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SUPERSTITION. VAINES OBSERVANCES ET RECOURS A DIEU

de l’esprit de prophétie qui firent de nombreuses prédictions. Ibid., 4. xcv, a. 2, ad 3vm; cf. q. CLXXI sq- Il y eut même les dons charismatiques du premier âge de l’Église, I Cor. χιν. Et, quand cette effusion de l'Esprit se fut éteinte, la hiérarchie de l’Église eut la sagesse d’instituer des pratiques à la portée de tous les fidèles « pour obtenir une certaine direction des actes humains de la part du Dieu qu'ils honoraient », 4. ExII, ἃ. 2 : prières de demande, bénédictions, sacramentaux, et même, « le recours aux sacrements », pour certaines grâces sacramentelles ; somme toute,«des actes extérieurs par lesquels l’homme s'approprie quelque chose de divin ». II8-I1®, q. LXXxIX, introd. Les invocations à la sainte Vierge, aux anges et aux saints ont aussi cette utilité secondaire. II8-II®, q. LXXXIH, ἃ. 4.

Mais ces recours doivent se faire debito modo. « Rien n'empêche qu’une chose soit bonne en elle-même, et pourtant tourne au détriment de celui qui n’en use pas comme il faut. Zbid., 4. LXXxIX, a. 2. Naturellement, les précautions requises varient suivant le secours que l’on attend de Dieu et l’efficacité que les divers recours peuvent avoir par eux-mêmes ou par leur origine ou par leur institution. Il faut se borner ici aux distinctions essentielles.

a) Il y a d’abord des actes de religion qui sont, en même temps, des signes du secours à obtenir et de vraies causes de son obtention : ainsi la demande des biens temporelsetla prière aux saints obtiennent «ce que Dieu a disposé qui s’accomplirait précisément par ce moyen des prières des âmes saintes ». Zbid., 4. LXXXIm, a. 2. Celui qui prie agit donc : il n’attend pas un effet quasi magique de sa prière. Zbid. On peut en dire autant des autres pratiques de piété que l’Église met à notre disposition et qui ne sont que des formes de prières spécialement efficaces. Dès là que la demande est sincère, elle obtient elle-même son effet.

b) Dans les religions positives, il existe d’autres appels à Dieu, ou plutôt au nom de Dieu, qui ne demandent à Dieu aucune intervention spéciale, mais qui rendent plus proche sa Providence ordinaire à certains actes, en se fondant « sur la foi qu'ont les hommes en son infaillible vérité et son universel gouvernement, pour se justifier soi-même », 4. LXXXIX, a. 1, ou pour porter le prochain à faire quelque chose. IB-IIe,q.xc, a. 1. Voirles art. SERMENT etADJURATION de ce dictionnaire. Pour fortifier cette foi, il suffira que l'emploi du nom de Dieu soit vraiment un signe, que le geste ait une signification, vague sans doute, mais réelle, et que les paroles qui l’accompagnent précisent son sens. Pour cela, l'aptitude naturelle des rites suffira et l'institution humaine lui donnera seulement plus de solennité. Pour cela même, on ne devra pas y recourir sans précaution et sans raison grave.

c) Mais, dans la religion chrétienne, il y a des recours à Dieu, les sacrements, qui sollicitent des grâces spirituelles, découlant de la passion de Notre-Seigneur. Et ce sont les modalités de ces divers signes qui commandent les dispositions de ceux qui s’en approchent.

d) Enfin, il faut admettre, pour certaines circonstances extraordinaires, « des appels à Dieu, sous forme de prière instante, d’adjuration à Dieu même, pour en obtenir de vrais miracles ». II®-I1®, q. Χο, a. 3; mais ceci relève, non d’une institution réguiière, mais d’une inspiration spéciale.

