‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 396 sur 457 · SURNATUREL —- SUSO (HENRI · texte numérisé non relu

SURNATUREL —- SUSO (HENRI

la dépendance commune de Suso et de Tauler par rapport au maître commun explique au mieux leur parenté. Autant qu’on le puisse conjecturer, Suso revint vers 1329 à Constance, où il enseigna quelque temps la théologie à ses frères, en attendant de devenir prieur du couvent. C’est à cette date, de 1329 à 1336, qu’il aura composé ses deux ouvrages principaux : le Livre de la Sagesse éternelle et le Livre de la Vérité. En ce dernier il prenait plus ou moins ouvertement la défense d’Eckhardt, condamné en 1329. Comme il est question, dans l’autobiographie, de poursuites intentées à Suso à cause de ses idées, comme l’on sait, par ailleurs, qu’au chapitre provincial de Bruges de 1336 un prieur de Constance fut déposé, on en a conclu que ce prieur était Suso. Déchargé de ses fonctions, Suso serait resté dans le même couvent; c’est à ce moment qu'il aurait surtout prêché, exerçant dans toute la région alémanique un apostolat qui s’adressait tant aux laïques qu’aux religieuses, surtout dominicaines, fort nombreuses en ces parages. Bon nombre de ces couvents n'étaient pas astreints à la clôture et cette circonstance explique un certain nombre des rencontres que fit Suso dans cet apostolat et qui lui permirent une action très continue sur certaines âmes.

En 1339 le couvent des dominicains de Constance, n'ayant pas voulu obéir aux injonctions de Louis de Bavière en lutte avec Jean XXII, fut obligé de se disperser. Suso avec plusieurs de ses frères se transporta . à Diessenhofen, en Thurgovie; il serait devenu en 1343 prieur de cette maison. En 1346 les exilés rentrèrent à Constance; mais pour des raisons qui ne sont pas bien expliquées, Suso sera obligé, en 1348, de quitter une nouvelle fois Constance pour Ulm. C’est dans cette ville qu'il passa les dix-huit dernières années de sa vie; c’est là qu’il mourut le 25 janvier 1366. Le culte qui lui était rendu de temps immémorial chez les frères prêcheurs a été approuvé par le pape Grégoire XVI en 1831 et sa fête fixée au 2 mars pour l’ordre dominicain.

II. ÉcriTs ET DOCTRINES. — L'œuvre littéraire de Suso n’est pas fort considérable. Lui-même aux dernières années de sa vie, vers 1362, avait pris soin, pour éviter de fausses attributions, de fausses lectures, de fausses interprétations, de réunir ses œuvres antérieures dans un ms. unique, l’Exemplar, qw’il fit précéder de son autobiographie. C’est donc à l'Exemplaire, rédigé en dialecte alémanique, qu'il faut toujours se reporter pour une étude scientifique de Suso. En voici le contenu :

1° La vie. — Elle a pour base la rédaction qu’une fille spirituelle de Suso, Élisabeth Staglin, dominicaine du couvent de Toss, avait faite des confidences personnelles de son directeur. Pour faire entendre à sa dirigée les voies de la perfection, Suso n'avait pas craint de lui confier les moyens qu'il avait employés lui-même, les mortifications qu'il s’était imposées, les grâces qu'il avait reçues, les obstacles qu’il avait rencontrés, la façon dont il en avait triomphé. La pieuse fille avait recueilli tout cela par écrit. D'abord très fâché de la chose — il s'était fait livrer une partie du manuscrit et l’avait brûlé — Suso jugea plus tard que le récit de ses expériences personnelles pouvait être utile à d’autres âmes; il revit et retoucha lui-même le texte d’Élisabeth Staglin. Il y ajouta comme seconde partie un petit traité didactique de spiritualité exposant d’abord la voie que doivent suivre les commençants — quelques récits anecdotiques viennent encore ici rompre l’ordonnance de l’ensemble — tandis que les huit derniers chapitres (c. XLIX-LVI) essaient, mais sans parvenir à une vraie rigueur de composition, d'analyser ce qu'est la vraie vie d'union à Dieu et de réfuter les fausses conceptions que s’en font certaines personnes. L’authenticité de la Vie a été attaquée; des critiques modernes y ont voulu voir un simple roman

