MÉTAPHRASTE
elle marque un appauvrissement de la littérature hagiographique dans le domaine du sentiment religieux; de l’autre, elle nous fournit le barème du goût dans la Byzance du x® siècle : culte de la formepour elle-même et minimisation du fond. Un tel travail rentrerait bien dans le cycle des compilations conçues par Constantin Porphyrogénète à qui on a proposé, non sans raison, de faire remonter l’impulsion d’où serait sortie le ménologe; cf. A. Ehrhard, loc. cit., p. 493, n. 5 et p. 709. Notons encore que le caractère plus ou moins officiel du ménologe a pu brider l’originalité du compilateur mais sans contredire le penchant de l’époque.
7. Influence. — Celle-ci nous est garantie par le nombre des copies du recueil qui nous sont parvenues : Ehrhard a inventorié 693 manuscrits et 132 fragments, se répartissant inégalement selon les livres (suivant un decrescendo à peu près régulier de septembre à août) dont la majorité est antérieure au ΧΙ siècle. Elle l’est aussi par les nombreux admirateurs et imitateurs — les néométaphrastes : Constantin Acropolite, Nicéphore Grégoras etc. qu’elle a suscités.
La concurrence qu’elle exerça, aussitôt parue, sur les anciens ménologes rejeta ceux-ci dans l’ombre. On cessa de les copier et la littérature hagiographique a pâti sur ce point du nouveau venu. H. Delehaye n’a donc point tout à fait tort en nommant Métaphraste funestissimus homo. Bibliotheca hag. gr., 1 édit., Bruxelles, 1895, p. vu. C’est plutôt là cependant un simple contrecoup. Directement, les dégats sont minimes : la substitution de refontes aux anciens textes n’atteint qu’un nombre minime de ceux-ci puisque les métaphrases ne dépassent pas le chiffre de 123. « C’est un mince pourcentage de notre présent avoir en textes hagiographiques proprement dits. Et puisqu'on a même établi que les textes anciens ne nous manquent que pour fort peu de textes métaphrastiques (mieux, n’ont pu encore être jusqu’à présent repérés) la proportion du dégât directement opéré par le ménologe de Métaphraste se réduit à un minimum. » A. Ehrhard, loc. cit., p. 707.
Nous n'avons pas à suivre la dépendance accusée par un grand nombre des ménologes de la suite à l’égard du nôtre. Notons seulement que cette influence s’exprimera de différentes façons : par écourtement en ce qui concerne les premiers mois, par allongement pour les autres, enfin par contamination pour une troisième série (rencontre de textes métaphrastiques avec des éléments hétérogènes d’autres recueils hagiographiques ou homilétiques). On se reportera pour cela à la suite de l’ouvrage d’Ehrhard. Celui-ci s’est demandé autrefois si le ménologe royal publié par B. Latisev, Menologii byzantini sæculi x! quæ supersunt fragmenta, Saint-Pétersbourg, 1911-1912, n’était pas l’œuvre de Métaphraste lui-même, en retenant tout au moins qu’il est d’un de ses disciples. Byz. Zeitschr., t. xx1, 1912, p. 239-246. sans doute ses travaux actuels préciseront-ils ces positions.
Conclusion. — La reconstitution du ménologe de Métaphraste éclaircit considérablement le champ de l’hagiographie en classant une quantité imposante de manuscrits. Elle permet une subdivision claire de la tradition hagiographique. Comme contenu, elle est essentiellement un témoin littéraire et relève au premier chef de l’histoire de la littérature. Il se pose encore un certain nombre de questions au sujet du ménologe. Nous avons signalé celle de la composition difrérente des mois de printemps et d’été par rapport à ceux d'automne et d'hiver. On peut aussi se demander si le ménologe n’a pas connu deux éditions. Pour quelques fêtes, on trouve tantôt une recension et tantôt une autre; par exemple pour sainte Théoctiste, saint Sébastien, saint Georges, etc.; voir Bibliotheca hagio-
graphica græca, Bruxelles, 1909, p. 273. Ces questions et d’autres ne pourront recevoir de solution ferme qu'après des éditions vraiment critiques. Or, celles-ci seront assez malaisées : on aura parfois jusqu’à une centaine de témoins à dépouiller.