2. Recours défendus. — Or, il n’y a rien de tel dans les appeis superstitieux que l’on pourrait adresser à Dieu; ou plutôt ce sont des contrefaçons des appels légitimes que nous venons de voir : ils ont à peu près les mêmes fins, mais sans l’autorisation divine et sans les précautions que ceux-ci supposent. L’ « art notoire » et la magie, en général (si elle s'adressait à Dieu), lui demandent des miracies; les amuiettes οἵ autres pratiques superflues se contentent d'un secours

providentiel, et le procédé des sorts attend seulement un peu de chance.

a) On attend un miracle de Dieu. Il est certain que quelques hommes ont reçu de lui « des dons merveilleux et infus », comme on le dit de Salomon, III Reg., ΠΙ, 11-12. « Mais ce don n'est pas accordé à n'importe qui, et par une recette infaillible. Pas à tous, mais selon le choix du Saint-Esprit, I Cor., xxI1, 8-11. » Pas par une recette infaillible : car on ne peut tenir ces pratiques et ces invocations « pour des signes institués par Dieu, comme les signes sacramentels ». IIseq: xcvr, a. 1.

b) Ce que saint Thomas signale c’est l’apparente piété des superstitieux qui « prononcent des formules sacrées, en vue de certains résultats, comme une guérison : par exemple, un Pater et un Ave, ou toute autre invocation du nom de Dieu », selon cette parole : In nomine meo dæmonia ejicient, etc... Marc., Xv1, 17. Ils ne demandent point de miracles, mais une simple protection providentielle, qui semble promise par le Christ. Réponse : « proférer des formules sacrées et invoquer le nom de Dieu, ce sera toujours permis, pourvu qu'on ne s'arrête qu’à la révérence de Dieu, révérence dont on espère l’effet bienfaisant » : c’est alors une prière normale de demande. Mais, si, dans ces patenôtres, « on s’attache à quelque vaine observation, ce sera défendu ». 115-115, q. XCv1, ἃ. 4, ad 1". Ceci est vrai de la prière formelle envers Dieu; c’est vrai aussi de toute pratique religieuse : la piété est utile à tout; « pourvu qu’on n’ait égard qu'aux verba sacra et à la puissance divine, ce ne sera pas défendu. Mais, la plupart du temps, ces incantations, ces charmes comportent des observances illicites... La même distinction vaut pour le port des reliques. Si c’est un témoignage de confiance en Dieu et en ses saints, très bien; mais si l’on attribuait de l'importance à quelque vain détail, comme la forme triangulaire du reliquaire, sans rapport avec la révérence de Dieu et des saints, ce serait défendu ». Zbid., ad 2ue et 3un, Saint Thomas, en ce dernier article des observances superstitieuses, a ramassé une foule de pratiques équivoques : les amulettes, les grimoires, les « prières efficaces », qui ont leurs équivalents bien connus dans nos milieux catholiques, et qu’on est habitué de classer dans le culte superflu. La Somme théologique donne la clef de la distinction : Si respeclus habeatur ad solam Dei reverenliam, mais que ce soit étranger aux bonnes coutumes de l’Église, ce serait un culte excessif du vrai Dieu ; si autem respectus habeatur ad aliquid aliud vane observalum, ce sera une dévotion doublée d’une vaine observance. On voit qu’il ne faut pas se borner à la matérialité de l’acte, mais à la direction de l’appel qu’il exprime.

c) Enfin il y ἃ des recours quasi implicites à Dieu, qui ne demandent pas de miracles, mais une bonne fortune, qui ne sont pas des prières, mais des actes profanes, qu’on laisse inachevés : c’est ce que les théologiens appellent le procédé général des sorts : communem sorlium rationem. Si l’on en attend la réussite du hasard, c’est, nous l’avons vu, un acte vain; « mais si l’on espère de Dieu comme l'achèvement de son geste, sortialium actuum eventum, ce n’est pas une chose mauvaise en soi », ni vaine non plus : « Les sorts sont jetés : à Dieu αν pourvoir. » Prov., ΧΥῚ, 33. « Le sort n’est pas quelque chose de mal, mais un procédé qui, dans l’humaine perplexité, indique la volonté de Dieu. » Enarr. in psalm. XXX, ÿ. 16, P. L., t, xxxvVI, col. 250. La plupart de ces gestes, à la fois impuissants et sûrs du succès, que l’ethnographie signale chez des primitifs qui croient à un Être suprême, sont un signe fait à Dieu, qui répond à leur geste et à leur tacite prière par un secours providentiel. En somme, on peut dire qu'un recours si discret à la Providence, sans

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