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ŒUVRES ORATOIRES

religieux, sans qu’il se soit proposé de les prononcer. Un bon nombre des sermons qu’il donna à la cour ont dû se perdre, ainsi que bien d’autres écrits, lors de la prise de Constantinople. Quelle qu'ait été la valeur des sermons perdus, nous pouvons cependant affirmer que la plupart de ceux que nous possédons constituent des morceaux choisis, que l’auteur a pris soin de revoir soigneusement et de transcrire lui-même dans les dernières années de sa vie. Nous pouvons donc juger en connaissance de cause de son genre et de son talent.

δ) Oraisons funèbres et monodies (p. 247-294). — Nous avons dans cette section six morceaux particulièrement intéressants au point de vue historique, à savoir cinq oraisons funèbres et la Lamentalion de Scholarios sur les malheurs de sa vie.

L’Éloge funèbre de Marc Eugénicos, archevêque d’Éphèse (1444) décrit la mort de Marc comme la pire des catastrophes pour les orthodoxes. L’orateur s’y accuse et s’y excuse de certains torts qu’il ἃ eus à l’égard du défunt et de ceux de son parti. — L,Éloge funèbre du despote Théodore Paléologue, frère des empereurs Jean VII et Constantin XII, fut prononcé en 1448, trois mois après les funérailles du défunt, Georges explique, au début, la cause de ce retard. Au moment où il fut enlevé par une mort inopinée, Théodore s’apprêtait, dit-on, à commettre le crime de lèse-patrie. L'’orateur se félicite de ce que la divine providence ne lui ait pas laissé le temps de réaliser son triste dessein. — L’Éloge de l’impératrice mère Hélène Dragazès, morte en 1450, est adressé à l’empereur Constantin luimême. C’est moins une oraison funèbre qu’une lettre de consolation à l’empereur. Scholarios y donne en passant les preuves de l’immortalité de l’âme, et écrit une petite dissertation sur les neuf fruits du Saint- Esprit énumérés par saint Paul (Gal., v, 22-23). — La Monodie sur la mort d’ Hélène, fille du despote Démétrius, autre frère de Constantin XII, fut composée peu de temps après l’Éloge de l’impératrice mère (p. 276, 30). Hélène fut enlevée à la fleur de l’âge, Scholarios déplore cette mort prématurée en des termes d’où la rhétorique n’est pas absente. — Rien d’artificiel, au contraire, dans l’Éloge de Théodore Sophianos, prononcé au monastère de Vatopédi, le 28 septembre 1456. Gennade, qui vient de donner sa démission de patriarche et s’est réfugié à l’Athos, laisse parler son cœur. Théodore, son neveu, a été d’abord son élève très brillant, puis son collaborateur dévoué, son compagnon de captivité après la prise de Constantinople, son assistant enfin au patriarcat. Une émotion intense anime tout le morceau, qui est par ailleurs très important pour la biographie de Scholarios.

Il faut en dire autant de la Lamentation sur les malheurs de sa vie, écrite au mont Ménécée en 1460, que deux autographes, les mss Paris 1289 et 1294, nous ont conservée. On peut dire que Scholarios devait ce morceau à la postérité. Ayant vu de ses yeux la Constantinople des basileis et celle de Mahomet II, il nous devait de les comparer entre elles. Il n’y a pas manqué, et il l’a fait avec une émotion poignante. La pièce abonde en détails historiques sur la vie et les œuvres de l’auteur, sur la triste situation de l’Église grecque dans les premières années de la domination musulmane.

c) Discours et professions de foi à Florence (p. 295- 375). — Nous comprenons sous ce titre sept pièces d’inégale longueur : a. Le billet d'envoi à l'assemblée des Orientaux d’un premier discours qualifié de παράχλησις ou de συμθουλή, où Scholarios exhorte ses compatriotes à conclure l’union avec les Latins. — b. Ce premier discours lui-même, qu’on peut diviser en deux

| parties : l’union est possible, les Latins ayant démontré

que les Pères occidentaux et les Pères orientaux s’entendent pour le fond sur la question du Filioque;

l'union est nécessaire pour sauver Constantinople. La rejeter serait une inconséquence périlleuse et inexcusable. — c. Trois autres discours (n. 3, 4, 5) dans lesquels le problème de l’union est examiné sous tous ses aspects : l’union doit être véritable, c’est-à-dire fondée sur la vérité dogmatique. C’est cette vérité qu’il faut considérer avant tout avantage terrestre; une union purement « économique » ne ferait qu'aggraver la situation. L'union véritable vaudra aux Byzantins et la protection divine et le secours de leurs frères, les Latins. Une pareille union n’est pas impossible. Le concile est vraiment œcuménique. Il est facile de montrer que les Pères s'accordent entre eux sur la procession du Saint-Esprit (n. 3, p. 306-325). Le grand obstacle à surmonter, c’est la honte qu’il y aurait à changer d'avis; mais il n’y a aucun déshonneur à admettre un éclaircissement sur un point de dogme qu'on avait rejeté jusqu'ici par prudence. Les Grecs n’ont aucune innovation à se reprocher : qu’ils méprisent seulement la vaine gloire, et tout ira bien (p. 322, 10). Où est le déshonneur à accepter la décision de l'Église infaillible, représentée par les cinq patriarches ? Les anciens conciles n’ont interdit que les additions contraires à la foi. Eux-mêmes ont fait des additions, et ils n’ont pu priver les conciles futurs du pouvoir d’en faire à leur tour. Aussi, même si les Latins n’exigent pas des Grecs qu’ils ajoutent le Filioque au Symbole, il faut faire cette addition, car il faut confesser sa foi extérieurement (n. 4, p. 325-345). Quant aux moyens à employer pour arriver à l’entente, ils sont faciles à trouver, Il n’y a qu’à consulter l’Écriture et les Pères. Il faut remarquer, du reste, que tous les Pères ne sont pas égaux en talent et en science. Les uns ont enseigné explicitement tel point de doctrine que d’autres ont passé sous silence, ou qu’ils n’ont exprimé que d’une manière implicite et équivalente; se taire n’est pas contredire. On arrivera facilement à s'entendre si l’on applique ces règles à la question du Filioque. Qu'on parte seulement du principe incontestable que les Pères pris dans leur ensemble ne sauraient se contredire entre eux (n. 5, p. 346-372). — d. L'avis de Scholarios en faveur de l’union. Les Pères grecs et les latins ont, dit-il, enseigné la même doctrine sur la procession du Saint-Esprit en employant des formules différentes; Scholarios donne l'identité des deux formules grecque et latine à peu près dans les mêmes termes que le décret d'union de Florence, concile vraiment œcuménique (n. 6, p. 372-374). — e. La formule de conciliation proposée par Scholarios, et envoyée aux Latins antérieurement à la déclaration précédente. Elle coïncide pour le fond avec celle-ci, mais elle est moins explicite dans les termes : c’est pourquoi elle fut rejetée par les Latins, qui voulaient écarter toute ambiguïté (n. 7, Ρ. 375).

