‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 385 sur 457 · SUPERSTITION. VAINES OBSERVANCES ET RECOURS AU DÉMON · texte numérisé non relu

SUPERSTITION. VAINES OBSERVANCES ET RECOURS AU DÉMON

a) L’invocation superstitieuse appelle la coopération diabolique par des signes, qui sont comme des sacrements à rebours. Les théologiens ont développé, sous leur autorité propre et celle du seul saint Augustin, cette notion de «sacrements du diable ». Ceux-ci auraient leurs signes sensibles, que saint Augustin s’est plu à décrire : varia genera lapidum, herbarum, lignorum, animalium, carminum, rituum. De civ. Dei, XXI, ον, P: L:, ἘΞ xzr, col. 718. Les démons n'y attachent qu’une valeur de signes, parce qu’ «ils sont attirés, pour autant que ces choses corporelles sont le signe de réalités spirituelles qui leur font plaisir ». S. Thomas, De potentia, 4. vi, a. 10. Ou bien ces signes sont d’antiques institutions de l’idolâtrie, ou bien ils ont été inventés par les magiciens : quibusdam signis rerum, humana præsumptione inslilutis ad quasi quædam conventa…. D'ailleurs, tous signes de détresse leur sont bons : aussi la variété de ces sacrements n’a jamais été cataloguée. Saint Thomas connaît les nécromanciens, les somnanbules, les sorcières qu’il assimile aux possédés, etc. 115-115, q. Χον, a. 3. Mais il ne faut pas sourire de cette énumération : nous en avons l’équivalent dans le Petit et le Grand Albert qui circulent toujours dans nos campagnes et où les invocations à Satan, prises ul sonant, sont parfois très explicites : Fiunt expressæ invocaliones el fasingia quædam (des passes?), unde pertinent ad expressa pacta cum dæmonibus inita. 115-118, 4. ΧαΥῚ, ἃ. 2, ad 2un, Voir une description beaucoup trop précise de la Faculté de théologie, en 1398, dans J.-B. Thiers, op. cit, t. 1, p. 21-29.

b) La question n’est pas de savoir quel compte fait le démon de tous ces appels, et quelle réponse il leur donne : il reste toujours indépendant des signes magiques. Ὁ. Χαν, a. 2, ad ϑ0π S'il répond parfois, selon ses moyens, c’est pour enchaîner l’homme à son service. Les théologiens scolastiques ont signalé quelquesunes de ces réponses; mais on remarquera que, sauf pour les pratiques franchement idolâtriques, ils n’ont à citer aucune suggestion de la Sainte Écriture : leurs affirmations sont donc sujettes à examen. Dans les fausses religions, «le comble fut mis à tous les abus par le fait des démons : ce sont eux qui. donnaient des réponses aux consultations et qui faisaient des prestiges qui ébahissaient les gens ». Q. xcrv, a. 4. Pour les superstitions d’allure profane, il en serait de même, d’après saint Augustin. Saint Thomas pense également qu'il y a une astrologie diabolique qui dit « parfois » le vrai, 4. Xcv, à. 5, ad 2um; des songes provoqués par le diable, ibid., a. 6; des présages du même acabit, ibid., ἃ. 7; et des sorts qu’il dirige, a. 8. Mais, en somme, même si les démons ne peuvent rien pour ceux qui les appellent, « même s'ils ne peuvent rien pour nous, le péché consiste dans le commerce qu’on tente d’avoir avec eux, commerce qui existe bel et bien, dans l’intention même ». Ὁ. xcvi, a. 1, ad 3um,

6) « Le premier mal est au principe même de l’acte superstitieux, dans le pacte explicite avec le diable, par l’invocation même... Ce serait plus grave encore si, au démon qu’on appelle au secours, on offrait sacrifice et hommage », 4. XCv, ἃ. 4 : sacrifice de victime, hommage de sa personne et de son âme; ce dernier excès serait, à vrai dire, pire que l’idolâtrie vulgaire. Mais l’invocation sans « révérence », l’appel au démon, non pour le servir, mais pour s’en servir à son avantage personnel, voilà proprement le mal de la superstition dans les pratiques magiques et divinatoires. « Car l’homme n’a pas reçu puissance sur les démons pour qu'il lui soit loisible de s’en servir à son gré : bien au contraire il est avec eux en état de guerre déclarée. Aussi n’a-t-il le droit d'utiliser leur aide, ni par pacte explicite, ni par pacte tacite », 4. xCv1, ἃ. 2, ad 3vm, le pacte tacite se fondant, non sur un appel, mais sur une simple imprudence.

