SULPICE-SÉVÈRE — SULPINI (PIERRE
montrer que son héros est en tout l'égal des plus grands saints, si même il ne les dépasse pas. Aussi insiste-t-il sur tout ce qui est de nature à le relever. Il se plaît à raconter en détail les miracles dont aucun n’est trop beau ou trop grand pour le saint évêque. Par contre, il témoigne d’une remarquable indifférence à l'égard de la chronologie et de la topographie. Peu lui importe de nous apprendre où se passent et comment s’ordonnent les différents événements. On comprend, dans ces conditions, pourquoi les Dialogues et la Viede saint Martin furent, dès le temps de leur publication, un éclatant succès de librairie. Nous savons que la Vie, connue à Rome grâce à Paulin de Nole, y fut maintes fois recopiée, à la grande joie des libraires qu’elle enrichissait; nous savons aussi que, jusqu’en Égypte, cet ouvrage obtint la plus rapide diffusion.
On s’est parfois montré sévère pour Sulpice et ses ouvrages sur saint Martin. E.-C. Babut a même prétendu que l’historien avait presque crée de toutes pièces son personnage. Médiocre soldat, moine fanatique et ridicule, évêque sans autorité, le véritable Martin aurait même été compromis dans l’hérésie, aurait failli être condamné comme complice des priscillianistes et serait mort schismatique, sans avoir exercé aucune influence sur la Gaule de son temps. Ce jugement exagéré ne saurait être retenu. Nous savons, par la Chronique, que Sulpice-Sévère est un auteur instruit, sérieux, capable de juger les hommes et les choses. Il n’a certainement pas inventé son personnage. Mais, en racontant sa vie, il a suivi les lois d’un genre qui relevait de la littérature populaire et sa dévotion personnelle l’a bien servi. On peut reconnaître sa prédilection pour les récits de miracles extraordinaires et la simplicité avec laquelle il les rapporte. Il est assuré que, dès son vivant, saint Martin a passé pour un saint extraordinaire et qu'il a été entouré d’une auréole de vénération : voilà ce dont témoigne surtout son biographe. IL n’y a pas lieu de récuser ce témoignage.
3° Les lettres. — Gennade signale l’existence de nombreuses lettres de Sulpice-Sévère : plusieurs lettres à sa sœur, de contenu édifiant; deux lettres à Paulin de Nole et d’autres à d’autres. Nous avons déjà signalé les trois lettres relatives à saint Martin. Les autres ont disparu. Sans doute, les éditions modernes de Sulpice contiennent-elles encore sept autres lettres, mais celles-ci sont des faux sur lesquels iln’y ἃ pas à insister.
La première édition d’ensemble des ouvrages de Sulpice-Sévère a été publiée à Anvers par Victor Giselinus en 1574; la Chronique avait d’ailleurs été éditée à Bâle dès 1556 par Flaccius Illyricus et les ouvrages sur saint Martin bien auparavant. L'édition de la P. L., t. xx, col. 95-248, reproduit le texte de Prato. L'édition la plus récente est celle de C. Halm dans le Corpus de Vienne, 1866. Pour la Chronique, on verra de plus A. Lavertujon, La chronique de Sulpice-Sévère. Texte critique, traduction et commentaire, Paris, 1896-1899. Pour les écrits sur saint Martin, la traduction de P. Monceaux, Saint Martin, récits de Sulpice-Sévère mis en français avec une introduction, Paris, 1926; H. Goelzer, Grammalicæ in Sulpilium Severum observationes, Paris, 1883; Εν Mouret, Sulpice-Sévère à Primuliae, Paris, 1907; C. Ricard, Sulpice-Sévère et sa villa de Primuliac à Saint-Sever de Rustan, Tarbes, 1914; E.-C. Babut, Saint Martin de Tours, dans Rev. d’hist. et de Liltér. relig., t. XVI, 1911; H. Delehaye, Saint Martin et Sulpice-Sévère, dans Analecta bollandiana, 1920, p. 5-136; C. Jullian, Remarques critiques sur les sources de la vie de saint Martin, sur la vie et l'œuvre de saint Martin, dans Revue des études anciennes, t. xxIV, 1922, t. xxv, 1923; H. Leclercq, art. Primuliac, dans le Dict. d’Archéol. chrét., τ. x1v, col. 1782.
