SCOLAIRE (LÉGISLATION). INTERD. ET TOLÉRANCES DE L'ÉGLISE
rique du Nord ont été obligés de subir cet état de choses jusqu’au début du siècle dernier. C’est à force de réclamations et de luttes qu’ils sont parvenus à obtenir l’école strictement neutre, qui représente un progrès réel au point de vue catholique; en France, l’école laïque, lorsqu'elle devient sectaire par la faute des maîtres, et contrairement au principe même de la loi, présente un danger analogue, et parfois plus grave encore, puisque ce danger ne tend à rien de moins qu’à supprimer tout sentiment religieux dans l’âme de l’enfant. De telles écoles sont des plus dangereuses pour l'enfant; le péril que l’on y court est un péril presque toujours grave, prochain et certain. Il est donc difficile d'admettre que de telles écoles puissent être fréquentées en sûreté de conscience.
2. L'école mixte. — Le droit canonique n’entend pas, par école mixte, l’école ouverte indistinctement aux enfants des deux sexes ; il s’agit des écoles où les maîtres appartiennent à des confessions religieuses différentes et donnent l'instruction à des élèves pareillement de confessions différentes. Dans le cas où un programme minimum d'instruction religieuse serait imposé à tous les élèves, programme choisi parmi les matières communes aux différentes religions représentées dans l’école et développé par n'importe quel maître, appartenant à n'importe quelle religion, on saisit immédiatement l'importance et l'étendue du péril causé par un tel enseignement à la foi des catholiques : enseignement nécessairement insuffisant, incomplet, et de plus fatalement déformé et erroné lorsqu’il sera donné par un maître non catholique.
Alors même que dans ces écoles l’enseignement serait purement profane, ces écoles resteraient souverainement dangereuses :
En effet, non seulement on trouvera en elles les scandales qui viennent de la conduite et de la fréquentation des maîtres et des condisciples hérétiques, mais, en outre, ce serait naïveté de penser qu’en ouvrant toutes grandes les portes à des maîtres non catholiques, on ne leur permettra pas, à temps et à contre-temps, en toute occasion et en dehors de toute occasion, de circonvenir la simplicité des enfants, de l’envelopper dans des pièges d'autant plus eflicaces à les perdre que l’artifice en est plus inattendu et plus dissimulé. Instruction du Saint-Office aux évêques suisses, 26 mars 1866.
De l’école mixte proprement dite, il faut rapprocher l’école catholique ouverte à des non catholiques. Ici le danger est moins grand et la règle générale admet plus facilement des tempéraments. Néanmoins, l'Église tient à marquer théoriquement sa répugnance pour un tel état de choses. Cette répugnance est justifiée, d’une part par le péril permanent que crée à la foi des catholiques le contact d'enfants non catholiques (voir l'instruction de la 5. C. de la Propagande, 25 avril 1868), d'autre part par l’espèce de compromission avec le schisme ou l’hérésie que sont contraints de subir les directeurs de telles écoles.
Ces écoles, catholiques en principe, deviennent en fait des écoles neutres, ou moins catholiques. En ce qui concerne les écoles catholiques d'Orient, où les religieux et religieuses sont obligés d'accepter des élèves schismatiques, des règles précises ont été tracées par Rome, afin de sauvegarder la foi des catholiques. Voir HÉRÉSIE, t. vi, col. 2242.
En France, l’école catholique est en général aux seuls catholiques, mais les recommandations instantes faites par l’Église aux écoles d'Orient d'éliminer les sujets non catholiques susceptibles de corrompre par leur compagnie et leurs discours les enfants catholiques, constituent une précieuse indication pour les maîtres. Ce qu’il faut chercher dans nos écoles catholiques, c’est moins le nombre des élèves que la qualité. En tous cas, il ne faut pas que les enfants des écoles
catholiques puissent trouver dans la compagnie de certains camarades l’occasion de se pervertir et de perdre le fruit de leur éducation chrétienne.
