‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 403 sur 457 · SUTTON (THOMAS DE) — SWEDENBORG (EMMANUEL · texte numérisé non relu

SUTTON (THOMAS DE) — SWEDENBORG (EMMANUEL

soutient. Il avait dû lire les Sentences avant 1299. Il fut, en 1303-1304, du nombre des frères qui s’opposèrent à la division de la province anglaise, décidée cependant par le chapitre général de Narbonne, en 1303. Aussi en punition le chapitre de Londres (28 août 1305) l’expédia-t-il au couvent de Bordeaux pour y lire les Sentences.

On possède de lui, outre la vie de saint Simon Stock, les interventions scolaires assez nombreuses, et le Quodlibet qu’a transmis le ms. Worcester Q. 99.

A.-G. Little et F. Pelster, Oxford theology and theologians c. A. D. 1282-1302, Oxford, 1934, p. 276-277, 375; B.-M. Xiberta, De scriptoribus scholasticis sæculi XIV ex ordine Carmelitarum, Louvain, 1931, p. 113; P. Glorieux, La littérature quodlibétique, Paris, 1935, p. 224 sq.

P. GLORIEUX

SWEDENBORG Emmanuel. — Né à Stockholm, le 29 janvier 1688; mort à Londres, le 29 mars 1772, Swedberg, dont le nom fut changé en 1719 par la reine Ulrique Éléonore en Swedenborg, est un des représentants les plus personnels d’une théologie et d’une mystique protestante s’égarant loin des sentiers battus. Dans la première partie de sa vie, Swedenborg s’occupe uniquement de mathématiques et publie divers ouvrages, dont le Regnum animale et le De cerebro sont les plus importants. C’est vers 1745 qu’il commença à s'orienter vers l’étude des choses spirituelles et l'interprétation de l’Écriture sainte. En 1748 paraît son premier ouvrage théologique, les Arcana cæleslia : « Swedenborg s’y est entièrement libéré de la théologie traditionnelle et nous expose, verset par verset, le « sens externe » ou « spirituel » des deux premiers livres de Moïse, ainsi que certaines parties du Nouveau Testament. Toute sa doctrine théologique se trouve déjà dans cette œuvre fondamentale. » H. de Geymüller, Nolice sommaire.., p. 17.

Le seul titre des ouvrages publiés en 1758 montre les curieuses préoccupations religieuses de l’auteur : De lelluribus, De cælo et inferno, ex auditis et visis; De Equo albo in apocalypsi; De nova Hierosolyma et de ultimo judicio. Entre temps, Swedenborg continue la rédaction d’une vaste explication de l’Apocalypse (qui demeura d’ailleurs inachevée), mais dont certaines parties ont été publiées en divers opuscules : De divino amore; De divina sapientia, De Athanasii symbolo, De Verbo, etc. Citons encore d’autres œuvres moindres; De Domino, Summaria exposilio sensus inlerni prophelarum et psalmorum, un deuxième ouvrage sur le Jugement dernier, quatre petits traités théologiques sur le Seigneur, l’Écriture sainte, la vie, la foi. En 1763 parut un ouvrage important : Sapientia angelica de divino amore et de divina sapientia; en 1764, Sapientia angelica de divina providentia. Au cours des années suivantes, À pocalypsis revelata (1766); De amore conjugali (1768); Summaria expositio doctrinæ Novæ Ecclesiæ (1769); De commercio animæ el corporis (1769), en réponse à une lettre du philosophe Kant; enfin, en 1771, le dernier ouvrage, résumant toute sa doctrine, Vera christiana religio.

Π ne faut pas sous-estimer la valeur religieuse des sentiments et des doctrines de Swedenborg : sentiments et doctrines d’une âme noble, que le piétisme protestant orienta vers un mysticisme livré à luimême et, par là, aux déficiences de la raison humaine, privée des lumières de la foi intégrale. Toutefois, la personne de Swedenborg mise hors de cause, il reste que ses prétendues révélations, ses visions, ses conversations avec les esprits, ses « clairvoyances » sur des faits lointains ou à venir, sont du domaine d’une fantaisie maladive.

