SYNÉSIUS
7° Un dernier traité, Éloge de la calvitie, Φαλάκρας ἐγκώμιον, P. α., t. Lxvi, col. 1167-1206, a été rédigé en 404 ou 405 : c’est une réponse à l’ouvrage de Dion Chrysostome, Éloge de la chevelure. Synésius s’amuse à développer les arguments que l’on peut faire valoir en faveur de la calvitie. Il ne faut pas chercher dans son livre une intention profonde; c’est plutôt un amusement, une manière de jeu. Un contemporain, peutêtre même un compatriote de Synésius y a répliqué par un nouvel éloge de la chevelure.
8° Les lettres de Synésius datent de la période antérieure à son épiscopat aussi bien que de son épiscopat lui-même; elles jettent sur la vie de leur auteur une vive lumière. L’édition de P. G., t. Lxvi, col. 1321- 1560 compte 156 de ces lettres; celle de Hercher en donne 159, mais la dernière lettre de Migne, les trois dernières de Hercher sont inauthentiques. Le grand nombre des manuscrits que nous possédons de la correspondance de Synésius — on en connaît plus de cent qui ont été copiés avant le xvre siècle — témoigne de la singulière faveur avec laquelle ces lettres ont été lues au Moyen-Age : on y a goûté d’abord la pureté du style, mais on a été sensible aussi à la variété des idées, à l’éclat des mots : Synésius est le dernier des grands épistolographes de l’antiquité.
Il serait intéressant et utile de savoir de quelle manière a été formé le recueil actuel de ces lettres, qui couvre la période comprise entre 399 et 413. Nous ne pouvons pas le dire avec précision; car ni l’ordre chronologique. ni l’ordre des correspondants ne sont suivis. Il semble qu’on ait constitué, d’une manière indépendante, des recueils partiels et que la collection complète ait été formée par le simple rapprochement de ces recueils. C’est aux lecteurs qu’il appartient maintenant de retrouver l’ordre des faits et de remettre chaque pièce à la place qui lui convient le mieux.
En tout cas, les lettres de Synésius nous permettent de suivre les diverses étapes de sa marche vers la sainteté : à ce titre, elles sont particulièrement précieuses. Au début, nous voyons agir devant nous le grand seigneur, ami du repos, qui partage son existence entre la lecture, la chasse, le jardinage et la méditation; toujours prêt d’ailleurs à rendre service à ses concitoyens, mais jaloux de sa tranquillité. Peu à peu, Synésius prend du christianisme une conscience plus claire; il se rend compte des insuffisances de la philosophie hellénique pour résoudre les grands problèmes de l’existence. Enfin, lorsqu'il est devenu évêque, il se donne tout entier à sa nouvelle mission; ce qui est plus remarquable, il n’en accomplit pas seulement avec zèle les obligations extérieures, mais il en pénètre l'esprit ; il se met à la poursuite de la sainteté; il développe sa vie intérieure; il favorise les ascètes; et luimême, purifié par de douloureuses épreuves, se remet tout entier entre les mains de Dieu. 1] n’abandonne pas pour autant la philosophie qui a été le guide de sa jeunesse, et l’on risque de s’étonner parfois en trouvant ici ou là sous sa plume des réminiscences profanes auxquelles on ne s'attendait pas. Mais il n’y a là qu’un signe de richesse spirituelle, encore insuffisamment assimilée peut-être. Synésius éveille en nous une sympathie profonde par tout ce qu’il a d'humanité.
99 Les hymnes, P. G., τ. XLv+, col. 1581-1616, sont à la fois des témoignages d’une âme profondément religieuse et des œuvres d’art soigneusement ciselées. Ges hymnes suivent les lois de la prosodie antique et sont écrites en trimètres spondaïques, en anacréontiques, en vers anapestiques, etc. Le dialecte dorien, dans lequel elles sont rédigées est également le fait d’un savant observateur des traditions.