Sauf en ce qui concerne l’œuvre hagiographique, nous ne mentionnons ici que les travaux non signalés au cours de l’article.
I. OUVRAGES GÉNÉRAUX. — Allatius, De Symeonum scriptis diatriba, Paris, 1664, P. G., t. αχτν, col. 19 sq.; Acta SS., Januarii, t. 1, ec. 1, 83: Fabricius, Biblioth. græca, Hambourg, 1726-1737, t. vi, p. 509 sq., t. 1X, p. 48 sq., t. x, p. 296-329; K. Krumbacher-A. Ehrhard, Geschichte der byz. Literatur, Munich, 1897, p. 200 sq., 358 sq., 718 sq. et passim. — Pour la Vie ajouter : H. Delehaye, La Vie de saint Paul le Jeune et la chronologie de Métaphraste, dans Rev. quest. hist., juillet 1893, p. 49. — Sur la chronique, ajouter : Patzig, Leo Grammaticus und seine Sippe, dans Byz. Zeitschr., t. 111, 1894, p. 470 sq.; 5. Chestakov, Les manuscrits de Syméon logothète (en russe), dans Viz. Vremennik, t. v, 1898, p. 19 sq.; C. de Boor, Die Chronik des Logotheten, dans Byz. Zeitschr., t. VI, 1897, p. 233 sq.; D. Serruys, Recherches sur l’Epitome, ibid., t. xvr, 1907, p. 1 sq.; V.-N. Zlatarski, Les données sur la Bulgarie dans la Chronique de 5. Métaphraste (en bulgare), dans le Sbornik narodni oumotvoreniia, t. XXV, 1908. — Sur les extraits de Macaire : G.-L. Marriott, Symeon Metaphrastes and the seven homilies of Macarius of Egypt, dans Journal of theol. studies, t. xvirr, 1917, p. 71 sq.; du même, The Tractate of Symeon Metaphrastes « De perfectione in spiritu », ibid., t. x1x, 1918, p. 331 sq.
11. ŒUVRE HAGIOGRAPHIQUE. Éditions : A. Lipomani, Tomus V vwilarum sanctorum patrum numero nonaginta trium per Simeonem Metaphrastem... conscriptarum οἰ... latinitate donatarum, Venise, 1556; {omus VI vitarum sanctorum priscorum patrum.…, Rome, 1558; {omus VII vitarum sanctorum patrum.…, Rome, 1558. Les traductions sont de G. Hervet, Fr. Zino de Vérone et Sirlet. Les traductions dites de Surius sont celles de Lipomani, P, G., t. CXV-CXVI, éd. J.-B. Malou. On peut citer une adaptation néogrecque d'A. Landos, Νέος Παράδεισος, Venise, 1641, et Νέον ’Ex)6yrov, Venise, 1679.
Plusieurs Vies ont été éditées dans le texte grec après la publication de la Bibliotheca hagiographica græca (1909). On les trouvera dans Νρυσοστομιχά, Rome, 1908, édit. E. Batareikh (Chaînes desaint Pierre); B. Latisev, Menologii byzantini sæculi X! quæ supersunt fragmenta, Saint-Pétersbourg, 1911-1912, t. 1 et 11 en appendice (SS. Parthenios, Nicéphore, Blaise, Sainte Vierge, Saint Jean-Baptiste); H. Delehaye, Les saints styliles, Bruxelles, 1923 (saint Alype).