de couvent écrit peu de temps après la mort de Suso, considérant ainsi comme une pieuse supercherie l’histoire de la composition de l’Exemplaire. De fait la manière un peu naïve dont Suso décrit ses expériences mystiques et plus encore ses mortifications a de quoi surprendre des modernes qui sont accoutumés à plus de discrétion; cf. H. Lichtenberger, dans Rev. des cours et conférences, 1909-1910, p. 600 sq. Mais il ne faut pas juger des auteurs du xIv® siècle d’après nous-mêmes. Voir à ce sujet K. Bihlmeyer, dans Theologische Revue, 1928, p. 84-88.

20 Le livre de l’éternelle Sagesse, qui, dans l’Exemplaire fait suite à la Vie, a été écrit vers 1335, sous forme de dialogue entre le serviteur (Suso lui-même) et la Sagesse éternelle, « pour ranimer dans les cœurs le feu de l’amour divin ». Il y a peut-être quelque flottement dans la pensée de l’auteur; la Sagesse est-elle un simple attribut divin, ou la deuxième personne de la Trinité, ou encore la très sainte humanité du Sauveur? Il n’est pas toujours facile de le dire. Et comme la liturgie applique souvent à la vierge Marie nombre des descriptions scripturaires de la Sagesse, il n’est pas impossible qu’à certains endroits Suso, parlant de la Sapience, ne songe aussi à la très sainte Vierge.

En fait, d’ailleurs, les enseignements donnés ici sont en général obvies. La première partie attire, en termes pathétiques, l’attention de l’âme fidèle sur les souffrances du Sauveur et de sa mère, pour en venir à la considération de la grandeur du péché, de la rigueur des jugements divins et donc à l’idée d’expiation. La seconde partie met d’abord sous les yeux le tableau de la mort imprévue : « Je veux t’apprendre, dit la Sagesse au serviteur, à mourir et à vivre. » Et il s’agit de vivre intérieurement, à quoi contribue surtout la réception pieuse et fréquente de la sainte eucharistie. Le c. ΧΧΙΠ : « Comment on doit recevoir Dieu avec amour » est un admirable appel à la communion, et à la communion fréquente, qui fait penser aux plus beaux développements de l’Imitation. Cf. A. Delplace, La doctrine de la communion chez Tauler et Suso, dans les Études, t. cxxx1v, 1913, p. 501-515. Tout autant le c. XXIV : « Comment on doit louer Dieu en tout temps du fond du cœur », où certaines pages sont animées du même souffle qui se retrouve en saint François d’Assise. Enfin la troisième partie est un résumé, bien sec, « des cent considérations et des cent demandes que l’on doit faire tous les jours avec dévotion ». Ce n’est pas, à beaucoup près, la partie intéressante du traité. Mais l’ensemble est animé d’un souffle de piété, ardent et tendre à la fois; les pages qui méditent les souffrances du Sauveur crucifié et les douleurs de Marie au pied de la croix ou devant le saint sépulcre sont parmi les plus belles qui aient été écrites. C’est dans Suso, ou dans ceux qui l’ont imité, que sont allés chercher leur inspiration les artistes du xv® siècle qui ont fixé le type iconographique de la Vierge des douleurs. Cf. l’étude de H. Lichtenberger, loc. cit., p. 683 sq. D'ailleurs le succès du Livre de la Sagesse a été considérable. Dès avant l'invention de l’imprimerie, il était extrêmement répandu; l'imprimerie l’a fait rayonner bien davantage et, dans les pays de langue allemande, il a longtemps balancé la fortune de l’Imitation de Jésus-Christ.

De bonne heure, Suso qui voulait faire hommage de son livre au maître général de l’ordre, Henri de Veaucemain en fit une traduction, ou plutôt une adaptation latine, qu’il intitula Horologium sapientiæ. Quoi qu’on ait prétendu, l’allemand est certainement l’original; quant au texte latin, il est, sans conteste, l’œuvre de Suso; les différences entre les deux éditions viennent de Suso lui-même, qui ἃ fait, somme toute, un travail nouveau. Composé entre 1335 et 1338, l’Horologium est loin d’avoir connu la popularité de la Sa-

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