La révélation divine est
imparfaite et, par conséquent, elle est sujette à un
5. Divina revelatio est imperfecta, et idcirco subjecta continuo et indefinito pro-
Maxima quidem; cf. supra, proposition 1; les erreurs qu’elle signale ont été condamnées par le concile du Vatican, const. De fide catholica, en particulier dans le canon 4, Denz.-Bannw., ἢ. 1813.
8 2. Rationalismus modera- 8 2. Rationalisme modéré. lus.
8. Quum ratio humana ipsi religioni æquiparetur, idcirco theologicæ disciplinæ perinde ac philosophicæ tractandæ sunt.
8. Comme la raison humaine est égalée à la religion elle-même, les disciplines théologiques doivent être traitées de la même manière que les disciplines philosophiques,
Tout en reconnaissant que « la religion est le don le plus excellent que Dieu ait fait à l’homme », certains hommes, trop confiants en leurs propres forces, « poussent l’arrogance jusqu’à chercher la raison dernière des mystères que Dieu a daigné nous révéler ». C’est en ces termes que Pie IX s'exprime le 9 décembre 1854, dans l’allocution Singulari quadam, prononcée devant les évêques venus à Rome à l’occasion de la définition du dogme de l’immaculée conception. La proposition 8 est extraite de cette allocution. Cf. Recueil, p. 336. Elle pose le principe fondamental de ce que l’on a appelé le rationalisme modéré; les propositions suivantes feront de ce principe diverses applications.
9. Omnia indiscriminatim dogmata religionis christianæ sunt objectum naturalis scientiæ seu philosophiæ; et humana ratio historice tantum exculta potest ex suis naturalibus viribus et principiis ad veram de omnibus etiam reconditioribus dogmatibus scientiam pervenire, modo hæc dogmata ipsi rationi tanquam objectum proposita fuerint.
10. Quum aliud sit philosophus, aliud philosophia, ille jus et officium habet se submittendi auctoritati, quam veram ipse probaverit; at philosophia neque potest neque debet ulli sese submittere auctoritati.
11. Ecclesia non solum non debet in philosophiam unquam animadvertere, verum etiam debet ipsius philosophiæ tolerare errores, eique relinquere ut ipsa se corrigat.
9. Tous les dogmes de la religion chrétienne sans distinction sont objet de science naturelle ou de philosophie; la raison humaine, munie de la simple culture historique, peut, par ses seules forces naturelles et d’après ses principes, parvenir à une véritable connaissance de tous les dogmes, même les plus cachés, pourvu que ces dogmes aient été proposés à la raison elle-même comme objet.
10. Comme autre est le philosophe, autre la philosophie, celui-là a le droit et le devoir de se soumettre à l’autorité qu’il aura reconnue comme juste; mais la philosophie ne peut ni ne doit se soumettre à aucune autorité.
11. Non seulement l’Église ne doit jamais sévir contre la philosophie, mais elle doit tolérer les erreurs de la philosophie et lui laisser le soin de se corriger elle-même.
On peut grouper ces propositions. Elles sont tirées
toutes les trois de la lettre Gravissimas de Pie IX à l’archevêque de Munich-Frisingue, le 11 décembre 1862. Cf. pour le contexte, Recueil..., p. 466 sq. Le pape y réprouve la doctrine et les écrits de l’abbé Jacques Frohschammer. Cf. A. Vacant, op. cit.,t.1, p. 134. La proposition 9 redit la prétention qu’a la philosophie de parvenir à l'intelligence de tous les dogmes chrétiens; les propositions 10 et 11 affirment sa volonté de n’être jamais soumise à l’autorité de l’Église. Dans le document qui condamne ces erreurs, Pie IX rappelle « qu’il ne sera jamais permis à la philosophie pas plus qu’au philosophe d’enseigner quoi que ce
soit de contraire à la révélation divine ».
12. Apostolicæ Sedis romanarumque Congregationum decreta liberum scientiæ progressum impediunt.
13. Methodus et principia, quibus antiqui doctores scholastici theologiam excoluerunt, temporum nostrorum necessitatibus scientiarumque progressui minime congruunt.
14. Philosophia tractanda est nulla! supernaturalis revelationis habita ratione.
N. B. Cum rationalismi systemate cohærent, quoad maximam partem, errores Antonii Günther, qui dampantur in ep. ad card. archi-
12. Les décrets du Siège apostolique et des Congrégations romaines empêchent le libre progrès de la science.
13. La méthode et les principes d’après lesquels les anciens docteurs scolastiques ont cultivé la théologie ne sont plus en rapport avec les nécessités de notre temps et le progrès des sciences.
