SYNOPTIQUES. HISTOIRE DU PROBLÈME
dres sur les relations entre la première et la seconde source : tandis que certains admettent l’utilisation de Q par Marc (Harnack, B. et J. Weiss, Loisy, Streeter), d’autres (Jülicher, Wernle, Wellhausen) combattent cette hypothèse. D'ailleurs l’orientation des recherches critiques sur le problème synoptique s’est notablement modifiée depuis le commencement du xx® siècle. La critique, se faisant de plus en plus radicale, n’accepte plus de considérer nos évangiles actuels comme des écrits à peu près homogènes, dus à un seul auteur : à côté des sources principales, on leur suppose une multiplicité de sources secondaires, et surtout on les considère comme l’aboutissant d’un travail rédactionnel complexe. Le problème littéraire se double d’un problème historique et doctrinal. On recherche les couches successives de tradition auxquels correspondent les divers éléments, en lesquels on décompose les évangiles. Le problème synoptique s’insère ainsi dans le problème plus général de la formation et du développement de la tradition évangélique. C’est en particulier la position adoptée par l’école récente, qui préconise la méthode dite de l’histoire des formes (Formgeschichtliche Methode), laquelle suppose que la tradition évangélique a pris naissance et s’est développée dans la communauté chrétienne primitive, qu’elle s’est enrichie progressivement en correspondance avec les besoins de la foi et du culte, se fixant dans des écrits fragmentaires de caractère varié (apophtegmes, discours, miracles), qui ont été utilisés pour la rédaction des évangiles.
La critique indépendante ne tient à peu près aucun compte des données de la tradition ecclésiastique, et fonde ses conclusions relatives à l’origine des évangiles sur la seule étude interne des textes. Les exégètes : catholiques au contraire attachent un très grand prix aux témoignages traditionnels. Les données que ceux-ci fournissent ont été rappelées et précisées dans les décisions de la Commission biblique pontificale sur l’évangile selon saint Matthieu (19 juin 1911), sur les évangiles selon saint Marc et selon saint Luc (26 juin 1912), sur la question synoptique (26 juin 1912), décisions qui doivent servir de cadre aux systèmes élaborés pour résoudre les problèmes littéraires relatifs aux Synoptiques. Voici le texte de la décision sur la question synoptique :
1. Tout en observant ce qui, dans les décisions précédentes, doit être absolument observé, surtout en ce qui regarde l’authenticité et l'intégrité des trois évangiles de Matthieu, Marc et Luc, l’identité substantielle de l’évangile grec de Matthieu avec son original primitif, et aussi l’ordre dans lequel ces évangiles ont été composés, les exégètes peuvent-ils, pour expliquer les ressemblances ou les divergences des évangiles, parmi tant d'opinions diverses et contradictoires, discuter en toute liberté et recourir à l'hypothèse de la tradition soit écrite, soit orale, ou encore à celle de la dépendance d’un évangile par rapport à un évangile antérieur ou aux évangiles antérieurs? — Oui.
2. Doit-on regarder comme observant les décisions susdites ceux qui, sans appui sur un témoignage traditionnel et sans preuve historique,acceptent facilement l’hypothèse dite communément « des deux sources », qui prétend expliquer la composition de l’évangile grec de Matthieu et de l’évangile de Luc surtout par leur dépendance à l’égard de l’évangile de Marc et à l’égard d’une collection dite « des discours du Seigneur »? Et par suite, peuvent-ils soutenir en toute liberté cette hypothèse? — Non, sur les deux points.
III. EXAMEN DES PRINCIPAUX SYSTÈMES PROPOSÉS POUR LA SOLUTION DU PROBLÈME SYNOPTIQUE. — 1° Hypothèse de la tradition orale. — Cette hypothèse qui, sous sa forme rigoureuse (explication des rapports entre les Synoptiques par la seule tradition orale), ne compte plus que de rares partisans, repose sur un fait indéniable : c’est d’abord sous forme de tradition orale
qu'ont été transmis les souvenirs apostoliques sur la vie et l’enseignement de Jésus. L'Évangile, avant d’être écrit, a été prêché par les apôtres et les disciples du Seigneur, et il est très probable qu’il se forma très vite un type pour ainsi dire officiel de catéchèse, fixé dans ses grandes lignes, suivant un plan invariable, dont les discours de Pierre, et particulièrement le discours du chef des apôtres au centurion Corneille, Act., X, 34-43, nous donnent un raccourci. C’est de cet enseignement oral, gardé fidèlement dans la mémoire et comme stéréotypé, mais cependant diversifié pour répondre aux besoins particuliers des différents auditoires, que, d’après les tenants de l’hypothèse en examen, procéderaient directement les Synoptiques. Ceux-ci supposent volontiers, cf. E. Levesque, Nos quatre Évangiles, p. 26-30, que la catéchèse primitive aurait pris trois formes principales en trois milieux différents : Jérusalem, Rome, les Églises grecques. La catéchèse de Jérusalem, s’adressant à des Juifs, devait avant tout montrer en Jésus le Messie prédit par les prophètes et préciser les rapports entre son enseignement et la Loi mosaïque : c’est cette catéchèse qui aurait été fixée par écrit dans l’évangile de saint Matthieu, rédigé en araméen par cet apôtre, évangile dont le contenu et le caractère correspondent précisément aux nécessités de l’apostolat chrétien dans le milieu palestinien. A Rome, la prédication chrétienne, s’adressant surtout à des gentils, tout en gardant le même cadre et le même contenu essentiel, devait négliger ce qui était proprement juif et, fondant son apologétique sur les miracles accomplis par le Sauveur plutôt que sur l’accomplissement des prophéties messianiques, s’attacher à montrer en Jésus l’envoyé de Dieu, jouissant de pouvoirs divins : l’évangile de saint Marc, qui, selon les témoignages de l’antiquité ecclésiastique, reproduit la prédication romaine de Pierre, répond bien aux besoins de ce milieu. Enfin, dans le monde grec, la catéchèse élémentaire, prêchée par Paul à des auditoires mêlés de juifs et de gentils, avait dû prendre un caractère plus universel et présenter Jésus comme le Sauveur de tous : c’est bien là l’idée fondamentale de l’évangile de saint Luc, disciple de Paul.
