CULTE SUPERFLU
DE DIEU 2786 1599. Toutes ces décisions, de valeurs diverses, ne dispensaient pas d’une surveillance constante.
3° Objet précis du culle superflu. — La notion de culte superflu est donc aussi nette que possible, encore que ses frontières soient difficiles à marquer dans le détail : il faut qu’il y ait un acte de culte, intérieur ou plus souvent extérieur, et non pas seulement la contrefaçon d'une vertu morale; il faut qu'il y ait un excès dans ces marques de religion, non pas nécessairement par des actes surérogatoires, mais simplement par un développement excessif des pratiques extérieures par rapport à la religion intérieure de l'individu.
1. Les anciens théologiens, sauf saint Thomas, ont eu tendance à étendre cette notion à d’autres provinces qu’à la vertu dereligion ;etles manuels modernes de théologie la restreignent trop souvent à des infractions aux rubriques. C’est que les premiers scolastiques étaient encombrés par leurs documents canoniques de tous les âges, qui avaient vu de la superstition dans les excès de tous les genres. « Une glose dit que « jurer par les créatures est une superstition. » On doit comprendre par là que l’on invoque les créatures considérées en elles-mêmes en témoignage de la vérité; et de la sorte « c’est bien une superstition, puisqu'on leur donne une révérence à laquelle elles n’ont pas droit ! » 5. Bonaventure, In 111 Sent., dist. XXXIX, a. 2, q. 11, ad 1m, D’autres théologiens, par des prodiges d'interprétation, ont vu de la superstition dans les excès les plus divers des autres vertus. « Le zèle de Dieu, par exemple, est une disposition de l’âme, et on peut la cultiver dans l’intention d’honorer Dieu. Cependant, si ce zèle est indiscret, Rom., x, 2, il y aura superstition et non religion. Le même excès peut se rencontrer en fait de crainte de Dieu ou d’autres actes intérieurs : aptes de soi à honorer Dieu, ils peuvent dégénérer si, dans un cas particulier, ils s’exercent imprudemment. Ils ne sont plus proportionnés à atteindre la fin proposée. » Suarez, loc. cit., n. 6, p. 470. Cependant, le zèle et la crainte de Dieu sont, comme l’espérance et la charité, la source vive de la vertu de la religion; mais leur épanouissement et leur déformation s'expriment en des sentiments intimes, cf. 115-115, q. ΧΧΧΙῚ, ἃ. 2, ad 1%"; seules les exagérations dictées par cette crainte et ce zèle dans les pratiques religieuses ressortissent au culte superflu.
2. A l'inverse, des théologiens d’aujourd’hui tendent à en minimiser les méfaits : « Le culte vain consiste à honorer Dieu par des cérémonies insensées, choquantes, ridicules. » H. Jone, Précis de théol. morale, trad. franç., p. 91. Mais ceux qui soupèsent la religion de notre temps voient dans le déséquilibre du culte vide ce qu’on peut reprocher surtout à la dévotion contemporaine. Cf. Mgr d’Hulst, Mélanges, t. xr, p. 256-279, où l’auteur cite une série de dévotions de la fin du dernier siècle, qu’on pourrait mettre à jour, sans avoir un mot à changer à son verdict : « Entendues et appliquées de telle sorte, ces dévotions ne sont pas exemptes d’un certain esprit superstitieux et mercenaire. »
3. Quand on parle de superfluités religieuses, on est amené à parler des dévotions concrètes, officielles ou privées, essentielles ou facultatives. Parce que ce sujet est concret, chacun croit pouvoir en discuter à son aise; mais, parce qu’il est très mêlé, il offre de multiples occasions de confusions regrettables. Cf. Molien, art. Dévotion el dévotions, dans Dict. pral. des conn. relig., t. 11, col. 797-805. « Avec un peu d'’instruction religieuse et de bonne volonté, il est pourtant facile à tout chrétien de s’y reconnaître parmi les dévotions catholiques » et le théologien y saisit mieux que partout ailleurs l’objet concret du culte vrai, du culte superflu et même du culte faux du vrai Dieu.
