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SYRIENNE (ÉGLISE). TRADITION ET SYMBOLES

de foi formulée, sous l'inspiration du Saint-Esprit, par le concile des trois cent dix-huit saints Pères réunis à Nicée et envoyée à toutes les Églises sous le firmament. » Selon lui, le concile dûment convoqué et réuni agit sous l'inspiration du Saint-Esprit. Il poursuit en condamnant particulièrement comme hérétiques le concile de Chalcédoine et la lettre du pape Léon. Cf. Nau, Les canons et les résolutions canoniques, Paris, 1906, p. 21.

Les jacobites ne reconnaissent comme conciles œcuméniques que les trois premiers. Les conciles, disent-ils, ont été convoqués et réunis selon l’ordre du Seigneur et c’est l’Esprit-Saint qui ἃ guidé les Pères dans leurs décisions et dans la profession de foi qu'ils ont composée. Aussi les évêques réunis à Antioche déclaraient-ils avoir reçu des Pères, la foi de l’Église apprise des Livres (saints) et des apôtres. Puis ils citent le symbole de la foi qui a été formulée par les Pères de Nicée; cf. Rev. de l’Or. chrét., t. x1v, 1909,

29 Les symboles. — La tradition s’est condensée dans les symboles et les professions de foi des conciles et des Pères de l’Église.

1. Symbole de foi. — Avant les jacobites, l’Église de Syrie a eu une influence particulière sur la formation du symbole de la foi. Voir ce qui a été dit à l’art. APOTRES (Symbole des), t. 1, col. 1668-1670, 1676-

Depuis sa séparation, l’Église jacobite a gardé l’usage de réciter le symbole de Nicée-Constantinople dans le culte et spécialement à la liturgie de la messe et de l’office divin. Jean de Tella, op. cit., avertiss. XVII, p. 27, demande que le symbole soit récité à haute voix par l’assemblée réunie, les dimanches et jours de fête, dans la sainte liturgie eucharistique, après que les portes de l’Église auront été fermées. Le peuple entier devra le faire également le vendredi saint et le jour de Pâques. Denys Bar Salibi, dans son Exposilio liturgiæ, commente le symbole de Nicée- Constantinople. Les fidèles doivent commencer chacun sa profession disant : « je crois », tandis que le célébrant, représentant des fidèles, dira au nom de tous, au pluriel, « nous croyons ». L'écrivain explique ensuite pourquoi le concile de Constantinople a introduit dans le symbole de Nicée une petite formule à propos du Saint-Esprit. Enfin il commente rapidement le symbole en théologien jacobite, condamnant Arius, Nestorius, Macédonius, Apollinaire, les chalcédoniens et même Eutychès. Cf. Trad. Labourt, dans Corpus elc., Script. syri, série II, t. χα, p. 55-60. Dans l’Ordo baptismi, on exige de la personne qui se prépare au baptême la récitation du symbole; le parrain remplit ce rôle à la place des enfants. Cf. H. Denzinger, Ritus orientalium, Wurtzbourg, 1863-1864, t. x, p. 273, 283, 292, 298, 305, 312, 321.

2. Professions de foi. — Pour l’ordre, la pénitence et l’extrême-onction, une profession de foi, de forme assez variable, est récitée par le ministre du sacrement et reprise par le sujet ou bien par ce dernier seulement ; cf., dans Rev. Or. chrét., t. XVII, p. 324-327, une profession de foi jacobite adressée par l’évêque aux ordinands; Denzinger, op. cil., t. 11, p. 103 sq., donne les recommandations faites par l’évêque aux ordinands ainsi qu’une profession de foi où sont énumérés les conciles et les Pères qui ont lutté pour la conservation de la foi depuis l’âge apostolique.