Sauf la dernière, qui nous est fournie par Silvestre Syropoulos dans ses Mémoires sur le concile de Florence, éd. Creighton, p. 243-244, ces pièces ont éveillé, chez beaucoup, des doutes sur leur authenticité, à cause de leur contenu nettement unioniste. Les Grecs modernes ont nié couramment cette authenticité. Nous l’établirons plus bas 00]. 1554 sq,

Le discours justificatif contre l'accusation de lalinisme, placé après les discours prononcés à Florence est une auto-apologie, tirée du Vaticanus 1823, copie autographe. Comme l’a conjecturé le cardinal ὦ. Mercati, Appunti scolariani, dans le Bessarione, t. Xxxv1, 1920, p. 109-121, le morceau doit avoir été écrit avant le concile, Scholarios est soupçonné de pactiser avec les Latins et d’être plus ou moins favorable à leurs doctrines erronées, C'est pour défendre sa réputation d’orthodoxie qu'il prend la plume. Il défie ses ennemis de dire quelle est sa véritable pensée sur les questions controversées entre Grecs et Latins pour la bonne rai-

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son qu'il n’a dévoilé à personne ses sentiments intimes. Cette apologie est à rapprocher d’une Lettre à ses disciples, où il fait également allusion aux attaques dont il est l’objet, à cause de ses fréquentations latines. Cf. t. 1V, p. 403-410,

2. Les traités sur la providence et la prédestination. — Ces cinq petits traités étaient déjà publiés et réunis dans P. G., t. οὐκ. Scholarios a écrit ces dissertations dans l’ordre où les donne le t. 1.

Les trois premières furent adressées à Joseph de Thessalonique, qualifié d’abord de moine (IIe traité), puis d’exarque et de père très saint (IIIe traité). La première date de l’année 1459, la deuxième du 15 juillet 1467; la troisième suivit de près la seconde. La quatrième, adressée à Théodore Agallianos, alors grand économe de la Grande Église, vint quelque temps après la troisième. La cinquième est un court complément ajouté par l’auteur aux quatre autres; toutes ont dû être composées au mont Ménécée.

La question de la providence et de la prédestination, « véritable palestre pour les philosophes et les théologiens », (p. 438, 34-35), est abordée dans son ensemble dans le premier traité, le plus long et le plus important. Les quatre autres éclaircissent des points particuliers déjà touchés. La terminologie, en effet, va en se précisant, et la doctrine, sans changer, revêt des formes nouvelles qui la rendent de plus en plus limpide. La question de la providence et de la prédestination étant connexe à celle de la prescience divine et à celle des rapports de la grâce et de la liberté, Scholarios est amené à s’expliquer sur ces divers points. Les passages capitaux sont : dans le premier traité, les paragraphes 18-19, p. 404-407, où est étudié à titre d’exemple le cas d’Hérode et de saint Jean-Baptiste; et dans le troisième traité, les paragraphes 11-14, p. 435-439. Fruit de la pleine maturité, ces traités constituent le chefd’œuvre théologique de Georges Scholarios.

3. Les trailés sur l’âme. — Les traités sur l’origine de l'âme humaine et ses destinées ne sont pas moins remarquables. Ils sont également au nombre de cinq, les deux premiers étant consacrés à l’origine de l’âme, les trois autres aux fins dernières. Tous ont dû être écrits au monastère du Prodrome, au mont Ménécée, car ils portent tous le nom de Gennade. Ils sont donc, eux aussi, l’œuvre de la pleine maturité. Aucun d’eux, dans les suscriptions des manuscrits, ne porte de date précise. L'ordre dans lequel ils sont publiés paraît bien correspondre à l’ordre historique de composition. Le premier a été adressé à un ami, qui n’est pas nommé; le second à Théophane, évêque de Média, qui avait composé un traité sur l’origine de l’âme et l'avait fait parvenir à Gennade par un intermédiaire en sollicitant sa critique (p. 487, 5-6). Le troisième fut écrit pour le hiéromoine Sabbatios, du couvent du Sinaï, qui, de passage au monastère du Prodrome, présenta à Gennade les Réponses de Syméon de Thessalonique à Gabriel de la Pentapole, en attirant son attention sur la quatrième, qui traite du sort des âmes après la mort. Les deux derniers répondent à des questions posées par un certain Jean, qualifié de vicaire, διυκαῖος, de l’archevêque de Thessalonique. Des cinq, le second seul avait été édité jusqu'ici en appendice à un ouvrage devenu vite rare, l’Emirou λογικῆς de Nicéphore Blemmidès, éd. d’Eugène Bulgaris, Leipzig, 1784, III: partie, p. 77- 102. C’est pourquoi il ne paraît pas avoir été remarqué par les théologiens occidentaux.

La première dissertation établit par des arguments empruntés à la philosophie, à l’Écriture sainte et à la tradition patristique orientale et occidentale, la thèse du créatianisme et de l'animation médiate : l'âme humaine créée immédiatement par Dieu et infusée dans l'embryon déjà suffisamment organisé, c'est-à-dire vers le quarantième jour après la conception. L'âme raison-

nable a été précédée par une âme végétative, puis par une âme sensitive, qui ont disparu pour lui faire place et la laisser seule informer le corps. L'auteur répond longuement aux objections que l’on peut formuler contre la thèse créatianiste, et montre que celle-ci est confirmée par le mystère de l’incarnation du Verbe.

Même doctrine, mêmes preuves sous une forme moins didactique et abrégée dans le second traité adressé à Théophane de Média. Sur la fin, l’auteur donne les raisons de la conception virginale de Jésus, et affirme très clairement la conception immaculée de la Mère de Dieu (p. 501, 22-30).

