SYRIENNE (ÉGLISE). THÉOLOGIENS
Le jeûne de Ninive dure trois jours : les lundi, mardi et mercredi de la troisième semaine avant le grand carême. Autrefois du temps de saint Éphrem, il durait six jours et n’était prescrit que pour des circonstances extraordinaires. Les nestoriens le pratiquent et l’appellent le jeûne des vierges, les coptes, le jeûne de Jonas, les arméniens, le jeûne de Sorbe et Serge; cf. revue Al-Hikmat, 1930, p. 62 sq.; Nilles, op. cit., t. 11, p. 645 sq.; Synodus Sciarfensis Syrorum, p. 60; Bedjan, p. 57.
Les trois autres jeûnes ne sont plus actuellement que des jours d’abstinence. C’est dans les monastères qu'ils ont eu leur origine. La coutume a voulu les imposer aux fidèles, mais avec beaucoup d’adoucissement. Le jeûne de Noël commençait le 15 novembre et se terminait le soir du 24 décembre (encore observé par les moines), mais il a été réduit à 15 jours en Occident (Antioche), 25 en Orient (Mésopotamie). Celui des apôtres allait du lundi après les fêtes de la Pentecôte jusqu’à la fête des saints Pierre et Paul, 29 juin pour les jacobites. Les catholiques, d’après le synode de Charfé, le commencent le 16 juin. Le jeûne de la Vierge commence le 1 août et finit le soir du 14. Cf. Bedjan, p. 56 sq. De fait les catholiques les réduisent à 9 jours avant Noël, à 8 jours avant la fête de l’Assomption et à 4 jours avant la fête des saints Pierre et Paul.
Les mercredis et vendredis, sauf de Pâques à la Pentecôte et de Noël à l’Épiphanie, sont encore des jours d’abstinence dans l’Église jacobite et la catholique; cf. Synodus, p. 60-62. Les catholiques s’abstiennent de manger du laitage (œufs, lait, fromage); les jacobites s’interdisent encore de manger du poisson et de boire du vin durant le grand carême. Les moines s’abstiennent même de manger des mets préparés à l'huile. Cf. Bedjan, p. 55. Voir aussi art. ABSTINENCE, t. 1, col. 267-268.
D’après le synode de Charfé de 1888, les fêtes d'obligation ont été fixées à vingt, outre les dimanches de l’année. Loc. cit., Ὁ. 65 sq.
49 La musique sacrée dans l’Église syrienne n’était pas encore étudiée au début de ce siècle. Les tons et les mélodies se communiquaient de génération en génération par une tradition orale qui faisait perdre avec le temps à cette musique sa finesse et son cachet propre. Chacun ajoutait au dépôt reçu. Les pères bénédictins se sont mis à l’œuvre pour retrouver les airs primitifs et les dégager de tous les apports étrangers. Dom Jeannin et dom Puyade ont publié deux articles sur l’octoèchos syrien, dans la revue de l’Oriens christianus. nouvelle série, €. 111, 1913, p. 82-104 et 277-298. Puis en 1928 ils ont donné, avec la collaboration de dom A. Chibas-Lassalle, deux volumes intitulés : Mélodies liturgiques syriennes οἱ chaldéennes. Le τ. 17 contient une introduction musicale où sont étudiées les mélodies syriennes, d’abord dans leur état actuel (modalité, composition, exécution, rythme, comparaison avec le rythme poétique), ensuite par rapport à la critique historique que l’on peut en faire. Le τ. 11 comporte une introduction liturgique où sont étudiées les diverses catégories de chants syriens (Bowothô, Qolé, Madroché, Enioné, Qonouné, Takhechfoto, Tawsfotho). Viennent ensuite les 910 mélodies syriennes, textes syriaque et musical. Cf. Synode de Charfé, p. 40-42.