Cette théorie — très simple — est, semble-t-il, trop simple pour s’adapter aux données complexes du problème synoptique. Elle rend assez bien compte des différences de fond et de forme que présentent les Synoptiques : omissions, transpositions, répétitions s’expliquent facilement par l’insuffisante fidélité de la mémoire, On remarquera pourtant que le système n’explique pas pourquoi la tradition orale qui a fourni le fonds commun aux trois Synoptiques a laissé en dehors une masse assez considérable de faits et de paroles, de même caractère, qui ont été ensuite recueillis par chacun des évangélistes dans les parties de leur œuvre qui leur sont propres, en particulier par Luc. Mais, surtout, ce dont l’hypothèse de la tradition orale ne peut rendre suffisamment compte, ce sont les ressemblances d’ordre dans la suite des développements et, surtout, les ressemblances de forme, allant parfois jusqu’à une identité presque littérale, que présentent les Synoptiques. Les défenseurs les plus récents de la théorie ont insisté sur le rôle que joue la mémoire chez les peuples qu’on ἃ appelés de style oral, parmi lesquels figurent les peuples de l’ancien Orient, et l’extraordinaire puissance mnémonique à laquelle ils peuvent arriver. Il n’est pas douteux en effet que, à l’époque évangélique, l’enseignement des rabbins était donné sans texte écrit et a été transmis oralement pendant longtemps avant la rédaction des compilations où il s’est conservé. On a aussi cru reconnaître dans les évangiles un élément rythmique, récits et discours for-
mant des strophes plus ou moins régulières, avec répé- |
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tition de mots et de formules facilitant le travail de la mémoire (théorie du R. P. Jousse, à laquelle peuvent être rattachés les essais de M. Loisy de traduction rythmée de tout le Nouveau Testament). Mais, sur ce dernier point, on doit faire de grandes réserves : si certaines paroles de Jésus présentent, en effet, ce caractère rythmé, il paraît tout à fait arbitraire de vouloir le retrouver dans les récits évangéliques. Comment expliquer d’ailleurs, dans cette hypothèse, que quelques-unes des paroles de Jésus, parmi les plus importantes et les plus caractéristiques, aient été rapportées par chacun des Synoptiques en des termes notablement différents (le Pater, les paroles de l’institution de l’eucharistie), alors que des détails accessoires, de simples formules de transition se retrouvent identiques dans les trois textes parallèles? Sans parler des quelques textes déjà signalés : le εἰ ait paralytico du récit de la guérison du paralytique, et l’incise : «que celui qui lit cela fasse attention », qui coupe le discours eschatologique, à la fois dans Matth., xx1v, 15, et dans Marc., ΧΠῚ, 14, lesquels supposent l’emprunt à une source écrite, il faut remarquer de plus que les ressemblances verbales relevées entre les trois Synoptiques apparaissent dans le texte grec des évangiles : est-il vraisemblable que, si le passage de la tradition araméenne primitive à la tradition grecque a été fait oralement, les mots semblables dans le texte araméen aient été toujours traduits par les mêmes expressions grecques ?
Ces remarques rendent tellement probable, pour ne pas dire certaine, l’existence de relations proprement littéraires entre les Synoptiques avec l’usage d’intermédiaires écrits entre la catéchèse orale primitive et la rédaction des évangiles, que même les défenseurs de l'hypothèse de la tradition orale sont obligés d’admettre qu’il a pu y avoir des notes écrites, des recueils partiels, fixant déjà la tradition orale, et qui auraient servi aux évangélistes, non précisément à titre de source, mais comme aide-mémoire. Cf. E. Levesque, Nos quatre évangiles, p. 47-48. L’existence de tels recueils n’est d’ailleurs pas une simple hypothèse, car c’est à des écrits de ce genre que fait sans doute allusion le prologue de Luc. Reste à savoir si ce complément rend la théorie de la tradition orale entièrement suffisante et si, en plus de l’utilisation de la tradition orale qui reste un des éléments essentiels de toute solution du problème synoptique, on ne doit pas supposer une dépendance littéraire entre les évangiles eux-mêmes, dépendance que les raisons les plus sérieuses semblent bien obliger à admettre, tout au moins entre Luc et Marc, ou bien l’emploi de sources communes.