Jacques Matter, Emmanuel de Swedenborg, sa vie, ses écrits et sa doctrine, Paris, 1863; Dr Gilbert Ballet, Histoire d'un visionnaire au XVIIIesiècle : Swedenborg, Paris, 1899;

Lamm Martin, Swedenborg, trad. du suédois par Sœderlindh, Paris, 1936.

Un admirateur de Swedenborg, Henry de Geymüller, a publié récemment un important ouvrage : Swedenborg et les phénomènes psychiques, Paris-Strasbourg, 1939. A l’occasion du 2509 anniversaire de la naissance de Swedenborg, O. de Geymüller a édité une petite brochure qui tient compte de toutes les études antérieures et en extrait l’essentiel : Notice sommaire sur La vie et Les écrits d'Emmanuel Swedenborg, Paris, 55, rue du Cherche-Midi.

A. MICHEL

SWEERTS Jacques, de la Compagnie de Jésus, né à Lille en 1601, mort à Tournai en 1670. — Il est auteur d’un traité moral destiné aux jeunes, qui eut jadis une certaine notoriété : Escole de la jeunesse, où sont succinclement enseignées plusieurs maximes nécessaires à la perfection chrestienne.. [pour] les jeunes gens des deux sexes, Liége, 1652.

Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vix, col. 1724. J. DE BLic.

SYAGRIUS, évêque en Galice dans la première moitié du ve siècle. — Gennade a connu les ouvrages d’un certain Syagrius, dont il parle en ces termes : « Syagrius ἃ écrit sur la foi (De fide), contre les termes présomptueux dont les hérétiques se servent pour détruire ou changer les noms (des personnes) de la sainte Trinité. Ils disent que le Père, il ne faut pas l’appeler Père, parce que ce nom inclut le concept de Fils, mais bien inengendré, incréé (infectus), solitaire, afin de faire croire que toute distinction personnelle d’avec celui-ci entraîne aussi une différence de nature. L’auteur montre donc que le Père peut sans doute être appelé inengendré, bien que l’Écriture n’emploie pas ce mot, et qu’il a d’autre part engendré et non créé un fils personnellement distinct, qu’il ἃ produit (protulisse) de sa substance l’Esprit-Saint personnellement distinct, qu’il n’a ni engendré, ni créé. Sous le nom de ce même Syagrius, j’ai trouvé aussi sept livres intitulés De la foi et des règles de la foi. Mais la différence de style ne me permet pas de croire qu’ils sont de lui. » De vir. ill., n. 65 (66), édit. Bernoulli, à utiliser de préférence à P. L., t. Lvun, col. 1098, dont le texte est ici particulièrement défectueux. Par ailleurs la Chronique d’Hydatius mentionne en 433, l’ordination épiscopale d’un Syagrius, dont elle n’indique pas le siège : In conventu Lucensi (Lugo) contra voluntatem A grestii, Lucensis episcopi, Pastor et Syagrius episcopi ordinantur. P. L., t. τι, col. 880 B. Il est infiniment vraisemblable que ce Syagrius est le même que l'écrivain signalé par Gennade. |

Il pouvait sembler que toute trace s’était perdue des écrits de Syagrius, quand, en 1893, dom Morin a attiré l’attention sur un texte, dont A. Maï avait jadis publié un fragment et qu’il avait eu le bonheur de retrouver lui-même au complet en divers mss. Ce texte correspondait assez bien au signalement donné par Gennade, d’un premier livre de Syagrius et tout particulièrement discutait l'emploi, en parlant des trois personnes de la Trinité, des termes ingenitus, infectus, innascibilis, etc. Surtout il insistait sur la distinction personnelle qu’il convient d'établir entre Père, Fils et Saint-Esprit et ébauchait une théorie des relations qui ne manquait pas de valeur. Sur ces indications, K. Künstle, à la recherche des documents relatifs à la crise priscillianiste, a pu reconstituer d’une manière critique le texte en question. Antipriscilliana, p. 142-159, voir aussi l'introduction au texte, p. 126-142.