3. Lettres synodiques. — Outre les symboles proprement dits, on rencontre des professions de foi faites dans les conciles particuliers; ainsi celui d’Antioche, tenu vers 341, expose la foi dans une lettre envoyée à Alexandre, évêque de Byzance; cf. Rev. Or. chrét., t. χιν, 1909, p. 14-15. On trouve aussi les lettres synodiques que les patriarches jacobites d’Antioche en-

voyaient, à l’occasion de leur élévation, aux patriarches coptes d'Alexandrie. Ces lettres constituent une vraie profession de leur foi monophysite. J.-B. Chabot en a réuni un certain nombre et les a traduites en latin dans Corpus etc., Script. syri, série IT, t. XXXVII, Documenta, Louvain, 1933. F. Nau a publié, dans Rev. Or. chrét., t. xvir, 1912, p. 145-198, le texte syriaque et la traduction française d’une lettre du patriarche jacobite Jean X, appelé Bar Schouchan (1064, ἡ 1073). C’est un long exposé de la foi de l'Église syriaque jacobite et de certaines pratiques qui lui sont propres. Assémani dans sa Bibl. orient., €. τι, p. 276-277, a donné en grande partie le texte et la traduction de la profession de foi de Barhebræus. Voir une autre profession de foi jacobite dans P. G., t. cxxxun1, col. 279-286. Avec ces lettres on s’éloigne des formules stéréotypées et rigoureuses. Jamais il ne sera admis, après le concile de Constantinople que l'on puisse insérer aucune nouvelle formule au symbole. Au contraire dans les professions libres toute latitude est laissée. ”

IV. LE DROIT CANONIQUE. — 10 Chez les jacobites. — Avant la séparation de l’Église jacobite, le patriarcat d’Antioche avait sa législation propre basée sur les trois premiers conciles œcuméniques, les anciens conciles particuliers, les canons des apôtres, les écrits des Pères et la coutume.

Parmi les écrits pseudo-apostoliques d’origine syrienne, citons la Didachè, la Didascalie des douze apôtres, la Didascalie de l’apôtre Addaï, les canons pseudo-apostoliques sur les empêchements de mariage, l’Octateuque de Clément ; cf. F. Nau, La version syriaque de l’Octateuque de Clément, trad. française, Paris, 1913, parue d’abord dans le Canoniste contemporain, juillet 1907-mars 1913; La Didascalie des douze apôtres, Paris, 1912, 2e éd.

Les jacobites, bien que condamnant le concile de Chalcédoine, ont reçu dans leur législation canonique les 27 premiers canons édictés par ce concile. Nous devons y ajouter les canons pénitentiels envoyés par les évêques d'Italie aux évêques d'Orient et d’autres promulgués par les évêques assemblés à Antioche. Cf. F. Nau, Concile d’Antioche, lettres d’Italie, canons des « Saints Pères » de Philoxène, de Théodose, d’Anthime, d’Athanase, etc., Paris, 1909, trad. française. H. Denzinger donne encore plusieurs listes de canons pénitentiels (une est attribuée à Jacques Bar Salibi), Rilus orientalium, t. 1, p. 475-500.

Les écrits de certains Pères de l’Église syrienne qui ont précédé le schisme ont eu une influence sur le droit canonique syrien; il faut citer : Aphraate, voir ici, t. 1, col. 1457-1463, saint Éphrem (+ 373), t. v, col. 188-193, et surtout Rabboula ( 435), t. xx11, col. 1626. De l’époque jacobite, il faut mentionner Philoxène de Mabboug (Τ 523), voir t. x11, col. 1509; Jean Bar Cursus, évêque de Tella de Mauzalat (Constantine), ou plus simplement Jean de Tella (f 538) qui composa deux petits ouvrages Avertissements et préceptes, sous forme de canons adressés aux clercs et des questions relatives à divers sujets, adressées par le prêtre Sergius à Jean de Tella (cf. J. Assémani, Bibl. orient., τ. 11, p. 54; Lamy, Dissertatio de Syrorum fide et disciplina in re eucharistica, Louvain, 1859, p. 62-79, a publié le second ouvrage; Kuberczyk a édité les Canones Joannis Bar-Cursus, Leipzig, 1901); Cyriaque, évêque d’Amid (+ 623); Georges, évêque des Arabes (Τ 724), cf. V. Ryssel, Georgs des Araberbischofs Gedichte und Briefe, Leipzig, 1891, p. 145, 233 sq.; Simon, métropolite de Rivardeschir, cf. Assémani, op. cit., t. 111 a, p. 279. — Jacques d’Édesse (+ 708) fit d’inutiles efforts pour remettre en vigueur les anciens canons ecclésiastiques. Parmi ses canons, quelques-uns sont rédigés sous forme de réponses au prêtre