I1I. ÉTUDES DANS L'ORDRE CHRONOLOGIQUE, — A. Rambaud, L'empire grec au X® siècle, Paris, 1870, c. v; V. Vasilievskij, La vie et les œuvres de Syméon Métaphraste (en russe), dans le Journaldu ministère de l’Instruction publique, Saint-Pétersbourg, t. CCxI1, 1880, p. 379 sq.; A. Ehrhard, Die Legendensammlung des Symeon Melaphrastes und ihr ursprungslicher Bestand. Eine paläographische Studie zur griechischen Hagiographie im Festchrift zum 1100 jährigen Jubiläum des Deutschen Campo Santo in Rom, Fribourg-en- B., 1896, p. 46 sq. (première étude sur les mss de Paris); cf. une analyse dans Byz. Zeitschr., t. νι, 1897, p. 198 sq.; du même, Forschungen zur Hagiographie der griechischen Kirche vornehmlich auf Grund der hagiographischen Hss. von Mailand, München und Moskau, Rome, 1897, extrait de Rôüômische Quartalschrift, τ. xX1, 1897, p. 67 sq.; cf. analyse dans Byz. Zeitschr., t. Vir, 1898, p. 231 sq.; critique de Η. Delehaye, Les ménologes grecs, dans Analecta bolland., t. xv1, 1897, p. 311 sq.; réponse de A. Ehrhard, dans Rôm. Quartalschr., t. X1, 1897, p. 531 sq.; cf. Byz. Zeitschr., t. VI, 1898, p. 473 sq.; réplique de H. Delehaye, Le ménologe de Métaphraste, dans Anal. boll., t. xvir, 1898, p. 449 sq.; Bibliotheca hagiographica græca, Bruxelles, 1909, Synopsis metaphrastica, p. 267 sq., donne l’état des recherches à cette époque; A. Ehrhard, Ueberlieferung und Bestand der hagiographischen Literatur der griechischen Kirche von den Anfängen..., surtout Erster Teil, t. 11, p. 306-717.
J. GOUILLARD
5. SYMÉON MÉSOPOTAMITÈS. -- Un bon nombre de manuscrits, dont les plus anciens ne dépassent sans doute pas le xrrre siècle, lui attribuent
SYMÉON MÉTAPHRASTE
— SYMÉON STUDITE 2972 un sermon sur la constante pensée de la mort, édité pour la première fois en latin dans la Max. bibl. veter. Patr. de Lyon, t. vir, 1687, col. 1228, et en grec par G. Cozza-Luzi dans la Nov. Patr. biblioth. de A. Mai, t. vx, part. III, Rome, 1871, p. 1-3. La pièce ne présente rien de bien original. Elle interprète allégoriquement la figuration orientale traditionnelle du rôle joué au jugement par les anges et les démons : les premiers sont les vertus acquises par l’âme en cette vie; les seconds, les vices dont elle s’y est chargée; cf. sur toute une littérature analogue, H. Gelzer, Leontios von Neapolis, Leben des heiligen Johannes des Barmherzigen, Fribourg, 1893, p. 146-147.
Ce sermon est parfois attribué à saint Éphrem le Syrien; c’est ainsi qu’il se trouve par exemple, dans l’édition latine des œuvres de ce docteur par Caillau, t. v, Paris, 1844, p. 31-33. Néanmoins l'attribution semble rare dans la tradition grecque de ses écrits, elle est même absente des recueils éphrémiens un peu étendus, tandis qu’elle se rencontre dans des codices très mêlés, par exemple le Paris. gr. 269, fol. 252 vo. Certains mss attribuent la pièce à saint Syméon Stylite le Jeune, par exemple l’Afhon. Iviron 4493 du xvine siècle. Les éditeurs de la Maxima Bibliotheca de Lyon hésitaient entre les deux Syméon Stylites. Bref, le problème de l’authenticité est assez embrouillé.