3. L'école neutre. — Par le fait même qu'elle exclut tout enseignement religieux, l’école neutre est souverainement injurieuse pour Dieu et pernicieuse pour la société. Donc, même si on y observe strictement la neutralité, cette école est déjà mauvaise, tout au moins négativement. Mais une autre considération doit entrer ici en ligne de compte. Il est bien difficile que la neutralité soit observée à l’école. Elle est, en fait, très souvent inapplicable : c’est donc avec raison que l’épiscopat français a condamné l’école neutre en ces termes :
A l'heure actuelle, personne ne peut le nier, un grand nombre d'écoles, soi-disant neutres, ont perdu ce caractère Les instituteurs qui les dirigent ne se font pas scrupule d’outrager la foi de leurs élèves et ils commettent cet inqualifiable abus de confiance, soit par des livres classiques, soit par l’enseignement oral, soit par mille autres industries que leur impiété leur suggère.
Devant ce travail impie, nous nous sentons obligés par notre conscience épiscopale de vous rappeler le non licet de l'Évangile. Non, il ne vous est pas permis de choisir pour vos enfants une école, de quelque ordre qu’elle soit, où ils seraient élevés dans le mépris des enseignements, des préceptes et des pratiques de notre sainte religion : en le faisant, vous coopéreriez à l’œuvre la plus funeste, et cette complicité, gravement coupable, vous rendrait indignes des sacrements de l’Église. Lettre collective, 14 septembre 1909.
20 Les tolérances. — Le canon 1374, dans sa deuxième partie, prévoit des exceptions possibles aux interdictions formulées par la règle générale. C’est en tenant compte de difficultés pratiques que le Code a été pour ainsi dire contraint d’enregistrer des attitudes moins conformes au droit. Rappelons le texte : Il appartient à l'Ordinaire du lieu seul de décider, d’après les instructions du Siège apostolique, dans quelles conditions et avec quelles précaulions pour éviter le danger de perversion, la fréquentation de ces écoles pourra être tolérée.
1. En toute hypothèse, le danger prochain de perversion ne doit pas exister. — L'Église ne saurait autoriser une attitude contraire au droit divin. Or, si un danger grave et prochain de perversion, soit au point de vue de la foi, soit au point de vue des mœurs, subsistait dans la fréquentation d’une école quelconque, l’Église, sous aucun prétexte, ne pourrait autoriser cette fréquentation :« Un tel péril doit être absolument évité au prix de n'importe quel dommage temporel, fût-ce même de la vie. » Instruction du Saint-Office aux évêques des États-Unis, 24 novembre 1875. Ce point de morale est le fondement même de la discipline ecclésiastique relativement aux écoles non catholiques.
2. Dans certains cas, des raisons graves peuvent justifier la fréquentation, par les catholiques, d'écoles noncatholiques. — Le Saint-Oflice, dans son Instruction aux évêques de Suisse, le reconnaît explicitement :
Des circonstances particulières peuvent constituer une nécessité, qui force quelquefois à fréquenter ces écoles; à savoir, lorsque les catholiques sont opprimés par une tyrannie telle, qu’ils n’ont ni la possibilité, ni la faculté de confier leurs enfants à leurs propres écoles catholiques; de telle sorte qu’ils sont mis dans l’alternative, ou de renoncer au bénéfice d’études nécessaires à leur condition familiale, ou d'abandonner complètement les affaires publiques aux mains des hétérodoxes, ou de subir les écoles mixtes, contrairement à leur volonté.
D'autres motifs graves sont envisagés dans les instructions pontificales. S’adressant aux évêques de l'Amérique du Nord, le Saint-Oflice stipule qu’une raison sufjisante existe généralement quand on n’a pas d'école à proximité, ou bien quand celle-ci est peu propre à donner aux adolescents une éducation convenable et en rapport avec leur condilion. Toutefois, le même document fait observer que, si les parents peuvent faire élever leurs enfants catholiquement dans une autre