20 Hypothèse de la dépendance mutuelle. — Elle suppose que les évangiles les plus récents ont utilisé leurs devanciers et, par suite, peut revêtir plusieurs formes, suivant l’ordre que l’on admet pour la composition des Synoptiques. L'hypothèse, soutenue dans l’antiquité par Clément d'Alexandrie, qui fait de Marc le plus récent des Synoptiques et le considère comme un résumé des deux autres, n’a plus de partisans : d’une part, elle est contraire à la tradition la plus ancienne qui fait de Marc un écho de la prédication de Pierre, d'autre part, elle est en désaccord avec le caractère d'originalité qu’on doit reconnaître à cet évangile. Deux ordres de succession possibles sont actuellement envisagés : l’un, qui fait de Marc le plus ancien des évangiles et la source commune de Luc et Matthieu, est une des bases de la théorie des deux sources qui sera discutée plus loin; l’autre est l’ordre traditionnel, Matthieu, Marc, Luc, qui entraîne, si l’on admet l’hypothèse de la dépendance mutuelle, que Marc aura pu utiliser Matthieu et que Luc, à son tour, aura profité de ses deux prédécesseurs.
1. La dépendance de Luc par rapport à Marc est aujourd’hui admise par la plupart des critiques et exégètes. Le principal argument en faveur de cette dépendance, c’est que, dans une partie considérable du troisième évangile (ce que le P. Lagrange appelle les sections marciennes, Luc., 1V,31-v1,19; vrrt, 14-1x, 50 ; x vi, 15xx1, 38), le contenu et l’ordre des péricopes sont les mêmes que dans Marc, avec seulement un tout petit nombre d’omissions, additions ou transpositions; la ressemblance de forme, bien que n'étant pas absolue, est également frappante dans ces sections et la conclusion à en tirer en faveur de l'influence de Marc sur Luc s'impose d’autant plus que, dans les parties propres à Luc, la présentation des faits est moins détaillée, moins vivante. Les différences de forme ne constitueraient une objection contre la dépendance littéraire de Luc, que si l’on supposait que l’auteur du troisième évangile était un simple rédacteur reproduisant servilement ses documents, tandis qu’il apparaît, dans l’ensemble de son œuvre, comme un véritable écrivain, ayant son but particulier, ses préoccupations propres, soit doctrinales, par quoi s'expliquent certaines omissions, soit littéraires (il émonde et corrige Marc, par souci de pureté du style). Cette méthode de Luc explique que, dans les sections de son évangile désignées par le P. Lagrange comme non-marciennes (les débuts du ministère public de Jésus d’une part, d’autre part les récits de la passion et de la résurrection), l’auteur du IIIe évangile paraisse plus indépendant de Marc (nombreuses additions, quelques omissions et transpositions); mais, en ces sections mêmes, l’ordre des péricopes est sensiblement identique et l’on discerne assez nettement que Luc s'attache toujours à Mare comme guide, bien qu’il le suive moins strictement pour faire place à d’autres sources ou traditions dont il disposait. L'hypothèse d’un Proto-Marc plus court, qui n’aurait pas contenu les passages du second évangile actuel manquant dans le troisième, n’aurait aussi de raison d’être que si Luc avait eu pour règle de suivre à peu près littéralement ses sources. Mais, malgré l'intention marquée au début de son évangile de donner un récit de la vie de Jésus plus complet et plus ordonné que ses devanciers, il n’était pas obligé d’utiliser tous les matériaux qui étaient à sa disposition : les exigences de son plan, la qualité des destinataires de son ouvrage et aussi certains scrupules d'ordre doctrinal (par exemple pour les passages de Marc n’intéressant que les Juifs, comme la mort de Jean-Baptiste, vi, 17-29, les questions de pureté légale, vrr, 1-23, celle de la répudiation, x, 2-12; ou les textes qui pouvaient paraître peu conciliables avec le caractère surhumain de Jésus, vir, 24-30, ou défavorables aux apôtres, x, 35-45) pouvaient l’engager à omettre certaines parties du texte de Marc, que dans l’ensemble il suivait. Il n’y ἃ donc pas lieu de supposer une première forme hypothétique, moins complète, du second évangile : rien n'empêche que ce soit le Marc actuel, qui ait été utilisé par Luc.
