SYLLABUS. TEXTE
deux camps bien tranchés, Newman, dès 1859, s’efforçait de jeter un pont; mais son intervention était loin d’avoir le succès qu’il escomptait. Cf. sur son rôle, l’art. NEWMAN, t. ΧΙ, col. 339-342. L'apparition du Syllabus fut évidemment accueillie de façon diverse par chacune des deux écoles. Les libéraux avaient déjà interrompu la publication de leur revue, le Home and foreign review, qui avait remplacé en 1862 le Rambler; ils s'étaient sentis visés et condamnés dans leurs opinions par le bref de Pie IX à l'archevêque de Munich, au moment du congrès des catholiques allemands. Loin de se soumettre pourtant, ils pensaient que le temps finirait par les justifier en montrant que le pontife avait tort; la publication du Syllabus ne fit que les fortifier en cette manière de voir. Leurs adversaires, au contraire, se réjouirent, parfois de façon bruyante, et donnèrent aux propositions l’interprétation la plus absolue. Newman disait de la Revue de Dublin, l’organe des ultramontains, qu’ «elle tendait les principes jusqu’à ce qu'ils fussent près de se briser, et qu’elle présentait les vérités dans la forme la plus paradoxale ». Thureau-Dangin, ibid., p. 344.
c) En Allemagne. — Les documents pontificaux du 8 décembre 1864 provoquèrent une réaction différente chez les partisans des deux tendances libérales. Le Syllabus exaspéra Dœællinger, qui se sentit directement visé dans ses opinions personnelles. Il écrivit immédiatement un violent pamphlet, inédit de son vivant, mais publié plus tard dans Kleinere Schriften gedruckte und ungedruckte von J. J. Ign. von Déællinger, Stuttgart, 1892, p. 197-227. Il y combattit la force obligatoire et la valeur dogmatique du Syllabus. Cf. ici l’art. DOELLINGER, t. αν, col. 1516-1517. Par contre, un livre édité à Mayence en 1866 reprit les idées de Mgr Dupanloup en France. L'auteur était Mgr Ketteler, évêque de Mayence. Cf. sur lui, G. Goyau, L’ Allemagne religieuse, le catholicisme, Paris, 1909, t. 111, p. 67sq.; du même, Kelleler, dans la collection La pensée chrétienne, Paris, 1908. L'ouvrage du prélat, Deutschland nach dem Kriege 1866, connut en Allemagne un grand succès; il fut traduit en français par l’abbé Belet, Paris, 1866. Le but de l’auteur en cette brochure n’était pas exactement le même que celui de l’évêque d'Orléans. Au lendemain de Sadova, Ketteler examinait la situation des catholiques allemands vis à vis de la Prusse victorieuse, et il prêchait avec adresse et dignité la politique du ralliement. Dans un chapitre intitulé : Le libéralisme et l’encyclique, il étudiait spécialement la question de la liberté de conscience et des cultes. Il établissait la fausseté de l’indifférentisme religieux, mais montrait qu’en pratique la liberté de conscience et l’égalité des cultes « entendues dans le sens de la constitution prussienne étaient comme la meilleure réglementation des affaires ecclésiastiques de ce pays et même comme une nécessité ». Cf. LIBÉRALISME, loc. cit., col. 596, et pour le texte complet du chapitre de Ketteler, la traduction qu’en ἃ donnée le Correspondant, mai 1867, p. 194 sq. L’évêque allemand donnait la distinction de la thèse et de l’hypothèse, telle que Mgr Dupanloup et d’autres prélats l’avaient admise et expliquée.
II. TEXTE. — Après avoir transcrit le texte du Syllabus avec un rapide commentaire, nous résumerons l’encyclique Quanta cura. C’est alors que le lecteur pourra juger de la similitude des doctrines condamnées dans l’un et l’autre document.
1. LE SYLLABUS. — Voir le texte dans Denzinger-Bannwart, n° 1700-1780, le commentaire dans L. Choupin, op. cil., p. 187-415; les références aux documents pontificaux dans Raulx, ÆEncyclique et documents, Bar-le-Duc, 1865, et dans Recueil des allocutions consistoriales, encycliques et autres leltres aposloliques des souverains pontifes Clément XII, Be-
noît XIV, Pie VI, Pie VII, Léon XII, Grégoire X VI et Pie IX, citées dans l’encyclique et le Syllabus du 8 décembre 1864, Paris, 1865; nous citerons d'habitude ce dernier ouvrage.
Les propositions ne se présentent pas sans ordre; elles sont groupées en dix chapitres inégaux de longueur et d'importance; elles sont toujours suivies de
l'indication de leurs sources.
8 1. Pantheismus, naturalismus et rationalismus absolutus.
1. Nullum supremum, sapientissimum, providentissimumque numen divinum exsistit ab hac rerum universitate distinctum, et Deus idem est ac rerum natura, et idcirco immutationibus obnoxius; Deusque reapse fit in homine et mundo, atque omnia Deus sunt et ipsissimam Dei habent substantiam : ac una eademque res est Deus cum mundo, et proinde spiritus cum materia, necessitas cum libertate, verum cum falso, bonum cum malo, et justum cum injusto.