SUISSE — SULPICE-SÉVÈRE
Jahrbuch für Philosophie und spekulative Theologie; cette revue a été fondée en 1886, à Paderborn, par Mgr Ernest Commer; elle paraît à Fribourg, sous la direction du P. Häfele, depuis 1923. Signalons encore les Studia Friburgensia, travaux publiés sous la direction des dominicains, professeurs à l’université de Fribourg. Cette collection, qui paraît depuis 1924, comprend déjà onze volumes.
Si la Suisse est le pays qui publie relativement le plus de journaux, de périodiques et d’illustrés de tout genre, elle reste tributaire de l'étranger en ce qui concerne les grandes revues spéciales et générales. Nous pouvons toutefois mentionner quelques revues de large culture, qui traitent parfois des questions théologiques; ainsi, dans la Suisse alémanique la Schweiz. Kirchenzeilung; dans la Suisse romande, Nova et Vetera, que dirige Charles Journet, professeur de théologie au séminaire de Fribourg. Cette dernière revue ἃ pris la place de la Revue de Fribourg. laquelle avait elle-même succédé à la Revue de la Suisse catholique, qui fut dirigée pendant de longues années par Mgr Jaccoud, recteur du collège Saint-Michel et professeur de droit naturel à l’université de Fribourg, un des hommes les plus cultivés de la Suisse catholique et qui a laissé un ouvrage intéressant et spécifiquement suisse : Droit naturel el démocratie, 1923.
Nous n’avons pas à parler ici de la théologie protestante, sinon pour en souligner l'orientation nouvelle, qui se manifeste surtout dans les facultés de théologie de Bâle, de Genève et de Lausanne. On sait que la pensée protestante en Suisse a passé par une grave crise de négation et de dissolution; un certain nombre de pasteurs et de théologiens en sont arrivés à nier la révélation, les miracles, la divinité du Christ. Si le peuple, dans son ensemble, reste encore croyant et même pratiquant, ses chefs religieux donnent parfois le spectacle d’une véritable anarchie religieuse. Voir à ce sujet l’art. La Réforme en Suisse, de Charles Journet, paru dans le Diclionn. apol., t. 111, p. 734-742. Le R. P. Gétaz, O. P. — un Suisse authentique, converti du protestantisme, — vient de publier, dans les Studia Friburgensia, une thèse consacrée aux Variations de la doctrine christologique chez les théologiens protestants de la Suisse romande au x1Ix® siècle, Fribourg, 1940. Cet ouvrage se recommande de luimême aux théologiens et aux historiens de la pensée religieuse contemporaine.
Mais un fait nouveau vient de se produire qui pourrait avoir d’heureuses conséquences pour l’avenir du protestantisme c'est l'influence qu’exerce Karl Barth, réfugié à Bâle, sur un certain nombre de jeunes pasteurs et de théologiens. Sans doute cette influence aura beaucoup de peine à entamer ce christianisme libéral, qui a des racines si profondes dans le monde protestant, d'autant plus que l’outrance des thèses de Barth pourra difficilement se concilier avec la modération du tempérament helvétique. On en a eu une preuve significative dans la polémique qui a mis aux prises Karl Barth et Émile Brunner, de Zurich, au sujet de la théodicée chez Calvin. D'autre part, les catholiques ne sauraient oublier l'opposition foncière, absolue de Barth à l'égard de l’Église catholique, qui est pour lui l’Église de l’Antéchrist. Il n’en reste pas moins vrai que l'influence de Barth pourra avoir d'heureux effets sur la pensée protestante en ce sens qu’elle ramène les esprits à la notion de dogme et à la croyance sans équivoque à la divinité du Christ.
