‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 372 sur 457 · CULTE FAUX DE DIEU · texte numérisé non relu

CULTE FAUX DE DIEU

cérémonies de l’ancienne Loi qui signifiaient les mystères du Christ comme futurs: ce serait aussi mal que de professer en paroles que la passion du Christ est encore à venir. » 115-115, q. ΧΟΙΙῚ, ἃ. 1.

Mais le cas du culte périmé n’est qu'un exemple entre mille : il y a bien d’autres formes du culte faux du vrai Dieu ex parte rei significatæ : toutes les infiltrations païennes dans la religion naturelle monothéiste, dans la religion des Juifs mêlés aux Chananéens, et jusque dans la religion chrétienne à diverses époques. Saint Thomas, pour ne pas se répéter, s’est réservé d’en traiter à propos de l’idolâtrie, II8-IIr, 4. xcIv; mais les termes qu’il emploie alors montrent bien qu'il voit la malice propre de ces chrétiens mal convertis dans le culte faux du vrai Dieu, qui va contre leur vraie pensée religieuse. L’idolâtrie est évidemment une déviation totale de la religion; elle est du moins franche, tandis que, « s’il s’agit d’une idolàtrie purement extérieure, il s’y ajoute culpa falsitalis ». Ibid., a. 3, ad 1un.

On peut dire enfin que bien des usages d’origine païenne, avant d’avoir perdu tout leur sens religieux, ont été adoptés sans grande conviction par des populations chrétiennes : on peut les ranger sans hésiter parmi ces cultes faux du vrai Dieu, parce qu’ils se heurtaient, sinon à la foi bien incertaine de ces populations, du moins au roc dur du dogme ou de la morale chrétiennes : rei christianæ, a qua discordat significatio cultus. Et les prêtres qui encourageaient ces superstitions tombaient sous l'ironie de saint Augustin : « On est d’autant plus condamnable qu'on agit soi-même mensongèrement et qu'en partageant les illusions du peuple on se croit dans la vérité. » De civ. Dei, loc. cit. Quant aux victimes de ces propagandes, on peut être pour elles assez indulgent : « Dans ces falsifications, il y a mensonge, quantum est ex parle actus exlerioris; il y ἃ des récits et des rites absolument faux; mais les gens qui s’y laissent prendre croient exprimer la vérité : c’est la chose qui ment et qui tient cette fausseté de sa propre origine. » Cajétan, In Il®-]//e, q. XcInt, ἃ. 1. On remarquera qu’en cette première catégorie de cultes faux, il n’est question ni d'invention ex parte colentis, ni de prohibition de la part de l’Église : c’est que l’opposition préexiste entre chose et chose, entre la vérité divine et des pratiques aussi vieilles et anonymes que le paganisme. Les gens n'avaient pas à inventer des reviviscences des anciennes religions, et l’Église n'avait qu’à constater que ces usages étaient antichrétiens.

2. La seconde catégorie de cultes faux du vrai Dieu vient au contraire d’une fausse initiative de celui qui fait acte de religion : ex parte colentis in cultu exteriori. Le signe extérieur de religion, en effet, a toujours un sens plus ou moins mystérieux, d'autant qu'il consiste en attitudes muettes, en gestes, en offrandes, en utilisation de choses sacrées, qui ont servi à toutes les religions successives. Les auteurs modernes, plus avertis que saint Thomas des « imprécisions des symboles », ont montré que beaucoup de symboles, usités « au sein de races devenues panthéistes, qui leur rendaient un culte direct », pouvaient servir, à l’état purement symbolique à signifier l'unité du vrai Dieu. E. Cailliet, Symbolisme el âmes primitives, p. 207. Mais les anciens scolastiques en ont reconnu aussi la relativité : l’adoration, par exemple, ou plutôt le prosternement, peut être adressé en hommage à un maître terrestre, 5. Thomas, 115-115, 4. LXXXIV, ἃ. 1 et 2. Par contre l’adoration, au sens étymologique, le geste de porter la main à sa bouche (ad os), qui n’a rien de bien significatif par lui-même, avait été profané par de si longs siècles d’idolâtrie et de persécution que les chrétiens de ces temps-là lui donnèrent un sens pernicieux.