SYRIENNE (ÉGLISE). DROIT CANONIQUE

Addaï; ils ont été utilisés par Barhebræus dans son Nomocanon. Jacques est encore l’auteur d’un traité sur les degrés de parenté qui constituent un empêchement au mariage (cf. P. Lagarde, Reliquiæ juris ecclesiastici anliquissimæ, en syriaque, Leipzig, 1856, Ρ. 117-134; Lamy, op. cit., p. 98-171, et C. Kayser, Die Kanones Jacobs von Edessa übersetzt und erlaütert, Leipzig, 1886, voir l’art. JACQUES D'ÉDESSE, t. ΠῚ, col. 286-291, et Rubens-Duval, Littérature syriaque, p. 170 et 374 sq.).

Citons encore les patriarches d’Antioche : Cyriaque (f 817), Jean III (1 873), et Théodose (+ 895), cf. F. Nau, Les canons et les résolutions canoniques de Rabboula, Jean de Tella, Cyriaque d’'Amid, Jacques d'Édesse, Georges des Arabes, Cyriaque d’Antioche, Jean III et Théodose et les canons des Perses, trad. française, Paris, 1906, parus dans le Canoniste contemporain, juillet 1903-janvier 1906. Au cours de l’art., quand nous citons simplement Nau, c’est à cet ouvrage que nous renvoyons.

Les écrits canoniques de Jean X ou Jésu Bar Schouchan ( 1072) sont encore manuscrits, cf. Rubens-Duval, op. cil., p. 171 sq. Il est l’auteur de vingt-quatre canons qu'il écrivit pour le clergé; cf. Baumstark, Gesch. der syr. Lileratur, p. 292. On trouvera dans cet ouvrage de plus amples renseignements sur les écrits canoniques qui n’ont pas été publiés.

Au 1x° siècle, on a traduit en syriaque certains conciles, des pénitentiels de l’Église byzantine et des lettres canoniques de quelques Pères grecs; cf. Baumstark, op. cit., p. 262-263. Bar Salibi (f 1171) a compilé lui aussi une collection comprenant des canons tirés des synodes, des canons pénitentiels et des extraits canoniques des Pères grecs. Cf. op. cit., p. 297 et ici, t. ΝΠ, Col. 284.

Un grand historien, le patriarche jacobite Michel le Syrien, dit le Grand (f 1199), contribua aussi à la formation du droit canonique de son Église, cf. ici t. x, col. 1711-1719. Les canons qu’il édicta de sa propre autorité ou en assemblée synodale ont passé dans le Nomocanon de Barhebræus. Il revisa le rituel et le pontifical jacobite.

Une partie considérable de ces canonistes est encore inédite; mais elle a été utilisée par Grégoire Aboul Farage, appelé Barhebræus (1 1286), qui écrivit Le livre des directions ou Nomocanon. Les chefs hiérarchiques étant les juges ordinaires de leurs ressortissants, tant au civil qu’au religieux, l’auteur a inséré dans son ouvrage la loi religieuse et la loi civile. Il utilisa les trois premiers conciles œcuméniques, les anciens conciles particuliers, les synodes de son Église, les canonistes qui l’ont devancé, les coutumes locales et la loi civile et musulmane faisant appel surtout à Al-Gazali; cf. A. Nallino, 11 diritto musulmano nel nomocanone siriaco crisliano di Barhebreo, dans Rivista degli studi orientali, t. 1x, 1921, p. 512-580, et Ancora, il libro siro-romano di dirilto ὁ Barhebreo, ibid., t. x, 1923, p. 78-86. Il s’efforça de donner une compilation canonique systématique et cohérente. Pour ce faire, il n’hésita pas à abréger certains canons, à en fondre d’autres pour résoudre les discordances et donner un essai de conciliation d’antinomies juridiques; il y ajouta des éclaircissements personnels. L'autorité de cet ouvrage devint si grande qu'il laissa dans l’oubli les anciens canonistes et il est considéré jusqu’à présent par l’Église syriaque jacobite comme la somme de ses lois, son « Corpus juris », cf. C. de Clercq, art. Bar Hebræus (Nomocanon de) dans le Dictionn. de droit canonique, t. 11, Paris, 1935, col. 204. Outre cet ouvrage, Barhebræus en a écrit deux autres qui peuvent intéresser le droit canonique : l'Ethicon seu moralia et le Liber columbæ seu directorium