14. On doit s'occuper de philosophie sans tenir compte de la révélation surnaturelle.
N. B. Au système du rationalisme se rapportent pour la majeure partie les erreurs d'Antoine Günther, qui sont condamnées dans la
episc. Coloniensem, ÆEximiam tuam, 15 jun. 1857, et in ep. ad episc. Wratislaviensem, Dolore haud me-
lettre au cardinal-archevéque de Cologne, Eximiam luam, du 15 juin 1857, et dans la lettre à l’évêque de
diocri, 30 april. 1860. Breslau, Dolore haud me-
diocri, du 30 avril 1860.
Apprenant qu’en septembre 1863 un congrès s'était tenu à Munich, où quelques savants catholiques, en dehors de l’autorité ecclésiastique, avaient agité des questions de théologie et de philosophie, Pie IX écrivit à l’archevêque de Munich-Frisingue la lettre Tuas libenter, le 21 décembre 1863. Denz.-Bannw.,n. 1679sq. Les propositions 12, 13 et 14 sont extraites de ce document. Cf. Recueil.., p. 496 sq. Elles reprennent sous une autre forme les erreurs qui ont été exprimées dans les propositions 5, 10 et 11, et rappellent la soumission respectueuse due aux décisions des Congrégations romaines. Sur l’autorité doctrinale des Congrégations, cf. CONGRÉGATIONS ROMAINES, bibliographie,
Ἐς ui, col. 1119, et L. Choupin, op. cit., p. 43-105.
8 3. Indifferentismus. Latitudinarismus.
15. Liberum cuique homini est eam amplecti ac profiteri religionem, quam rationis lumine quis ductus veram putaverit.
16. Homines in cujusvis religionis cultu viam æternæ salutis reperire æternamque salutem assequi possunt.
17. Saltem bene sperandum est de æterna illorum omnium salute, qui in vera Christi Ecclesia nequaquam versantur.
18. Protestantismus non est aliud quam diversa veræ ejusdem christianæ religionis forma, in qua æque ac in Ecclesia catholica Deo placere datum est.
8 3. Indifférentisme. Latitudinarisme.
15. Il est loisible à chaque homme d’embrasser et de professer la religion qu’il aura réputée vraie, d’après les lumières de sa raison.
16. Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir le salut éternel dans la pratique de n'importe quelle religion.
17. Du moins doit-on avoir confiance dans le salut éternel de tous ceux qui ne sont pas dans la véritable Église du Christ.
18. Le protestantisme n’est pas autre chose qu’une forme diverse de la même vraie religion chrétienne, forme dans laquelle il est donné de plaire à Dieu, aussi bien que dans l’Église catholique.
La proposition 15 est extraite textuellement de la lettre Multiplices, du 10 juin 1851, condamnant un ouvrage en six volumes de G. Vigil, publié en espagnol sous le titre : Défense de l’autorilé du gouvernement et des évêques, contre les prétentions de la cour romaine. La proposition 17 est tirée de l’allocution Singulari quadam, déjà citée plus haut (proposition 8); la 18°, de l’encyclique Nostis el nobiscum, du 8 décembre 1849. Cf. Recueil.…., p. 286, 340, 242. La 16€ contient une doctrine condamnée à diverses reprises, surtout dans les encycliques Qui pluribus et Singulari quidem; cf. Recueil..., p. 205, 365.
Toutes sont des erreurs, parce qu’elles ne tiennent aucun compte de la révélation, de l'institution par le Christ de la religion catholique et de l'obligation faite à tout homme d’y adhérer. Elles consacrent cette maxime : toutes les religions sont bonnes et l’homme peut à son gré choisir celle qui lui plaît. Or, il n’y a, remarque Pie IX, qu’une seule véritable Église et l’on se flatte en vain de lui appartenir lorsqu’on ἃ abandonné la chaire de Pierre sur laquelle elle est fondée. Cf. art. ÉGLISE, t. 1V, col. 2155 Sq.; INDIF- FÉRENCE RELIGIEUSE, t. vit, col. 790. Toutefois si quelqu’un, ignorant invinciblement le catholicisme, observe avec soin la loi naturelle, Dieu viendra infailliblement à son secours. Sur cette question du salut de ceux qui sont dans la bonne foi, cf. Ami du clergé, 1907, p. 313 sq, 1040 sq; Revue pratique d’apologétique, 1905, p. 123 sq; Hugon, Hors de L'Église point de salut, Paris, 1907; et ici ÉGzise, t. 1v, col. 2166 sq; GRACE, t. vi, col, 1598-1604; INFIDÈLES (Salut des),
t. vur, col. 1726-1930. Les évêques, dans les commentaires qu’ils ont donnés des articles du Syllabus ont expliqué cette doctrine, et ils ont insisté sur la charité que doivent avoir les chrétiens vis à vis de ceux qui ne possèdent pas le bienfait de la foi.