G. BARDY.
SULPINI Pierre, frère mineur de la province d'Aquitaine (fin du x1v®, début du xv®siècle). — Maître
en théologie, il régit le S{udium generale de son ordre à Avignon à partir du 17 mars 1386; il ful provincial de
2763 SULPINI la province d'Aquitaine, le 25 septembre 1395; le 27 août 1397 il fut promu au siège épiscopal de Bazas dans la Gironde, supprimé à la Révolution. II composa un Tractatus de hierarchia angelica, qui débute : «Ne in vacuum gratiam Dei recipiamus »; un Tractalus de hierarchia ecclesiastica, qui commence : « Cum elamarem ad Dominum »; un Tractatus de divinis nominibus, dont le début est : « Littera hebraica He »; un Tractatus de mystica theologia, qui commence : « Primam veritatem. »
L. Wadding, Annales minorum, t. 1X, Quaracchi, 1932, an. 1412, n. 11, Ὁ. 439; du même, Scriptores ordinis minorum, Rome, 1906, p. 193; J.-H. Sbaralea, Supplementum ad scriptores ordinis minorum, t. 11, Rome, 1921, p. 365; C. Eubel, Bullarium franciscanum, t. ναὶ, Rome, 1904, n. 741,905 et 924; du même, Hierarchia catholica Medii Ævi, 29 éd,.t.7r, Munster-en-W., 1913, p. 516.
Am. TEETAERT.
SUPERBI Augustin, frère mineur conventuel italien (xvure siècle). — Originaire de Ferrare, il fut un célèbre prédicateur et un théologien distingué. Il exerça dans l’ordre jusqu’à trois fois la charge de gardien de Ferrare et fut le théologien du cardinal Bevilacqua et du duc de Mantoue, ainsi que consulteur du Saint-Office à Ferrare. Il mourut à Ferrare, le 9 juillet 1634. Il est l’auteur de nombreux ouvrages : /dea angelica, Ferrare. 1601, in-4°, qui est un traité de la nature des anges; Decacordo scrilturale sopra il cantico della ss, Vergine, ibid., 1620, in-4°; Batlaglie spirituali, ovvero trattato delle sciocchezze, che si commettono nelle battaglie spirituali, ibid., 1624, in-4°; Præcepla aurea, ad hominis institutionem accommodata, Venise, 1630, in-8°; L’immenso delle pene che pati il Figliolo di Dio per l’uomo, inédit; Dell’ antichità dello stato di Carrara, Padoue, 1598, in-4°; Genealogia domus Bevilacquæ, Ferrare, 1626; Trionfo glorioso dei preclari uomini di Venezia, Venise, 1629; Apparalo degli uomini illustri di Ferrara, inédit; Il teatro dell’ immortalità, inédit; Mortalium immortale simulacrum præclariss. Heroas repræsentans, inédit; Catalogus illustrium scriplorum, insignium lilleris virorum totius franciscanæ religionis ad annum 1634, inédit; Catalogus omnium orthodoxæ matris Ecclesiæ concionatorum, inédit; Brieve compendio del convento di Ferrara, inédit; Trionfo glorioso degli eroi di Venezia, inédit. La plupart des ouvrages inédits du P. Superbi sont conservés à la bibliothèque Ariostea de Ferrare.
L. Wadding, Scriplores ord. min., 3° éd., Rome, 1906, Ρ. 34; J.-H. Sbaralea, Supplementum, 2° éd., t. 1, Rome, 1908, p. 108; J. Franchini, Bibliosofia ὁ memorie letterarie di scrittori francescani, che hanno scrillo dopo l’anno 1585, Modèñhe, 1693, n. 10; F. Borsetti, Historia almi Ferrariæ gymnasii, Ferrare, 1735, p. 31; T. Strappati, Memorie francescane Ferraresi negli scrilti del P. Agostino Superbi (t 1634), dans Miscellanea francise., τ. XXXVI, 1936, p. 91-
SUPERSTITION. -— I. Le mot. II. Deux classes de superstitions (col. 2767). III. Le culte faux du vrai Dieu (col. 2771). IV. Le culte superflu du vrai Dieu (col. 2778). V. Notion générale des superstitions non cultuelles (col. 2788). VI. Le secret des vaines observances (col. 2794). VII. Les actes superstitieux et la morale (col. 2816).