2. On est beaucoup moins d’accord sur les relations entre Luc et Matthieu. Le problème se pose non seulement pour les parties de ces évangiles qu'ils ont en commun avec Marc, mais surtout pour d’autres parties considérables, qui ne figurent pas dans Marc, et où tous deux marchent parallèlement, avec de notables ressemblances non seulement de fond, mais de forme. Il se complique du fait que, en d’autres parties, les divergences sont telles entre les deux évangélistes qu'il paraît difficile qu’ils se soient connus mutuellement : si, par exemple, Luc avait eu sous les yeux les récits de l’enfance de Jésus et les récits de la résurrection, tels qu’ils sont dans notre Ie évangile, il n'aurait pas rédigé, semble-t-il, les premiers et les derniers chapitres de son propre récit avec une si complète
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indépendance à l’égard de son devancier. Dans ces conditions, on serait assez porté à mettre sur le compte d’une tradition orale commune les ressemblances entre Matthieu et Luc. Et c’est la solution acceptée par plusieurs exégètes catholiques. Mais ces ressemblances sont cependant de telle nature que, sans pouvoir aboutir sur ce point à des conclusions certaines, on est porté à admettre, pour les expliquer, une dépendance littéraire des deux évangiles l’un par rapport à l’autre. En effet, à côté d’un certain nombre de passages où la ressemblance est moins étroite ou qui ont le caractère de sentences faciles à retenir de mémoire (cf. une liste de ces cas dans Lagrange, Évangile selon saint Luc, p. LXXIV), il en est d’autres où la tradition orale ne paraît pas suffisante (par exemple, Luc., x, 21-24 = Matth., x1, 25-27; Luc., x1, 33-36 = Matth., v, 15, vx, 22-23). Presque toujours il s’agit alors de paroles plutôt que de récits. Et ce qui donne à ces ressemblances verbales une portée plus grande, c’est qu’on a affaire à des groupements de sentences, qui se retrouvent identiques dans Matthieu et dans Luc, alors que la suite des idées n’imposait pas ces groupements : exemple caractéristique dans Luc., x11, 2-9— Matth., x, 26-34. Pour expliquer ces faits, les critiques partisans de la théorie des deux sources supposent que les rédacteurs du premier et du troisième évangile ont utilisé une source commune, qui serait un recueil de discours et sentences du Seigneur, peut-être les Logia attribués à Matthieu par Papias, ou plutôt une traduction grecque de ces Logia. Cette hypothèse étant incompatible avec l’authenticité (littéraire) du Matthieu canonique, les exégètes, qui ne veulent pas s’écarter sur ce point du sentiment traditionnel et qui, par conséquent, maintiennent l'identité substantielle du Matthieu grec avec l’évangile araméen de saint Matthieu, doivent recourir à d’autres hypothèses, telles que celle proposée par le P. Lagrange : « Si l’on veut tenir compte de tous les aspects de la situation, le mieux est peut-être de supposer que Luc n’a pas eu sous les yeux notre Matthieu canonique, mais qu’il en a connu au moins des extraits en grec, comprenant les discours, dans leur ordre actuel et tels qu’ils sont, sauf quelques retouches, dans le texte de Matthieu. » Évangile selon saint Luc, p. LXXXW.
3. La comparaison entre Matthieu et Marc fait ressortir les trois faits suivants : la matière contenue dans Mare se retrouve presque complètement dans Matthieu (les principales omissions sont : Marc., 1, 21-28; 1, 35-38; 1V, 26-29; var, 31-37; νι, 22-26; 1x, 38-40; xX11, 41-44); l’ordre des péricopes est à peu près constamment le même dans les deux évangiles, à partir de Matth., χιν, 1—Marc, vi, 14; il y a souvent identité verbale dans les passages parallèles.
Ces trois faits sont évidemment favorables à la dépendance littéraire d’un des évangiles par rapport à l’autre. Malgré le sentiment de saint Augustin et des anciens, malgré les raisons alléguées aujourd’hui encore par quelques partisans de la dépendance de Mare par rapport à Matthieu, cette hypothèse est peu vraisemblable, parce qu’elle se heurte à un fait frappant : le caractère des récits de Marc, beaucoup plus détaillés, concrets et vivants que les récits parallèles de Matthieu. On a bien pu tenter (par exemple M. Primo Vannutelli), à force d’ingéniosité, d'expliquer en tel ou tel cas particulier pourquoi et comment Marc aurait été amené à développer et concrétiser les narrations plus schématiques de Matthieu. Mais, si l’on regarde l’ensemble, on ne peut manquer de juger invraisemblable que Marc ait régulièrement ajouté la couleur et la vie au texte plus abstrait qui lui aurait servi de source. D'ailleurs l’ancienne tradition qui représente saint Marc comme l'interprète de saint Pierre dissuade d'admettre une dépendance littéraire étroite entre
notre second évangile et une source écrite constituant déjà un évangile, car elle semble bien ne lui assigner d’autre source que la prédication du chef des Apôtres.