En effet, la dévotion vraie, dans ses actes intérieurs et ses manifestations externes, est à l’abri des déviations et des exagérations superstitieuses, par un don surnaturel de sens et de mesure. Ce n’est pas une vertu aveugle ni inconsidérée:; « elle impose une mesure aux actes humains de religion ». {15-115, q. LXXx1I1, a. 1, ad 1vm, Pourtant, mouvement de la volonté agissant par l’attrait du culte de Dieu et prompte à trouver des moyens d'hommage, elle se déploie avec ardeur en de multiples œuvres de piété, en des « dévotions » variées. Ex vehementi affectione. inconsiderale prorumpil, dit saint Thomas. In 1114" Sent., dist. IX, q. 1, a. 3, qu. 3. La vie des saints, celle même des bons chrétiens dans leur for intérieur in quibusdam viris οἱ in devolo femineo sexu abonde en excès de cette piété débordante; pour ceux-là, l'Église ἃ toujours montré la plus grande compréhension, parce qu'ils jaillissaient « d’une vive charité ». Mais, si la charité n’y est plus, comme il arrive quand on veut répandre et généraliser ces dévotions, les formules ferventes deviennent un « airain sonnant », et les gestes ne sont plus qu’une « religion simulée ». I1#-I1e, 4. LxXxXuHI, ἃ. 14. Là-dessus, la critique serait aisée et indéfinie.
Mais en se bornant aux dévotions objectivement superstitieuses, à celles que l'Église interdit à tous ses fidèles, on doit dire que les unes sont un culte faux, les autres simplement superflues, parce que dénuées de tout avantage, parce que sans utilité.
a) En elles-mêmes, certaines dévotions sont dangereuses, parce qu'elles se proposent un objet faux, ou présenté faussement : la dévotion au cœur pénitent de Notre-Seigneur ou à sa sainte âme a été condamnée par l’Église. Certaines autres sont ridicules en ellesmêmes : celles qui se plairaient à honorer séparément telle ou telle partie du corps de Jésus : les cheveux, la barbe, etc., alors que le culte du Christ doit s’adresser à sa personne, Cf. 1115, q. ΧΧν, ἃ. 1. Telles autres sont fausses, de droit ou de fait, comme la dévotion aux reliques du corps de Jésus, ou de tel saint qui n'aurait pas existé. D'autres sont nuisibles au prochain, parce que, facilement mal comprises, elles fournissent aux ennemis de la religion ou même aux indifférents l’occasion de calomnier la doctrine catholique ou la vraie piété.
δ) D’autres dévotions seraient simplement inutiles, n'ayant pas d'objet propre, comme serait le culte du Cœur eucharistique de Jésus entendu au sens de « cœur présent dans l’eucharistie ». Pour qu'une dévotion, bonne en elle-même, ait son utilité, il faut que son objet soit suffisamment distinct des autres dévotions authentiques. Le 26 mai 1937, le Saint-Office rappelait avec quelle prudence doivent être introduites dans le culte public des dévotions nouvelles. En conséquence, le 15 juin 1938, il vient d'interdire la dévotion au saint « chef » de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Sauf des raisons majeures, en effet, telles que celles qui autorisèrent la dévotion au Sacré-Cœur, l'Église ne voit aucun intérêt à en proposer d’autres, dans le culte public, à la dévotion des fidèles.