I. Le ΜΟΎ. — Superstition {super-slare) dit excès, observance surérogatoire, exagération non seulement consentie, mais admise comme un principe d’appréciation ou de conduite; ainsi parle-t-on de la superstition « des ordres donnés » (Tacite), de celle de l’étiquette, etc. Superstilio dicla est quod sil superflua aut superslaluta observatio, Isidore, Etym., 1. VIII, c. πὶ. Mais, au sens propre, le mot s’entend d’un attachement excessif à des croyances ou à des pratiques religieuses peu utiles, sinon fausses.
1° Dans l'antiquité classique. — Dans l'antiquité romaine, superstilio avait déjà ce sens religieux, et plus particulièrement cultuel. Cf. Lucilius Balbus, cité par Cicéron, De natura deor., 1. 11, e. xxvin, n. 71, puis par saint Augustin, De civ. Dei, 1. IV, c. xxx, P. L., ἃς x11, col. 137, par saint Isidore, Etym., 1. X, etc... Pour quelques passages où la superstition est prise en bonne part, Cicéron, In Verrem, act. ἵν, Sénèque, Epist., xcv, Virgile, Enéide, 1. XII, v. 187, et Servius, in ἢ. loc. : Superstitio, religio, metus, eo quod superstet capili omnis religio, on citerait vingt textes où superstition dit déformation religieuse, car « les philosophes ne sont pas les seuls, et nos ancêtres ont également distingué la superstition de la religion ». Cicéron, loc. cit. C’en est une déformation par excès : Dum volunt nimis esse religiosæ, superstitiosæ fiunt, et ila delirant. Servius, In Æneid., 1. VIII, v. 183. C’est bien aussi dans cette acception générale que l’entend saint Augustin, quand il pose en principe que «dans la mesure même où notre religion nous relie à Dieu seul nous devons nous garder de toute superstition ». De verarelig., π᾿ 111. P. L.;t:xxx:v, col: 171:
Cependant, chez les auteurs latins classiques, le mot a déjà trois acceptions spéciales, qui anticipent sur celles que lui donnera la théologie catholique : religion superflue, religion vicieuse et vaine observance. Superstitio s’entendit longtemps des exagérations cultuelles qui dépassaient la lettre du contrat que Rome avait fait avec ses dieux; mais, dès la fin de la République, la superstition désigna surtout une religion rivale, un culte proscrit ou toléré. Cf. Marquart, Le culle chez les Romains, trad. Brissaud, t. 1, p. 95, 127; τ. 11, p. 138, n. 1. Ainsi l’entendaient Virgile, Énéide, 1. VIII, v, 182-189, Cicéron, De nat. deor., loc. cit., de même Suétone et Pline le Jeune en sa lettre à Trajan, en parlant du culte chrétien. Mais Cicéron lui donnait un troisième sens plus vulgaire : « Ce sont toutes ces fausses opinions, ces erreurs turbulentes, ces superstitions de vieilles femmes. » De natura deorum, 1. I, €. ΟΧνΠΙ; De divinatione, 1. II, ἢ. 125, 148; même nuance en divers auteurs cités par Servius, Zn Æneid., XII SV ΘΙ:
Dans les constitutions impériales, même après Constantin, la plupart des textes gardent au mot l’ancienne acception juridique. Cod. Theodos., 1. XII, 1, 158;1. XVI, vx, 28; v, 5, 10, 34, 39, 51. Les empereurs l’appliquaient désormais à « la superstition judaïque », ou «chérétique », voire à «l’impie superstition des idoles », ibid., 1. XVI, var, 6; x, 20; Constitut. Sirmond., 12; mais ils l’entendaient toujours d’un culte prohibé, plutôt que de ces observances « secrètes que le peuple appelle maléfiques ». Seule, à notre avis, une loi de Constance de 341, qui porte simplement : Cesset superslilio, semble, par son contexte, viser les pratiques secrètes de la divination. Voir, en sens différent, F. Martroye, dans Bulletin des antiquaires de France, 1915, p. 280-292, qui renvoie à Cod. Theodos., 1. IX, xvI, 1, 8, où l’on parle des « haruspices οἱ mathematici, qui doivent exercer publiquement leur superstilion ». A partir du vie siècle, l'expression juridique pour désigner les maléfices est plutôt sacrilegium, cf. loi de Luitprand et saint Maxime de Turin, citée plus loin.