Faut-il donc en conclure que Matthieu dépende littérairement de Marc? Il y a lieu ici de distinguer entre l’évangile araméen de saint Matthieu dont l'existence repose sur le témoignage de Papias, et notre premier évangile actuel, qui serait la traduction grecque de cet original araméen. A vrai dire, la plupart des critiques indépendants n'acceptent pas cette distinction : pour eux, notre [τ évangile n’est pas une traduction, mais un ouvrage original basé sur Marc d’une part, et un recueil de discours du Seigneur (théorie des deux sources). On discutera plus loin cette théorie, surtout au point de vue de l’étendue et du caractère de la seconde source qu’elle suppose. Mais, si l’on s’en tient à l’ancienne tradition ecclésiastique qui attribue à saint Matthieu la composition d’un premier évangile en araméen, on doit se demander si cet évangile dépendait de Marc, ou si du moins Marc a été utilisé par le traducteur grec. La première question n’a pas lieu de se poser, si l’on tient que le Matthieu araméen a été le premier de nos évangiles. Mais alors, comment expliquer la ressemblance de fond et d’ordre constatée entre Matthieu et Marc? C’est ici qu'on peut faire appel à la tradition orale, qui suffirait peut-être à expliquer cette ressemblance. Si en effet l’on admet, comme c’est vraisemblable, que saint Pierre a eu un rôle particulièrement important dans la fixation de la catéchèse primitive, en ce qui concerne le fond et le cadre des récits, Matthieu, qui s’appuie naturellement sur cette catéchèse, et Marc, qui reproduit la prédication de saint Pierre, peuvent s'être rencontrés sur le choix et l’ordre général des récits, sans que l’un ait connu et utilisé l’autre. Mais les ressemblances verbales ne peuvent s'expliquer de cette façon. Il faut supposer, pour en rendre compte, que le traducteur grec du premier évangile a eu sous les yeux le texte de Marc, et qu'il s’en est inspiré dans le choix des mots qu'il employait pour rendre en grec les expressions du texte araméen. Si l’on estime de plus que, comme les Septante l’ont fait pour certaines traductions de l’Ancien Testament, il a pu faire quelques additions et modifications à l’original qu’il traduisait et qu’il a pu pour cela puiser également dans Marc, on rendra compte de façon satisfaisante, semble-t-il, des relations qui apparaissent entre les deux premiers évangiles. — Sur les raisons qu’on tire des doublets, et des citations de l’Ancien Testament dans Matthieu pour établir une dépendance entre celui-ci et Marc, cf. art. MATTHIEU, t. x, col. 363-364.
3° Hypothèse des documents. — Les difficultés que soulève l'hypothèse de la dépendance mutuelle des évangiles et, d'autre part, la nécessité qui s'impose de maintenir entre eux des relations proprement littéraires ont conduit à l'hypothèse documentaire, qui explique les ressemblances des Synoptiques par l’emploi de sources communes.
1. La théorie des deux sources. — La forme la plus répandue de cette hypothèse est la théorie des deux sources, déjà signalée, d’après laquelle Luc et Matthieu auraient utilisé deux sources communes : l’une, qui serait notre Marc canonique ou une forme peu différente de cet évangile, l’autre qui serait un recueil de discours du Seigneur, comprenant peut-être aussi quelques récits. La dépendance par rapport à Marc de Luc et de Matthieu, tout au moins du texte grec actuel du I évangile, étant assez généralement reconnue, c’est sur l’existence et le caractère de la seconde source (Q) que porte surtout la discussion. Certains identifient ce document hypothétique avec les Logia dont parle Papias comme étant l’œuvre de saint Matthieu
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et expliquent l'attribution de notre premier évangile à cet apôtre précisément par le fait que son rédacteur aurait inséré dans son récit, à côté des parties empruntées à Marc, tout le contenu, traduit de l’araméen, des Logia de Matthieu. D’autres, par contre, n'accordent aucune valeur au témoignage de Papias et n’admettent aucune relation entre la source Q et l’apôtre Matthieu. Ils concluent à l’existence de ce document, du fait de l'existence, dans les passages parallèles de Matthieu et de Luc qui ne figurent pas dans Marc, de fréquentes ressemblances de fond et de forme, ressemblances telles, qu’elles semblent exiger, à défaut de la dépendance directe d’un évangile par rapport à l’autre, l’utilisation d’une source commune.
Cette théorie, même dans le cas où l’on identifie Q avec les Logia de saint Matthieu, a l’inconvénient de ne pas s’accorder avec l’ancienne tradition. — Cette tradition est-elle, d’ailleurs, aussi solide qu’on le prétend? — Mais, en dehors de cette raison, et sans entrer dans les difficultés de détail que cette hypothèse soulève, on peut faire valoir contre elle quelques objections d'ordre général. Invraisemblance, souligne le P. Lagrange (Comm. de saint Luc, Ὁ. LXXXV), de ces deux évangiles, Matthieu et Luc, composés d’après les deux mêmes sources, et cependant si différents! Et, si notre premier évangile est le résultat de la fusion de deux documents par un rédacteur, qui aurait fait simplement œuvre de compilateur, comment en expliquer l’unité profonde, la méthode de composition si particulière, avec des groupements fondés, à la manière juive, sur des combinaisons de nombres? Cf. art. MaT- THIEU, t. x, col. 365-366? D'autre part, la source Ὁ, au cas où, comme on le suppose généralement, elle n’était pas un simple recueil de sentences, mais comprenait aussi quelques récits, n’aurait-elle pas été quelque chose d’informe, une sorte de monstre, a-t-on dit, si elle n'avait déjà constitué un véritable évangile comprenant tout l’ensemble de la prédication de Jésus, avec sa mort et sa résurrection? Mais, si c'était déjà un évangile, pourquoi ne pas y voir tout simplement l’évangile araméen de saint Matthieu, qui pourrait avoir été retouché en quelque mesure et complété par le traducteur grec, sans que le texte définitif du premier évangile cessât d’être substantiellement identique à l'écrit original de l’apôtre Matthieu?
