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du recours aux démons : « La superstition consiste à recourir au conseil ou à l’aide des démons pour connaître ou pour faire quelque chose. » 115-115, q. Χον, a. 2.
Deux points de vue s'étaient fait jour dans la tradition patristique. Quelques esprits fort positifs, comme saint Jean Chrysostome, eurent soin de mettre bien à part de l’idolâtrie, invocation expresse des démons, les vaines observances « des jours heureux, qui sont pure folie et extravagance : on y trouve la trace d'une machination diabolique ». Homil. XXXI, Ad popul. Antlioch. Les autres écrivains, comme l’Ambrosiaster, rapprochaient au contraire les vaines observances de l’idolâtrie, comme ayant même origine. La tentation était grande d’englober tout cela dans le même anathème. C’est saint Augustin, on l’a vu, qui fit ce rapprochement sommaire, avec quelques nuances néanmoins. Culte des démons, l’idolâtrie; connivence avec lui, les oracles, et à ce genre se rattachent aussi les ligatures, les recettes pseudo-médicales, l’observation des jours néfastes. De doctr. christ., 1. 11, ec. xvur. Nous avons dit également que le rapprochement n’était pas du goût de tous dans l’Église de son temps. De nos jours aussi, on met une grande difrérence entre les deux espèces de superstitions.
Pour faire droit aux deux points de vue, saint Thomas d'Aquin reprend le vocabulaire augustinien : pacta cum dæmonibus placita et fœderata; mais il y introduit une distinction importante, qui donne raison au jugement plus indulgent des Pères grecs : il y a deux facons « d’user du conseil ou de l’aide des démons : ou bien leur secours est imploré expressément; ou bien, sans aucune demande de la part de l’homme, le démon s’ingère de lui-même dans les pratiques superstitieuses ». {15-115. q. XCvV, a. 3. Il y a plus qu’une nuance entre les deux interventions : dans l’une, le diable est appelé; dans l’autre, il vient sans qu’on l’appelle! On a tôt fait, quand on n’a pas cette distinction présente à l’esprit de bousculer ces « doctrines et jugements sévères. Disons-le en tout respect — la liberté avec laquelle s'exprime un disciple aussi fidèle que Cajétan nous y autorise saint Thomas paraît bien dans son appréciation en être resté au temps de saint Augustin ». R. Brouillard, S. J., Présages superstitieux, dans Nouv. revue théol., 1931, p. 731. Quoi qu’il en soit de l’opinion de saint Augustin, saint Thomas dit pourtant bien nettement qu’ « 1] est beaucoup plus grave d’invoquer les démons que de faire des choses qui prêtent à son intervention ». Jbid., ad 1vm, Si Cajétan semble si compréhensif, c’est qu’il a bien compris la distinction thomiste, d’ailleurs un peu équivoque dans les termes, entre « les pactes exprès, qui comportent une invocation aux démons, et les pactes tacites, qui consistent dans le seul fait d'attendre [des forces naturelles] plus qu’elles ne peuvent donner ». 1bid., n. 6. Il faut expliquer cette distinction.
1. Invocation au démon. — On ne peut dire qu’il y ait des appels permis au Prince du mal; les deux cas où un homme puisse prétendre avoir sur lui quelque puissance empruntée, ne sont pas des invocations par mode de prière, mais des ordres par mode de contrainte. C’est le cas du saint qui, par sa prælalio dans l’ordre de la grâce, chasse les démons « et parfois les oblige à dire la vérité; mais c’est bien autre chose que d’invoquer le démon », ibid., a. 4, ad 1%, et cela ne peut se faire « sans une spéciale dispensation divine ». 15. ἢ. cv, 4. 8, ad 2m. L'autre cas, privilège exceptionnel aussi, mais dans l’ordre social chrétien, c'est l’exorcisme, auquel son institution prescrit des limites qu’on aurait bien dû ne jamais outrepasser; car « adjurer les démons pour apprendre ou obtenir d’eux quelque chose, ce serait se prêter à quelque société avec eux ». 115-119, q. xc, a. 2. Voir l’art. ExXORCISME, t. ν, col. 1779.