C’est en cherchant au mot superstilio les étymologies les plus fantaisistes que les philologues romains ont étudié l'esprit superstitieux. Le faisant dériver de superstiles, Servius voyait dans les femmes superstitieuses, des « survivantes » d’un autre âge, qui sont adonnées à de vaines observances; tandis que le stoïcien L. Balbus critiquait surtout « les longues prières de celles-ci pour obtenir la survie de leurs enfants ». De la racine superstare, Lucrèce avait tiré parti : « la superstition étant la crainte vaine des choses qui « se tiennent au-dessus », De nat. rerum,
L I, v, 56-59, du ciel et des dieux », 1. VI, v, 61. Enfin Nonius Marcellus notait « que les superstitieux, pour honorer les dieux négligent tout le reste, præ cultura deorum supersedent cetera ». De comp. doctrina, v, 36.
Quoi qu'il en soit de l’étymologie du nom, les philosophes romains avaient donné de claires notions de l'âme superstitieuse. Varron, cité par saint Augustin, cn Pet EE NI ΟΥ̓͂Σ on 2 ΡΥ ΤΟ xET, col:187, disait que « le superstitieux est celui qui craint les dieux comme des ennemis, tandis que le religieux les révère comme des pères ». Quintilien, De instit. orator., 1. VIII, ο. πα notait que la superstition diffère de la religion ut a diligenti curiosus.
2° Dans l'usage ecclésiastique. — 1. Le Nouveau Testament. — Le mot superstilio, dans la Vulgate, traduit deux expressions grecques fort différentes : dans les Actes, il répond au mot δεισιδαιμονία, Act., XVII, 22; XXV, 19, crainte religieuse qui porte les populations à garder ou à accepter des divinités mal connues. Ce n'est pas sans une nuance de respect que saint Paul parle de ce sentiment inquiet des Athéniens, élevant un autel au dieu inconnu, et que le gouverneur Festus applique la même dénomination à l’ensemble de la religion juive et aux discussions qu'elle soulève. Mais, dans l’épître aux Colossiens, 11, 23, superstitio traduit l'expression ἐθελοθρησκία, qui marque plutôt des pratiques singulières qu’un pur sentiment religieux : nous sommes bien proches ici de l’acception actuelle du mot superstition.
2. Les Pères grecs. — Chez eux, ces deux vocables ont continué d’englober tout ce que nous appelons superstition, mais avec les mêmes nuances que chez saint Paul : δεισιδαιμονία, c’est, pour Clément d'Alexandrie, l’idolâtrie traditionnelle, Protrept., P.G., t. vint, col. 224; Strom., 1. VII, c. 1 et 1V,t.1x, col. 408, 428; mais, pour Origène, c’est le scrupule judaïque de saint Pierre à Joppé. Cont. Cels., 1. II, 2, P. G.,t. xt, col. 800. Au contraire, ἐθελοθρησκία et ses synonymes, ἐθελοευλαδεία, ἐθελαχριθεία, stigmatisent toujours pour les Pères le caractère « capricieux et vain » des cultes de surcroît. Eusèbe, H. E., P. G.,t. xx, col. 545; Basile, Conslit. monast., ©. χχν, P. G., t. xxxI, col. 1413; Épiphane, Ado. hær., P. G., t. XLI, col. 172 et 1040 sq. Théodoret traite de « superstitieux » les anathématismes de saint Cyrille. Epist., cLxt, P. G., t. LXXXIN, col. 1460.
3. Les Pères latins témoins des derniers efforts du paganisme ont bien marqué, eux aussi, la ressemblance extérieure entre superstition et religion : le superstitieux fait des recherches infinies pour trouver la forme de culte la meilleure, il y apporte un sérieux et une minutie qui lui font croire que son devoir est bien rempli envers les dieux; si la négligence s’y glisse, il en a des remords. En un mot, pour eux, la superstition est une contrefaçon de la vraie religion, c’est une « religion simulée ». Mais ils ne voient cette contrefaçon que dans les cultes païens : « Religio, écrit Lactance, veri [Dei] cultus est, superstilio falsi. » Div. anstil., 1. IV, c. xxvitt, P. L.,t. vi, col. 536. Il a fallu qu'une foule d’abus se manifestât dans les milieux nouvellement convertis pour que les docteurs suivants étendissent l’appellation à toutes sortes d’excès religieux, se conformant d’ailleurs en cela à l'indication des anciennes versions de l’Écriture et des Pères grecs.