S'inspirant d'une courte réponse de Syméon de Thessalonique, Gennade expose, dans le troisième traité, écrit pour le moine Sabbatios, sa doctrine sur les fins dernières. Il distingue clairement trois catégories d’âmes : les âmes de ceux qui sont parfaitement purs : elles vont immédiatement au ciel en compagnie du Christ, où elles jouissent de la béatitude naturelle, en attendant de recevoir, après la résurrection, la béatitude surnaturelle, glorification du corps et la vision immédiate et face à face de la divinité; les âmes des réprouvés, morts en état de péché mortel : elles sont aussitôt entraînées en enfer par les démons, mais leur supplice n’est que commencé avant le jugement dernier, il sera complet après la résurrection; les âmes de ceux qui meurent dans la charité, mais avec des fautes vénielles et sans avoir suffisamment fait pénitence pour leurs péchés : elles voient leur entrée au ciel retardée plus ou moins longtemps. Les prières de l’Église aident à abréger le temps de leur épreuve. Où vont-elles et que soufirent-elles? Questions que Gennade estime de peu d'importance, μικρὸν διαφέρει: (p.513, 15). Syméon de Thessalonique les envoie au paradis terrestre, en compagnie du bon larron. Les Latins les placent dans le purgatoire, brasier situé au point de jonction de l'air et de l’éther. Gennade préfère leur donner comme séjour la région des « télonies », c’est-à-dire cette partie de l’air infestée par une classe spéciale de démons appelés τελώνιον ou douaniers d’outre-tombe. Là, elles souffrent non la peine du feu, mais plutôt des peines d’ordre moral, dont les démons par leurs vexations, sont les principaux agents. Cf. article PURGA- TOIRE DANS L'ÉGLISE GRÉCO-RUSSE APRÈS LE CONCILE DE FLORENCE, t. XIII, Col. 1328 sq.

C’est manifestement sous l’influence de Syméon que Gennade, dans le présent traité, n’accorde aux âmes justes, avant le jugement dernier, qu’une béatitude naturelle. Ailleurs, et notamment dans les deux derniers traités dont il nous reste à parler, il enseigne clairement que l’âme juste est pleinement heureuse, naturellement et surnaturellement, aussitôt après la mort, et que sa félicité, au jour de la résurrection, ne sera pas augmentée en elle-même. Elle sera simplement complétée, en ce sens que le corps aura part au bonheur de l’âme et sera revêtu de privilèges spéciaux. L'âme de saint Paul a reçu, aussitôt après sa séparation du corps, cette couronne de justice que le grand Apôtre attendait. Voir p. 522, 12-23; 526, 20-25; 536, 6-10. De même, le châtiment des âmes damnées ne variera pas au jour du jugement, si ce n’est en tant que le corps sera associé à la peine.

A cette dernière différence près, c’est la même doctrine que nous trouvons résumée dans le quatrième traité, adressé à Jean, vicaire de l'archevêque de Thessalonique. Mais Gennade y traite deux autres questions : celle de la qualité et de l'intégrité des corps ressuscités et celle de la conservation de certains corps dans le tombeau. Contre un certain homme sage, qui n’est pas nommé, il affirme que le corps ressuscité sera intègre et que, dès lors, les différences sexuelles ne seront pas supprimées. Sur la conservation et la nondissolution de certains cadavres, il donne une réponse

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fort judicieuse. Il n’ignore pas que, dans l'opinion du vulgaire, la conservation du cadavre est prise pour un signe de sainteté, s’il est desséché, pour un signe de malédiction, et notamment un effet de l’excommunication, s’il est gonflé. D’après lui, ce critère simpliste est fort sujet à caution.

Dans le dernier traité, adressé au même Jean, est examinée ex professo la question du purgatoire, en tant qu’elle constitue une divergence entre l’Église romaine et l'Église orientale. Cette divergence, d’après Gennade, se réduit à fort peu de chose et l’accord entre les deux Églises existe sur la substance du dogme. Les Orientaux n’admettent pas pour les âmes du Purgatoire de feu purificateur, mais un châtiment temporel d'ordre intérieur et moral. Gennade repousse l’interprétation que donnent les Latins du fameux passage de saint Paul, I Cor., 11, 12-15, et s’en tient à l’exégèse de saint Jean Chrysostome. Il admet une certaine mitigation passagère des peines des damnés par les prières de l’Église et des vivants et croit possible, à titre tout à fait exceptionnel et par dérogation à l’ordre établi par Dieu, la délivrance de quelques damnés, se basant sur certains récits qui circulaient un peu partout chez les Grecs et les Latins depuis le haut Moyen Age. Il termine en énumérant les autres divergences qui existent entre l’Église romaine et l’Église orientale : à savoir la question de l’azyme, l’addition du Filioque au Symbole et la doctrine qu’il exprime, la communion des laïques sous une seule espèce, innovation latine de date récente, contre laquelle, dit-il, aucun traité polémique n’a encore été écrit par les Orientaux.

3° Tome 11. Traiïlés polémiques sur la procession du Saint-Esprit. — Ce n’est qu’une partie, la principale, de ce que Scholarios nous a laissé sur le sujet. Le reste est donné au début du t. 111. Ces traités sont directement consacrés à l’étude de la question dogmatique considérée en elle-même, l’addition du Filioque au Symbole en tant que question distincte de la doctrine n'étant touchée qu’en passant.

1. Le premier traité (p. 1-268), déjà publié d’une manière fort défectueuse par Nicodème Métaxas sous le titre : Γεωργίου τοῦ Σχολαρίου τὸ σύνταγμα, ἐπιγραφόμενον «᾽Ορθοδόξου καταφύγιον », Constantinople, 1627 ou 1628, fut composé ἃ l’automne de 1444, à la suite des conférences contradictoires qui eurent lieu au palais impérial, à Constantinople, entre le dominicain Barthélémy Lapacci, évêque de Cortone, légat pontifical, et Georges Scholarios, en présence de l’empereur Jean VII Paléologue, du despote Théodore, du patriarche catholique de Constantinople Grégoire Mammas, du cardinal Francesco Condulmer, neveu du pape Eugène IV, et de beaucoup de Latins et de Grecs.

