MORALE
fisante pour soi-même : dans ce cas, il n’y a pas le moindre pacte même implicite. Mais « toute société avec le démon est un péché mortel ex genere suo, quia scilicel est cum hosle, jam indicto bello ». Cajétan, loc.cit., a. 2, ad 3m, Sans doute le pacte tacite est beaucoup moins grave et nuisible que le pacte formel, « parce qu'il est bien plus grave d’invoquer les démons que de faire des choses si imprudentes qu’elles leur donnent l’occasion de s’en mêler ». 115-115, q. Xcv, ἃ. 3, ad 1um. C'est une connivence en acte, un pacte interprétatif, qui laisse toujours place à quelque explication subsidiaire, d'autant que le démon n’apparaît pas alors manifeste, sed occulle. 1bid., a. 3, corp. C’est même une connivence plutôt tolérée et supposée que désirée : on recourt à ce procédé suspect, ETIAM SI per dæmones sortialur effeclum, 4. Xev1, a. 1, ad 3m, On veut parvenir à son but par tous les moyens, bons ou mauvais : cela suffit : « il y ἃ un péché dans cette tentative de s’associer les démons, même si cette association, dans le cas, n’est pas ratifiée. » Zbid., ad 31», selon de bons manuscrits.
e) Aussi l’Église proscrit-elle ipso jure « les livres qui enseignent ou recommandent la superstition sous toutes ses formes, les sortilèges, la divination, la magie, le spiritisme et autres choses semblables ». Cod. juris can., can. 1399, lois générales de l’Index.
Cette condamnation englobe les superstitions de tous genres, et d’abord les formes les plus frustes, où le caractère superstitieux apparaît plus à nu.«On pèche donc gravement en se livrant soi-même aux pratiques courantes de divination et de magie, par exemple en se faisant dire la bonne aventure ou tirer les cartes, à supposer qu’on y croie fermement, ou même si le devin est seul à y croire », car alors le client coopère à son péché. H. Jones, Theol. moralis, trad. franç., p. 91. Voir une appréciation plus indulgente, qui s’appuie sur l'indifférence religieuse des consultants, R. Brouillard, La bonne aventure à Paris, dans Nouv. rev. théol., 1933, p. 907. Mais, pour les fidèles, la sévérité de l’Église leur signale un danger grave.
La condamnation s’étend-elle aux formes plus savantes et plus prétentieuses, comme le magnétisme, l’hypnotisme, le spiritisme? Sans aucun doute. Il est vrai qu’à leur égard, la position de l’Église est assez délicate. Puisque ces pratiques se présentent sous forme scientifique, et même qu’elles s’aventurent de préférence dans le mystère le plus insondable de tous, celui de l’âme humaine, l’Église se garde bien de donner aux incrédules cette satisfaction de condamner pour le fond des disciplines qui pourraient se classer quelque jour dans la catégorie des effets naturels. Elle pose seulement le principe théologique : « S'il s’agit de phénomènes qui dépassent les forces de la nature, on ne peut les provoquer. » Saint-Office, 1899. Et même, puisque, dans le doute, on doit penser que certains effets n’ont que des causes naturelles, elle permet aux savants de les provoquer « avec art et raison ».
Cependant, malgré les explications naturelles dont elles sont susceptibles, beaucoup de ces disciplines en vogue comportent une vraie connivence avec le démon, même et surtout lorsqu'elles sont utilisées par la foule. C’est la foule ignorante qui est le plus portée à s’y adonner par simple curiosité pour des révélations préternaturelles et le plus exposée à prendre le but au sérieux. Aussi « les décisions du Siège apostolique relatives au magnétisme, à l’hypnotisme ou somnambulisme et au spiritisme, sont d’une admirable prudence : elles laissent à la science une grande liberté de recherches théoriques et pratiques; elles repoussent énergiquement toute immoralité dans les procédés; elles condamnent absolument toute tentative de superstition divinatoire ». J. Didiot, Verlu de religion, p. 472, où l’auteur cite et commente les décrets du 20 juin
1840, du 21 avril et du 1er juillet 1841, du 2 septembre 1843, du 28 juillet 1847, du 30 juillet 1856. Cf. Ami du clergé, 1892, p. 740. A l’égard du spiritisme, même prudence théorique, même sévérité pratique : « C’est là surtout que le différend menace de passer à l’état aigu. Si, en effet, l’autorité ecclésiastique ne déclare pas a priori le caractère préternaturel des causes qui sont à l’œuvre dans le spiritisme, pourquoi imposer un frein à la curiosité universelle? Elle n’ose même pas enrayer, sur ce domaine, l’investigation des vrais savants? À quoi tient cette différence? Elle tient à ce que la foule quand elle improvise des « cabinets noirs », quand elle consulte les tables et les voyantes, n’est pas mue par l’amour désintéressé de la science. Ce qu’elle veut, c’est entrer en communication avec l’au-delà. Or... les activités de ce monde nouveau ne sont pas assez rigoureusement connues pour que l’on en puisse exclure toute intervention de la puissance des ténèbres. » Th. Mainage, La religion spirile, p. 180-184.