2. La théorie des «écrits fragmentaires ». — Une autre forme de la théorie documentaire est celle qui, reprenant l’hypothèse des diégèses de Schleiermacher, suppose à la base de nos évangiles un nombre plus ou moins considérable d’écrits fragmentaires, dans lesquels aurait commencé à se fixer la tradition orale. Cette hypothèse contient certainement une large part de vérité. Il est très vraisemblable, en effet, que, pour les besoins de la catéchèse, on ait commencé par rédiger de petits livrets, recueil de paroles de Jésus, recueil de miracles, peut-être recueil de prophéties messianiques appliquées au Christ, qui auront disparu quand on eut à sa disposition des récits complets de la vie et de la prédication du Sauveur, mais dont l’usage par les évangélistes permet d’expliquer certaines données du problème synoptique.
L'hypothèse a d’ailleurs un fondement traditionnel dans l’assertion de saint Luc qui fait allusion, dans le prologue de son évangile, à des écrits de ce genre. La faiblesse de la théorie, c’est que ces sources fragmentaires, si on en peut supposer l’existence avec grande probabilité, on n’a aucun moyen de les reconstituer, de sorte que cette hypothèse ne peut aider beaucoup à préciser les particularités de composition et les relations des Synoptiques et qu’elle ne peut être, comme l’utilisation de la tradition orale elle-même,
qu’un élément de la solution complète du problème synoptique. Elle peut expliquer en particulier l’existence dans le IIIe évangile de morceaux considérables groupés principalement dans une section spéciale de cet évangile (Luc., 1x, 51-xvin1, 19), qui n’ont de parallèles ni dans Matthieu, ni dans Marc. Un certain nombre de critiques estiment que ces morceaux étaient déjà réunis dans un document utilisé par Luc et que les deux autres Synoptiques n’auraient pas eu à leur disposition. Mais ces morceaux ne présentent pas un caractère d’homogénéité et, d’autre part, le cadre historique dans lequel ils sont disposés est assez vague. Il est donc plus probable que Luc a groupé dans cette section des traditions qu’il avait recueillies de divers côtés, traditions orales sans doute, mais aussi traditions déjà fixées dans des écrits fragmentaires, comme cela apparaît sûrement dans son récit de l’enfance de Jésus, qui suppose à sa base une source araméenne traduite en grec.
IV. CoxcLusIons. — De l’exposé du fait synoptique et de la discussion sommaire des principales hypothèses proposées pour en rendre compte, de la variété même des solutions et de la complexité de certaines d’entre elles, il apparaît nettement que le problème ne peut être considéré comme résolu d’une façon complète et définitive : les éléments de solution ont été dégagés et bien mis en lumière, mais chaque système se heurte encore à certaines objections et, dans le détail, laisse subsister des difficultés qui constituent parfois de véritables énigmes. On peut cependant dégager quelques conclusions générales importantes et suffisamment assurées quant au caractère des évangiles synoptiques et quant à la nature et à la valeur des informations qu’ils nous fournissent sur la vie et la doctrine de Jésus.
1° Les Synoptiques doivent être considérés comme l’œuvre de véritables écrivains et non comme celle de compilateurs qui se seraient contentés de faire une mosaïque d'éléments empruntés à des sources diverses et plus ou moins adroitement juxtaposés : ces éléments ont été fondus par les auteurs dans un ensemble nettement homogène. Chaque évangéliste a ordonné les matériaux dont il disposait selon un plan déterminé, en les adaptant au but particulier qu’il visait et à la nature des destinataires de son œuvre. On ne peut donc prétendre faire l’analyse des Synoptiques, comme on fait l’analyse de certains livres de l’Ancien Testament de caractère nettement composite, où les éléments empruntés à des sources diverses sont juxtaposés plutôt que fondus. Il ne faudrait pas non plus trop presser l’analogie qu’on ἃ tenté d'établir entre l’élaboration de la tradition évangélique dans les Synoptiques et la fixation de la tradition franciscaine dans les premiers écrits consacrés au saint d’Assise. Cf. L. de Grandmaison, Jésus-Christ, t. 1, p. 44-47. Même l’évangile de Mare, celui dont l'unité interne est le moins apparente, est tout autre chose qu’une collection d’épisodes, rangés dans un ordre vaguement chronologique : c’est avant tout, comme les autres évangiles, une catéchèse, où une préoccupation didactique et apologétique domine l’ensemble de la composition et en assure l’unité.