S’il faut retenir le nom de Syméon Mésopotamitès (les suscriptions des manuscrits donnent concurremment μεσοποταμίτης et Μεσοποταμίας), peut-être avonsnous à faire à un moine du couvent épirote dit τοῦ Μεσοποτάμου. Ses membres sont appelés μεσοποταμῖται dans un acte du patriarche Jean Glykis (1316-1320), cf. P. G., t. eur, col. 1088-1089, rendu en leur faveur. Le monastère était encore relativement récent à cette époque; il a pu être fondé au début du despotat d’Épire, indice chronologique peut-être utile à retenir. L’épithète de μεσοποταμίτης paraît encore plusieurs fois, au cours du xtrre siècle, à propos de divers personnages.
Ajouter aux ouvrages cités dans l’article : O. Bardenhewer, Geschichte der altkirchlichen Literatur, τ. v, Fribourg, 1932, p. 73. Sur le couvent τοῦ μεσοποτάμου quelques détails dans Νέος “Ελληνομνήμων, t. x, 1913, p. 462; sur les différents Mésopotamités connus : un Constantin, cf. ibid., t. Xi, 1916, p. 20; un Joseph, cf. N. Festa, Th. Duc. Lascar. epistulæ, Florence, 1898, p. 150-158.
J. GOUILLARD
6. SYMÉON STUDITE LE MODESTE, ὁ εὐλαδῆς (vers 916-986) n’aurait sans doute pas laissé de nom à l'historien, s’il ne lui était échu, pour le célébrer, voire le canoniser, un disciple incomparablement plus marquant que lui, son homonyme le « Nouveau Théologien ». Le principal monument de ce culte, une biographie (cf. Vie de Syméon le Nouveau Théologien, édit. 1. Hausherr, Rome, 1928, ἢ. 72) ἃ disparu sans espoir; il nous en reste cependant des témoins — soigneusement réunis dans l'introduction à l'édition citée, p. XXX VII 56. — dans les écrits du fils spirituel, et dans la Vie de celui-ci par Nicétas Stéthatos. Ce sont il est vrai, pour l’ordinaire, plutôt des éloges ou des généralités que des faits.
Le plus clair est qu’il passa au monastère de Stoudios les quarante-cinq années de sa vie monastique (Vie de Syméon..., op. cil., n. 72). Il ne se plia sans doute jamais entièrement aux sages us et coutumes de la communauté studite, bien qu’il fût probablement plus docile que son protégé. On croit du moins le deviner à ce que celui-ci nous rapporte : ce moine, bénéficiaire et apôtre du don des larmes, favorisé abondamment de la conscience de son état de grâce, recommandant des auteurs tels que Marc l’Ermite, incliné à fuir le commerce de ses frères, détonait dans son milieu. L’encouragement qu’il dut donner
2973 SYMÉON STUDITE aux penchants de son disciple confirmerait assez cette conjecture.
Enfin une troublante originalité dans le jugement n’était pas faite pour lui concilier l'admiration universelle. Dans un hymne « précieux pour qui entreprendra d'écrire une histoire du sentiment de la pudeur » (P. Maas, Festgabe A. Ehrhard, Bonn, 1922, p. 34), le Nouveau Théologien nous confie que « saint Syméon le Modeste n’avait pas honte de voir la nudité totale d'autres hommes non plus que de laisser voir la sienne. il était tout entier le Christ. et il n’en sortait pas pour cela de son immobile et inviolée apatheïa ». P. Maas, ibid, p. 338; le traducteur latin, J. Pontanus a sauté le passage en se bornant à une allusion, P. G., t. cxx, col. 531-532. Nicétas fait, de son côté, un discret écho aux méchants bruits qui couraient à ce propos : « Celui-ci, Syméon, après avoir mortifié sa chair par une apatheia extrême et éteint parfaitement dès ici-bas ses mouvements instinctifs, tellement que le corps de qui l’approchait ne lui inspirait pas plus de sentiment qu’un cadavre à un autre cadavre, contrefaisait la sensibilité », et d'ajouter d’édifiantes raisons. Loc. cit., τι. 81. Il nous a déjà appris plus haut que le surnom de modeste lui était venu par la « modestie de ses manières ». Zbid., n. 4. Bref, la vertu de Syméon et son jugement étaient sans doute des choses assez différentes.