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En somme, le jugement privé est impuissant en matière si délicate; tel signe utilisé n’est pas imposé

* par sa nature pour signifier l'excellence de Dieu et

notre soumission à son égard. Dans l'usage du signe conventionnel, l'erreur peut se produire, comme on le voit dans le cérémonial profane : un paysan se livre à des gestes ineptes ou à des paroles déplacées pour honorer un roi, et cela avec la meilleure intention du monde. Aussi faut-il s'étonner de lire dans Lactance : Omnino quid colas, non quemadmodum colas! C'est là une erreur d'appréciation et de pratique qui est fort généralisée; pourtant le moindre défaut, en matière religieuse, peut détruire la bonté foncière de l'acte.

La seconde forme de culte faux du vrai Dieu comprend précisément toutes les pratiques cultuelles opposées à la législation de l'Eglise. A vrai dire, ces falsifications sont manifestes depuis qu'il y ἃ des Églises chargées de la police du culte : « depuis la promulgation de la Loi ancienne, c’est par des prescriptions extérieures que les hommes ont été instruits de la manière d’honorer le vrai Dieu, et il est désormais abominable de passer à côté, quæ prælerire pestiferum est. » 115-115, q. Χαμ, ἃ. 1, ad 2". L’oppo-

‘sition s'affirme ici entre des pratiques « du culte

extérieur » et des règlements positifs, également extérieurs, portés par les Églises au nom de Dieu même, et pour développer son culte authentique. L'Église juive, nous l'avons vu, avait étendu très loin cette haie protectrice des prières et des sacrifices; l’Église catholique ἃ constitué aussi ses règlements cultuels : lois universelles et permanentes de l’administration des sacrements, coutumes régionales plus ou moins stables, auxquelles saint Thomas rapporte les variations de la liturgie eucharistique : « coutumes diverses, mais non contraires à la vérité, el eas præterire illicitum est. » Ibid., ad 3%. De toutes façons, l’antagonisme est ici entre deux initiatives : l’ordonnance protectrice de la société religieuse, de l'Église assistée par Dieu, et l’entreprise ex parte colentis, d’un individu ou d’une collectivité. Le cas le plus typique est bien celui que cite saint Thomas, ibid, corp., d’un ministre de l’Église qui, dans le culte public, présente à Dieu de la part de l’Église, un culte qui va précisément contra modum Ecclesiæ : c’est un faussaire, qui troque contre ce qu'on lui ἃ confié une marchandise frelatée, falsa facti significatio cum intentione fallendi, Cajétan, in h. loc. La falsification, pour être moins foncière que dans le cas des pratiques païennes qui se glissent dans la religion populaire, est beaucoup plus patente, parce qu’elle va contre la prohibition de l'autorité ecclésiastique et abuse de sa confiance. Cet abus peut prendre d’ailleurs les formes les plus diverses. Suarez a tort d’y voir le cas presque isolé du faux prêtre ou du prêtre déposé qui dirait la messe sans pouvoirs. En somme, cela se bornerait au cas de ficlio in legatione, quam exercet nomine allerius a quo constlilulus non est. De religione, tr. 117, C. 11, ἢ. 2, t.xin1, p.476 sq. Une messe simulée est un sacrilège, non une superstition de culte faux. Celle-ci porte, non sur la mission du faussaire, mais sur toute action cultuelle, publique ou privée. Saint Thomas dit sans doute : Hoc PRÆCIPUE in cullu communi qui per ministros exhibetur in persona tolius Ecclesiæ; mais tout ce que le prêtre, et même le vrai prêtre, fait au nom de l'Église, il peut le falsifier et l’opposer à l’usage commun que l'Église lui demande d’observer. A cette falsification ex parte colentis« se ramène aussi le cas du prédicateur qui prêche de faux miracles, de l’écrivain qui vante de fausses reliques, etc... Ils ne sont pas excusés par leur pieuse intention du péché de culte pernicieux, parce, autant qu’il est en eux, ils enlèvent à la foi du Christ, sa vérité ». Cajétan, in h. loc. Lessius, Lacroix, Vermeersch, etc., notent d’autres

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