J. BONDALLAZ.
SULPICE-SÉVÈRE, historien et hagiographe latin du ve siècle. — Né en Aquitaine aux environs de 360, d’une famille distinguée, voir Gennade, De vir. illustr., 19, Sulpice-Sévère fit d'excellentes études littéraires et juridiques. Il était avocat renommé et il avait
épousé la fille d’une riche famille consulaire, lorsque son bonheur fut brisé par la mort inopinée de sa jeune femme. Il renonça dès lors au monde, à la richesse et se donna tout entier à l’ascétisme, suivant en cela les conseils et les exemples de saint Martin qu'il alla voir à plusieurs reprises à Tours et de saint Paulin de Nole, son compatriote et son ami, avec qui il avait conservé de fidèles relations. Il se retira vers 399 dans la solitude de Primuliac, dont la localisation exacte est encore disputée entre Vendres, près de Béziers, et Saint-Sever de Rustan, et là il s’adonna à la piété et aux travaux littéraires. Gennade affirme qu'il reçut la prêtrise, ce qui est possible, Il raconte aussi qu’à la fin de sa vie il s’imposa un silence absolu pour se punir d’avoir quelque temps adhéré aux erreurs priscilliennes : ce dernier récit semble légendaire, et il a déjà été mis en doute par Sigebert de Gembloux. Sulpice-Sévère dut mourir entre 420 et 425.
Ses ouvrages consistent en une Chronique, en quelques livres relatifs à la vie de saint Martin, en quelques lettres.
1° La Chronique, en deux livres, est un résumé chronologique de l’histoire de l’Église chrétienne depuis ses origines les plus lointaines jusqu’à l’année 400, qui est celle du premier consulat de Stilicon. Ce résumé comporte naturellement l’histoire de l’Ancien Testament : les Livres saints sont ici pris pour guides, et l’auteur en rappelle le contenu. L'histoire du Christ et des apôtres est passée sous silence, parce qu’impossible à résumer à cause de sa grandeur. Sulpice-Sévère utilise naturellement la Chronique d’'Eusèbe, dont il s'était procuré plusieurs exemplaires, afin de les contrôler l’un par l’autre et d’en corriger les erreurs de copie. Il s’intéresse fort peu aux questions de doctrine et, lorsqu'il a à parler des hérésies, il n’en indique guère que la chronologie; sur l’arianisme lui-même, il se borne à une seule phrase qu’il emprunte à saint Hilaire. Chronique, IT, xxxv, 3. Il est à peine besoin d’ajouter que la valeur et l'intérêt de la Chronique s’accroissent lorsqu'on arrive à la période contemporaine de l’auteur. Sur le priscillianisme principalement, Sulpice-Sévère est bien renseigné et il donne des indications fort précieuses. D'une manière générale, Sulpice-Sévère témoigne d’un sens historique très fin, trèsaverti, et son style imite celui des meilleurs historiens de Rome, Salluste et Tacite. Aussi les écrivains de la Renaissance apprécièrent-ils grandement la Chronique, que le Moyen Age avait plutôt dédaignée.
2° Les écrits sur saint Martin. — Nous avons dit que Sulpice-Sévère éprouvait pour saint Martin beaucoup d’admiration et qu'il le visita plusieurs fois. Il put ainsi recueillir sur lui de nombreuses informations et, avant la mort du grand évêque, il avait déjà résolu d'en écrire la biographie. La Vie de saint Martin fut ainsi terminée du vivant même du saint et, dès 397, elle put être communiquée à saint Paulin de Nole. Vers 400, elle fut publiée, ou republiée avec quelques additions ou retouches. A cette édition, l’auteur joignit trois lettres assez longues adressées à Eusèbe, à Aurélius, à Bassula, écrites par lui dans l’intervalle; l’une sur un miracle, la deuxième sur une apparition, la troisième sur la mort et les funérailles du saint. Enfin, vers 404, Sulpice compléta son œuvre par deux Dialogues sur saint Martin comparé aux ascètes de l'Orient et déclaré supérieur aux plus grands d’entre eux. De bonne heure le premier dialogue a été divisé en deux, et le second compté pour un troisième. Quoique l'entretien soit censé n'occuper que deux journées, il n’est pas absolument impossible que l’auteur lui-même ait voulu cette division tripartite qui établit mieux dans l’ensemble l’harmonie des proportions.
Ces récits sur saint Martin sont avant tout de caractère apologétique. L'auteur veut, de toute évidence,