Nous laissons volontairement à part d’autres questions à l’ordre du jour comme le fait de faire tourner les tables, l’usage de la baguette des sourciers ou des radiesthésistes, la lecture des dispositions du corps ou même de l’âme par l'écriture, la disposition des membres, l’étude des rêves par la psychanalyse : ces usages ont sans doute d’autres faiblesses et inconvénients; mais, dans la mesure où ce sont des arts qui s’essaient à devenir scientifiques, tout soupçon de superstition en sera écarté.
Sur le mot superstitio, Thesaurus ling. latin. d'H. Estienne.
Sur les superstitions des primitifs, voir W. Schmidt, Origine et évolution de La religion, trad. Lemonnyer, 1931; Der Ursprung der Gottesidee, 6 vol., 1934-1935; L. Lévy- Bruhl, La mentalité primitive, 1910; du même, La mythologie primilive, 1935; J. Maritain, dans Revue thomiste,
Sur les superstitions des Grecs et des Romains, pas de travail d'ensemble, sauf l’art. Aberglaube, de Riess, dans Realencycl. de Pauly-Wissowa, t. 1, p. 29-93; des monographies développées sur les superstition populaires se trouveront en abondance dans 5. Reinach, Culles, mythes et religion, 4 vol., passim, surtout t. 11, Ὁ. 7, 12; t. 111, p. 24, 32, 45, 54, 68. — Sur les superstitions quasi-oflicielles, A. Bouché-Leclercq, Histoire de la divination dans l'antiquité, 4 vol., 1879-1882; L’astrologie grecque, 1899; Catalogus astrolog. græcor. de Boll et Fr, Cumont, 1899; du même Fr. Cumont, L'’astrologie et la magie dans le paganisme romain, dans Revue d’hist. et de Liltér. relig., 1906, p. 35 sq.; du même, Religions orientales dans le paganisme romain, 1907. — Sur la corruption des mythes primitifs : L. Preller, Griechische Mythologie, 45 édit., 1921; du même, Rômische Mythologie, trad. franç. par L. Dietz, Les dieux de l’anc. Rome, 1865; E. Aust, Die Religion der Rômer, 1899; Wilamowitz-Mollendorf, Der Glaube der Hellenen, 1934; O. Kern, Die Religion der Griechen, 2 vol., 1926-1935. — Sur les légendes latines : Warde Fawler, The roman festivals, 1899; E. Pais, Fasli e annalo, culti e legende..., 1896. — Sur la laïcisation des rites païens en général, L. Bréhier et P. Batiflol, Les survivances du culle impérial romain. A propos des riles shinloïstes, 1920.
Pour notre but, suflisent les synthèses résumées de Christus, sur les religions de la Chine, de l’Inde; et l’excellente Chronique d'histoire des religions d'A. Vincent dans Revue des sciences relig., 1937-1939, qui recense les principaux ouvrages récents; voir aussi P, Lagrange, O. P., Les Mystères : l'Orphisme, 1937; sur la décroissance des superstitions primitives, P. Schuhl, Essai sur la formalion de la pensée grecque, 1934.
Sur les superstitions des Juifs, lire l'Ancien Testament avec des commentaires un peu spécialisés comme ceux de Desnoyers, 3 vol., et de Ricciotti, 2 vol., trad, Auvray, 1939; voir aussi Frazen, Le folklore de l'Ancien Testament. Sur la question obscure de la religion composite de l'Égypte, voir Ermann, La religion des anciens Égyptiens, trad. Wild, 1937, et surtout ἡ. Drioton, L'Égypte, 1939. Pour l'islamisme, voir E. Westermarck, Survivances païennes dans la civilisation mahométane, trad. ἢ. Godet, Paris, 1936.
Sur les superslilions chrétiennes, E. de Faye, Gnostiques