SYRO-MALABARE (ÉGLISE). HIÉRARCHIE INDIGÈNE
rances qu’avaient fait naître en 1798 l’arrivée de l’évéque Cariatil. On doit signaler, au surplus, comme un acte de grande clairvoyance, que, dès 1852, un jésuite du Maduré, le P. Puccinelli, recommandait qu’on donnât au vicaire apostolique de Vérapoly un coadjuteur pour les «syriens », sans droit de succession, lequel pontifierait dans leur rit, ordonnerait leurs prêtres et aurait vis-à-vis d’eux les prérogatives normales des vicaires généraux. Mais c’est seulement après l’aventure de Mar Rokos et la conversion du cassanare Antoine Thondanatta, consacré par le patriarche nestorien, que la Propagande décida qu'il était temps d’appliquer au Malabar les dispositions du canon 9 du IVe concile du Latran pour les diocèses comprenant des fidèles de plusieurs rits : Pontifex loci catholicum præsulem nalionibus istis conformem provida deliberatione constituat sibi vicarium in prædiclis, qui ei per omnia sit obediens el subjectus. Hefele-Leclercq, Hisloire des conciles, t. v ὃ, p. 133 sq. Conformément à l’avis du P. Puccinelli, la 5. Congrégation envisageait que ce vicaire général pourrait être consacré, mais, lorsque le vicaire apostolique, Mgr Baccinelli, consulté sur l’opportunité de la mesure, interrogea ses missionnaires, il les trouva fermement opposés à toute promotion de prêtres ou de religieux indigènes : la nomination d’un vicaire général syro-malabare, même non consacré, eût été un retour à l’ancien usage de la métropolie d’Angamalé, quand l’archidiacre indigène était l’auxiliaire perpétuel du métropolite mésopotamien. Mais, si peu nombreux qu'ils fussent pour l’administration d’une chrétienté considérable, les carmes entendaient se réserver toute l’autorité. Mgr Mellano ne voulut même pas désigner un de ses confrères pour remplir vis-à-vis des « syriens » le rôle de vicaire général, ce qui eût adouci cependant une tension due pour une bonne part à sa dureté personnelle.
L'arrivée de Mar Élie Mellus devait remettre la question à l’ordre du jour; il était bien évident que la consécration d’un évêque indigène aurait mis fin-à l’intrusion des Mésopotamiens. Mais les intérêts en jeu masquaient le plus souvent les véritables conditions du problème et les discussions se multiplièrent, dont il n’importe pas d’exposer ici les détails. La solution la plus catégorique eût été de diviser le vicariat de Vérapoly en deux nouvelles circonscriptions, chacune avec son évêque, une pour les « syriens » et une pour les latins, circonscriptions qui auraient quelque peu chevauché, en raison du mélange des fidèles des deux rits dans certaines localités. La solution la plus bénigne consistait, en conservant le vicariat dans sa présente extension, à nommer un évêque pour les « syriens », lequel aurait pu, soit avoir qualité de vicaire général, soit ne posséder aucune juridiction, étant un simple évêque in pontificalibus, pour les ordinations et la pratique du rit. On envisageait d’ailleurs que l’évêque, au lieu d’être syro-malabare, pourrait dans l’une ou l’autre hypothèse être un Européen de rit latin (anglais, irlandais, français, carme, jésuite, membre de la Société des Missions étrangères de Paris), avec ou sans la faculté de célébrer dans le rit de ses nouvelles ouailles. Chacune des combinaisons permises par les groupements de ces termes eut ses partisans, qui en exaltaient les avantages, et fut examinée à Rome. Toutefois, c’est en 1877 seulement qu’on parvint à une conclusion : le 17 août, le P. Marcelin de Sainte-Thérèse (Antoine Berardi), supérieur du séminaire mixte de Puthempally, devenait coadjuteur de Mgr Mellano, avec droit de succession et la charge particulière des «syriens ». Hierarchia carmel..., dans Anal. ord. carmel. discalc., τ. XIV, 1939, p. 45-48. Le choix n’était pas heureux : le nouvel élu était étroitement lié au vicaire apostolique et, comme il se savait destiné à gouverner un jour les latins du vica-
riat, il ne fit guère d'efforts pour gagner l’affection des fidèles qui lui étaient particulièrement confiés. Bien plus, il omit d'exécuter une des conditions fixées par la Propagande au moment de sa désignation; il ne nomma jamais le vicaire général et les quatre conseillers syro-malabares, qui devaient l’assister. Les intentions du Saint-Siège étaient donc en majeure partie frustrées.