Les divers mss attribuent l’ouvrage à saint Jérôme; incipiunt regulæ definitionum prolatæ a sancto Hieronymo presbilero contra hæreticos. Il s’agit, en partant de la terminologie même qu’emploient les hérétiques et qui, l’auteur le fait remarquer, n’est pas scripturaire, de montrer qu’elle n’exclut ni la distinction réelle des personnes dans la Trinité, ni leur égalité et

S WEDENBORG (EMMANUEL) — SYDERNO (JEAN DE)

leur consubstantialité. L’argumentation n’est pas dirigée d’ailleurs contre l’arianisme, comme il pourrait paraître d’abord; bien que l’auteur utilise aussi bien les formules de saint Hilaire que celles du Juif converti Isaac, c’est à d’autres adversaires qu’il pense, c’est-àdire aux priscillianistes, qui semblent avoir repris, à leur manière, la vieille doctrine sabellienne. L’insistance que met Syagrius à repousser la formule populaire du priscillianisme : Filius innascibilis est montre bien avec qui il a affaire. L’opuscule se limite d’ailleurs aux questions strictement trinitaires, sans faire aucune place à la christologie.

A la suite de ces regulæ definitionum le ms. de Reims 295, donne une série de textes déjà édités par ailleurs et qui se présentent dans l’ordre suivant. 1. Exhortatio S. Ambrosii ad neophytos de symbolo : Gratia vobis et pax a Deo Patre et Filio, publiée par C.-P. Caspari, dans Ungedruckte. Quellen zur Gesch. des Taufsymwbols, t. τι, 1869, p. 132-140, et sous une forme un peu différente dans Alle... Quellen, 1879, p. 187-195. — 2. Sermo B. Augustini de sancta Trinitate : Audio fratres, quod quidam inter se disputant — Serm., cexxxu attribué à Augustin, P. L., t. ΧΧΧΙΧ, col. 2173. — 3. Sermo B. Augustini : apostoli lectionem mecum pariter audistis = Serm., CxII1, ibid., col. 1969. — 4. Du même: Multa quidem et frequenter ausi sunt Ariani—Serm., CCXXXVI, ibid., col. 2181. — 5. Du même : Ostendimus, fratres dilectissimi — Serm., ccxxxvn1, col. 2183. — 6. Du même, De Domino nostro J.-C., quod absque initio sit cum Patre secundum deitatem, qui secundum hominem nobis a certo initio natus ex Virgine est : Hucusque, fratres dilectissimi, de Deo Patre — Serm., CCXXXVIN, col. 2185. — 7. Du même, Desymbolo et Spiritu Sancto, quod ejusdem sit substantiæ atque deitatis cujus est Pater et Filius: Ordinem symboli, fratres dilectissimi, in quo lotius — Serm., ccxxxIx, col. 2187. Ces trois derniers textes, qui forment corps, se retrouvent aussi, en même ordre, dans les ms. de Reïichenau (Aguiensis XVIII, aujourd’hui à Carlsruhe) et de Berlin (78, Phill. 1671), qui ont donné les regulæ definitionum.

Frappé par le fait que ces sept courtes dissertations se trouvaient immédiatement à la suite des Regulæ definitionum, dom Morin ne put s'empêcher de remarquer la coïncidence de cet état de choses avec celui que décrit Gennade : Sub hujus Syagrii nomine septem de fide et regulis fidei libros prætitulatos inveni. 11 58 pourrait, concluait-il, que Gennade ait eu en mains un groupement de toutes ces pièces, telles qu’elles figurent au ms. de Reims, et que déjà ce groupement fût sous le nom de Syagrius. Künstle a été plus loin et attribuerait, d’une manière ferme, à l’évêque galicien non pas à la vérité les 7 traités du ms. de Reims, mais 5 seulement : le traité pseudo-ambrosien et les sermons pseudo-augustiniens 232, 237, 238, 239, excluant par conséquent de l’héritage de Syagrius les sermons 113 et 236.

Dom Morin, Pastor et Syagrius, deux écrivains perdus du Ve siècle, dans Revue bénédictine, t. x, 1893, p. 385-394; cf. ibid., t. x11, 1895, p. 388; F. Rottenbusch, Das apost. Symbol, t. 1, 1894, p. 408; K. Künstle, Antipriscilliana, Fribourg-en-B., 1905, p. 126-159; O. Bardenhewer, Altkirchl. Literatur, t. 111, 1912, p. 415; M. Schanz, Gesch. der rom. Literatur, t. αν, 1re part., 2e édit.