Beaucoup des pratiques, bonnes et utiles en ellesmêmes, sont fausses dans leurs considérants. Ces inventions naissent actuellement encore dans les milieux animés des meilleures intentions. L'initiative d’une personne sans mandat paraissant insuflisante, on cherche souvent à la confirmer de l’autorité, privée elle-même, mais tout de même digne d'attention, d’un saint ou d’un personnage constitué en dignité, d’une vision ou d’une prophétie plus ou moins ancienne et authentique. En principe, l'Église, qui se réserve de donner à ces mouvements l'autorisation qu'ils comportent, nous recommande la plus grande circonspection. Elle intervient, à l’origine de ces nou-
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velles dévotions, avec une sévérité bien compréhensible, au sujet, par exemple, des feuilles ou des ouvrages qui publient de « nouvelles apparitions, révélations, visions, prophéties et miracles ». Code, can. 1399, $ 5. Le 26 mai 1898, la Congrégation des Indulgences en a donné une assez longue liste.
Enfin certaines dévotions nouvelles, appuyées ou non par de prétendues révélations, ont dans leur teneur même, des minuties qui les apparentent aux vaines observances non cultuelles dont on parlera plus loin. L'une des plus sévères de ces condamnations est celle du Saint-Office, en date du 17 mars 1934, contre « la pratique superstitieuse des quarante-quatre messes » pour être délivré du purgatoire précisément le troisième jour après sa mort. Cf. J. Creusen, S. J., Nouvelle revue théologique, 1934, p. 748. Nous ne parlons pas ici de la dévotion « donnant donnant » dont « la tare originelle est de considérer la promesse d’argent comme une garantie d'efficacité pour la prière ». Voir les articles de l’abbé H. Hemmer, Semaine religieuse de Paris, 1900.
La surveillance la plus active contre les superstitions est recommandée aux Ordinaires des lieux; ce devrait être aussi la plus efficace, parce que les évêques sont mieux placés souvent que le pouvoir central pour surprendre à leur naissance les pratiques suspectes, localisées d’abord en tel ou tel sanctuaire. « Les Ordinaires des lieux, dit le canon 1261, doivent veiller surtout à ce qu'aucune pratique superstitieuse ne s’introduise dans le culte divin public ou privé, ou dans la vie quotidienne des fidèles, et à ce qu’on n'y admette rien d’étranger à la foi ou d’opposé à la tradition ecclésiastique, rien non plus qui ait l'apparence d’un gain sordide.. C’est à l’Ordinaire du lieu qu'il appartient aussi d'autoriser après examen dans les églises ou oratoires des prières ou des exercices de piété... » Aussi la constitution apostolique Oficiorum du 25 janvier 1897 tient pour condamnées toutes dévotions, même privées, publiées sans permission des supérieurs ecclésiastiques. Mais « le fait même d’un imprimalur obtenu ne nous permet pas d’accepter les yeux fermés des récits dont l’imprimatur lui-même ne saurait garantir l’authenticité. En certains diocèses, on se montre très sévère pour autoriser ce genre de publications, et l’on a raison. En d’autres, les censeurs sont plus larges, et peut-être leur attention n’a-telle pas été suffisamment attirée sur les inconvénients que présente, pour la formation des âmes à la piété véritable, une littérature de cette espèce ». Ami du clergé, 1938, p. 102.
V. NOTION GÉNÉRALE DES SUPERSTITIONS NON- CULTUELLES. — 1° Définilions usuelles. — Ces superstitions sont des faits si complexes qu'ils ne comportent qu'une définition de sens commun telle que celleci : ce sont des procédés profanes, partiellement secrets, dont on attend certains effets analogiques sans proportion avec les moyens employés. Définition suffisamment claire pour exclure ce qui n’est pas superstitieux, par exemple les investigations scientifiques, dont les prémisses ne sont point secrètes, et dont les résultats ne paraissent disproportionnés qu'à ceux qui ignorent les principes de cette science. Ces superstitions ne sont pas, non plus, cultuelles : les formules de prière n’y sont qu'accidentelles et les buts pratiques qu'on poursuit ne sont pas spécifiquement religieux. Ils répondent à des besoins primordiaux de la vie humaine.