L'ouvrage est divisé en six parties, dont voici les titres en abrégé : a) Les causes du schisme, b) Doctrine et autorité de saint Augustin. c) Théorie générale des images de Ja Trinité dans les créatures. d) Les arguments des Latins.e) La formule des Grecs a Patre per Filium. f) Accord des Pères grecs et latins. D’après cette division, on voit que l’auteur concentre tout son effort sur la tradition patristique grecque et latine. Presque rien sur la preuve scripturaire; peu d’attention aux raisonnements purement scolastiques. C’est le contraste parfait avec la méthode suivie par Photius dans la Mystagogie du Saint-Esprit. Abondante pour ce qui regarde les Pères grecs, la documentation de Scholarios est beaucoup plus imparfaite sur la tradition latine. De celle-ci il n’étudie bien que saint Augustin, et spécialement le De Trinitate, qu'avait traduit en grec le moine Maxime Planude, sur la fin du xt siècle. Il est beaucoup mieux renseigné sur la théologie latine postérieure au schisme. Non seulement il a lu saint Thomas, qu'il prend plusieurs fois à partie, mais il n’ignore pas la théorie des processions divines de

l'école franciscaine, à l'exposition de laquelle il consacre tout un chapitre du deuxième traité (p. 386-390). Il rapporte généralement d’une manière claire les arguments de ses adversaires et cite loyalement les passages patristiques qu’ils font valoir. Ce qu’on peut lui reprocher, c’est de faire le silence sur certains passages des Pères grecs particulièrement explicites On n’y trouve, par exemple, aucune citation de Cyrille de Jérusalem, de Didyme l’Aveugle, d'Épiphane, qui fut pourtant cité au concile de Florence, et l’on y cherche vainement certains témoignages de Cyrille d’Alexandrie. Il ne cite pas une seule fois Photius, dont il blâme la conduite au synode de Sainte-Sophie de 879-880, pour s'être réconcilié avec l'Eglise romaine sans examen de la doctrine sur la procession du Saint-Esprit (p. 11). Par contre, il fait état de la lettre apocryphe, Non ignoramus du pape Jean VIII à Photius sur le Filioque, dont il défend l’authenticité. Cf. ici, t. vin, col. 610.

2. Le deuxième traité (p. 269-467) est un remaniement du premier rédigé peu de temps après pour l’empereur de Trébizonde, Jean Comnène, à qui il est dédié. Seule l’épître dédicatoire avait été publiée jusqu'ici à Londres, en 1858, par Simonidès, puis par Hergenrôther dans P. G., t. cz, col. 665-668, d’après un manuscrit viennois. L'ouvrage est divisé en quatre parties : a) Introduction. b) Exégèse des textes controversés (il s’agit uniquement de textes des Pères grecs). c) Accord des Pères orientaux et occidentaux. d) Arguments positifs de l’opinion grecque. L'auteur nous avertit qu’il a voulu faire quelque chose de plus abrégé, de plus clair, de plus documenté au point de vue patristique. Le fond doctrinal est sans doute le même, mais l’ordre des matières, la méthode d’exposition varient.

3. Le troisième traité (p. 458-495), dont Dosithée de Jérusalem avait donné une édition incomplète et fort mauvaise dans son Τόμος ἀγάπης, p. 252-291, reproduite dans P. G., t. czx, col. 668-691, n’est qu’un bref résumé des deux autres sous forme de confession de foi. Pour se faire lire du public instruit, Scholarios s’est décidé à condenser ses conclusions. Il a visé, en même temps, à répondre aux attaques des unionistes, qui ont essayé de le mettre en contradiction avec luimême. Le texte même de la confession de foi est accompagné, tout le long, de passages patristiques qui en appuient les affirmations. Au moment où il rédige cet opuscule, Scholarios porte encore le prénom de Georges. Le traité a été composé en 1449. Cf. Œuvres, Στ p. 173.

4° Tome 111. Suile des œuvres polémiques. Questions scripluraires et théologiques. Œuvres apologétiques. — Le t. 111 ne renferme pas moins de 46 dissertations ou opuscules, dont 22 étaient complètement inédits, et 36 ont été tirés de manuscrits autographes. Le tout est divisé en trois grandes sections : Œuvres polémiques; Questions scripturaires et théologiques; Œuvres apclogétiques.

1. Œuvres polémiques. — Les œuvres polémiques se subdivisent elles-mêmes en cinq sections.

a) Polémique antilatine (20 pièces, p. 1-204). — Le n. 19 est un simple extrait légèrement modifié du ἢ. 3: Examen de quelques passages des Pères latins sur la procession du Saint-Esprit. Le n. 17 : Rapport des antiunionistes à l’empereur sur le concile de Florence (novembre 1452), ne porte pas la signature de Scholarios; mais on ne peut douter qu'il en soit l’auteur, ou du moins l’inspirateur, comme on peut le déduire de la note autographe qui le précède dans le Dionysianus Athonensis rarissime de Nectaire, patriarche de Jérusalem, intitulé Περὶ ἀρχῆς τοῦ πάπα, éd. de Dosithée, Iassy, 1682, p. 233-236. Tous les autres morceaux ont pour

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but de combattre la doctrine catholique de la procession du Saint-Esprit ou le concile de Florence.

La série s’ouvre par deux Dialogues sur la procession du Saint-Esprit portant respectivement les titres de : Νεόφρων ἢ ᾿Αερομυθία et de : ᾽Ολθιανός. Le premier date de 1446, le second vraisemblablement de 1451, car au moment où il l’écrit, Scholarios est devenu depuis peu (πρὸ μικροῦ), le moine Gennade, ce qui arriva en 1450. L’archimandrite russe Arsenii les avait édités séparément à Novgorod, 1896, d’après une copie médiocre. La nouvelle édition repose sur des autographes.

Malgré les cinq années qui les séparent, ces deux écrits se suivent dans l’édition. Le sujet austère de ces entretiens est rendu presque attrayant par les habiletés de l’écrivain. Les allusions aux événements contemporains n’y sont pas rares. Scholarios s’y défend contre les attaques des unionistes, qui l’accusaient d’avoir fait volte-face. En même temps, surtout dans le second dialogue, il répète sa thèse sur la procession du Saint- Esprit, et révèle toutes les subtilités de la controverse entre partisans et adversaires du concile de Florence. Tout en restant dans les limites du dogme catholique, les unionistes faisaient à leurs adversaires des concessions verbales étonnantes; ils allaient jusqu’à dire : «Le Fils n’est pas le principe du Saint-Esprit. » « Le Saint-Esprit ἐκπορεύεται du Père seul » (p. 28 et 34), incluant dans les mots ἀρχή et ἐκπορεύεσθαι l’idée de principe sans principe, qui ne convient, en effet, qu’au Père. On remarquera aussi, dans le Νεόφρων, comment l’auteur repousse l’idée que les malheurs de Byzance seraient le châtiment de l'abandon de l’union de Florence (p. 15-20), et dans l’OX6:œv6c, l'apologie de Nil Cabasilas, qui avait affirmé que la persistance”de la division entre les deux Églises était due au refus du pape de soumettre la question de la procession du Saint-Esprit au jugement d’un concile œcuménique (p. 43-48). Enfin, dans 1 ᾿Ολδιανός, Scholarios avoue avoir adhéré pendant quelque temps à la doctrine qu'il combat maintenant (p. 23, 22-30) et il reconnaît clairement la primauté du pape, tout en niant son infaillibilité (p. 41-42).