É. AMANN.

SYDERNO (Jean de), frère-mineur capucin italien (xvrre siècle). — Originaire de Siderno, dans la

province de Reggio de Calabre, il appartint à la province capucine du même nom, dans laquelle il exerça les charges de gardien du couvent de Castelvetere, de lecteur de théologie, de définiteur provincial et deux fois celle de provincial, en 1641 et en 1643. Il fut le frère du célèbre dominicain Paul Piromalli, qui pendant vingt-deux ans travailla comme missionnaire en

2877 SYDERNO (JEAN Arménie et, comme lui, Jean de Siderno écrivit un ouvrage contre les erreurs des Arméniens, sous le titre : Directorium theologicum seu apologia contra hæreticales errores Armenorum, Messine, 1645, in-4°, 38-217-46 p. D'après une table des autres écrits rédigés par Jean de Siderno lui-même et prêts pour l'impression, éditée à la fin du livre précédent, il serait encore l’auteur des ouvrages suivants : Flos campi, centum et triginta sermonibus adornatus, super vitam Christi salvatoris nostri; Quadragesimale; Adventus cum omnibus sanctis in illo tempore Adventus occurrentibus.

L. Wadding, Scriptores ord. min., 3° éd., Rome, 1906, p. 153; Bernard de Bologne, Bibliotheca scriplorum ord. min. capuccinorum, Venise, 1747, p. 137; J. Fiore da Cropani, La Calabria illustrata, t.1, Naples, 1691, p. 173; A. Lasor de Varea, Universus terrarum orbis scriptorum, t. 1, Venise, 1713; Th.-M. Mamacchi, Origines et antiquitates christianæ, t. 11, Rome, 1749, p. 114; François de Vicence, Gli scrittori cappuccini calabresi, Catanzaro, 1914, p. 63-64.

A. TEETAERT.

SYLLABUS. — Recueil publié le 8 décembre 1864, en même temps que l’encyclique Quanta cura, sous ce titre qui en explique le contenu et les sources : Syllabus complectens præcipuos nostræ ætatis errores, qui notantur in allocutionibus consistorialibus, in encyclicis, aliisque apostolicis litteris sanctissimi Domini Nostri Pii papæ IX : Recueil renfermant les principales erreurs de notre temps qui sont notées dans les allocutions consistoriales, encycliques et autres lettres apostoliques de Notre Très Saint Père le pape Pie IX. I. Histoire. II. Texte, col. 2890. III. Valeur juridique et dogmatique, col. 2912.

I. ΗΙΒΤΟΙΒΕ. — 1° Préparation du Syllabus. — On trouverait difficilement un document qui ait été plus soigneusement préparé que celui-ci.

1. L'idée du Syllabus. — C’est le cardinal Joachim Pecci, le futur Léon XIII, qui conçut le premier, sans doute, l’idée d’un acte dans le genre du Syllabus. Il était évêque de Pérouse et prenait part en cette qualité aux travaux du concile provincial de Spolète en 1849. Sur son initiative, le concile adressa une supplique au pape Pie IX, le priant « de grouper en tableau, sous les formes qu’elles ont revêtues de nos jours, toutes les erreurs contre l’Église, l'autorité et la propriété et de les condamner en leur infligeant la note spécifique ». Cf. Collectio Lacensis, t. VI, col. 743. Quelques années plus tard, en 1852, dans un article remarqué, la Civiltà cattolica, commentant le titre traditionnel donné à Marie de « puissante exterminatrice des hérésies », exprimait le vœu que, dans la bulle où serait défini le dogme de l’immaculée conception, figurât la condamnation explicite du rationalisme et du semi-rationalisme. L’idée plut à Pie IX, qui chargea le cardinal Fornari de consulter à ce sujet un certain nombre d’évêques et de laïques éclairés; la préparation du Syllabus commençait.

