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CULTE SUPERFLU

DE DIEU 2784 lors l’inconvenance. Parce que saint Sulpice de Bourges (1 644) bénissait en son temps les fontaines avec le saint chrême, la chose n’était pas permise pour cela aux contemporains de l’hagiographe carolingien. Acta sanct. O. S. B., t. 11, p. 172. Les biographes des mystiques des χινὸ et xve siècles livrèrent au public les secrètes dévotions de leurs héroïnes, qui n'étaient sans doute pas destinées à l’usage commun, du moins avant l’autorisation de l’Église. On apprit ainsi par sainte Brigitte le nombre des coups que le Sauveur avait reçus dans sa flagellation; par sainte Claire et sainte Julienne de Norwich maintes particularités de la crucifixion.

c) Quand on aborde les broussailles des superfluités cultuelles populaires, il ne faut pas imaginer une religion en révolte contre la religion officielle : la plupart de ces pratiques voulaient s’autoriser d’un exemple des saints, voire d’une indulgence. Cf. J.-B. Thiers, Traité des superstitions qui regardent les sacrements, t.1V, p. 1-321. Mais la plupart du temps l'autorisation de l’Église n’a jamais été donnée, et les conciles ou les Congrégations romaines y ont mis bon ordre. Op. cit., p. 3, 5, 17. Étaient-elles vraiment un culte superflu dans l'opinion des fidèles, trompés dans leur dévotion? Non, sans doute; mais quantum est de se, non pertinent ad gloriam Dei. On les reconnaît soit à la fausseté manifeste des pratiques, soit à leur vulgarité, soit enfin à des préoccupations toutes profanes de nombre et de mesure, qui montrent qu’une dévotion authentique s’est doublée d’une vaine observance. Enfin, puisque la superstition est une attitude de défense supplémentaire contre des malheurs que la science et la religion vraie ne peuvent éloigner, il ne faut pas s'étonner de voir les grandes souffrances du peuple, la peste par exemple, engendrer au xrve et au xv° siècle une foule de pratiques inconnues auparavant.

On a vanté avec raison le caractère spontané de la dévotion catholique. « Il y a toutefois un autre aspect de la dévotion médiévale, et aussi de la dévotion moderne, qu’il n’est pas permis de laisser dans l’ombre. Beaucoup de pratiques anciennes, et qui se sont continuées jusqu’à nos jours, sont moins recommandables. De certaines on peut dire qu'elles ne sont que puériles, mais d’autres frisent la superstition, et il en est de franchement condamnables, « qui concernent les lieux saints, les sacrements ». « L'usage de placer un document sur l’autel pour s’attirer une réponse favorable ou une faveur quelconque est fort ancien. Dans la suite des âges, les prétendues lettres ou prières tombées du ciel passaient pour avoir été trouvées sur quelque autel célèbre de la chrétienté. Cf. Dict. arch. chrét., à l’art. Christ ( Lettre du), t. 111, col. 1534, 1537. De tout temps, les bonnes gens ont cru eflicace d'y déposer divers objets, de l’argent, parfois des formules magiques, de faire passer des malades sous l’autel pour obtenir la guérison. » L. Gougaud, Dévolions du Moyen-Age, p. 54. On verra facilement que « ces égarements eux-mêmes attestent à leur manière une vénération profonde pour l’autel chrétien ». Loc. cit., p. 53. C’étaient bien des sacrilèges et des irrévérences que l’autorité avait proscrits, II8-II®, q. ΧΟΙΧ, a. 3; mais, dans la pensée des dévôts, c’étaient des marques de culte, de culte excessif. On le voit mieux encore dans la multiplication des dispositions corporelles requises pour les sacrements et dans l'usage quasi-magique qu’on en faisait. Cf. J.-B. Thiers, Traité des superstilions qui regardent les sacrements, passim.