Syméon n’était pas prêtre. Nous le savons par son disciple (cf. Lettre sur la confession, édit. K. Hall, Enthusiasmus und Bussgewalt, Leipzig, 1898, p. 127, 1. 3 sq.) qui n’en voulait pas connaître d’autre pour l’absoudre. La pratique n’était pas inédite. Syméon Studite avait préparé son disciple à la vie de moine. Il présida à son entrée au monastère, l’y forma durant les quelques mois qu’il y passa, dans sa propre cellule, le présenta au couvent de Saint-Mamas quand il fut congédié.
A peine le maître mort (veis 986), le disciple lui voua un vrai culte avec une fête liturgique, nous ne savons à quel jour. L'office dut sans doute rester local et l'intervention de la hiérarchie y fut pour quelque chose; pour toute la question des rapports des deux Syméon, se reporter plus haut à l’art. SYMÉON LE JEUNE LE THÉOLOGIEN. Notons cependant qu’une même acolouthie les réunit tous deux dans l’Afhon. Panteleim. 5791, fol. 393.
Le Nouveau Théologien et Nicétas Stéthatos (cf. I. Hausherr, Vie de Syméon, Ὁ. xLv1 et n. 72) attribuent au Studite « un livre entier rempli de toute utilité spirituelle ». C’est au juste un choix de préceptes spirituels, publiés sous son nom par D. Zagoraios, Τοῦ ὁσίου... Συμεὼν τοῦ νέου θεολόγου τὰ εὑρισχόμενα.., Venise, 1790, t. τ, à la suite des Κεφάλαια du Nouveau théologien, au nombre de quarante. Trente-deux seulement reparaissent, sans l’attribution, dans la Philocalie et partant, dans la P. G., t. exx, col. 668 D- 696 B, mais dans un ordre un peu différent. En attendant que la tradition manuscrite apporte d’autres garanties de l’authenticité, I. Hausherr y ἃ, de fait, retrouvé deux courtes péricopes que Syméon le Nouveau Théologien prête à son père spirituel. D’autres ne s’y retrouvent pas, d’où l’on pourrait supposer que l’ouvrage formait un ensemble plus étendu, peut-être une centurie. Allatius signale, en effet, une centurie de même incipit, P. G., t. cxx, col. 306 D. L'ordre de la P. G.,t. cxx, col. 668 D sq. n’est pas primitif : l’original commençait au n. 127 (col. 672 C) comme nous l’apprend le fils spirituel (1. Hausherr, 0p. cit., p. XLVI1) et comme cela se vérifie au ἢ. ΧΠῚ de la liste dressée par L. Allatius des écrits présumés du Nouveau Théologien. P. G.,t. cxx, col. 298 A.
Cet opuscule est de mince intérêt. Il s’agit surtout d’avis intéressant les rapports avec les autres moines
SYMÉON STYLITE 2974 et l’higoumène ou le père spirituel, et de cet ensemble de pratiques et de vertus qui assurent les meilleures conditions au recueillement. A noter seulement l’insistance sur les relations avec le père spirituel, sur l'importance du don des larmes, fruit et indice de la grâce, enfin sur l’illumination, la vision de la Lumière, la participation de l’Esprit Saint : tous éléments qui prendront une portée capitale dans les exposés du disciple. Il n’y ἃ cependant pas là de quoi expliquer tout le Nouveau Théologien. On y rencontre même, somme toute, plus de discrétion qu’on n’en aurait attendue.
