‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 373 sur 457 · SUPERSTITION: CULTE SUPERFLU DE DIEU · texte numérisé non relu

SUPERSTITION: CULTE SUPERFLU DE DIEU

contrefaçons par la faute des ministres de l'Église : ce qu’elle leur ἃ confié, ce sont de vrais sacrements, des miracles réels, des paroles de Dieu qui sont vraiment dans l’Écriture inspirée, etc.; si tous ces trésors du culte sont frelatés par le prêtre, ils n’ont plus droit à notre religion, et notre respect devient faux et superstitieux. Il y a plus : ces fraudes peuvent être le fait de simples fidèles et dans leur culte privé : n'ayant pas reçu mission de l’Église et n'étant pas tenus de poser tel acte de religion, ils doivent, quand ils le font, se conformer à l'institution de l'Église et ne pas aller contre l’ordre de Dieu. L'exemple apporté par Cajétan d’un chrétien qui s’isolerait du corps de l’Église, sic in propria persona quod nihil ad Ecclesiam, est peutêtre un peu théorique; mais que penser des bonnes âmes qui colportent de prétendues révélations ou des dévotions excentriques? N'y a-t-il pas de leur part fraude sur la marchandise? Nous dirons plus loin quelques mots de ces dévotions fausses.

Le culte faux doit donc se trouver surtout chez les Juifs et les infidèles qui honorent le vrai Dieu. « Les Juifs qui maintenant circoncisent leurs enfants et observent le sabbat sont superstitieux... De même le païen qui offre à Dieu un sacrifice d'animal... bien qu'il entende honorer le vrai Dieu, lui offre cependant un culte qui n’est pas le vrai. » Suarez, loc. cit., p. 470. Saint Augustin, Epist., XLIX, n. 3, était peut-être plus humain et plus vrai quand il écrivait : Cum hæc exhibentur Deo secundum veram inspirationem alque doctrinam, vera religio est. Mais les théologiens scolastiques ont toujours montré quelque gêne à quitter le terrain objectif pour se pencher sur les intentions des hommes.

Le culte faux du vrai Dieu est compatible avec une foi véritable. Saint Thomas avait bien spécifié que la fausseté pouvait se glisser dans le culte extérieur, et « qu'un geste mensonger était un mensonge pernicieux tout comme une parole contre la foi ». 115-118, 4. ΧΟΠῚ, ἃ. 1. Suarez fait cependant observer que, psychologiquement, il y a une nuance entre les deux : « Il y ἃ, dans le culte de Dieu, deux choses à distinguer : l’estime que nous avons de la personne que nous voulons honorer et le signe dont nous usons pour reconnaître son excellence, en quoi consiste précisément le culte. Or, dans le culte du vrai Dieu, même superstitieux, ne peut manquer tout à fait le premier élément, à savoir l’existimatio veri Dei; il peut s’y mêler tout au plus quelque fausseté, comme chez les hérétiques. Mais, dans la partie matérielle du culte, il peut se glisser l’erreur ou la superstition. Ce sont là, en effet, deux propositions bien différentes : Dieu est digne d'honneur pour son excellence, et telle chose est apte à lui témoigner cet honneur; sans se tromper sur le premier point, on peut se tromper sur le second. Utiliser des procédés qui ne sont pas adaptés à ce devoir voilà en quoi consiste la superstition. » Suarez, t. χη, p. 469-470.

IV. LE CULTE SUPERFLU DU VRAI DIEU. — Cette superstition, comme celle de culte faux, est droite en son orientation, s'adressant bien au Dieu véritable, mais excessive dans ses réalisations, dans les actes cultuels qui font l’objet de la vertu de religion : car la dévotion indiscrète donne à ces actes, non pas un sens erroné, comme le culte faux, mais une surabondance. « Dans la religion, le juste milieu s'entend d’un certain niveau à maintenir entre les œuvres qui vont à honorer Dieu. Je dis un niveau, non une égalité absolue, car, envers Dieu, nous ne sommes jamais quittes de tout ce que nous lui devons; mais un niveau établi en fonction de ce que nous pouvons faire, de ce que Dieu même agrée. » Ils-Il®, 4. LxxxI1, ἃ. 5, ad 3, Cette conception de la vertu morale de religion commande la notion du culte superflu : en accu-

mulant les actes de dévotion, on perd sa peine et on trouble la discrétion de la religion voulue par Dieu. Elle explique aussi le domaine précis où peut se produire cet excès dans le culte divin et les critères pour les reconnaître.