Les n. ὃ et 7, de l'édition, doivent dater de la fin de 1449 ou du début de 1450. Ils sont, en effet, postérieurs à l'Exposition de la foi orthodoxe ou troisième traité sur la procession du Saint-Esprit, composé en 1449, comme nous l’apprend Scholarios lui-même dans son Manifeste aux habitants de Constantinople du 27 novembre 1452 (voir p. 173, 1. 15-16 de ce volume). Par ailleurs, quand il les écrit, l’auteur n’est pas encore moine. Dosithée ἃ fondu arbitrairement en un seul ouvrage ces deux opuscules unis à l’Exposilion de la foi orthodoxe, et en a donné, dans le Τόμος ἀγάπης, p. 272-291, une fort mauvaise édition, reproduite dans P. G., t. οὐχ, col. 691-714. Ces écrits répètent une partie du contenu des deux grands traités sur la procession du Saint-Esprit. Le premier se rapporte à la preuve patristique, le second au raisonnement théologique. Dans le n. 6, Scholarios revient longuement sur l’autorité de saint Augustin, grand appui des Latins. L'autre opuscule (n. 7) reprend l’objection coutumière des polémistes contre la doctrine catholique : aflirmer que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, c’est nécessairement introduire deux principes dans la Trinité. Les Latins ont beau rejeter cette conséquence. Elle leur est imputable, tant qu'ils ne renoncent pas au principe qui l’engendre, et il faut fuir leur communion.

Le court n. 8, Épichérème contre la procession du Saint-Espril « ab utroque » et réponse des Latins, est étroitement apparenté à l’opuscule précédent (cf. p. 64- 65), ainsi qu'au xyz° chapitre syllogistique de Marc d’Éphèse et à la réponse qu’y fit Scholarios (cf. p. 76- 77). C'est le simple exposé d’une objection des Grecs

et la réponse qu'y font les Latins. Nous avons là vraisemblablement un écho des discussions de Florence. Scholarios explique on ne peut plus clairement à ses compatriotes un point capital de la théologie latine sur la procession du Saint-Esprit.

Le n. 9, Brève apologie des antiunionistes (p. 77-100), publié par Dosithée sous un titre fantaisiste et reproduit tel quel dans P. G., t. οὐχ, col. 713-732, date à peu près certainement de 1451 ou du début de 1452. On y trouve des renseignements intéressants sur le concile de Florence, l'attitude qu'y eurent les Grecs, les événements des années qui suivirent. Scholarios cherche à justifier son opposition et celle de ses amis au concile, dont il attaque l’œcuménicité, tandis qu'il proclame æœcuménique le concile tenu à Constantinople en 879-880 sous Photius, et le synode des Blakhernes de 1285 qui condamna Jean Beccos et l’union conclue à Lyon en 1274. Il parle de la politique religieuse de l'empereur Jean VII Paléologue, de sa tolérance à l'égard des adversaires de l’union et dit qu’il mourut « privé des honneurs de l’Église » pour avoir simulé le latinisme jusqu’au dernier moment. Au demeurant, il n'ose traiter les Latins d’hérétiques (p. 95, 18 sq.). II lui suffit de dire qu’ils s’éloignent de l’antique tradition et qu'il faut fuir leur communion jusqu'à ce qu’ils effacent le Filioque du Symbole.

Le n. 10 est tout à fait intéressant, non seulement inédit mais complètement inconnu jusqu'ici. Ce n’est malheureusement qu’un extrait, mais un extrait considérable et autographe, que nous a conservé le Parisinus 681 du Supplément grec. Répondant à un ami qui lui avait demandé son sentiment sur le grand discours dogmatique de Bessarion pour l’union, prononcé à Florence devant l'assemblée des Grecs, les 13 et 14 avril 1439 (cf. P. G., τ. czxi, col. 543-612), Scholarios avoue ne l’avoir parcouru qu’à la suite de la démarche de son correspondant; mais il déclare que le principe qui lui dicte son appréciation lui est familier depuis longtemps. Que reproche-t-il donc à Bessarion? D'abord, d’avoir visé moins à donner la pensée des Pères qu’à réfuter les fausses interprétations de Marc d’'Éphèse (p. 101, 12 sq.); en particulier de n’avoir pas examiné dans le détail les passages des Pères latins, mais d’être parti de l'idée qu'ils enseignaient que le Fils est cause du Saint-Esprit et d’avoir ramené à cette doctrine l'enseignement des Pères orientaux, établissant à la légère l’équivalence des propositions ἐχ et διά; ensuite, de s’être contenté des applaudissements de gens qui n’entendaient rien à la théologie et n’étaient avides que d’honneurs et d’argent; enfin d’avoir eu trop de confiance en lui-même et de n’avoir pas sollicité l'appui de ceux qu'il considérait auparavant comme des maîtres et qu’il savait être vraiment au courant de la question (p. 112, 8 sq.). Il est permis de découvrir sous ce dernier reproche un peu d’amertume personnelle. L'importance du morceau gît moins en ces critiques qu’en l’aveu tout à fait explicite que Scholarios fait de son unionisme. Nous reviendrons plus loin sur ses déclarations.

Les sept documents qui suivent (n. 11-17) ont été écrits pendant les années 1450-1452 et se rapportent à l’activité antiunioniste de Scholarios qui, dans le courant de 1450, a revêtu l’habit monastique. Le nouveau moine déploie tous ses efforts pour conjurer ce qui constitue à ses yeux le plus grave péril pour sa patrie :

l’abandon de la doctrine des ancêtres sur la procession - du Saint-Esprit et l'acceptation du décret d’union de

Florence. L'ambassade envoyée par l’empereur Constantin XII au pape Nicolas V par l'intermédiaire de Bryennios n’a pas eu son approbation. Au courant des accords conclus et des conditions posées par le pape, il redouble ses exhortations et déclare sa résolution irrévocable de ne pas communiquer avec le cardinal-légat,

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Isidore de Kiev, et de ne pas faire mémoire du pape tant que le Filioque n'aura pas été effacé du Symbole.

