à la vie supérieure de l'esprit. Si on ἃ pu dire que, dans les cantons suisses, chaque enfant naît soldat, on pourrait ajouter que chaque Suisse naît citoyen et électeur. Nous l’avons déjà dit, le Suisse est plus pragmatiste que spéculatif.

Dans l’espace limité qui nous est assigné, nous ne pourrons citer, de l’époque contemporaine, que les noms les plus saillants et les œuvres les plus importantes. Parmi les disparus, soulignons le nom de Mgr Greith, évêque de Saint-Gall (1862-1882), un des hommes les plus éminents de la Suisse catholique au siècle passé. Élève préféré du grand Gürres, il a publié un certain nombre d'ouvrages, en particulier La mystique allemande de l’ordre des Frères précheurs.

Mgr Egger, son successeur sur le siège épiscopal de Saint-Gall (1882-1905), a été l’apôtre de la tempérance; écrivain populaire, il a combattu le modernisme, défendu courageusement la confession et les dogmes catholiques.

Mgr Mermillod, évêque de Lausanne et Genève, devenu cardinal de la sainte Église romaine, a laissé le souvenir d’un des plus grands orateurs sacrés de nos temps.

Le chanoine Schorderet, apôtre et animateur de grand mérite, a contribué plus que tout autre à purger les milieux catholiques suisses du vieux levain du libéralisme; créateur de la presse catholique dans la Suisse romande, fondateur de l’œuvre de Saint-Paul vouée à l’apostolat de la bonne presse, il a exercé une grande influence sur la jeunesse intellectuelle et préparé les voies à l’université de Fribourg.

Le chanoine Meyenberg, de Lucerne, professeur de théologie et rédacteur de la Schweiz. Kirchenzeitung, orateur et écrivain de talent, ἃ laissé plusieurs ouvrages et opuscules de théologie (voir Keiter, Kathol. Literatur Kal., 1927). Son œuvre principale est La vie de Jésus.

Mgr Antoine Gisler, professeur de théologie au séminaire de Coire, rédacteur de la Schweiz. Rundschau, s’est distingué dans la lutte contre le modernisme. Il restera de lui un ouvrage de valeur, intitulé : Der Modernismus, Einsiedeln, 1912.

La faculté de théologie de l’université de Fribourg est un centre de hautes études théologiques d’où sortent chaque année des thèses sérieuses et qu'illustrent des professeurs renommés dont il convient de relever ici quelques-unes des œuvres les plus remarquables, faute de pouvoir en donner la liste complète; la plu-

1° Théologie dogmatique. — Norbert del Prado, De gratia et libero arbitrio, 3 vol., 1902; Divus Thomas et bulla dogmatica « Inefjabilis Deus », 1919; De Verbo Dei incarnato; De Deo uno et trino; De verilate funda-

SUISSE

mentali philosophiæ chrislianæ, 1911; Enseñanzas del |

Rosario, 3 vol. 1913, ouvrage qui a eu un grand succès en Espagne, etc. — Réginald Fei, Theologia dogmalica, 6 petits volumes. — François Marin-Sola, L'évolution homogène du dogme catholique (traduit de l’espagnol). — Joachim Berthier, Tractatus de locis theo-

logicis, 1888; Sanctus Thomas Aquinas, « Doctor communis Ecclesiæ », 1914. — Gallus Manser, Das Wesen des Thomismus. — Jacques Ramirez, De analogia.

29 Théologie morale. — Dom. Prümmer, Manuale

theologiæ moralis, 3 vol.; Vade mecum theologiæ moralis.

80 Exégèse οἱ études bibliques. —- Vincent Zapletal, Grammatica linguæ hebraicæ cum exerciliis et glossario, 1910; Der Schôpfungsbericht, 1902; Das Buch Kokhelet, 1905; Monumenta biblica; Der Totemismus und die Religion Israels, 1901; Das Buch der Richter, etc. Bernard Allo, L'Apocalypse; Première épitre aux Corinthiens; Seconde épître aux Corinthiens. — Marc Sales, La sacra Bibbia commentata, 9 vol.

4° Apologétique. — Albert-M. Weiss, Apologie du christianisme, 10 vol. — Apologie des Christenthums, 5 parties en 7 vol.; Lebens und Gewissensfragen der Gegenwart, 2 vol.

5° Droit canonique. — Christophe Berutti, Instituliones juris canonici, 3 Vol. parus. — Dom. Prümmer, Manuale juris canonici.

60 Histoire ecclésiastique. — P. Mandonnet, Des écrits authentiques de saint Thomas d'Aquin; Siger de Brabant et l’averroïsme latin au ΧΙΠ15 siècle; Saint Dominique : l’idée, l'homme et l’œuvre. — A.-M. Jacquin, Histoire de l’Église, 2 vol. parus. — Mgr Kirsch, devenu directeur de l’Institut pontifical d’archéologie chrétienne, à Rome Handbuch der allgemeinen Kirchengeschichte, 3 Vol.; Mgr Kirsch a en outre réédité l'Histoire de l’Église de Hergenrôther. — Joachim Berthier, L'Église de Sainte-Sabine à Rome; études sur Dante et traduction de la Divine Comédie. — Albert-M. Weiss ἃ continué l’œuvre du P. Denifle : Luther und Luthertum. Citons encore du P. Coconnier : L’hypnotisme franc (1897), ouvrage qui ἃ eu un grand succès en son temps, et L'âme humaine, existence et nature (1890).