Des neuf hymnes qui nous restent — la dixième est apocryphe et doit être l’œuvre d’un copiste postérieur — les quatre premières sont presque entièrement
philosophiques, et c'est à peine si, de temps à autre, une expression trahit la connaissance du christianisme. Au contraire, les hymnes v-1x sont inspirées par le christianisme le plus authentique : non seulement la langue est plus simple, la pensée plus claire, mais surtout les dogmes chrétiens y sont mis en pleine lumière : qu’il s’agisse de célébrer le fils de la Vierge, de fêter l'Épiphanie et d’expliquer les présents des mages, de remercier le Christ pour tous les dons de la nature et de la grâce, de chanter les gloires de la résurrection et de l’ascension du Sauveur, Synésius trouve des accents émouvants pour exprimer sa pensée.
10° Sermons et discours. — Au temps de l’épiscopat de Synésius remontent quelques discours ou sermons, en partie fragmentaires. P. G., t. LXVI, col. 1561-1578. De ces discours, les deux plus intéressants sont les Καταστάσεις, en rapports étroits avec les événements actuels : le premier est un bref remerciement à l’excellent Anysius qui, en 406-407, fut gouverneur militaire de la Pentapole, dux Libyarum, et qui fit momentanément rentrer les Barbares sous l’obéissance romaine. Le second, écrit en 412, est une pathétique exhortation aux habitants de Ptolémaïs, assiégés par les Barbares : il constitue en même temps un beau monument de zèle pastoral et de flamme oratoire.
On peut ajouter que la lettre αν n’est pas une véritable lettre, mais un discours, et précisément une invective contre le préfet Andronicus, déféré à un synode et excommunié par l’évêque.
Synésius ne tient pas de place dans l’histoire de la théologie proprement dite. Improvisé évêque, comme saint Ambroise, il n’a pas eu comme celui-ci le temps ni l’occasion d’étudier profondément l’enseignement traditionnel et de le penser à nouveau. Ce qui nous intéresse en lui, c’est sa vie intérieure et le développement de sa spiritualité. A ce point de vue, il offre un exemple presque unique dans l’histoire. On peut sans doute le comparer à quelques autres, à Clément d'Alexandrie par exemple. Mais Clément va plutôt en se compliquant, du Protreptique aux derniers Sfromates, tandis que Synésius se simplifie. Les pages qu’il a écrites sur les devoirs des évêques ne sont pas seulement une confession émouvante par sa sincérité; elles expriment aussi la haute idée que se faisaient les hommes instruits, au début du ve siècle, du sacerdoce chrétien et de ses tâches ; elles méritent de prendre place à côté du De sacerdotio de saint Jean Chrysostome et de quelques autres écrits du même genre.
Il ne saurait être question de donner une bibliographie tant soit peu complète sur Synésius de Cyrène. Peu d’auteurs en effet ont davantage retenu l'attention et le nombre des ouvrages qui lui ont été consacrés est considérable.
La première édition des œuvres de Synésius a été publiée à Paris en 1555 par Hadrien Turnèbe. Une autre édition, avec traduction latine et notes, a paru à Paris en 1612, par les soins de Denys Petau (rééditée en 1631, 1633 et 1640). C’est l'édition de Petau qui est reproduite dans P. G., t. Lxvi1 (sauf pour L’éloge de La calvitie, dont le texte est celui de Krabinger); à J.-G. Krabinger, on doit en effet une édition de l’Éloge de la calvitie (Stuttgart, 1836), des Égyptiens (Sulzbach, 1835), et du Discours sur la royauté (Munich, 1835). D'une édition complète entreprise par le même savant, seul ἃ paru le t.1, Landshut, 1850, Les lettres de Synésius ont été éditées séparément par FR. Hercher, Epistolographi græci, Paris, 1873, p. 638-739; cf. p. LXXII- LxxIX. Des travaux d'approche en vue d’une nouvelle édition ont été faits par W. Fritz, Die Briefe des Synesius von Kyrene, ein Beilrag zur Geschichle des Attizismus im 1V. und V. Jahrhundert, Leipzig, 1898; Die handschriftliche Ueberlieferung der Briefe des Synesius von Kyrene, dans Abhandlungen der kgl. bayer. Akad. der Wissensch., Philos.philol. Klasse, t. xx111, p. 319-398, Munich, 1905; Unechte Synesios Briefe, dans Byzant. Zeitschr.,t. XIV, 1905, p. 75-86.
Les hymnes de Synésius ont été éditées séparément par W. Christ et M. Paranikas, Anthologia græca carminum