20 Quant aux éléments traditionneis qui sont entrés dans la trame des évangiles, on ne saurait admettre, comme le soutient toute une école récente de critiques, qu’ils aient été l’œuvre anonyme d'une collectivité, de la communauté chrétienne primitive. Qu'il ait pu y avoir, sous l'influence de besoins apologétiques ou cultuels, une certaine amplification des données premières de la tradition, on ne saurait le nier absolument, du point de vue de la pure critique historique; encore faut-il en apporter la preuve dans chaque cas particulier. Mais la part essentielle dans l’origine et le dévelop-
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pement de la tradition évangélique doit avoir appartenu à ceux qui avaient été les témoins de l'Évangile, aux apôtres et aux premiers disciples, comme cela ressort nettement du prologue de Luc : « Puisque plusieurs ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le début, ont élé témoins oculaires el ministres de la parole... » Et parmi ces témoins oculaires, devenus ministres de la parole, celui qui était le chef des Douze, Pierre, dut avoir un rôle prépondérant dans la fixation du noyau de récits et d’enseignements qui devait faire le fonds de la prédication évangélique. Ce fonds primitif, conservé fidèlement par transmission orale d’abord, puis par sa fixation en écrits fragmentaires, constitue la matière commune des Synoptiques, complétée par d’autres traditions remontant aussi sans doute à quelqu’un des témoins oculaires de la vie du Christ. Par les Synoptiques nous sommes ainsi en contact avec les souvenirs que les disciples immédiats de Jésus avaient gardés des actes et des enseignements de leur Maître. Souvenirs incomplets, certes, et qui n’ont jamais prétendu faire connaître tout ce que Jésus avait fait et avait dit, qui par conséquent ne permettent pas d'écrire une véritable histoire du Sauveur, au sens où l’on entend aujourd’hui l’histoire, mais, comme le dit le P. Lagrange, « d’une telle valeur comme reflet de la vie et de la doctrine de Jésus, d’une telle sincérité, d’une telle beauté que toute tentative de faire revivre le Christ s’efface devant leur parole inspirée ». L’Évangile de Jésus-Christ, p. vi.
On n'’indiquera ni les ouvrages généraux sur l’Introduction au Nouveau Testament, ni les Commentaires des Synoptiques, soit séparés, soit réunis, mais seulement les études générales ou particulières sur le problème.
I. SYNOPSES. — 1° Catholiques. — J. Bruneau, Harmony of the Gospels, New-York, 1898 (texte évangélique de The Douay Version); J. Verdunoy, L'Évangile, Synopse, Paris, 1907 (version française du texte grec); A. Brassac, Nova Evangeliorum Synopsis, Paris, 1913; A. Camerlynck, Synopsis juxta vulgatam editionem, Bruges, 1908 (45 édition par H. Coppieters, 1932); M. J. Lagrange, Synopsis evangelica græce, Barcelone et Paris, 1926 (édition en trad. française par C. Lavergne, Paris, 1927); P. Vannutelli, Gli Evangeli in sinossi, Turin-Rome, 1931; Sinossi degli Evangeli, Rome,
20 Non-catholiques. — Tischendorf, Synopsis evangelica, Leipzig, 1851; W.-G. Ruhsbrooke, Synopticon, Londres, 1880; A. Huck, Synopse der drei ersten Evangelien, Fribourg-en-B., 1892 (8° édition par H. Lietzmann, Tubingue); A. Wright, À Synopsis of the Gospels in Greek, Londres, 1896; R. Heineke, Synopse der drei ersten kanonischen Evangelien, Giessen, 1898; E. Morel et G. Chastand, Concordance des Évangiles synoptiques, Lausanne, 1902; W. Larfeld, Griechische Synopse, Tubingue, 1911; E. de Witt, Burton et E.-J. Goodspead, À Harmony of the Synoptic Gospels in Greek, Chicago, 1920; J. Weiss et R. Schütz, Synoptische T'afeln zu den drei aelteren Evangelien, Giessen, 1920. ;
IT. OUVRAGES GÉNÉRAUX ET ÉTUDES PARTICULIÈRES SUR LES SYNOPTIQUES ET LEURS RELATIONS MUTUELLES. 1° Catholiques. — G. Bonaccorsi, I tre primi Vangeli e la Critica lilteraria ossia la Questlione sinottica, Monza, 1904; E. Jacquier, Les Évangiles synoptiques (t. 11 de l'Histoire des livres du Nouveau Testament, Paris, 1905); F.-E, Gigot, Studies of the Synoptics, dans New-York Review, 1906-1907; E. Mangenot, Les Évangiles synoptiques, Paris, 1911; B. Boncamp, Zur Evangelienfrage, Munster, 1909; L. Méchineau, 1 Vangeli di S. Marco e di S. Luca e la Questione sinottica secondo li riposte della Commissione Biblica, Rome, 1913; P. Dausch, Die synoptische Frage, dans Biblische Zeitfragen, Munster, 1914; le même, Die Zweiquellentheorie, dans Biblische Zeitfragen, 1915; le même, Die drei aelteren Evangelien, Bonn, 1916; T. Soiron, Die Logia Jesu, Munster, 1916; H. Cladder, Unsere Evangelien, Fribourg, 1919; E. Levesque, Nos quatre Évangiles, Paris, 1923; J.-M.Vosté, De Synopticorum mulua relatione et dependentia, Rome, 1928; L. de Grandmaison, Jésus-Christ,t.1, p. 91-118, Paris,
1928; J. Huby, Autour de la question synoptique, dans Recherches de science religieuse, 1924, p. 78-94; le même, L'Évangile et les Évangiles, Paris, 1928; P. Vannutelli, De evangeliorum origine, Rome, 1923; le même, Quæstiones de synoplicis evangeliis, Rome, 1933; le même, Synoplica, Commentarii trimestres, depuis 1936; Dom J. Chapman, Matthew, Mark and Luke, À study in the order and interrelation of the Synoptik-Gospels, Londres, 1937.