4. Saint Augustin. — Cultes étrangers et pratiques vaines, crainte religieuse et curiosité profane, contrefaçons païennes ou adjonctions capricieuses au culte chrétien : toutes ces notions disparates entrèrent à leur tour dans le vocable souple de superstition. Il était réservé à saint Augustin d’ordonner toutes ces superfétations religieuses qu'il connaissait bien. Enarrat. in Ps. ΧΟΡ, n. 5, P. L., t. xxxvix, col. 1230.
LE MOT 2766 Il les réunit, « à l’usage des païens », vers 408-409, sous le signe commun de l’idolâtrie, comme il se devait. Epist., cn, ad Deogratias, 4. 1, n. 18, P. L., t. ΧΧΧΊΙΙ, col. 377. La superstition, c’est d’abord le culte des faux dieux : les sacrifices et les autres rites y peuvent être semblables à ceux des anciens Juifs, mais leur destination n’est pas la même : « Malgré leurs-interprétations élégantes, tout ce culte des païens s’adressait à une créature. » Loc. cit., col. 378. Posé ce vice fondamental, toutes les anciennes distinctions historiques entre religion et superstition — celles que nous avons données au début — ne tiennent pas. Cicéron ne peut distinguer la consueludo majorum, le vieux culte des cités, de la mythologie qui y était en germe. Fausses également la distinction de Varron entre la religion nationale et les cultes importés, et celle de Virgile, acceptée par Lactance, entre les religions anciennes et nouvelles. Cf. De civ. Dei, 1. IV, c. xxx, P. L., t. xL1, col. 136-138. Saint Augustin en revient donc à la définition de Lactance, lui-même, De divin. instit., 1. IV, e. xxvint : Hæc cum exhibentur Deo, vera religio esl; cum autem falsis, noxia superstitio; mais, comme il la trouvait superficielle, il y introduisit une variante significative : Cum aulem dæmonibus, superstitio. Epist., οὐ, loc. cit., col. 377. Si l’adoration des idoles s’adressait aux démons, rien n’empêchait d’adjoindre à l’idolâtrie proprement dite, et sous le signe des démons, pourrait-on dire, tous les autres abus qui s'étaient glissés dans les religions païennes : la divination, la magie, etc.
5. Le Moyen Age latin, sans donner rien d'’original, coordonne pour la théologie catholique toutes les notions précédentes.
a) Voici la description que fournit la Glose ordinaire, à propos du texte classique de Col., τι, 23 : Religio supra modum servala, id est religio simulata, quando traditioni humanæ nomen religionis applicatur. On trouve là, semble-t-il, tout l’essentiel de la définition traditionnelle : 1° le rattachement à la vertu de religion, dont la superstition n’est d’ailleurs qu’un simulacre; 2° le double caractère, excessif et capricieux noté par les Pères grecs; 3° le vice commun à tous ces abus, qui est de mêler des inventions humaines aux choses religieuses.
b) Voici maintenant la systématisation de saint Thomas : Du mot il tire cette première notion que superstilio quemdam excessum importlare videtur. 115-118, η- ΣΟΙ 4 1 46 2υπε οἱ θυ 11 rattache, “comme tous ses prédécesseurs et ses successeurs, la superstition à la vertu de religion, mais en précisant que c’est un vice opposé à la religion par excès, définition qui aurait sans doute fort étonné saint Augustin et les docteurs antérieurs : C’est celle qui est devenue classique. « La religion est une vertu morale; et, comme toute vertu morale, elle s'établit dans le juste milieu. Le vice s’y peut donc opposer doublement : par excès et par défaut. » Le défaut de religion, l’irréligion méprise tout ce qui touche au culte divin », tandis que « la superstition fait montre, comme la religion, d’un culte divin », mais elle en fait trop. Sum. theol., 115-115, 4. ΧΟΙΙ, prol. « Or, on peut outrepasser la mesure de la vertu, non seulement au point de vue de la quantité, mais aussi selon les autres circonstances de l’action. » Zbid., a. 1; cf. Ils-II®, ἃ. Lxxx1, a. 5, ad 3%, Saint Thomas note toutefois que la superstition se distingue à la fois par l'excès dans la recherche des procédés religieux et par les résultats mesquins auxquels elle aboutit souvent : vitium excedit virlutis medium, non quia ad majus aliquid tendit quam virlus, sed forte ad minus. 115-115, q. xcnt, ἃ. 1.