1. Les buts pratiques. — Ils permettent de donner « une notion générale » de chacune de ces superstitions.
« La connaissance des choses futures ou cachées, telle est la fin dernière de la divination, qui dénote une malsaine curiosité de l’esprit. » IIs-II®, 4. xcv,
a. 3, ad 2m; à. 2, ad 10m : ainsi la divination peut se définir provisoirement « une vaine recherche de l’avenir par des moyens qui ne le peuvent faire connaître ». Ibid., corp. Évidemment cette curiosité est orientée à la conduite pratique.
Cependant il y a d’autres superstitions qui visent à ce même but et qui consistent uniquement en des « observances, superstilio observalionum», en des pratiques jugées propres à procurer le bonheur ou éviter les malheurs qui menacent les humains. On peut les décrire comme un vain effort pour produire un résultat par des moyens disproportionnés. Divination et observances semblent couvrir toutes ces superstitions pratiques, « déviations du désir, bon en soi, mais trop souvent immodéré, qu'ont les hommes de tout connaître et de tout expérimenter ». P. F. Bouvier, art. Magie du Dictionn. apolog., t. 11, col. 72. Le désir désordonné de puissance sur la nature a reçu le nom de magie. Mais ce serait là un bien grand mot pour couvrir d’autres pratiques plus inoffensives, comme « les ligatures, les recettes condamnées par les médecins, les grimoires, les-amulettes, etc... » S. Augustin, De doctr. christ., 1. 11, c. xx. A celles-ci, on ἃ donné plus particulièrement le nom de « vaines observances », pour montrer qu’elles sont plus bêtes que méchantes.
A un degré encore au-dessous se place la simple attente irraisonnée d’un événement heureux ou malheureux. On peut définir cette dernière : l'emploi positif ou l’omission volontaire de tel acte en telle conjoncture sans importance, par exemple éviter de partir en voyage un vendredi, acheter un billet de loterie un vendredi 13 du mois. Sans doute cette crainte, si vague soit-elle, se fonde sur une opinion fausse touchant la signification du présage ou même la valeur maléfique de cette conjoncture ou de cette pratique; et par là, toutes les vaines observances se ramènent à la divination ou à la magie. Cependant on a eu raison d’en faire une classe spéciale : beaucoup moins graves que les autres, elles sont aussi beaucoup plus fréquentes; elles confisquent, dans le langage courant, le ridicule qui s'attache à ce mot de superstition. Un superstitieux, pour beaucoup de personnes, ce n’est pas un idolâtre ou un sorcier : c’est le pauvre homme qui s’attache aux présages et aux remèdes de bonne femme : il n’a pas d’autre nom, parce que vaine observance est un terme théologique.
2. Les divers moyens. — Les moyens mis à profit par la divination et la vaine observance permettent de pousser jusqu’à une définition plus spéciale des différentes superstitions non cultuelles.
a) Dans la divination, on nous fera grâce d’énumérer toutes ces sources mystérieuses d’information : esprits, astres, songes, instinct des animaux, et de tenter un ordre même apparent dans ce bariolage de procédés divinatoires. Celui que saint Thomas préconise, 115-115. 4. xCV, à. 3, n’est qu’une systématisation heureuse de l’'énumération d’Isidore de Séville, Etymol., 1. VIII, c. 1x, lequel n’avait d'autre mérite que de résumer les données des encyclopédistes romains. Aussi bien, nécromancie, géomancie, astrologie, etc... ont-ils pour la théologie la même raison de péché, avec des méthodes spéciales.