Les cinq derniers documents (n. 13-17) portent une date déterminée. Le premier : Lettre à Démétrius Paléologue, frère de l’empereur Constantin, fut écrit vraisemblablement au début de 1450. Il comprend deux parties. Scholarios fait d’abord le panégyrique de son correspondant, tout dévoué aux antiunionistes (p. 117- 126); la seconde partie (p. 126-136) est d'ordre dogmatique : exposé succinct de la doctrine de la procession du Saint-Esprit, où a passé un extrait du troisième traité sur la procession du Saint-Esprit (p. 127-128), Cette lettre avait été publiée par Sp. Lampros dans le t. 11 des Ἰ]Παλαιολόγεια καὶ Πελοποννησιαχκά, Athènes,

La Lettre au grand-duc Luc Notaras, contre l’union de Florence (n. 12) a été publiée par Constantin Simonidès, à Londres, en 1858, d’après une source qu’il n’indique pas, sous le titre : l'euvadtou τοῦ Σχολαρίου ἀρχιεπιο «όπου ἹζΚωνσταντινουπόλεως καὶ οἰκουμενικοῦ πατριάρχου τὸ περὶ ἐκπορεύσεως τοῦ παναγίου 1]νεύματος ἐπιστολιμαῖον πρῶτον βιδλίον. Les éditeurs l'ont prise dans le Parisinus 1297, du xvre siècle. Le morceau est de caractère dogmatique et a pour but de fortifier le grand-duc dans son opposition à l’union. Scholarios s’y défend du reproche que lui faisaient les Latins d’être le destructeur de l'union. Comment romprait-il l'union, puisque l'union n'existe pas et que tous les Byzantins, ou à peu près, lui sont opposés? Il déclare, en terminant, que les espoirs d’un secours venu d’Occident sont illusoires, et exhorte son correspondant à tenir ferme à la foi des ancêtres. La lettre fut écrite après le départ du patriarche Grégoire Mammas de Constantinople (cf. p. 151, 1 sq.), c’est-à-dire en 1451.

Les documents 13-17 intéressent surtout l’histoire et, sauf le n. 17, Lettre au despote Démétrius Paléologue (25 décembre 1452), avaient déjà été publiés dans le recueil de Lampros, op. cil., t. 11, p. 89 sq. La lettre au despote Démétrius (n. 17) fut écrite le 25 décembre 1452, après la proclamation solennelle de l’union, le 12 décembre de la même année. Elle était accompagnée, semble-t-il, de la Liste des écrits antiunionistes donnée sous le ἢ, 18, que nous ἃ conservée le Parisinus 1289, autographe. Il s’agit, non de toutes les œuvres polémiques écrites par Scholarios contre les Latins et l’union de Florence, mais des productions les plus récentes composées d'octobre 1451 à décembre 1452. A la fin, Scholarios parle de quatre déclarations antiunionistes souscrites par les métropolites signataires du décret de Florence. La dernière remonte à l’arrivée à Constantinople de la délégation des hussites de Prague, conduite par le prêtre anglais Constantin Platris, c’est-à-dire à l’automne de 1451. A propos de ces signataires du décret de Florence, on lira avec intérêt la note autographe, inédite, publiée sous le n. 21, où Scholarios passe en revue les ecclésiastiques qui assistèrent au concile, et indique soigneusement ceux qui signèrent, ceux qui ne signèrent pas et ceux qui se dédirent.

La Lamentation sur la proclamation de l'union à Florence (n. 19), déjà éditée par 5. Lampros, op. cil., t. 11, p. 77-88, est un morceau curieux, qui sent un peu la rhétorique. L'auteur déplore l'inutilité de ses efforts pour empêcher ce qui est arrivé et termine par une prière où il exprime l’espoir de voir revenir ses Compatriotes à la doctrine des ancêtres.

Le dernier morceau de la polémique antilatine (ἢ, 23) intitulé : Περὶ τῶν ἱερῶν εἰσόδων : Des saintes entrées, fut écrit avant la prise de Constantinople, sans que l’on puisse préciser davantage. Scholarios le composa à la demande d’un ami qui l’avait interrogé sur le symbolisme des introïts ou entrées liturgiques en usage dans son Église. Ces entrées sont au nombre de trois :

l’une qui ἃ lieu à l'Eorepivèc ὕμνος ou vêpres, les deux autres à la messe. Le sujet, d'ordre purement liturgique, devient polémique sous la plume de Scholarios, parce qu'il répond aux critiques des Latins sur le rite de la « grande entrée ». Lorsque le diacre porte solennellement les oblats de l’autel de la prothèse à l’autel du sacrifice, les assistants font des prostrations ou métanies, comme si le pain et le vin étaient déjà consacrés : d’où le reproche d’idolâtrie souvent formulé par les Latins à l’adresse des Grecs. Avant Scholarios, plusieurs théologiens byzantins, entre autres Nicolas Cabasilas et Syméon de Thessalonique, avaient donné de ceci des explications plausibles. A Florence même, après la signature du décret d'union, les Latins avaient interrogé de nouveau les Grecs sur cette cérémonie. Notre théologien critique plusieurs des réponses fournies et en apporte de nouvelles, qui n’ont pas eu d’écho chez les Grecs modernes, sans doute parce qu'ils ne les ont pas connues. Gabriel Sévère, au début du xvrre siècle, dans l’opuscule qu’il a composé sur la question (cf. Richard Simon, Fides Ecclesiæ orientalis seu Gabrielis metropolitæ Philadelphiensis opuscula, Paris, 1671), s'inspire de Syméon de Thessalonique et fait siennes les solutions que notre auteur trouve dénuées de fondement. Celui-ci prend d’ailleurs l’offensive contre les Latins sur la question de la forme du baptême et celle des azymes. Le lecteur remarquera qu’à propos de la forme de l’eucharistie et de l’épiclèse, l’auteur parle d’une manière assez obscure, et n’attaque pas les Occidentaux sur ce point.

δ) Polémique antibarlaamite. — Au xv® siècle, malgré les décisions officielles qui étaient intervenues, la controverse palamite n’était pas encore complètement épuisée à Byzance. On trouvait encore, à cette époque, des partisans d’Acindyne et de Barlaam, qui se confondaient souvent avec les « latinophrones », sans parler des Latins, qui soutenaient tous la thèse du Calabrais. Scholarios fut amené à dire son mot sur cette question. Il le fit en deux opuscules, l’un d’allure polémique, adressé à un mandataire impérial, βασιλικός, appelé Jean, qui l'avait interrogé sur deux points : a. sur la signification d’un passage faussement attribué à saint Théodore Graptos (il appartient en réalité à saint Nicéphore, patriarche de Constantinople, Antirrhelicus I adversus Constantinum Copronymum, 41, P. G., τ, c, col. 304 C-305 A), dans lequel est clairement aflirmée l'identité, en Dieu, de l’essence et de l'opération; b. sur une objection des acindynistes touchant la procession du Saint-Esprit; l’autre, irénique, où est traitée ex professo la question de la distinction entre l’essence divine et ses opérations.