Denys Zagoraios, Τοῦ ὁσίου... Συμεὼν τοῦ νέου θεολόγον τὰ εὑρισκόμενα,Ν οπΐ590, 1790, t. 1, et à son défaut, P. G.,t. cxx, col. 668 D-686 B, pour l’œuvre. Le travail de 1. Hausherr, Vie de Syméon le Nouveau Théologien, dans Orientalia christiana, t. X11, Rome, 1928, p. XXXVIII-LI, donne l’état de dernières recherches et dispense de toute autre bibliographie.
J. GOUILLARD
7. SYMÉON STYLITE LE JEUNE (par opposition au père du stylitisme, Syméon l’Ancien), surnommé SYMÉON THAUMASTORITE où du MONT AD- MIRABLE (518?-26 mai 592).
I. VIE. — La plus vieille Vie de Syméon, écrite pour une génération qui l’avait connu (voir la bibliographie de l’art.) forme un troublant mélange de merveilleux continu et de précisions historiques ou topographiques plusieurs fois vérifiables. En voici les grandes lignes : Syméon naît à Antioche d’une famille originaire d’Édesse. Le surnaturel qui a présidé à sa conception ne le lâchera plus jusqu’à sa mort. Il n’y ἃ pas à s’y arrêter longuement. On s’en fera déjà une idée par ce qui suit. A cinq ans, il perd son père, au cours d’un tremblement de terre. Il quitte bientôt sa mère, la future sainte Marthe, pour gagner une solitude nommée « Pila », située dans la «région des anciens bains de Tibère », peut-être sur les rives de l’Oronte; cf. à ce sujet d’intéressantes conjectures de P. Peeters, Analecta bolland., t. xLV, 1927, p. 286 sq. Quelques jours plus tard, il vient se placer, dans un monastère voisin, sous la protection d’un stylite nommé Jean. Émerveillé de sa précocité, on ne tarde pas à lui éleverune colonne auprès de celle de son maître. Il y restera de sept à douze ou treize ans et y laissera ses dents de lait, nous dit l’historien Évagre. Hist. eccl., 1. VI, c. XXII, P. G., t. LXXXVI @, col. 2880.
En bon disciple des anciens stylites, Syméon l’Ancien et Daniel, il éprouvera plusieurs fois le besoin de changer de colonne. Il s’en fait d’abord ériger une de quarante pieds et y monte, en présence des évêques d’Antioche et de Séleucie, qui sont venus lui conférer le diaconat. Cette station dure huit ans. Après quoi, il va élire domicile sur une colline déserte, dominant, vers l’embouchure de l’Oronte, l’antique Séleucie (Souaïdié). La réputation de son hôte lui vaudra désormais le nom de Mont Admirable. Le stylite fait un premier séjour de dix ans sur un socle rocheux. Ses disciples se construisent un monastère et lui érigent la colonne sur laquelle s’écouleront ses quarante dernières années. Il y recevra même l’ordination sacerdotale de l’évêque de Séleucie, à l’âge, sans doute symbolique, de trente-trois ans.
Durant tout ce temps, il n’a pas cessé d’exercer les charismes les plus élevés : guérisons, prophéties, etc. On accourt à lui ou on lui écrit de partout : parmi ses clients on en note d’illustres, Justin le Jeune, Jean le Scolastique, le futur patriarche de Constantinople, Évagre l'historien. 11 meurt le vendredi 26 mai 592, âgé de soixante-quinze ans. Cette dernière date est sans doute la plus assurée de toute la biographie. Pour la foi à ajouter à l’ensemble, mis à part l’existence de Syméon, le caractère extraordinaire de son
genre de vie et l’admiration qu'il lui valut, certains détails comme les changements de colonne, telles données topographiques, ses rapports avec certains personnages importants, on ne saurait user d’une circonspection trop avertie. Le monastère et la colonne de Syméon ont longtemps maintenu son prestigieux souvenir. Il figure aux Ménées, le 24 mai, au martyrologe romain, le 3 septembre.
