‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 383 sur 457 · SUPERSTITION. VAINES OBSERVANCES ET RECOURS AU DÉMON · texte numérisé non relu

SUPERSTITION. VAINES OBSERVANCES ET RECOURS AU DÉMON

point d'attache avec le procédé des sorts. Mais l’acception commune de cet appel à Dieu est ici bien dépassée, car on en attend un effet miraculeux. C’est ce qui rend illicites ces sortes de jugements. » On attend, en somme, que Dieu sauve l’innocent par un miracle. Pour justifier cette attente, il faudrait à défaut d’inspiration particulière, un but essentiellement religieux, et une institution expresse de l’Église, ce qui n’est pas. 115-115, q. xcv, a. 8, ad 3um. L'idée première des jugements de Dieu ne peut donc être taxée a priori de tentation de Dieu, surtout dans les religions anciennes qui faisaient intervenir un Dieu de justice dans la rétribution immédiate des actions humaines. Pour les précédents bibliques, voir l’art. ORDALIES t. ΧΙ, col. 1141; pour la législation canonique, ibid., col. 1142- 1159; pour l’histoire de cet usage chez les Germains, ef. Vacandard, Études de critique et d’hist. relig., t. 1, et la bibliographie de l’art. précédent, et en plus P. Browe, De ordaliis, 1932, dans Text. οἱ docum. de l’ Univers. grégorienne. Quant au duel judiciaire, la raison de l’interdire est la même que pour les autres jugements « vulgaires », avec cette nuance qu’on se rapproche ici davantage de la notion commune de sort, aucun effet miraculeux n'étant attendu, sauf peut-être lorsque les champions sont de force ou d’habileté par trop inégales. S. Thomas, ibid.

Saint Thomas, par respect pour le concept des jugements de Dieu, retardait sur son époque; voir l’art, cité, et cf. Pierre le Chantre, Verbum abbreviatum, c. LXXVII, P. L., t. σον, col. 225. Les théologiens du xve et du xvie siècles se mirent au pas de leur temps. Ainsi dépouillées de leur arrière-pensée religieuse, les ordalies leur apparurent ce qu’elles étaient depuis longtemps : des crimes contre la vie humaine. Du point de vue du juge qui les impose, dit Cajétan, c'est « un péché contre la justice que de punir un coupable dont le crime ne peut être prouvé, ou de chercher à connaître par le sort celui qui est le voleur ». Summa, à l’art. Divinalio. Quant à celui qui se soumet à ces épreuves, Suarez remarque que « souvent elles se font sans aucune considération de religion : quelqu'un. entre dans le feu par témérité, sans penser à Dieu; alors il n’y a là aucun péché d’irréligion, mais de témérité et de scandale public. Qu'’arrive-t-il souvent? L’innocent est brûlé et le public trompé, parce qu'il croit que la culpabilité de la victime est prouvée, alors qu’il n’en est rien, comme le dit Yves de Chartres, Epist., LXxx1v. Si cette épreuve se fait intuilu Dei, ou bien on pense qu’il appartient à la providence de Dieu de ne pas permettre la mort de l’innocent, même s’il fallait pour cela arrêter miraculeusement l’action du feu, et c’est ainsi qu’elle se fait régulièrement : alors c’est un semblant de tentation de Dieu, tentalio Dei interprelativa, d’après certains auteurs. » Mais, pour Suarez, c’est bien plutôt le vice de présomption, opposé par excès à l'espérance et procédant d'une confiance excessive et volontaire, c’est tout le contraire de la tentation de Dieu et c’est la {enlatio hominis. Où il y aurait tentation de Dieu, c’est dans le cas — fort fréquent, semblet-il — « où quelqu'un n’a pas une telle assurance de l'intervention de Dieu, et veut, à son propre péril, expérimenter si Dieu va protéger même de cette façon son innocence ». De religione, tr. 111, €. 111, n. 2.

3° Recours au démon. — Les vaines observances sont des abus concrets et complexes : suivant la puissance à laquelle elles ont finalement recours, eiles prennent des caractères tout à fait différents. Si l’on s’en rapporte à des forces naturelles plus où moins inconnues, l’observance n’est que vaine; si c’est à Dieu qu’on a recours, elle est tout au plus une tentation de Dieu, par irrévérence envers lui. Ces deux errements ne sont pas encore des superstitions par excès de religion. Pour en arriver là, il faut vraiment faire intervenir l’idée

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