Le premier (p. 204-228), dont on avait déjà une édition tronquée, donnée par Dosithée (cf. P. G., τ. cix, col. 649-664), fut composé au mois d'août 1445. L'auteur commence par résoudre l’objection des acindynistes sur la procession du Saint-Esprit ainsi conçue : si, d’après l’Écriture, le Saint-Esprit est également l’Esprit du Père et l'Esprit du Fils, il est naturel d’en conclure qu'il tient son existence, qu’il procède des deux. On devine la réponse de Scholarios, qui vient de terminer ses deux grands traités polémiques contre le dogme catholique, au moment où il écrit. Puis, il fait un exposé sobre et clair de la question palamite. A l’en croire, Acindyne et ses partisans ne posaient entre l'essence divine et son opération ou ses attributs qu'une distinction de pure raison, ce que nos scolastiques appellent une distinction de raison raisonnante, Lui, Scholarios, enseigne une distinction réelle, mais cette distinction paraît équivaloir à peu près à la distinction virtuelle imparfaite de nos théologiens, ou mieux, semble-t-il, à la distinclion formelle a parte rei de Scot. Par ailleurs, il maintient l'existence de la lumière thaborique incréée.

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Le second opuscule (p. 228-239), intitulé : Περὶ τοῦ πῶς διακρίνονται αἱ θεῖαι ἐνέργειαι πρός τε ἀλλήλας καὶ τὴν θείαν οὐσίαν, ἧς εἰσιν ἐνέργειαι καὶ ἐν ἧ εἰσιν, fut composé après la prise de Constantinople, au couvent du Prodrome sur le mont Ménécée, à la demande d’un ami. Scholarios y donne son opinion définitive sur le palamisme, opinion qui n’est pas la clarté même. Elle a été exposée ici à l’article PALAMITE (Controverse), t. ΧΙ, col. 1799-1802.

c) Contre la simonie. — Dans sa Lettre contre la simonie (p. 239-251), adressée à l’empereur Constantin en 1451, Scholarios dénonce l’une des plaies de l'Église byzantine. Il voit dans la simonie la cause principale des malheurs publics. C’est une espèce d’hérésie pire que celle des macédoniens, un crime assimilable à la trahison de Judas. C’est un mal très difficile à guérir, une impiété qui ne profite pas à ceux qui la commettent, puisque la grâce du Saint-Esprit n’est pas vénale. Notre théologien enseigne, en effet, l’invalidité des ordinations simoniaques : l’ordonnateur ne peut rien communiquer et l’ordinand ne reçoit rien (p. 243, 8-25 ; 245, 3-22). Une note autographe du Parisinus 1289 nous apprend que cette lettre contre la simonie fut écrite deux ans avant la chute de Constantinople. Dosithée en avait donné une édition fort défectueuse et incomplète dans le Τόμος ἀγάπης, p. 307-312 (cf. P. G., t. οὐκ, col. 731-737). La nouvelle édition vient d’un autographe, le Parisinus 1289, sauf pour la lettre d’envoi à l’empereur, éditée pour la première fois.

d) Polémique contre les juifs. — Des deux opuscules contre les juifs (p. 231-374) le premier est surtout de caractère polémique et porte bien son titre : Réfutation de l'erreur judaïque; l'autre appartient plutôt à l’apologétique : c’est un aperçu assez maigre sur les prineipales prophéties messianiques. Les deux furent composées à Constantinople, lors du troisième pontificat de Scholarios, c’est-à-dire en 1464. Ils étaient déjà connus par l’édition qu’en donna Albert Jahn en 1893, dans ses Anecdota græca theologica, d’après le Bernensis 579, du xv® siècle. La nouvelle édition repose en partie sur un autographe, en partie sur une copie revue par l’auteur.

Le premier opuscule est composé sous forme de dialogue entre un chrétien et un juif qui finit par se convertir. Cette réfutation du judaïsme par la Bible et par l’histoire est remarquable. La plupart des arguments n’ont rien perdu de leur valeur ni de leur actualité. Les théologiens remarqueront ce qui est dit sur l’affaiblissement de la nature humaine par le péché originel (p. 278, 35 sq.), sur le renouvellement de l’univers à la fin des temps (p. 288, 24 sq.), sur l'influence de la volonté dans l'acte de foi (p. 295, 18 sq.), et les historiens apprendront que Scholarios avait pour père un Thessalien émigré à Byzance (p. 252, 25), et que la situation des chrétiens sous le joug musulman était bien meilleure que celle des juifs (p. 292, 15 sq.).

6) Contre Marc d’Éphèse. Réfutation de ses chapitres syllogistiques sur la procession du Saint-Esprit (p. 476- 538). — C'est l'ouvrage unioniste de Georges Scholarios dont l’authenticité a été le plus contestée. Cette authenticité sera établie plus bas avec celle des autres écrits unionistes de l’auteur. Au témoignage de la critique interne s’ajoute celui des quatre bons manuscrits du xve siècle qui nous ont conservé le texte. Ces manuscrits sont des recueils unionistes de contenu à peu près identique, dérivant d’une source commune, qui paraît être une copie de Joseph de Méthone, alors que celui-ci s'appelait encore le prêtre Jean Plusiadenus. Tous les quatre, en effet, portent, à la fin de la Réponse de Scholarios et en tête de l'écrit de Bessarion continuant la réfutation des syllogismes de Marc, la note suivante attribuée à Jean Plusiadenus.

Ces chapitres, le très savant Georges Scholarios les réfuta à Constantinople, à la demande du défunt Grégoire le patriarche, alors grand protosyncelle. Mais il en restait d'autres qu'il négligea d'exécuter. Aussi, le défunt patriarche, étant venu à Rome, pria le très savant cardinal évêque de Nicée d'y répondre. Celui-ci, accédant à sa demande, en fit justice en peu de mots, afin que, disait-il, ces syllogismes de l’évêque d'Éphèse ne restassent pas sans réfutation et que les gens simples et ignorants ne les considérassent pas comme irréfutables, parce qu'on les a laissés sans réponse.