2. Connivence avec le démon. — C'est peut-être le mot qui dit le mieux cette seconde attitude superstitieuse : car l’acte ne comporte pas l'intelligence avec l'ennemi, mais une imprudence qui lui permet de s’insinuer dans notre conduite. Pacte tacite, dit saint Thomas; invocation tacite, insiste Cajétan : en réalité, il n’y ἃ pas invocation, puisque le démon intervient præter pelilionem hominis, et pourtant son intervention n’est pas tout à fait spontanée, s’insérant à point nommé dans une action qui l’appelle. L’acte ne comporte aucun pacte formel, mais un dérèglement réel qui engage le démon à s’en mêler. Etfsi hoc non intendat homo, id tamen agit vel dicit quod ad nihil aliud videtur ordinabile. 115-115, q. xcvir, ἃ. 1. L’acte attend un complément.

a) De quoi s’agit-il en effet? « D’actes bizarres ou ne rimant à rien, actus distorti aut inordinati, de certaines rencontres d'hommes ou d’animaux, des temps, des lieux ou des paroles qui, de l’aveu de tous, portent bonheur ou malheur. A l’origine, si l’on a trouvé quelque exactitude dans ces observations, c'était pur hasard. Mais, dans la suite, les hommes s'étant laissé prendre à ces observances, il y a bien des faits à l'appui de ces observations qui sont dus à la tromperie des démons... » 115-118, 4. xcvi, a. 3, ad 2υπ Telle est la position fort plausible de saint Thomas : les démons n’ont pas eu à inventer les vaines observances, mais ils n’en sont que des agents provocateurs. Ὁ, xcv, a. 1. ad Au ΧΟ, 8. 1-

b) Ainsi les démons n’ont pas besoin d’être appelés pour intervenir : ils s’ingèrent d'eux-mêmes dans les vaines recherches des hommes... Et il y a vaine recherche lorsqu'on tente de faire ou de savoir par des procédés qui ne peuvent donner ce qu’on en attend. Q. xcv, ἃ. 2. Point d’appel précis, mais une simple attente imprudente de la réussite inexplicable. C’est, ni plus, ni moins, cet acte à la fois vain et confiant, que nous avons signalé à propos du recours aux forces inconnues. Si, parmi ces forces inconnues, celle des démons n'existait pas, ou si elle n’était pas soupçonnée, il n’y aurait point avec lui de pacte possible, même implicite. Mais le diable existe et nous surveille. Dès lors, en abandonnant une tentative impuissante à toutes ces inconnues, on risque de se faire aider par le démon. C’est lui qui se charge de faire réussir l’observance, et sans qu’il ait été invoqué, pour mieux enliser l’homme dans la vanité.

c) Mais comment déceler une connivence si implicite. De deux façons : l’absurdité du but à atteindre, car il en est qui dépassent d'emblée toute force naturelle imaginable : « Vouloir deviner des événements fortuits ou prédire avec certitude les actions des hommes, cela procède d’une fausse et vaine opinion. C’est ainsi que le diable s’en mêle. » Zbid., a. 5. Et puis, très souvent, les moyens employés sont notoirement insuffisants par eux seuls, et, par conséquent, sont en rapport — pour un supplément d'efficacité — avec des pactes signifiés aux démons. Q. xcvi, ἃ. 2. Enfin, ce sont parfois de simples signes sans aucun genre d’eficacité possible des figures, des caractères, tbid., ad 1un; ad 20m; à. 4, corp., ad 2» et 3un, sans destinataire désigné, supervacua signa, et que le démon peut prendre pour lui.

d) Insistons sur la différence essentielle entre le pacte dans le noir avec le pacte explicite en pleine lumière : « Il y a loin des images dites astronomiques aux images nécromanciennes : dans celles-ci — dans le spiritisme, dirions-nous — on fait des invocations expresses et certaines passes, fasingia, qui les rattachent aux pactes explicites conclus avec les démons; au contraire, dans les images astronomiques, il n’y a que des pactes tacites, au moyen de certains signes muets : des dessins et des caractères. Et l'indice qui insinue que ces images

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