II. Œuvres. — Il nous est parvenu sous le nom de Syméon du Mont Admirable trente sermons, des lettres, des tropaires.
1° La collection des sermons est contenue au complet dans divers manuscrits tels que les Athonites Caracall. 1588; Esphigménou 2118 (voir description dans 5. Lambros, Catal. of the greek manuscr. on Mount Athos, Cambridge, 1895), etc. Les inscriptions indiquent parfois, dans le premier ms. indiqué, par exemple, jusqu’à l’âge auquel ils furent prononcés : de dix à vingt-quatre ans! Cela cadre bien avec la Vie, sinon avec la vraisemblance. G. Cozza-Luzi en a publié vingt-sept, d’après les Vat. gr. 2021 et 2089 surtout. Les numéros 1-3 manquent. A. Maï, Nov. Patr.
biblioth., Rome, 1871, t. vint, part. 3, p. 4-156. Certains titres, celui du sermon vi, par exemple, sont inexacts et le texte est passablement corrompu. Ce sont des allocutions de teneur ascétique assez élémentaire, destinées surtout à un auditoire de moines. La pensée dominante répond bien à la formule du ἢ. x1v: Recordare novissima. L’auditeur est constamment invité au détachement évangélique, au souvenir de la mort, à la pénitence et à la prière, particulièrement à la psalmodie, en vue du jugement. Le fonds dogmatique est fort mince; point de trace d’un courant mystique quelconque. Bref, une ascèse simple et pratique. La culture du prédicateur est assez fruste : il connaît le Psautier et le Nouveau Testament. Quelques vagues allusions aux légendes de ia mythologie sont aussi à relever. Il aime les comparaisons, mais ne parvient pas toujours à faire entendre ce qu’il veut dire.
Ces pièces n’ont pas encore été soumises à un examen sérieux et on n’en peut admettre l’authenticité sans restriction. On peut néanmoins invoquer pour l’affirmative deux témoignages : saint Jean Damascène a cité sous le nom de notre Syméon, dans son florilège iconologique (De imagin., orat. 111, P.G.,t. xciv, col. 1409), un passage du sermon vin, dans Maï (loc. cit., p. 35- 36); saint Nil de Grottaferrata (f 1005) attribuait, de son côté, le contenu du n. xxI1 à Syméon, se reporter à la dissertation de A. Rocchi dans l’édition de A. Maï, p. ΧΥΠ sq. Ce sont les seules présomptions pour l’affirmative. Elles ne sont pas pour autant décisives. Il serait donc prématuré de trancher si les sermons sont sortis de la plume du stylite, s’ils ne sont qu’un recueil de ses pieux propos arrangés par des auditeurs ou simplement le fruit d’une supercherie. Cf. H. Delehaye, Les saints stylites, Bruxelles, 1923, p. Lxxv.
20 1] ἃ dû exister jadis un recueil des lettres de Syméon : nous trouvons en effet, parmi les actes du 11 concile de Nicée, le texte de la «cinquième lettre à l’empereur Justin ». Mansi, Concil., t. Χαπι, col. 159- 162: VP0G, 1 ΣῈ Ἐν 8, col. 5216-3220. 115 76 76 sainte Marthe produit une réponse de Syméon ἃ Thomas, stavrophylax de Jérusalem, ce n’est sans doute là qu’un artifice littéraire. Évagre prétend aussi avoir reçu une lettre du stylite mais le texte n’en a pas été conservé. Enfin la longue réponse d’Isaac le Syrien à Syméon, dans Nova Patr. biblioth., Rome, 1871, t. vin, part. 3, p. 157 sq., supposerait une missive de ce dernier qui aurait aussi disparu. Il n’est pas facile d'accorder la chronologie des Isaac que nous connaissons avec celle de notre stylite. Le mieux est de suspendre son jugement.
3° Syméon a quelque titre à être rangé parmi les