b) Pour les observances, qui visent à « guider la conduite des hommes », les moyens invoqués ne sont plus des principes de connaissance, mais des principes d’action. Sur ces « principes généraux de l’action humaine » les hommes ne se sont jamais trompés tout à fait; tout au plus ont-ils donné la préférence à l’un d’eux, suivant leur culture et leur religion : c’est ce qui pourrait donner à cette étude des observances un réel intérêt humain. Que faut-il, en effet, pour être armé dans la vie pratique? Un savoir-faire infaillible, un art consommé, beaucoup de chance contre les coups
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du sort et, si possible, un stratagème passe-partout. C'est à nous donner ces moyens d'action que s’est égarée l’inquiétude humaine : on est si impuissant à se servir des forces de la nature, à prévoir leurs caprices; on en sait si peu de choses! Les multiples précautions que sont les vaines observances n’ont pas d’autres buts : aussi les catalogues n’en varient guère. Au Moyen-Age, seuls, les noms avaient continué à évoluer; saint Thomas mentionne quatre observances : 1. recettes pour se donner la science : l’art notoire; 2. recettes pour agir sur les corps, que les scolastiques ont réduites aux mesquines « observances de santé »; 3. recettes pour deviner la fortune bonne ou mauvaise; 4. amulettes à toutes fins. Q. xcvi, introd.
a. L’art notoire (ars noloria) se propose d’acquérir la science sans travail. Remarquons qu'il ne se borne pas à chercher, comme la divination, la connaissance de telle chose secrète par des signes lus dans les astres ou dans les entrailles des victimes; mais qu’il aspire à donner une science toute faite, avec ses principes et ses conclusions, une science infuse sans enseignement normal, et une science pratique : on cherche à savoir, mais à savoir agir, et l’on voudrait ainsi s’épargner les bévues de l’inexpérience. Pour s’approprier cette clef de la science, il suffisait de certaines figures, de mots étrangers, de prières, et de jeûnes. 115-115, q. ΧΟΥῚ, ἃ. 1. C’était trop ambitieux et trop commode. De nos jours on ne trouve rien d’aussi naïf, «On peut rattacher à cet art, a-t-on dit, l’usage de la baguette pour découvrir les eaux et toutes sortes de choses. » Ami du clergé, 1891, p. 245. En réalité la baguette est un procédé divinatoire et d’ailleurs d’ordre naturel. Les médiums spirites, de leur côté, se font interroger de omni re scibili et quibusdam aliis et reçoivent des « désincarnés » qui leur parlent, des clartés de tout. « Maïs ces notions, par bribes, ce n’est pas cela seulement qu’on cherchait dans l’art notoire. » 5. Thomas, ibid., a. 1.
ὃ. L’observance des santés emploie, pour guérir hommes ou animaux des remèdes ineptes ou innommables, joints à certains signes qui rappellent ceux de l’art notoire; et cela se comprend puisque toutes ces observances se réclament « de vertus occultes dont la raison échappe aux plus fins ». S. Thomas, tbid., a. 2. On s’en sert pour soulager une douleur ou une infirmité, pour « arrêter le sang », ou cicatriser une blessure, pour rendre invulnérable contre certains accidents, etc. Il n’est guère de localité où ne se rencontrent de tels guérisseurs. Leurs ambitions croissent avec leurs succès et leurs panacées peuvent servir à des effets plus extraordinaires, à des pratiques de sorcellerie ou de magie : entre les deux, il n’y a qu’une différence de degré. Aussi saint Thomas, après saint Augustin, rapproche les molimina magicarum artium des remedia quæ medicina condemnat sous la rubrique : « procédés pour amener certains effets corporels ». C'était bien tout l’honneur que méritaient la magie et l’observance des santés : des arts frelatés. Cf. Suarez, Derreligione;\tr-nxr, 1. 11. cv ἢ. 1:
c. L’observance des événements, à quoi certains modernes théologiens voudraient ramener toute « la vaine observance, consiste à régler ses actions d’après des événements fortuits, à attendre un bonheur ou un malheur à la suite de tel accident ou incident ». Art. MAGIE, ci-dessus, t. 1x, col. 1511-1512. Les anciens moralistes, par contre, rapportent, non sans raison, cette observance des présages à la divination. Saint Thomas, loc. cil., ἃ. 3. Cajétan, In ἢ. loc.; Suarez, op. cit. 1. 11, c. x, n. 4 et 5. Au fond, cette vaine observance se fie à des signes, comme le devin; mais elle ne se donne pas la peine de les chercher : elle les observe craintivement. D'ailleurs cette attitude d’attente des événements ne se peut confondre avec celles,
tout aussi vaines, mais bien plus observantes, du magicien, du guérisseur et du voyant, dont nous venons de parler. Ἢ
εἰ. L'observance des porte-bonheur apparaît comme un résidu concentré de toutes les précédentes. Les noms de grigris, talismans, caractères, signa, anneaux magiques, etc., physica, élixir de longue vie qu’on donna jadis à nos modernes « fétiches », montrent bien qu’on a toujours cru certains objets doués de certaines vertus curatives ou maléfiques. Ce qui les caractérise, ce n’est pas, comme précédemment une vertu spéciale, mise à la disposition de toute la communauté, mais bien au contraire une efficacité universelle réservée à l’utilisation de la personne qui a ce fétiche. A toutes les époques, sans doute, on a prêté aux objets magiques, par exemple, des vertus divinatoires, etc.; et aux objets du culte des vertus curatives : les chrétiens ont porté sur eux les évangiles, des reliquaires ou des médailles à titre d’amulettes. Voir ci-dessus l’art. AMULETTES, t. 1, Col. 1124. Mais la destination originelle de ces objets, on l’a oubliée, pour leur prêter une efficacité à toutes fins utiles, par une action directe émanée de ces objets.
Sur les origines de ces diverses observances, il faut se borner à renvoyer aux suggestions de la préhistoire et de l’ethnographie. Les plus naïves d’entre elles ne peuvent concerner qu'une religion, à l’état magique. Sur ies molaires d'animaux placées comme grigri dans les tombes moustériennes, voir A. Bouyssonie, dans Christus, Ὁ. 56-57. Chez les peuples de culture inférieure, au contraire, « les Bantous n’ont pas de fétiches; à peine portent-ils quelques hmulettes très simples qui sont surtout des remèdes ». Mgr Le Roy, op. cit., Ὁ. 121. Bien plus, « le négrito de Malaisie ne possède ni amulettes, ni pratiques magiques... Tout ceci semblera un conte de fée à ceux qui sont pétris de l’idée évolutionniste ». R. P. M. van Overbergh.
De même qu'il y a une superstition faite idole, il y a chez tous les primitifs une superstition faite homme, le sorcier, « celui qui sait, mganga, qui est à la fois voyant, devin, charmeur et médecin ». Mgr Le Roy, op. cil., p. 84.
20 Classification sonmunaire. — Une psychologie élémentaire permet d’y voir plus clair, en constatant que, pour chacune de ces fins, il y a une double attitude possible, l'initiative ou l'attente pure et simple, deux méthodes : active et passive. « Les divinations se classifient suivant leur méthode : les unes se contentent d’observer ce qui arrive spontanément, afin d’en tirer des lumières pour la connaissance des futurs libres ou contingents : c’est l’attitude paresseuse des anciens astrologues et augures; les autres provoquent, recherchent, expérimentent, se procurent artificiellement les bases de leurs inductions prophétiques et se vantent d’imiter de près les investigations de la science moderne dans le domaine de l'inconnu : c’est la prétention de l’occultisme contemporain. » J. Didiot, Vertu de religion, p. 463. La précédente distinction n'avait pas échappé à saint Thomas : Aul per solam consideralionem disposilionis allerius rei, aut dum facimus aliquid ut nobis manifestelur occultum. 115-115. q. Xev, a. 3.