La dévotion du Moyen-Age se tourna vers les souffrances du Christ, en particulier vers les plaies du Crucifié. Mais la superstition s’en mêla, en attachant une importance excessive aux considérations de nom-

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bres, de figures, toutes choses qui avaient encombré les vieilles religions. Ces calculs étaient restés étrangers aux liturgies officielles des Églises. L'on ne saurait faire un crime à l'Église d’avoir autorisé une messe des cinq plaies. Mais la déviation était toute proche : pour célébrer convenablement cette messe des cinq plaies, on eut l'idée de la dire cinq fois, et avec cinq cierges... A cette messe, « on attacha des vertus exagérées et une efficacité capable de conjurer tous les maux, les temporels comme les spirituels, en particulier la mort subite ». Aux formules recommandables, « comme celles de sainte Gertrude et de sainte Claire ou de saint Edmond de Cantorbéry », les fabricants de petits livres en ajoutèrent qui faisaient entrer la mention des plaies divines dans de véritables charmes magiques. L. Gougaud, op. cit., p. 88.

Quand on ne connaissait pas de nombre historique, on pouvait à la rigueur guider la dévotion des fidèles en leur proposant des nombres mystiques : ainsi parle-t-on toujours des trois chutes de Notre-Seigneur dans le chemin de la croix, et des cinq, puis des Sept- Douleurs de Marie; on pouvait même, par souci de symétrie, parler des sept plaies de Jésus, et leur adresser « sept requêtes ». Ce souci du nombre explique les égarements de bien des dévotions excellentes.

Une autre forme de la dévotion populaire était celle des figures du drame de la passion. L’Égiise y a trouvé son bien. Mais elle s’est défiée avec raison des considérations échevelées qu’on trouvait pourtant en Asie-Mineure, dès le v® siècle, du temps de Théodoret, et chez nous, du temps de Grégoire de Tours. Appliquées à la passion, elles donnèrent naissance à la mensura plagæ lateris D. N.J. C., dessin qu'il sufiisait de regarder ou de porter sur soi, pour gagner l'indulgence de sept années accordée, disait-on, par le pape Innocent VIII (1484-1492). L. Gougaud, op. cit., p. 100. Ces déviations populaires sont moins en vogue aujourd’hui et la considération du nombre ne subsiste guère que dans le trentain grégorien; mais les conditions que l’Église peut y imposer et moyennant quoi elle a enrichi cette pratique de privilèges appréciables, 5. Pénitencerie, 11 juillet 1925, sont beaucoup moins méticuleuses que celles du trentain grégorien des missels d'avant Pie V (ÿ 1572). On peut en dire autant de la dévotion au scapulaire et de l’ancien usage de revêtir, à l’article de la mort, l’habit monastique. L. Gougaud, op. cil., p. 139.

Des protestations ne manquèrent pas d’être élevées par de pieux personnages, l’évêque Pierre d’Ailly (1350-1420), le chancelier Gerson (1362-1429), De exerciliis discrelis devolorum simplicium, éd. Du Pin, Anvers, 1706, par le cardinal de Cusa (1401-1464), Exercilationes, t. τι, 1. 11, c. ΠῚ, par saint Bernardin Sienne, Opera, Venise, 1745, t. 1, p. 42 sq.

4. Les temps modernes. — I] appartenait à l’Église de mettre en sûreté certains usages, attaqués par Wicleff et J. Huss, comme les prières spéciales, composées d’un certain nombre de formules. Bulle Inter cunctas, 22 février 1418, Denz.-Bannw., n. 599. Ce fut le concile de Trente qui définit le pouvoir rituel de l'Église, 5655. xx1, 16 juillet 1562, Denz., n. 931, et qui prit la lourde tâche d’endiguer « la superstition, cette fausse imitation de la vraie piété ». Il le fit pour le culte ofliciel, 5655. xx11, 17 septembre 1562, Denz., n. 942 sq.; pour le culte public et privé des saints, des reliques, des images, pour les « superstitions » relatives au purgatoire, à la sess. xxv, 3 déc. 1563, Denz. n. 983 sq. Sur la discussion concernant les fausses reliques, voir l’art. MABILLON, t. ΙΧ, col. 1431-1433. Au xvin siècle la bulle Auclorem fidei s’éleva contre l'intolérance excessive des jansénistes, qui voyaient des superstitions un peu partout dans la dévotion populaire, prop. 31-33; 61-64; 69-72, Denz. n. 1501-

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