SUTTON (THOMAS DE
Correctoires franciscains. L’influence de son traité Contra pluralitatem formarum s’y fait nettement sentir. Et si la série des sept opuscules thomistes (n. 17-23) devait lui être attribuée, on serait en droit d’ydécouvrir un effort de vulgarisation de même sens, se cantonnant surtout sur le terrain philosophique. Plus tard ses Questions disputées et ses Quodlibets rendent un témoignage semblable pour ce qui est de l’enseignement théologique. Il y demeure fidèle à son maître dont il défend les positions aussi bien contre l’augustinisme régnant que contre les doctrines plus personnelles d'Henri de Gand. Enfin les écrits polémiques dirigés contre Scot et Robert Cowton montreraient la même fidélité et le même souci, s’il était avéré que Thomas Anglicus, leur auteur, dût s'identifier avec Sutton. Mais tant que subsistent les doutes sur l’authenticité de ces traités, comme des opuscules attribués à saint Thomas, seule l’étude des Questions disputées et des Quodlibets peut autoriser quelques conclusions fermes sur ses positions doctrinales. Dans l’ensemble il est nettement thomiste. Les divergences que l’on peut relever avec saint Thomas, ou bien consistent dans des nuances d'interprétation, d’ailleurs légitimes, ou tiennent à des formules plus accusées, qui font effet, mais sous lesquelles à la réflexion on ne découvre pas une doctrine sensiblement différente.
Sa théodicée rejoint de tout point celle de saint Thomas : pour ce qui est de l’acte pur, de la distinction entre la nature divine et ses attributs, de sa science et de son objet. Pour ce dernier point, et en ce qui concerne les futurs contingents, c’est dans la vision qu’il a de sa propre essence que Dieu les connaît ; car ils ont par eux-mêmes une vérité déterminée, qui ne repose pas sur le décret de la volonté divine les appelant à l’existence. Ce monde que la volonté libre de Dieu appelle à l'être est, à la différence de son Créateur, composé d'essence et d’existence. Sutton est partisan de la distinction réelle, encore qu’il semble dans les débuts y avoir attaché moins d'importance que dans la suite. Il la présente (Quodl. 111, 8) comme vera et necessaria et la défend contre Henri de Gand et Godefroid de Fontaines. Il n’y a point dans les anges d’autre composition que celle-là; ils sont des substances simples chez qui l’individuation est assurée par leur forme même, si bien qu'il ne peut être question pour eux de pluralité d'individus sous une même espèce. Sutton suit en cela la doctrine de saint Thomas, comme aussi pour la connaissance intuitive que ces purs esprits ont d’euxmêmes. Dans le monde des corps, par contre, il y a composition de matière et de forme, la matière étant le principe de l’individuation.
Pour ce qui est de l’homme, Sutton s'oppose, à la suite de saint Thomas, à toute pluralité de formes. L'âme raisonnable est le principe de la vie végétative et sensitive comme de la vie intellectuelle; il rejette non moins vigoureusement les thèses averroïstes de l’unité de l’intellect agent. Traitant de la sensation et de la pensée, il insiste fortement sur la passivité de nos facultés cognitives, avec la préoccupation sans doute de marquer la différence foncière entre l’activité de l’âme et celle de Dieu; il ne semble pas qu’au fond il s’écarte de la doctrine thomiste.
Pas plus d’ailleurs qu’en ce qui concerne le libre arbitre. En effet, à part quelques formules trop fortes ou trop recherchées, quelques distinctions trop subtiles, « les divergences doctrinales restent très superficielles et s'expliquent par les soucis divergents du maître et du disciple. Thomas d'Aquin, désireux de n’être pas rangé dans le camp averroïsle ‘a, dans ses derniers écrits, accentué l’aspect actif de la volonté et réduit d'autant, du moins en apparence, l'influence de l’objet. Thomas de Sutton préoccupé de poursuivre jusqu’en ses derniers retranchements la thèse anti-
thomiste d'Henri de Gand, a mis l’accent sur la passivité de la volonté pour mettre en vedette l’influence de l'objet ». Il revendique de sa part une causalité non purement formelle mais vraiment motrice; il affirme en outre que la volonté ne se meut pas de se, mais cependant per se. Quand la fin est fixée, c’est en conséquence de cette volition de la fin que la volonté se porte sur le moyen qu'après délibération la raison aura jugé le meilleur. « Mais sous des nuances qu'il ne faut d’ailleurs pas minimiser, une même doctrine étofte les deux exposés. Thomas de Sutton se range en matière de libre arbitre, parmi les premiers et les plus vigoureux représentants des positions thomistes. » O. Lottin, Thomas de Sutton et le libre arbitre dans Rech. de théol. anc. et méd., 1937, p. 311 sq.