$ 4. Socialismus, communismus, socielales clandestiπέρ, societates biblicæ, societates clerico-liberales.
Ejusmodi pestes sæpe gravissimisque verborum formulis reprobantur in epist.
encycl. Qui pluribus, 9 nov.
1846; in allocutione Quibus quantisque, 20 apr. 1849; in epist. encycl. Nostis οἱ nobiscum, 8 dec. 1849; in allocutione Singulari quadam, 9 dec. 1854; in epist. encycl.
Quanto conficiamur mærore, 10 aug. 1863.
8 4. Socialisme, communisme, sociélés secrètes, sociétés bibliques, sociétés cléricolibérales.
Ces fléaux sont à plusieurs reprises frappés de sentences en termes les plus graves dans l’encyclique Qui pluribus, 9 nov. 18146; dans l’allocution Quibus quantisque, 20 avril 1849; dans l’encyclique Nostis et nobiscum, 8 déc. 1849; dans l’allocution Singulari quadam, 9 déc. 1854; dans l’encyclique Quanto conficiamur mœærore, 10 août 1863.
Sans exposer l’enseignement du socialisme et du
22. Obligatio, qua catholici magistri et scriptores omnino adstringuntur,coarctatur in 115 tantum, quæ ab infallibili Ecclesiæ judicio veluti dogmata ab omnibus credenda proponuntur.
22, L'obligation de se soumettre qui lie strictement les maîtres et les écrivains catholiques se borne aux choses qui ont été proposées par le jugement infaillible de l’Église comme dogmes
que tous doivent croire.
Ces propositions sont condamnées dans leur principe, l’une à la proposition 15, l’autre à la proposition 14. Cf. à ces endroits les documents d’où elles sont tirées. Ce qui est affirmé ici, c’est le droit qu’a l’Église d'enseigner, droit qui n’est pas restreint aux seuls dogmes de foi; les propositions 45 et suivantes en pré-
ciseront l’étendue et l’application.
23. Romani pontifices et concilia œcumenica a limitibus suæ potestatis recesserunt, jura principum usurparunt, atque etiam in rebus fidei et morum definiendis erraverunt.
23. Les pontifes romains et les conciles œcuméniques ont dépassé les limites de leur pouvoir; ils ont usurpé les droits des princes et même ils se sont trompés dans des définitions relatives à la foi et aux mœurs.
communisme, le pape rappelle simplement les condamnations qu’il a déjà portées contre ces systèmes et contre les autres sociétés dont la constitution et la doctrine sont opposées à celles de l’Église catholique.
8 5. Errores de Ecclesia ejusque juribus.
19. Ecclesia non est vera perfectaque societas plane libera, nec pollet suis propriis et constantibufs juribus sibi a divino suo fundatore collatis, sed civilis potestatis est definire quæ sint Ecclesiæ jura ac limites, intra quos eadem jura exercere queat.
8 5. Erreurs relatives à l'Église et à ses droits.
19. L'Église n’est pas une vraie et parfaite société pleinement libre, elle ne jouit pas de droits propres et constants qui lui auraient été conférés par son divin fondateur; mais c’est au pouvoir civil qu’il appartient de définir quels sont les droits de l'Église et les limites dans
Il y a deux parties distinctes dans cette phrase extraite de la lettre Multiplices; cf. supra, proposition 15. Dire que les papes et les conciles se sont trompés au cours des âges sur les limites et l’étendue de leur pouvoir, c’est énoncer une proposition fausse et injurieuse pour l’Église et la papauté; nier l’infaillibilité de l’Église et du pape, c’est faire une hérésie formelle. Cf. pour l’infaillibilité de l'Église, ÉGLise, t. 1v, col. 2175-2200; pour celle du pape, INFAILLI- BILITÉ, t. V1, Col. 1638-1717.