Les deux attitudes sont également possibles dans les observances. « Pour se procurer la science par l’art notoire, on met en jeu certaines recettes, de même il y a des procédés actifs pour obtenir certains effets corporels, alors que la bonne aventure se tire toute seule, de la simple observation des individus, de leur jour de naissance, etc..., attitude passive qui la rapproche de la divination astrologique. » S. Thomas, ibid., 4. XG1, a. 1 et 2. Les observances actives ressortissent à ce qu’on appelle maintenant la magie ou la sorcellerie populaire ; et les anciens y voyaient des arts : « arts magiques », tbid., a. 2, corp., « art notoire »,
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ibid., ἃ. 1; ou d’un mot plus général, des « observances », mais non de vaines observances, car ce sont des pratiques laborieuses faites en vue d’un résultat positif. Zbid., 4. xevi, introd. Par contraste, la simple attention accordée à de menus faits qui se passent autour de nous et sans nous, c’est ce que saint Augustin, De doctr. christ., 1. 11, c. xx, et saint Thomas, ibid., a. 3, per tolum, appelaient « de vaines observations », et que nous dénommons « vaines observances »; vaines assurément dans l’attention qu’on donne à certaines conjonctures, mais à peine sont-elles des observances, puisqu'on se borne à remarquer, à considérer les faits sans y intervenir. Il serait donc logique de classer en actives et passives aussi bien les superstitions divinatoires qui visent à la connaissance, que les observances et observations qui se rapportent à l’action.
Sans doute ce raffinement peut sembler bien théorique; car toutes ces superstitions, quelle que soit leur méthode, ont des visées et des conséquences pratiques. « Ces observations finissent par enserrer les hommes en de multiples liens », remarque saint Augustin, loc. cit. Sous ce rapport, elles méritent bien keur nom actuel de vaines observances. De toute façon, la magie prétend agir directement sur la conduite des hommes par ses maléfices; et la vaine observance dirige indirectement celle-ci d’après la constatation de tel événement fortuit. On peut en dire autant des horoscopes les plus anodins : entendus inopinément, ils empoisonnent parfois toute une vie! C’est dire que, si l’on envisage tout le déroulement de ces superstitions, quelles qu’en soient les méthodes, leur résultat final est toujours de diriger ou plutôt de dévoyer la conduite. Saint Thomas était donc assez proche du réel en ne faisant pas deux espèces à part de la divination active et de la divination passive, pas plus que de la vaine observance et de la magie. 115-115, q. χαν ἃ. 3, ad 1un.
Cependant, autre chose est de s’en remettre paresseusement à un vieux dicton déraisonnable sur les jours de malheur et autre chose d'évoquer les esprits ou même, comme le dit le Docteur angélique, « d’invoquer soi-même le démon : c’est beaucoup plus grave, et il y a là une specialis ralio peccandi ». Ibid., ἃ. 5, ad 1Τῦν Au contraire, ce que nous appelons la vaine observance se réduit à l’observation de certains signes introduits plutôt par la vanité humaine, aidée tout au plus par la malice des démons, qui s'efforcent d’impliquer l’esprit des gens en des vanités de ce genre. Ibid., a. 3. On a donc eu pleinement raison, dans l’art. MAGIE, t. 1X, col. 1511, de dépasser la pure spéculation et de distinguer la magie de la vaine observance. De même l’art. DIVINATION, t. IV, col. 1441 sq., a surtout étudié « la divination pratiquée sérieusement », laissant pour la présente étude tout ce résidu divinatoire qui consiste dans l’attention aux présages, aux dires des astrologues et des chiromanciennes. Cf. 115-115 4. Χον, ἃ. 3. Il ne nous reste donc à étudier que les mulliples formes de la bêtise humaine sans prétentions en matière de religion. Pour le contenu plus sérieux de ces abus, nous renvoyons simplement aux articles indiqués plus haut, ainsi qu’à l’art. SORCEL- LERIE, Col. 2394, et à l’art. ENCHANTEMENT, t. v, col. 1-6. On voit bien déjà que ces tentatives déraisonnables ont quelque chose d’immoral, puisqu'elles vont contre la prudence; mais en quoi peuvent-elles bien aller contre la religion, au sens théologique de ce mot, c'est-à-dire contre le vrai culte de Dieu? C’est à la théologie de le dire.
3° Significalion religieuse des superstilions non-culluelles. — C'est en la serutant qu’on voit leur opposition à la religion.