Pour ce qui est des doctrines plus directement théologiques, sur les deux points qui ont fait jusqu’à présent l’objet d’études spéciales : l’enseignement trinitaire, cf. M. Schmaus, Der liber propugnalorius des Thomas Anglicus, t. 11, Die trinitarischen Lehrdifjerenzen, et le sujet de la grâce, cf. Thomas Graf, De subjecto psychico gratiæ et virtutum, t. 11, p. 232,on ne peut que constater à nouveau la fidélité constante du disciple à la doctrine de son maître.
F. Ehrle, Thomas de Sutton, sein Leben, seine Quodlibet und seine Quæstiones dispututæ, dans Festschrift für G. von Hertling, 1913, p. 426-490; F. Pelster, Thomas von Sutton O. P., ein Oxforder Verteidiger der thomistischen Lehre, dans Zeitschr. [. kath. Theol., 1922, p. 212-255, 361-401; Schriften des Thomas von Sutton in der U'nivers.-Bibl. zu Munster, ibid., 1923, p. 483-494; M. Schn'aus, Der liber propugnatorius des Thomas Anylicus und die Lehrunterschiede zwischen Thomas von Aquin und Duns Skotus, t. 11, 1930; D. E. Sharp, Thomas of Sutton O. P., dans Revue néo-scolastique, 1934, p. 332-354; 1935, p. 88-104, 219-233; O. Lottin, Thomas de Sutton Ὁ. P., et le Libre arbitre, dans Rech. théol. unc. el méd., 1937, p. 281-312.
P. GLORIEUX
SUVERETO (Luc de), frère-mineur conventuel italien (xv® siècle). — Il est appelé aussi de Suberto et de Subereto et désigné aussi, mais à tort, du prénom de Louis par Pierre-Rodolphe de Tossignano, Historia seraphicæ religionis, |. 11, Venise, 1586, p. 265 v° et par L. Wadding, Annales minorum, 3° éd., t. v, an. 1288, n. XL, Quaracchi, 1931, p. 211. Originaire de Suvereto, dans la province de Livourne, il appartint à la custodie Maritima et à la province de Toscane. Promu maître en théologie au chapitre général de Crémone, en 1488, il fut nommé la même année régent du Studium de Pise. Outre quelques opuscules de théologie et de spiritualité Luc de Suvereto édita : Quæstiones Antonii Andreæ super XII libros Melaphysicæ Aristotelis, Venise, 1487, 1491, 1495, sans nom de lieu, mais à Poitiers, 1495.
L. Wadding, Scriptores ord. min., 3° éd., Rome, 1906, p. 160; J.-H. Sbaralea, Supplementum ad scriptores ord. min., 2° éd., τ. 11, Rome, 1921, p. 178-199; Pierre-Rodolphe de Tossignano, Historia seraphic religionis, Venise, 1586, 1. TI, p. 265 v°; 1. 111, p. 328 v°, où il est appelé correctement Luc: Jean de Saint-Antoine, Bibliotheca universa franciscana, t. 1, Madrid, 1731, p. 90 et t. 11, Madrid, 1732, qui y distingue Louis et Luc de Suvereto; E. Toda y Güell, Bibliografia espanyola d'Italia dels origens de La imprempta fins a l’any 1500, t τ, n. 228, Castell de Sant Miquel d'Escornalbou, 1927; cf. Archivo ibero-americano, t. Xx1x, 1928, p. 132-133; M. Pellechet, Catalogue général des incunables des bibliothèques publiques de France, t. 1, ἢ. 625, Paris,
A. TEETAERT.
SWA2NINCGTON Pierre. Il appartint à l’ordre des carmes, et à la province d’Angleterre. Les premiers renseignements qu’on possède sur lui ont trait à son activité théologique, à Oxford, en 1300-1302. ἢ y apparaît en qualité de maître, soit en des Questions disputées où il intervient, soit dans un Quodlibet qu’il