2. Première phase de la préparation (1852-1860). — Le cardinal Fornari écrivit, le 20 mai 1852, aux différentes personnalités dont il requérait l’avis. « Le Saint Père, disait-il, a donné l’ordre d’entreprendre des études sur l’état intellectuel de la société moderne, par rapport aux erreurs généralement répandues relativement au dogme et à ses points de contact avec les sciences morales, politiques et sociales. » La lettre était accompagnée d’un recueil de vingt-neuf points à étudier, qui portait le titre : « Syllabus eorum, quæ in colligendis notandisque erroribus ob oculos haberi possunt : Recueil des divers points que l’on peut avoir sous les yeux pour recueillir et noter les erreurs. » C'était tout simplement, comme le disait le cardinal à ses correspondants, un « modèle » qu’il les priait de suivre afin d'obtenir une certaine uniformité dans l’ordre des réponses. Cf. le texte original dans Rinaldi, 11 valore

DE) — SYLLABUS 2878 del Sillabo, studio teologico e storico, con appendice di documenti, Rome, 1888, p. 240-242, et dans Hourat, Le Syllabus, collection Science οἱ religion, Paris, 1904, t. 1, p. 160. Louis Veuillot, en France, fut du nombre des laïques consultés. Cf. E. Veuillot, Louis Veuillot, t. 11, p. 493. On ne sait pas ce qu'il répondit; mais le comte Avogrado della Rotta, de qui le cardinal avait sollicité le concours, fit remarquer que « l’immaculée conception était un privilège tel qu’il paraissait exiger une bulle spéciale », et qu’il valait mieux réserver un acte pontifical à la condamnation collective des erreurs modernes. Cet avis fut-il celui d’autres personnalités consultées? La chose est probable; en tout cas Pie IX s’y rallia. La commission qui avait été instituée pour étudier la cause de l’immaculée conception avait fini ses travaux; ce fut elle qu’il chargea de préparer le futur document.

3. Seconde phase de la préparation (1860-1862). — Le 23 juillet 1860, Mgr Gerbet, évêque de Perpignan, publia une Znstruction pastorale sur diverses erreurs du temps présent; il y joignit un catalogue de quatre-vingtcinq propositions fausses, groupées sous onze titres: I. Dela religion et dela société (11 propositions). II. Des deux puissances (12 propositions). III. De la puissance spirituelle (9 propositions). IV. De la souveraineté temporelle du pape (11 propositions). V. Du pouvoir temporel (10 propositions). VI. De la famille (6 propositions). VII. De la propriété (5 propositions). VIII. Du socialisme en matière de propriété et en matière d'éducation (3 propositions). IX. De l’état religieux (7 propositions). X. De l’ordre matériel (5 propositions). XI. De diverses calomnies et injures proférées ou renouvelées à l’époque présente (6 propositions). Cf. de Ladoue, Monseigneur Gerbet, sa vie, ses œuvres et l’école menaisienne, Paris, 1872, t. xt, p. 164, et F. Desjacques, dans Études, juillet 1889, p. 373.

Le pape fut informé de cette publication; il prit connaissance du recueil de Mgr Gerbet et, satisfait, décida qu’il servirait de base aux recherches des théologiens romains. A la commission générale que présidait le cardinal Santucci, préfet de la Congrégation des Études, Pie IX adjoignit une commission spéciale, composée d’un président, le cardinal Caterini, préfet de la Congrégation du Concile, d’un secrétaire, Mgr Jacobini, et de trois théologiens consulteurs, Mgr Pie Delicati, le P. de Ferrari, dominicain, et le P. Perrone, de la Compagnie de Jésus. Cette nouvelle commission devait examiner les quatre-vingt-cinq propositions de l’évêque de Perpignan, discerner les plus importantes, les traduire en latin avec des expressions qui les rendissent d’une application universelle et leur appliquer la censure qu’elles méritaient. Le travail fut d’abord rapidement mené; des propositions de Mgr Gerbet, treize furent laissées de côté, parce qu’on pouvait facilement les faire rentrer dans les autres, cinq furent quelque peu modifiées, six furent condensées en trois, et une fut ajoutée. On se trouva dès lors en face d’un catalogue latin de soixante-dix propositions, sous ce simple titre : Syllabus propositionum. Le 20 juin 1861, le cardinal Caterini pressait les théologiens d’appliquer à chaque proposition une censure théologique, en indiquant soigneusement dans chaque cas les motifs de la condamnation.