1° Doctrine de saint Thomas. — 1. « Superflu se dit en deux sens : d’abord par rapport à la mesure essentielle des choses prises absolument, secundum quantitatem absolutam. À ce point de vue, rien ne peut être de trop dans le culte divin, parce que l’homme ne peut rien faire qui ne soit en-deçà de ce qu’il doit à Dieu. » 115-115, 4. ΧΟΠῚ, ἃ. 2. On en reste trop souvent, sur ce point, à la remarque liminaire citée plus haut que l’homme perd sa peine à vouloir être quitte avec Dieu, ce n’est pas une raison, au contraire, pour rien diminuer de l’hommage dont il est capable. Son effort n’a de limite imposée que celle de ses forces. Tant qu’il s’agit de religion véritable, il n’y ἃ pas d’excès possible : quantum poles, tantum aude, quia major omni laude. Avant de condamner toutes les dévotions superflues, il faut bien se convaincre que la critique n’atteint ni la dévotion, ni la prière, ni les exercices de piété de bon aloi : la prière continue de saint Paul ermite, les mortifications des Pères du désert, qui allaient pourtant au bout des forces humaines, n'étaient point un culte superflu.

Mais, dans les pratiques de la dévotion, la générosité intérieure n’est pas tout : « l'excès pourra consister à rendre le culte divin... à contre-temps, ou en d’autres circonstances indues. » 115-115, q. LXXXI, ἃ. 5, ad 3un, Ici la religion reprend son caractère « de vertu morale », qui s'établit dans un juste milieu. « Or, il arrive qu’on outrepasse par excès la mesure de la vertu, non pas au point de vue de la quantité, mais dans les autres circonstances de l’action. Ainsi y a-t-il des vertus, comme la munificence, où l'excès toujours possible n’est point de donner davantage (on donnera peut-être moins), mais de distribuer ses dons à contretemps, voilà qui devient superflu. Ainsi de la superstition, excès opposé à la religion : non point qu’elle rende à Dieu plus d'hommage que la vraie religion, mais parce qu’elle le prodigue d’une manière indue. » 111-115, 4. xcrr, ἃ. 1. Ces pratiques sont devenues inutiles par inadaptation aux fins générales du culte divin. C’est ce que saint Thomas appelle : quantitatem proportionis; nous dirions : un développement disproportionné des pratiques extérieures relativement à la religion intérieure qui devrait les animer.

2. Quels sont donc les critères qui permettent de condamner ces superfluités? Ce sont les fins mêmes du culte de Dieu, fins diverses et subordonnées les unes aux autres. « Sera superflu par disproportion ce qui ne répond pas aux fins du culte : 1. rendre gloire à Dieu; 2, nous soumettre à lui par l'esprit ; 3. et par le corps. » 115-110, q. ΧΟΠῚ, ἃ. 2. Rien de plus harmonieux, en effet, que le développement de la vraie dévotion; rien non plus de plus humain et de plus éducateur. Mais il ne faut pas inverser l’ordre des facteurs. « Les choses extérieures », les gestes et les offrandes, « ne sont employées que comme signes des actes spirituels, qui, eux, sont agréés par Dieu ». Les exercices de piété extérieurs ont sans doute une autre utilité, celle de marquer les sentiments de pénitence de l’homme pécheur et de réfréner les convoitises de la chair; mais la vertu de pénitence, vertu morale par excellence, requiert elle aussi, un juste milieu, per moderalam refrenalionem concupiscentiarum. Q. ΧΟΠΙ, à. 2. Enfin les actes de piété intérieurs demandent eux-mêmes un certain tempérament; sauf « la foi, l'espérance et la charité, qui mettent notre âme en la sujétion de Dieu et donc ne comportent pas de superflu ». Zbid., ad 2u®, La méditation prolongée et l’étude indiscrète même des choses de Dieu « peuvent occasionnelle-

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