monachorum. Bedjan les a édités à Paris en 1898, et G. Cardahi ἃ donné aussi une édition du second, à Rome également, en 1898. Voir ici art. BAR-HEBRÆUS, t. 11, col. 404 sq., et J. Riccioti, dans Codificazione canonica orientale, fasc. 8, p. 128 sq. Le texte syriaque du Nomocanon a été publié par Bedjan, Paris, 1898; (Au cours de l’art., quand nous citons simplement Bedjan, c’est à cette édition du Nomocanon que nous renvoyons.) Dès 1838, Maï a publié la traduction latine faite par Al. Assémani, dans Script. veler. nova collec- Lio, t. x δ, Rome, 1838.

Depuis Barhebræus, l’Église jacobite a tenu plu-

sieurs synodes qui se sont occupés le plus souvent de |

l’élection du patriarche ou bien encore de certaines résolutions purement disciplinaires. D’après la revue Al-Hikmat, 1930, p. 385-392, 512, le synode qui a précédé l’assemblée de 1930 est celui de Hetakh (1523). Les actes du synode de 1930 sont les seuls publiés à notre connaissance. Cf. texte dans ladite revue, année 1930, p. 513-555. Les séances ont eu lieu du 11 au 25 octobre 1930, v. 5. (24 octobre-8 novembre 1930, n. v.). Ses principales décisions portent sur la création d’un séminaire, d’un nouveau diocèse, l’unification de la liturgie, et l’impression des livres liturgiques après approbation du patriarche, la censure préalable des écrits traitant des questions religieuses, la révision des règles monastiques. Ce concile autorise les Églises des deux Amériques à suivre le calendrier local (grégorien), excepté pour la fête de Pâques; il interdit aux moines de desservir les paroisses, et réglemente les institutions laïques pour la gestion des fondations pieuses (Majlis Milli). Ces mêmes institutions auront une certaine part dans l'élection du patriarche, elles donneront les avis des laïques et des prêtres à l’évêque du diocèse avant son entrée au synode électoral et recueilleront sous l’autorité du vicaire patriarcal les avis du clergé et des fidèles pour l'élection du nouvel évêque du diocèse. Elles auront à s’occuper, avec l’évêque du diocèse, de la nomination et de la mutation des curés et des diacres destinés au diocèse ainsi que des gérants des biens des églises. Loc. cit., p. 525.

Le dernier synode en date s’est réuni à Homs, en 1932, pour l'élection du patriarche actuel. Ses actes n’ont pas été publiés; on ἃ pu savoir qu'il ἃ introduit quelques changements dans les circonscriptions ecclésiastiques et transféré le siège patriarcal à Homs.

20 Chez les syriens catholiques. — Ceux-ci ont réuni les lois générales de l’Église édictées par les souverains pontifes ou les conciles œcuméniques et aussi les coutumes de leur rite dans le concile tenu en 1888 au séminaire de Charfé. Le texte latin a été édité en 1896 par les soins de la 5. Congrégation de la Propagande, à Rome, sous ce titre : Synodus Sciarfensis Syrorum in monte Libano celebrala anno MDCCCLXXX VIII. Il comprend 19 chapitres et traite de tout le droit de l'Église syriaque catholique. Beaucoup de questions ont été réglées suivant les décisions du concile de Trente et les Pères du synode se sont inspirés du texte du concile libanais de 1736.

Commencé le 22 juillet 1888, ce concile provincial se termina, après neuf séances, le 13 octobre de la même année, au temps du patriarche syriaque Ignace Georges Schelhot. Mgr Louis Piavi, délégué apostolique en Syrie présida les séances au nom de Léon XIII et, le 28 mars 1896, une approbation in forma communi fut donnée aux actes du concile : cf. Décret de la S. Congrégation de la Propagande pro negoliis ritus orientalis : « Quo majus Ecclesiæ syriacæ » du 28 mars

Six autres synodes ont été tenus à Charfé pour l'élection de patriarches; cf. P. de Tarrazi, La Perle ou histoire du monastère de Charfé, manuscrit arabe

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