‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 382 sur 457 · SUPERSTITION. VAINES OBSERVANCES ET RECOURS A DIEU · texte numérisé non relu

SUPERSTITION. VAINES OBSERVANCES ET RECOURS A DIEU

qu'il soit besoin d’une institution positive, est une des données les plus universelles de la religion naturelle.

Évidemment, on peut mal user de cette bonne chose : « On peut pécher dans cet appel de plusieurs façons : 1. Lorsqu'on recourt aux sorts sans nécessité : c'est, en effet, en apparence, une manière de tenter Dieu. 2. Lorsque, même en cas de nécessité, on tire au sort sans révérence pour Dieu qu’on invoque : il aurait fallu prier. 3. Lorsqu'on fait servir les oracles divins aux intérêts terrestres. » « Il en est, écrit saint Augustin, qui consultent le sort dans les pages de l'Évangile. Sans doute, on doit souhaiter qu’ils s’adressent ainsi à Dieu, plutôt que de consulter les démons! Toutefois cette habitude me déplaît, qui prétend faire servir les oracles divins aux affaires de ce monde et aux bagatelles de cette vie. » S. Augustin, ÆEpist., LV, ο. XX, P. L., t. xxx, col. 210... Cependant les choses d’icibas, comme le dit saint Thomas par la suite, peuvent, elles aussi, être tranchées par le sort et même par le jugement de Dieu : « En cas de nécessité, il est permis, avec la révérence voulue, d’implorer par le sort le jugement de Dieu, pour départager des demandeurs, pour savoir ce qu’on fera, pour deviner même l’avenir. » 115-115, 4. XCV, ἃ. 8. Mais il est plus sûr, étant donnés les dangers multiples de ces sortes d’invocations à la Providence, de ne pas les multiplier, et de ne pas demander des interventions trop importantes. Au reste, comme nous l’avons dit, la tradition catholique n’a jamais été unanime à leur fixer des limites. Il y a toujours un danger de présomption à demander à Dieu même un simple signe de son bon vouloir. Cf. 11»- 115. q. XCVIr, 8. 2, ad 31m et a. 3, ad 2un.

Pour prémunir les fidèles contre des demandes indiscrètes, l'Église a cru sage d’instituer des prières, des rites et des usages surveillés, qui soient d’une parfaite orthodoxie : l’eau bénite, les bénédictions, les médailles, ete. « On a parfois accusé l’Église d’être l’auteur de superstitions parce qu’elle propage... des pratiques dans le but d'obtenir certains effets d’ordre temporel : les sacramentaux. Elle bénit les Agnus Dei, les médailles de saint Christophe. » Ami du clergé, 1933, p. 658. Évidemment on peut abuser des meilleures choses; mais, si les chrétiens s’en tenaient là-dessus à la doctrine de l’Église, ils trouveraient dans ces rites, accompagnés de prières, des moyens utiles et pas trop multipliés qui les dispenseraient de recourir à la sorcellerie, au spiritisme, etc.

3. Observation des signes divins. — Si l’on ne peut pas se risquer à demander à Dieu des miracles ou des signes providentiels, il doit être du moins permis d’observer passivement les signes que Dieu donne luimême. Si ce signe est une révélation expresse, il est trop évident que le prophète ou le saint ont le devoir de l’accepter, avec l’assurance qu’elle porte avec elle de son origine. Mais, pour le commun des âmes religieuses, les signes regardés comme divins sont, au contraire des événements anonymes, vulgaires. Pour qu'on puisse leur supposer une origine divine, il faut que les événements n’aient pas de cause naturelle assignable, qu’ils soient fortuits et comme étrangers à nous-même, parce que le hasard, qui est dirigé par Dieu, pourrait nous donner des indications providentielles. « Ainsi donc, secundum prædelerminata ex divina disposilione, l'attention aux événements fortuits peut avoir quelque efficacité, en tant que la tournure que prennent les choses extérieures est aussi soumise à la divine Providence, qui s’en sert pour diriger notre conduite. » 5. Thomas, De sortibus, c. αν. Prudemment exercé et moyennant certaines réserves, il peut donc y avoir un usage légitime des sorts. Les déviations viennent, comme pour l’appel au secours divin, de l'erreur sur la vraie nature de la contingence et du hasard : soit qu’on pense que tout est livré dans la nature

