‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 386 sur 457 · SUPERSTITION. VAINES OBSERVANCES, APPLICATIONS · texte numérisé non relu

SUPERSTITION. VAINES OBSERVANCES, APPLICATIONS

n’ont d’efficace que par l’œuvre des démons, c’est qu’il est indispensable d'inscrire sur ces cartes du ciel certains caractères graphiques, qui naturellement ne servent à rien. » Zbid., a. 2, ad 2um, Alors, si la moindre imprudence de conduite, dans les actions les plus ordinaires, peut nous faire pactiser avec le diable, l’homme doit à chaque instant se surveiller? C’est assez l’avis de saint Thomas; c’est d’ailleurs une recommandation fort sage, que les proverbes ont popularisée. Altiora ne quæsieris. Eccli., ται, 22. Ce qui nous rassure, c’est que, comme nous le verrons plus loin, ces fausses démarches n’ont plus de danger, quand notre espoir est faible ou que nous prêtons à nos pratiques une eflicacité naturelle quelconque.

4° Application des principes. — 1. À une superstition concrète. — Inutile de répéter que, dans une même superstition, on peut trouver mêlés des éléments justifiables par les forces naturelles et d’autres qui ne relèvent que des pactes diaboliques. Un théologien qui a consacré un livre entier à extraire du spiritisme les pratiques explicables par la psychologie, conclut sagement son étude par ces quelques mots : « Nul n’est victime du démon s’il n’a donné au démon, par imprudence ou décision formelle, barre sur sa pensée, sur son cœur ou sur ses sens. Si donc un chrétien, malgré les avertissements de l’Église, se résout à sauter dans l’inconnu et à marcher droit devant soi, prêt à tendre la main à toute main qui, au sein de ténèbres, la saisira, il court risque de se trouver un jour, en face, non des morts qu’il invoquait, mais du démon, toujours prêt à interpréter en sa faveur, les vœux troubles des mortels. » Th. Mainage, La religion spirile, p. 184. Voilà bien le pacte tacite; et voici le pacte formel : « Et, lorsqu'on voit précisément, dans les cereles spirites, se réaliser certains phénomènes qui, dans l’état actuel de nos connaissances, résistent à toute analyse scientifique, … lorsqu'on voit nombre d’adeptes du spiritisme glisser insensiblement sur les pentes de la folie, ou perdre la foi, ou se rendre à des conseils qui révoltent le sens moral, on ose se demander si, par-delà le spiritisme naturel, il n’en est pas un autre qui est, celui-là, l’œuvre occulte du démon. » Loc. cil., p. 185. Au reste, « l'Église n’a rien décidé sur les explications possibles : elle attend, et nul n’a le droit de l’accuser d’enrayer l’investigation des vrais savants ». Loc. cil., Ὁ. 178.

Les théologiens prudents ne procèdent pas autrement : s'ils veulent rester objectifs, ils doivent dire, avec saint Thomas et saint Augustin, que, dans toutes pratiques, il y a du meilleur et du pire, des procédés tout à fait naturels et d’autres bien anti-scientifiques, et puis des éléments nugaloriæ vel noxiæ superslitionis, qui peuvent donner prise à des interventions démoniaques ou même à des appels plus conscients aux forces mauvaises. Entre les anciens et les modernes, il n’y a qu’une nuance, importante d’ailleurs, qui est la suivante.

2. Présomptions d’origine. — Dans les cas fort nombreux où une étude sérieuse d’une pratique ne permet pas de dire si les moyens employés ont une vertu naturelle ou surnaturelle de produire tel effet, il est nécessaire aux moralistes, à l'Église parfois, de se faire une opinion spéculative sur l’origine vraie de cette prétendue superstition. Voici, dit Noldin, Theol. mor., éd. 1936, t. 11, p. 161, la double règle qu'il faut tenir :

« Première règle : quand on se demande si tel résultat provient d’une cause naturelle ou du démon, il faut l’attribuer aux forces de la nature, parce que beaucoup d’entre elles sont inconnues, même pour les savants. » Mais, ferons-nous observer, les ruses du démon ne sont pas moins inconnues, même pour les théologiens, et la puissance de Dieu est infinie.