6) Les théologiens postérieurs ont étudié aussi, d’un point de vue plus spécialement psychologique, ce qu’on peut appeler l'esprit superstitieux. A propos
d’une remarque de saint Thomas, [15-115,. 4. LXXx1, a. 1, Cajétan observe finement deux attitudes d'âme : l'attitude cultuelle tout occupée du rite, et l’attitude, plus pleinement religieuse, des âmes vraiment saintes : « Il est évident par là que bien des gens font acte de religion sans y mettre de sainteté. On peut taxer de religiosité ceux qui sont ainsi tout occupés des cérémonies... », In Sum. theol., loc. cit.
Il y a ici, dit Suarez, une équivoque : « certes il n’y a pas excès dans le culte formel; l’excès gît surtout dans le culte matériel, dans les rites multipliés sous prétexte de religion. Les pratiques sont menues et ne servent aucunement à la religion; mais il y a excès même per ordinem ad affectum colentis, puisque le superstitieux a une trop grande préoccupation du culte, cherchant à temps et à contre-temps à l’exprimer, et faisant servir à cela tout ce qui lui tombe sous la main, bon ou disproportionné. » Suarez, De religione, t. xxx, 1. II, c. 1, éd. Vivès, t. Χαμ, p. 472.
Mais on pourrait dire également bien, en regardant plus à fond dans l’âme du superstitieux, qu'il s’attache trop à des pratiques extérieures parce qu'il manque d'esprit intérieur. Ici vient la remarque de Suarez : « Dans ces vices contre la religion, on peut distinguer trois éléments : l’action matérielle, la déformité qu’elle a contre une autre vertu que la religion, et enfin sa malice spéciale formellement contraire à la religion. Or, pour expliquer cette dernière, il est souvent nécessaire de remonter jusqu’à cette opposition préalable à telle autre vertu. » Loc. cit., p. 437.
6. Le langage actuel. — A parler en rigueur de termes, la superstition s'oppose à la vertu de religion. Mais, à notre époque, on a tendance à élargir le concept de religion comme celui de superstition, et non sans raison. D'une part, en effet, il y a action réciproque des vertus théologales sur la vertu de religion et inversement ; la religion entretient aussi des rapports avec les vertus morales. Par contre la superstition arrive à pervertir, après la religion, toutes les vertus de l’honnête homme; elle s'exprime alors par des « croyances d’à-côté », Aberglaube, dans une confiance aveugle en des puissances bienfaisantes ou dans un instinct de défense contraires à la foi et à l'espérance. Ces fictions misérables et ces craintes vaines, on les appelle volontiers des superstitions. Disons que ce sont des contrefaçons de l'espérance et de la foi, et qu’elles engendrent toutes les fausses dévotions et les vaines observances. Cf. A. Thibaut, Les contrefaçons de l’espoir en Dieu, dans Nouv. rev. théol., 1934, p. 837. Enfin cet esprit superstitieux engendre à son tour une rupture d'équilibre entre les vertus intérieures et les pratiques cultuelles, entre la valeur insignifiante de ces moyens de se rassurer et l’attachement qu’on y garde, entre les scrupules des faux dévôts et leur égoïsme féroce : voilà les caractères les plus voyants de la superstition, tout opposés aux démarches prudentes de la religion.
II. DEUX CLASSES DE SUPERSTITIONS. On compte généralement cinq espèces de superstitions : 1° le culte indu du vrai Dieu; 2° le culte des faux dieux appellé idolâtrie; 3° la divination; 4° la magie, et 5° les vaines observances. Pour mettre un peu de lumière dans cette classification et comparer ces excès si divers, il faut procéder, du plus apparent au plus mystérieux, de l’extérieur, des gestes, aux intentions des agents. La constatation de l’objet matériel de ces diverses superstitions aboutira à une distinction provisoire entre les abus d’allure culluelle el ceux qui n'ont exlérieurement rien de religieux. La considération de l’objet formel des superstitions d’allure religieuse permettra de distinguer nettement entre les cultes indus et l’idolâtrie. Pour mettre enfin de l’ordre entre les autres abus, il faudra en arriver à considérer les