au hasard, et que tout peut être un signe de Dieu, « soit qu’on accorde trop au déterminisme naturel ». I. Mennessier, La religion, t. 11, p. 451. Dans l’enchaînement des événements, le sens commun et la philosophie ont toujours fait une exception pour deux genres de surprises : l’accidentel et l’acte libre. IIs-II®, q. πον, a. 5. Pour beaucoup d'événements fortuits à première vue, il est sage de leur supposer une cause naturelle, encore que Dieu puisse les provoquer à notre intention; de même « les paroles qu’un homme prononce librement et en une tout autre intention que ce qui nous préoccupe », ibid., peuvent être sans signification aucune, mais « sont pourtant dirigées par la Providence de Dieu ». JZbid., a. 7. C’est précisément ce qui fait habituellement matière aux présages. Mais il ne faut pas exagérer la marge du hasard et des signes divins : « Tout ce qui arrive ainsi selon la Providence divine n’est pas ordonné à servir de signe de l’avenir. » 115-115, q. XCvI, ἃ. 3, ad 3un.

4. Oracles divins. — Toutes les religions ont admis la légitimité du recours à Dieu par les oracles; seule, la religion chrétienne les ἃ généralement interdits, sans doute parce qu'ils ne répondaient plus aux conditions mêmes de leur institution.

Les peuples primitifs ont tous pratiqué les consultations et leur ont donné une valeur religieuse. Mais la prière a dû être écourtée et le geste aussi s’est amenuisé en un simple attouchement sur le porte-bonheur. Tout l’esprit religieux s'était évaporé.

Chez les peuples de l’histoire, au contraire, la consultation des dieux était un rite extrêmement compliqué, mais pas plus respectueux de la divinité. La façon méticuleuse d’interroger le dieu ne témoignait pas d’une grande révérence. Les consultations devenaient facilement des mises en demeure par leur périodicité : à l’origine, les dieux n'étaient pas constamment à la disposition des consultants, mais, du temps d’Isaïe, les dieux babyloniens «faisaient savoir chaque mois d’où viendraient les événements ». Is., xLvI1, 13. Demêmeles séances de la pythie de Delphes devinrent mensuelles. Les circonstances de la consultation, où un groupe de prêtres interprétaient les transes et les paroles plus ou moins intelligibles de la pythie, cf. R. Flacelière, Le fonctionnement de l’oracle de Delphes, Gand, dans Études d’archéologie grecque, 1938, nous semblent bien inconvenantes.

Le christianisme, lui, n’avait pas de procédé authentique pour consulter Dieu; mais les chrétiens ne tardèrent pas à adopter à leur nouvelle foi les procédés des païens qu’ils trouvèrent les plus inoffensifs. Les Romains, après les poulets sacrés, dont la vogue était tombée, avaient les « sorts de Virgile », Spartien, Ælius Adrianus; les chrétiens eurent ceux de l'Évangile. S. Augustin, Epist., LV. N’étaient-ce pas des livres de divination que ces « écrits apocryphes mis sous le nom des apôtres » par les priscillianistes, S. Léon, Ad Turribium, €. XV, et que ces sortes apostolorum, condamnés par le décret De libris recipiendis, au vie siècle? Le synode d'Auxerre de 578 nous apprend qu'on tirait les sorts « avec le bois et le pain », mais surtout avec le livre des Évangiles : c’étaient les sorles sanctorum. Il est à croire que, devant l’opposition des conciles, les prêtres, du moins, cessèrent de consulter « les sorts des saints », et que l’usage ne garda plus qu’un caractère privé. Cf. Capilulaire de Raoul de Bourges (860), €. XXXVIII.

4, Jugements de Dieu. — 11 y ἃ d’autres observances qui ne peuvent se réclamer d'aucune institution divine ou ecclésiastique, ni même d'aucune raison, parce qu'elles ont un but déraisonnable. « Le jugement [de Dieu] par le fer rouge ou l’eau bouillante est un procédé par quoi on s'efforce de découvrir par des actes faits par un homme une faute cachée : c’est là un

Page 1