Cependant, après la conclusion d’un concordat avec le Portugal le 23 juin 1886 et l'institution de la hiérarchie aux Indes par la bulle Humanæ salutis auctor, du 1er septembre de la même année, Leonis XIII Pontificis Maximi acta, Rome, 1887, p. 164-179, il fallut bien aborder la question des syro-malabares. Le Saint- Siège avait eu soin de les soustraire aussi complètement que possible à la juridiction des prélats portugais, mais allait-on voir les « syriens », qui sortaient de la juridiction de l’archevêque de Goa, retomber purement et simplement sous celle des carmes? Ils avaient, contre cette mesure, de beaux arguments à faire valoir, entre autres les documents sur la formation du clergé indigène, depuis le bref Onerosa pastoralis, d’Innocent XI en date du 1* avril 1680 jusqu’à l'instruction du 23 novembre 1845, Collect. S. C. de prop. fide, t. τ, Rome, 1907, p. 544 : Ad omnem vero scientiam, ac pietatem levitæ indigenæ informandi et in sacro ministerio sedulo exercendi sunt; ἴα quidem, ut, quod jamdudum apostolica Sedes in votis habet, ad ecclesiastica quævis munia, adque ad ipsum Missionum regimen idonei fiant, et episcopali etiam charactere digni existant. Les syro-malabares étaient 200 000 au moins avec 360 prêtres, quatre séminaires tenus par les tertiaires, 59 religieux, et cependant ils n’avaient pas d’évêques, tandis que les arméniens catholiques, qui étaient à peine 80 000, avaient dix-huit évêques résidentiels et plusieurs titulaires, et les chaldéens catholiques, moins nombreux encore, un patriarche et douze évêques. L'établissement de la hiérarchie aux Indes, avec des diocèses dont plusieurs comptaient moins de 10 000 fidèles, rendait la situation encore plus humiliante. Mais les carmes proclamaient que la mission de Vérapoly était carme et devait rester carme, tandis que de nombreux missionnaires, appartenant à diverses missions des Indes, redoutaient qu’en voyant des « syriens » promus à l’épiscopat, les Indiens de leurs missions s’agitassent pour obtenir eux aussi des évêques de leur race. Inutile d’ajouter que plusieurs bons esprits et connaisseurs du pays répliquaient dès lors en affirmant l’idonéité à l’épiscopat, et des « syriens » et des Indiens.
Au surplus, puisque l’expérience tentée en 1877 n’avait pas procuré les résultats espérés, il fallait essayer d’une autre solution. Les « syriens » de l’archidiocèse de Vérapoly furent donc soustraits à la juridiction des carmes et groupés dans les deux vicariats nouveaux de Trichur et Kottayam. On n’osa pas nommer de suite des vicaires apostoliques syro-malabares : les prélats désignés le 20 mai 1887 furent, pour Trichur, Mgr Adolphe E. Medlycott, ancien élève du Collège urbain, pour Kottayam, le jésuite français Charles Lavigne. On leur enjoignit, comme à Mgr Berardi en 1877, de se faire assister par un vicaire général et quatre conseillers syro-malabares. Mais, tout Indien qu'il fût, Mgr Medlycott ne connaissait pas le malayalam et ne l’étudia pas : il ne traitait directement qu'avec ceux de ses prêtres qui parlaient anglais. Quant à Mgr Lavigne, qui avait été choisi en raison de sa facilité pour l’étude des langues, il eut affaire avec plusieurs difficultés que sa bonne volonté ne réussit pas à vaincre. En 1896, les deux prélats étaient absents de leurs diocèses, et il ne manquait pas de pétitions tendant à la nomination d’évêques du rit. Le Saint-Siège estima que le moment était venu de par-