2° Non-catholiques. — J. Hawkins, Horæ Synopticæ, Oxford, 1899; P. Wernle, Die synoptische Frage, Fribourg-en- B., 1900; C. Weiszaecker, Untersuchungen über die evangelische Geschichte, ihre Quellen und den Gang ihrer Entwickelung, Tubingue, 1901; J. Wellhaussen, Einleitung in die drei ersten Evangelien, Berlin, 1905; Ε΄ Nicolardot, Les procédés de rédaction des trois premiers évangélistes, Paris, 1908; B. Weiss, Die Quellen der synoptischen Ueberlieferung, Leipzig, 1908; A. Harnack, Sprüche und Reden Jesu, Leipzig, 1907; N.-H. Stanton, The synoptic Gospels (part. II de The Gospels as historical Documents), Cambridge, 1909; Studies in the synoptic Problem, edited by W. Sanday, Oxford, 1911; M. Goguel, Les Évangiles synoptiques (t. x de l’Introduction au Nouveau Testament, Paris, 1923); W. Bussmann, Synoptische Studien, 1-IIT, Halle, 1925-1931; W. Larfeld, Die neutestamentlichen Evangelien in üihrer Eïigenart und Abhängigkeit, Gütersloh, 1925; B.-H. Streeter, The four Gospels, Londres, 1926; J.-H. Ropes, The synoptic Gospels, Cambridge, 1934.
M. VENARD.
SYRIENNE (ÉQLISE).— I. Généralités. II. La sainte Écriture (col. 3018). III. La tradition et les symboles (col. 3019). IV. Le droit canonique (col. 3021). V. La liturgie (col. 3024). VI. Les théologiens (col. 3028). VII. La dogmatique (col. 3031). VIII. La théologie sacramentaire (col. 3047). IX. L’organisation (col. 3070). X. Coutumes particulières (col. 3084).
I. GÉNÉRALITÉS. — Couramment l'appellation d'Église syrienne s’applique à l’Église syriaque catholique, l’une des Églises syriennes existant de nos jours. En effet, on dénomme syriens non seulement tous ceux qui habitent la Syrie, mais encore ceux dont le rite emploie la langue syriaque : ainsi les syriens orientaux sont d’une part les nestoriens ou assyriens et d’autre part les chaldéens passés au catholicisme. Cf. art. NESTORIENNE (Église), t. Χι, col. 157-323. Les Maronites sont des syriens occidentaux ayant une organisation spéciale et indépendante. L’article MARONITE (Église), t. x, col. 1-142, a retracé leur histoire et leur organisation. Les luttes christologiques ont divisé très tôt l’Église de Syrie et sa métropole Antioche. Cette question si complexe a été traitée dans différents articles de ce dictionnaire. Pour une vue d’ensemble sur le christianisme aux premiers siècles et les schismes qui ont déchiré la Syrie, voir art. AN- TIOCHE, t. 1, Col. 1433-1435. C’est pourquoi des patriarches se sont succédé à Antioche, tantôt unis à Rome et tantôt séparés d’elle jusqu'à l’établissement de plusieurs hiérarchies distinctes et juxtaposées, en lutte les unes avec les autres. Finalement le gros de l'Église d’Antioche a passé au monophysisme et a trouvé dans la langue syriaque une protection pour son autonomie. Cette dissidence est proprement l'Église jacobite. A partir du xviie siècle des groupements jacobites se sont convertis et ont eu une organisation et un patriarche soumis à la juridiction du Saint-Siège.
Ceci explique comment plusieurs patriarches se disent patriarches d’Antioche et de tout l’Orient : le patriarche maronite; le patriarche grec orthodoxe, cf. art. ANTIOCHE, t. 1, col. 1399; le patriarche grec melkite ou catholique, ibid., col. 1416-1420; 16 patriarche latin, ibid., col. 1420-1425; le patriarche jacobite qui est à la tête des syriens occidentaux ou syriens orthodoxes comme ils se nomment (on les appelle encore syriens monophysites, ibid., col. 1425- 1430); enfin le patriarche syrien catholique qui pré-