Cependant, la tâche se révélant à la fois importante et difficile, le pape résolut d'augmenter le nombre des consulteurs; de trois, il le porta à douze. C’est ainsi que prirent place au sein de la commission : Mgr Scappapietra, évêque d’Ancyre, Mgr Cardoni, le P. Mura, général des servites, le P. de Cesare, abbé général de la congrégation bénédictine de Montevergine, le P. Strozzi, abbé général des chanoines du Latran, le P. Salvatore d’Ozieri, général des capucins, le cha-

noine Cossa, professeur, le P. Galti, dominicain, et le P. Bernard Smith, bénédictin du Mont-Cassin. Cf. Hourat, op. cit., t. 11, p. 25. Les réunions se tinrent alors nombreuses, on en compta sept en septembre, autant en novembre et décembre et un certain nombre en janvier et février 1862. Les discussions portèrent principalement sur la censure dont il convenait de marquer chaque proposition. On distribua aux théologiens un opuscule intitulé Observations sur les soixante-dix proposilions, qui servit de matière aux délibérations, et finalement, au cours de février 1862, la commission fit paraître le résultat de ses travaux. C'était un catalogue imprimé sur deux colonnes; la première, sous le titre : Theses ad apostolicam Sedem delaiæ, contenait les propositions sans aucune division par groupes; les théologiens en avaient ramené le nombre de soixante-dix à soixante et une; l’autre colonne portait, en face de chacune des propositions, une ou plusieurs notes théologiques avec le titre : Censuræ a nonnullis theologis propositæ. Voir le texte dans Hourat, op. cit., t. 11, p. 28 sq.

Le catalogue ainsi composé fut remis à Pie IX, qui profita d’une circonstance solennelle pour en élargir la diffusion. En juin 1862. la canonisation des martyrs japonais et du bienheureux Michel de Sanctis avait amené à Rome plus de trois cents évêques venus de tous les pays du monde. Le pape leur fit communiquer le futur Syllabus. Sous le sceau du secret le plus rigoureux, il leur demandait de collaborer à l’œuvre qu’il avait entreprise. Chaque évêque devait examiner attentivement les propositions et les censures, prendre avis d’un théologien de son choix, soumettre à Rome, s’il le jugeait bon, d’autres propositions à condamner et faire remettre dans un délai de deux mois toutes ses observations au cardinal Caterini. Les réponses des évêques sont actuellement conservées dans les archives du Saint-Office avec tout ce qui regarde le Syllabus. D'une façon générale, les prélats consultés « approuvèrent les condamnations projetées et, s’il y eut quelques divergences d'idées, ce fut principalement sur le degré de la censure, dont il fallait frapper telle ou telle erreur ». Hourat, op. cit., t. 11, p. 63. Cependant Mgr Dupanloup, par l’intermédiaire du cardinal Antonelli, fit connaître à Pie IX son sentiment. Il regrettait que le projet, au lieu d’être d’origine romaine, fût emprunté presque mot à mot au mandement d’un évêque français; il prédisait l’orage que soulèverait dans les circonstances présentes la publication du document; toutefois, remettant au pape le soin de décider s’il voulait affronter la tempête, il l’assurait dans tous les cas qu’il accepterait et au besoin défendrait la décision pontificale. Cf. F. Lagrange, Vie de Monseigneur Dupanloup, t. 11, p. 455.

4. Troisième phase de la préparation (1862-1863). — Le catalogue des soixante et une propositions ne fut pas publié. La raison en fut, peut-être, l’indiscrétion d’un journal hebdomadaire de Turin, hostile au Saint- Siège, le Mediatore. En octobre 1862, ce journal annonça à ses lecteurs le document pontifical, imprima dans ses colonnes les propositions et les censures et critiqua dans plusieurs articles le contenu du Syllabus et la portée de ses condamnations. Immédiatement les ennemis de l’Église se répandirent en insultes violentes et dénoncèrent ouvertement l’intransigeance romaine. La campagne dura plusieurs mois. Pie IX attendit que le calme revint et, sans doute à cause de cette réaction prématurée de l’opinion publique, abandonna son projet primitif, se réservant de condamner les erreurs modernes par un autre moyen. À maintes reprises, dans des allocutions, des encycliques, des lettres apostoliques, il les avait signalées et proscrites; il serait bien simple de les extraire de ces divers documents et d’en faire un nouveau catalogue. A cette fin,