1. Les anciens théologiens et les modernes à leur suite, ont coutume, dans leur exposé du culte superstitieux de la créature, de parler successivement : de
"Te re
2793 LE l’idolâtrie, c’est-à-dire du culte explicite; de la divination qui recherche une connaissance; des vaines observances qui veulent obtenir ou éviter superstitieusement d'autres effets bons ou mauvais. Cf. 5. Thomas, Ils-I1®, q. xciv-xcvi. Cette classification, dit le P. Vermeersch, empruntée pour une part à la matière des actes, amène des confusions entre ce qui est grave ex lolo genere et ce qui peut être excusé de péché mortel. Il semble préférable, ajoute-t-il, de s’attacher aux différences formelles et de distinguer : le culte indu manifeste de la créature, lidolâtrie; le culte implicite, qui se ramène à la magie; les vaines observances, qui peuvent être exemptes de tout culte explicite ou implicite. Vermeersch, Theol. moralis, t. 11, p. 181.
Mais, dirons-nous, il serait surprenant que saint Thomas se soit départi de considérer les excès superstitieux du seul point de vue formel. De fait, la distinction entre la divination et les observances est de cet ordre, puisqu'elle tient à la fin de l’acte : chercher le secret de l'avenir est, en soi, bien différent de chercher une recette de guérison, encore que le devin puisse fort bien se muer en sorcier, à la demande des clients. Très souvent, au contraire, le procédé divinatoire pourra ressembler au procédé magique; mais cette ressemblance, ici bien matérielle, n’est pas une raison suffisante pour confondre magie et divination et surtout pour supprimer cette dernière qui a la vie dure et une individualité bien définie : c’est déjà un grand défaut pour une classification que d’être incomplète.
Un autre plus grave encore, c’est de fausser la notion des choses classées; or, l’auteur cité, pour réaliser son classement, fait de la magie et des observances, un « culte », un hommage humain religieux rendu à une divinité. C’est vrai de l’idolâtrie, mais les deux autres sont au contraire un secours quasi divin demandé à la créature, sans hommage ni intérieur, ni extérieur. Entre les nombreuses espèces de superstitions, il y a grande diversité suivant qu’elles enfreignent diverses fins du culte divin. Le premier but du culte de Dieu, c’est d’honorer Dieu : à cette fin primaire s'oppose l’idolâtrie, qui rend un hommage divin à une créature. Mais il y a un second but à notre culte, c’est de procurer à l’homme une instruction de la part du Dieu qu’il honore : à cette fin instructive du culte se rapporte la superstition divinatoire qui consulte. un autre que Dieu. « Une troisième utilité du culte divin, c’est encore de donner une certaine direction aux actes des hommes suivant des institutions données par leur Dieu : et à cette fin pratique s’oppose la superstition de certaines observances. » 115-115, q. xcIx, ἃ. 2. Les mots de saint Thomas sont choisis à dessein pour éviter toute confusion entre espèces fort diverses : seule l’idolâtrie rend un culte au créé; la divination consulte : si elle consultait le Dieu qu’elle honore, il n’y aurait pas superstition; mais « la superstition divinatoire consulte les démons par des pactes tacites ou même explicites », qui ne sont pas des hommages rendus, mais des renseignements quémandés. Enfin les observances superstitieuses et même la magie ne rendent un culte à personne, mais demandent une direction pratique à qui on ne doit pas la demander, à une créature quelconque, ce qui fait concurrence aux instiluta Dei, destinés à nous procurer cet avantage.
Il y aura donc superstition, non seulement lorsqu'on offre un sacrifice au démon, acte d’idolâtrie, mais aussi lorsqu'on demande d’une façon indue à une puissance supérieure « de nous aider à connaître ou à faire quelque chose ». 115-115, q. χον, ἃ. 2.
2. D'où vient que beaucoup de ces recours sont opposés à la vertu de religion? La réponse est exactement la même que pour les actes cultuels proprement dits : ou bien on demande quelque secours divin à un