VI. LES THÉOLOGIENS JACOBITES. — La littérature théologique jacobite est très riche et très variée, mais malheureusement en grande partie manuscrite. Outre les quelques éditions et traductions parues çà et là, nous signalons deux collections en cours de publication qui donnent le texte original des écrivains orientaux et la traduction : la Patrologia orientalis et le Corpus scriplorum chrislianorum orientalium. Nous
allons essayer de donner une vue rapide de la littérature théologique de l’Église jacobite. Pour plus amples renseignements et pour retrouver les éditions, les traductions et les manuscrits, il faut recourir aux ouvrages suivants : J. S. Assémani, Bibliotheca orientalis Clementino-Vaticana, Rome, 1721, t. 11; W. Wright, À short History of Syriac literature, Londres, 1896; Rubens-Duval, La littérature syriaque, Paris, 1907; Ant. Baumstark, Geschichte der syrischen Literatur, Bonn, 1922; J.-B. Chabot, Littérature syriaque, Paris, 1934. Pour étudier les manuscrits, il faut consulter les différents catalogues des bibliothèques d’Europe et d'Orient auxquels renvoient souvent les auteurs précités. Ils ne sont plus à jour puisque de nouvelles acquisitions viennent de temps en temps enrichir les fonds syriaques. Comme le présent dictionnaire a consacré à quelques-uns de ces écrivains une monographie, on se contentera, en les signalant, d’y renvoyer pour une étude plus complète.
La majorité des Pères de l’Église syrienne jacobite ont écrit en syriaque. Les écrits de la première période en grec ont été traduits de bonne heure en syriaque et ils ne sont souvent connus que par leur traduction. Par contre, les écrivains de la seconde époque, après la conquête arabe, ont été amenés à écrire quelquefois en arabe par suite de l’expansion de cette langue.
Les principaux théologiens jacobites des ve et vie siècles sont : Barsumas (ÿ 458), voir t. 11, col. 434 sq.; Pierre le Foulon (* 488), t. x11, col. 1933-1935; Jacques de Saroug (ft 521), t. vin, col. 303-305; Philoxène de Mabboug (ÿ 523), t. x11, col. 1509 sq.; Sévère d’Antioche (f 538), t. x1v, col. 1988 sq. — Jean Bar Cursus, évêque de Tella de Mauzalat (ÿ 538), ἃ laissé, outre les ouvrages canoniques dont on a fait mention col. 3021, une profession de foi aux moines de son diocèse et un commentaire sur le Trisagion. — Enfin les critiques modernes rangent de plus en plus dans la littérature monophysite de la Syrie une certaine partie des écrits connus sous le nom de Denys l’Aréopagite. Cf. ici t. τν, col. 429-436. On ne saurait les dater, ils s’étendent sur une période assez longue; quelques-uns semblent être du vie et même du vie siècle. C’est le prêtre Sergius (ï 536) qui donna une version syriaque d’une bonne partie de ces œuvres. — On ajoutera à cette liste : Étienne Bar Soudaïli (de la seconde moitié du ve siècle), t. v, col. 981-982; Jean d’Asie ou d’Éphèse (+ 586), t. var, col. 752 sq.; et Jacques Baradaï (f 578).
Au vrie siècle, les principaux écrivains sont : Jacques d’Édesse (+ 708), t. vin, col. 286-291, et Georges des Arabes (+ 724), qui fut évêque des tribus nomades des Arabes chrétiens. Sa résidence était à Akoula (Al- Koufa). Outre des traductions et des commentaires philosophiques de l’Organon d’Aristote et des écrits canoniques, il a laissé un commentaire sur les sacrements de l’Église, quelques homélies dont une sur le saint chrême et des lettres où il attaque les nestoriens, critique Aphraate à propos de sa distinction de l’âme et de l’esprit et de sa doctrine sur l’Esprit-Saint ; il acheva aussi l’'Hexaméron de son ami Jacques d’Édesse.
Au vue siècle : en 758 Georges de Belthan (f 790) fut élu patriarche d’Antioche, il écrivit un commentaire sur saint Matthieu et une lettre où il explique la prière liturgique panem cælestem frangimus, lettre qui a soulevé d’interminables discussions. Il composa des discours et des homélies métriques qui n’ont pu être retrouvés. — Cyriaque d’Antioche, successeur de Georges fut élu en 793 et mourut en 817. Il composa des canons, dont il a été question ci-dessus, col. 3022, une liturgie, une homélie sur la parabole de la vigne et une lettre synodale sur la Trinité et l’incarnation qui nous est parvenue en arabe; cf. Assémani, Bibliotheca orientalis, t. 11, p. 117. — David de Beit Rabban vécut