Mgr Hilarin Felder, évêque titulaire de Géra, est une des gloires de l’ordre des capucins en Suisse. Il ἃ publié une série d’ouvrages de valeur dont voici les principaux : Apologelica sive theologia fundamentalis in usum scholarum, 2 vol., Paderborn, 1920; Jesus Christus. Apologie seiner Messianität und Gottheit gegenüber der neuesten unglaübigen Jesusforschungen, 2 vol., Paderborn, 1911-1914; Jésus de Nazareth, traduit de l’allemand, par le P. Modeste Vesin, Saint- Maurice, 1938; L'idéal de saint François d’ Assise, 2 vol. traduit de l’allemand par le P. Eusèbe de Bar-le-Duc, Paris, 1924; Histoire des études dans l’ordre de saint François depuis sa fondation jusque vers la moitié du XIIIe siècle, traduit de l’allemand par le P. Eusèbe de Bar-le-Duc, Paris, 1908; Die Antoniuswunder nach den älleren Quellen untersucht, Paderborn, 1933.

Signalons encore les études bibliques du Dr Leo Haefeli, curé de Baden, Geschichte der Landschaft Samaria, Munster-en-W., 1922; Die Peschilta des Allen Testamentes, ibid., 1927; Sprichwürter und Redensarten aus der Zeit Christi, Lucerne, 1934.

Charles Journet, professeur de théologie au séminaire diocésain de Fribourg, est, à l’heure actuelle un des théologiens catholiques les plus en vue de la Suisse. Jeune encore, il a déjà publié une œuvre relativement considérable, qui évolue progressivement de l’apologétique et de la polémique religieuse vers la théologie spéculative. Voici ses principaux ouvrages : L'esprit du protestantisme en Suisse; L'union des Églises et le christianisme pratique; De la Bible catholique à la Bible protestante; La juridiction de l’Église sur la cité.

Dans un pays où l'instruction à tous les degrés est fort développée, il est naturel que la pédagogie soit en honneur. La Suisse peut se glorifier à juste titre de

deux pédagogues de réputation universelle : Pestalozzi et le P. Girard. L'œuvre de l’illustre cordelier fribourgeois ἃ été pour ainsi dire reprise par des pédagogues contemporains, tels que l’abbé Horner et surtout par Mgr Eugène Dévaud, professeur de pédagogie à l’université de Fribourg, où l’on a créé récemment un institut spécial de pédagogie; les élèves y sont formés aux méthodes d'enseignement d’une façon théorique et pratique. Outre de nombreux articles publiés en Suisse et à l’étranger, Mgr Dévaud, qui jouit d’une grande autorité en la matière, ἃ publié plusieurs ouvrages ou brochures dont voici les principaux : L'enseignement de l'histoire naturelle à l’école primaire; La pédagogie scolaire en Russie soviétique; Pour une école active selon l’ordre chrétien; Lire, parler, rédiger, procédés d'enseignement actif applicables à des classes à plusieurs degrés; Le système Decroly et la pédagogie chrétienne, etc.

Les questions sociales et ouvrières ont de très bonne heure attiré l'attention des catholiques suisses. On n’a pas oublié la fameuse Union de Fribourg, où, sous les auspices de Mgr Mermillod, les sociologues catholiques les plus éminents de la Suisse et de l’étranger préparèrent les voies à l’encyclique Rerum novarum du pape Léon XIIT. Il faut rappeler ici les noms de Gaspard Decurtins, de Georges Python, de l’avocat Feigenwinter, de Bâle, et de tant d’autres laïques et ecclésiastiques qui n’ont cessé de se dévouer aux classes laborieuses et ont fondé toutes sortes d'œuvres sociales. Il convient de souligner à ce propos la grande figure de Mgr Beck, polémiste et orateur populaire, dont l'influence a été considérable en Suisse depuis une quarantaine d’années.

Il faut relever aussi l’essai très intéressant de certains sociologues pour faire revivre le système corporatif, adapté aux conditions nouvelles de la société. Ces essais ont été déjà couronnés d’un certain succès, surtout dans la Suisse romande.

Parmi les écrivains religieux les plus connus de la Suisse, et surtout de la Suisse romande, Mgr Besson, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, tient une place éminente. Ses Discours et Leltres pastorales, qui forment déjà une série de neuf volumes, s'imposent à l'attention non seulement des catholiques, mais même des protestants, par leur haute valeur doctrinale et apologétique, et surtout la grande charité qui les inspire. Historien d’une rare compétence, Mgr Besson ἃ publié plusieurs ouvrages, qui ont connu un vérilable succès par leur mérite scientifique et la beauté de l'impression et de l'illustration; nous citerons en particulier : L'art barbare dans l’ancien diocèse de Lausanne; Antiquités du Valais; Monasterium Acaunense: Nos origines chréliennes (Étude sur les commencements du christianisme en Suisse romande); L'Église et la Bible; Saint Pierre et les origines de la primauté romaine; L'Église et l'imprimerie dans les anciens diocèses de Lausanne et de Genève jusqu'en 1525. Parmi les œuvres apologétiques de Mgr Besson, nous citerons encore ses Lettres à un jeune homme, ses opuscules sur l’infaillibilité du pape, sur la confession, etc., qui ont paru dans la collection des Questions actuelles, et surtout La roule aplanie, Après quatre cents ans, où l’éminent prélat, sans affaiblir en quoi que ce soit les dogmes catholiques, s’efforce de mettre en valeur non pas ce qui divise, mais ce qui unit encore les protestants et les catholiques. Ces derniers écrits ont eu une répercussion profonde dans les milieux protestants,

Les catholiques suisses n’ont pas de revue théologique proprement’dite, mais cette lacune est en partie comblée par les publications de l’université de Fribourg. Nous cilerons la Revue thomisle, qui a élé fondée et a paru à Fribourg en 1899; le Divus Thomas,

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