Pie IX nomma une commission qui travailla pendant plus d’un an. On procédait de la façon suivante. « On avait sous les yeux d’un côté les erreurs du temps présent, dénoncées au Saint-Siège par les évêques et les savants laïques, avec les commentaires qu’ils y avaient joints..., d’un autre côté les encycliques, les allocutions et les lettres apostoliques de Pie IX, et l’on cherchait quelles étaient celles où les erreurs avaient été condamnées. » F. Desjacques, dans Études, loc. cit., p. 377. Finalement quatre-vingts propositions furent réunies et réparties en dix paragraphes, sans qu’on eût d’abord indiqué l’endroit d’où elles avaient été tirées. Sur la remarque du P. Bilio, barnabite, on jugea préférable de les faire suivre de l'indication des sources, afin que l’on pût se référer pour le contexte aux documents pontificaux eux-mêmes. Le P. Bilio, chargé de l’exécution de ce travail, mit ainsi la dernière main à une œuvre qui avait demandé près de douze ans d’études préparatoires.

20 Avant la publication du Syllabus. — S'ils ne furent pas la cause du Syllabus, puisque sa préparation était déjà finie, certains événements des années 1863 et 1864 décidèrent Pie IX à publier au plus tôt ce catalogue; on peut citer parmi les principaux l’apparition de la Vie de Jésus de Renan, le congrès de Munich et surtout les congrès de Malines.

1.L’apparilion de la Viede Jésus.— Celivre de Renan, dès qu'il fut édité en 1863, connut un prodigieux succès; des éditions multipliées l’introduisirent en peu de temps dans tous les milieux, le scandale fut immense et les catholiques voulurent dénoncer « ce fruit le plus empoisonné du naturalisme moderne ». L'un des premiers, Mgr Pie, évêque de Poitiers, devant son clergé réuni en synode, flétrit solennellement l’auteur, et se plaignit en termes amers que les pouvoirs publics eussent toléré la publication ét la diffusion d’un livre « d’une telle impiété ». Cf. Mgr Baunard, Histoire du cardinal Pie, Paris, 1886, t. 11, p. 193. Vexés de cette part de responsabilité qu’on attribuait au gouvernement, les journaux libéraux entreprirent alors une campagne, dont le ton est donné par cette phrase du Journal des Débats : « Après l’autodafé qu'il vient de prononcer, il ne manque plus au nouvel inquisiteur que de faire appel au bras séculier. » Op. cit., p. 195. Ces luttes violentes contre l’Église, autant que les attaques de Renan contre les dogmes les plus sacrés, appelaient de la part du souverain pontife une riposte qui ne devait pas tarder.

2. Le congrès de Munich. — En Allemagne, un certain nombre d’intellectuels s'étaient groupés sous la conduite de Doœællinger. Entre autres prétentions, ils voulaient rejeter la vieille conception de la théologie basée sur la scolastique, pour lui substituer une autre théologie, dont les fondements seraient la philosophie moderne et l’histoire. Leur but était, au fond, de chercher non plus à Rome mais en Allemagne la direction de la pensée catholique. Cf. art. LIBÉRALISME, t. IX, col. 598. Ce groupe réunit en congrès à Munich (septembre 1863) des théologiens et des savants allemands; Dœællinger, dans un discours remarqué, y exposa ses idées. Tout en se montrant satisfait de l’adresse des congressistes au Saint-Siège, le pape, dans une lettre à l’archevêque de Munich, rappela alors les devoirs de respect et de soumission qui incombaient aux fidèles vis-à-vis des décisions doctrinales de la hiérarchie ecclésiastique. Cf. de longs passages de la lettre pontificale Tuas libenter du 21 décembre 1863, dans L. Choupin, Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège, Paris, 1928, p. 219-227. Plusieurs propositions du Syllabus en seront extraites.