« Deuxième règle : si l'effet n’est certainement pas dû à une cause naturelle, le doute est celui-ci : vient-il de

Dieu ou du démon? Il faut alors l’attribuer au démon,

car les miracles ne doivent pas se présumer facile-

ment. » Loc. cit. Mais Dieu n'a pas toujours besoin de

faire des miracles; et les prodiges du démon sont au

moins aussi rares. Disons qu'il n’y a pas de miracle sur

commande. Cf. Lacroix, Theol. mor., 1. III, pr. 1, . 28; Ami du clergé, 1933, p. 662.

Les deux règles, quoi qu'il en soit de nos remarques, doivent cependant être maintenues : saint Thomas les enseignait déjà, mais pour d’autres raisons. Ils-II®, 4. XCv1, ἃ. 2. On doit juger d’une observance — quand la nature des appels est douteuse — d’après la valeur morale des résultats. C’est la règle évangélique,Matth., vit, 16 sq., qu’on reconnaît l'arbre à ses fruits et un effet surnaturel à son utilité pour le bien ou pour le mal. On peut observer aussi qu'il n’y a, dans cet ordre, aucune « prière efficace » et que, en général, les conditions pour être entendu de Dieu sont plus difficiles que pour l'être du démon, et surtout pour déclencher les forces aveugles de la nature, ce qui justifie encore les deux règles susdites. Mais elles ne sont que des présomptions : aussi « l’Église ne se prononce pas sur l'essence des phénomènes en question, c’est-à-dire sur leur nature intrinsèque, celle des causes qui les produisent ». Th. Mainage, op. cit., p. 177. On chercherait en vain, dans les décisions émanées de l’autorité ecclésiastique, des définitions aussi tranchées. C’est, nous l'avons dit, la situation si spéciale de l'Église en face des superstitions qui s’établissent ainsi sur terrain mixte, qu’elle ne peut donner que des règles de prudence.

Ces principes d'appréciation doivent demeurer dans les généralités, et restent par là-même assez peu éclairants. En réalité, c'est à des pratiques journalières que le jugement doit s'appliquer. Et il n’est ni possible ni désirable que le théologien s’abstraie de son temps et de son milieu. Avant d'examiner, dans chaque cas particulier, la malice d’un acte superstitieux, il faut donner encore quelques principes généraux, qui nous sont fournis par l’histoire religieuse : c’est le seul moyen de rendre compte de cette différence d’appréciation générale qu’on ne peut nier, entre saint Augustin, saint Thomas, Cajétan et Suarez d’une part, et notre enseignement actuel. de l’autre.

3. Circonstances de temps et de milieux. — En ce sujet plus qu’en toute autre question morale, il est nécessaire de donner une considération particulière à la culture générale des esprits, aux idées et aux préjugés régnant aux difiérentes époques, dans les milieux populaires : distinguons donc l'antiquité et les milieux païens, les milieux catholiques du Moyen Age et de la Renaissance, enfin l’époque contemporaine avec ses tendances incrédules ou du moins raisonneuses.

a) ans l’antiquilé païenne (et aujourd’hui encore dans les peuplades fétichistes) la magie et les simples présages populaires furent de réelles superstitions, des pratiques encore idolâtriques, entraînant des recours au démon. Saint Augustin avait raison d’en avertir les chrétiens de son temps. Augures, astrologie, nécromancie avaient un lien réel avec les cuites païens.

b) Au Moyen Age, que restait-il de ce fond païen antique? Rien ou peu de choses. En même temps les procédés extérieurs s'étaient laïcisés, ou plutôt avaient été tournés vers un Dieu pseudo-chrétien, tout occupé, semble-t-il, à contenter ses fidèles. La superstition au Moyen Age prenait souvent figure de tentation de Dieu par excès de confiance.

c) Aux temps modernes, dès la Renaissance et la Réforme, l’enseignement religieux était bien négligé et l'instruction scientifique était inexistante. Ce fut une beile floraison de pratiques superstitieuses. Dès lors, la théologie morale descendit du domaine spéculatif sur le terrain de la vie quotidienne et toutes les

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