3. Les congrès de Malines. — D'autre part, du 18 au 22 avril 1863, se tint à Malines sur l'initiative des

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catholiques belges un important congrès. Le but était de « créer un foyer de lumière, de charité et d'amour, où viendrait se consolider la sainte alliance des fils de l'Église ». Compte rendu officiel de l'assemblée. Introduction, p.11. Montalembert s'y rendit et prit la parole à deux reprises. Les discours qu’il prononça reflétèrent ses idées libérales. Cf. Lecanuet, Montalembert, t. 111, p. 346 sq.; Mgr Baunard, op. cit., t. τι, p. 196 sq.; l’art. LIBÉRALISME, L.1xX, col. 585-590; l’art. MONTALEM- BERT, t. X, Col. 2353. L’orateur marquait sans doute « la distinction essentielle entre l'intolérance dogmatique et la tolérance civile, l’une nécessaire à la vérité éternelle, l’autre nécessaire à la société moderne »; il proclamait sa soumission absolue à l'Église et au pape en matière de dogme. Mais, dans son premier discours, il rejetait « l’alliance du trône et de l’autel » et réclamait au nom des idées modernes la séparation des deux pouvoirs. Dans le second discours, il revendiquait pour tous la liberté de conscience qu'il appelait la plus précieuse, la plus sacrée, la plus légitime, la plus nécessaire. « J’éprouve, disait-il, une invincible horreur pour tous les supplices et toutes les violences faites à l'humanité, sous prétexte de servir et de défendre la religion. Les bûchers allumés par une main catholique me font autant d'horreur que les échafauds où les protestants ont immolé tant de martyrs. » De telles paroles eurent immédiatement un retentissement considérable. A Malines, l’assemblée enthousiaste les acclama; le cardinal-archevêque remercia vivement l’orateur et le roi Léopold lui envoya ses félicitations; mais, dès ce premier moment, le silence désapprobateur du cardinal Wiseman et du nonce à Bruxelles firent comprendre à Montalembert qu'il s'était aventuré sur un terrain brûlant. De retour en France, il publia ses deux discours dans le Correspondant des 25 août et 25 septembre 1863, puis dans une brochure qui portait ce titre significatif : L'Église libre dans l’État libre. L’effet déjà produit fut loin de s’apaiser; les idées que défendait l’orateur pouvaient évidemment s'entendre en un sens orthodoxe; il était sûr d'autre part que Montalembert ne voulait pas s'élever contre la doctrine catholique, lui qui déclarait à la fin de son second discours « soumettre toutes ses expressions et toutes ses opinions à l’infaillible autorité de l’Église ». Cependant, il avait parlé des libertés modernes avec un tel enthousiasme qu’il semblait ne point avoir d’autre idéal; prononcés au moment où le Fiémont dépouillait le pape de ses États et introduisait dans ses lois l’indifférentisme religieux sous prétexte de liberté, les discours de Malines parurent faire revivre, en 1863, le libéralisme condamné trente ans auparavant. De nombreux évêques intervinrent à Rome pour demander la condamnation de Montalembert. Mgr Pie signala au pape les paroles regrettables de l’orateur et envoya son vicaire général porter au souverain pontife la lettre qu’il lui écrivit à ce sujet. Cf. Mgr Baunard, op. cit., p. 206-207. De leur côté les amis de Montalembert, tels les archevéques de Malines et de Tours, firent tous leurs efforts pour le défendre. L’évêque d'Orléans alla lui-même à Rome et, de novembre 1863 à mars 1864, ne comptant ni son temps ni ses peines, multiplia les visites chez le cardinal Antonelli pour empêcher que les discours de Malines fussent traduits devant la Congrégation de l’Index. Cf. Lecanuet, op. cit., p. 370-372. Le pape hésita longtemps; il lui en coûtait de reprendre ouvertement celui qu’il considérait comme « l’un de ses meilleurs amis »; mais, devant les dénonciations qui lui parvenaient de plus en plus nombreuses, il chargea le cardinal Antonelli, dans les premiers jours de mars 1864, de transmettre à Montalembert un blâme secret. Voir la lettre du cardinal dans Lecanuet, op. cit., p. 373. L’orateur s’abstint de paraître au deuxième

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