Ce fut donc à Constantinople, à la demande de Grégoire Mammas, alors grand protosyncelle, que Scholarios écrivit sa Réponse. Comme Grégoire resta protosyncelle jusqu’au milieu de l’année 1444, époque où il fut nommé patriarche de Constantinople, cette Réponse est donc antérieure à cette date; mais il est évident qu’elle est de trois ou quatre ans plus ancienne. En 1444, en effet, Scholarios s’est déjà déclaré contre l'union, et c’est cette année-là même qu’il promet à Marc d’Éphèse mourant de lui succéder dans la lutte contre le latinisme. Selon toute vraisemblance, ce fut aussitôt après le retour de Florence, dans les premiers mois de 1440, que Grégoire fit auprès de Georges la démarche dont parle Jean Plusiadenus. Notre théologien se mit sans retard au travail. Après avoir parcouru attentivement les χεφάλαια συλλογιστικὰ de l’archevêque d’Éphèse — on peut croire qu’il les a eus tous en main, cf. l’art. MArC EUGENIKOS, t. 1x, col. 1984 — il s’aperçut qu'il y avait là beaucoup de répétitions, et dix-sept seulement sur cinquante-six lui parurent mériter l’honneur d’une réponse ; il passa les autres. Cela ne faisait point l'affaire de Grégoire Mammas, qui aurait voulu qu’on n’épargnât aucun des syllogismes de Marc. Voilà pourquoi, ne pouvant plus s’adresser à Scholarios, passé au camp des antiunionistes, il supplia plus tard Bessarion, de parfaire l’œuvre si bien commencée. La réfutation de Scholarios, unie à celle de Bessarion, avait été publiée par Hergenrôther dans P. G., t. czx1, col. 11 sq. La nouvelle édition amende le texte en plusieurs endroits.

Ceux qui éprouvent tant de difficulté à admettre l'authenticité de cet écrit de Scholarios n’ont peut-être pas remarqué que ce dernier y vise moins à nous livrer sa pensée personnelle sur la procession du Saint-Esprit, bien qu’à plusieurs reprises il se déclare assez ouvertement pour la doctrine catholique, qu’à ruiner les arguments de Marc, à montrer qu’ils sont inefficaces, à dire à l’archevêque d’Éphèse : « Voilà ce que vont te répondre les Latins. »

2. Questions scripturaires et théologiques (p. 315-443). — Scholarios a laissé un certain nombre de questions quodlibétiques sur des textes scripturaires ou des sujets de théologie. Le t. πὶ des Œuvres en contient dix-sept de cette sorte, parmi lesquelles six se rapportent à des sujets scripturaires, les autres à des sujets de théologie scolastique.

Les six questions scripturaires, représentent tout ce que notre Byzantin a légué à la postérité en fait d’exégèse biblique : a) Le délaissement de Jésus sur la croix : explication des paroles : Deus meus, Deus meus, quare derelequisti me? prononcées par le Sauveur sur la croix. — ὃ) Sur l’apparilion de Jésus à Marie- Madeleine et à Thomas. — c) Sur le reniement de saint Pierre et le chant du coq. — d) L'heure de la crucifixion

de Jésus. — e) Sur le second avènement du Sauveur et |

la résurrection des corps : Scholarios soutient que ceux qui vivront à la parousie, les pécheurs comme les justes, ne passeront pas par la mort. —f) Sur l'arbre de vie et l’arbre de la connaissance.

Les onze questions théologiques sont d’étendue et d'importance inégales et ont trait à divers points de dogme et de morale : a) Sur l’incarnation du Fils de

Dieu, œuvre de jeunesse ayant pour but de montrer |

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comment le Fils de Dieu seul s’est incarné, et non le Père et l'Esprit, malgré l'unité d'essence dans la Trinité. — δ) Sur le titre de serviteur donné à Jésus-Christ, (écrite en 1464), terme à proscrire en théologie. — c) Sur la rareté des miracles au temps présent, œuvre de la vieillesse, où l’on trouve un tableau sévère des mœurs du clergé byzantin sous la domination turque et où Scholarios exhale son pessimisme en annonçant la fin du monde comme toute prochaine. — d) Sur l’humanilé de Jésus-Christ, déjà publiée dans ἢ. G., τ. οὐχ, col. 1157-1162, traite de l’extension de l’œuvre rédemptrice à toute l'humanité parce que Jésus-Christ est le nouvel Adam. — 6) Sur les progrès des anges dans la béatitude, opuscule bâti sur le modèle de saint Thomas, Sum. theol., I, q. LxXI1, ἃ. 9, avec conclusion identique; l’auteur rappelle en passant les idées maîtresses de l’angélologie thomiste. — f) Sur la double connaissance des anges, autre réminiscence thomiste sur la connaissance matutinale et la vespérale. — g) Sur la liberté des méchants quand ils commettent le péché, leçon de théologie morale sur les actes humains empruntée à saint Thomas. — ἢ) Stérilité de la foi sans les bonnes œuvres, énumération curieuse des bonnes œuvres que doit pratiquer un chrétien, une quarantaine. — i) Marie plus glorieuse que les séraphins, commentaire de cette assertion du mélode saint Cosmas. — j) Supériorilé de saint Paul sur les autres saints, après la sainte Théotocos, morceau dont l’authenticité n’est pas absolument certaine; c’est peut-être un simple extrait d’un panégyrique de saint Paul. — Κα) Sur la distinction des personnes divines, de l’année 1464, simple note écrite à la suite d’un rêve, que Scholarios a pris pour une communication surnaturelle. La solution est dirigée contre la thèse thomiste : le Saint-Esprit peut se distinguer du Fils sans procéder de lui.

3. Apologétique à l'adresse des musulmans (p. 434- 475). — a) De la seule voie qui mène les hommes au salut. — Quelque temps après la prise de Constantinople, Mahomet II voulut se renseigner sur la religion de ses sujets chrétiens. Accompagné des hommes les plus instruits de son entourage, il alla trouver le patriarche Gennade et le questionna longuement sur le christianisme. Après le second entretien — car il y en eut trois — Mahomet II demanda au patriarche de donner par écrit la substance de ce qu’il avait dit. De là sortit le premier opuscule en question. Le morceau est d’une belle venue, approprié aux lecteurs auxquels il est destiné. En voici la marche générale, Toute chose est ordonnée à une fin. La fin de l’homme est d’atteindre Dieu, de jouir de lui. C’est par l’exercice de ses facultés supérieures d'intelligence et de volonté qu’il y tend; et comme le moteur de toute cette activité est la volonté libre, il était nécessaire que le Créateur donnât à l’homme une loi pour diriger sa marche. La première loi donnée fut la loi naturelle. Mais la chute originelle a corrompu, quoique non complètement (p. 437, 4), la nature humaine; les hommes sont tombés dans l’idolâtrie la plus avilissante. C’est alors qu’a été donnée à un petit peuple la loi écrite pour préparer l’avènement d’une économie plus parfaite. Au temps marqué, Dieu voulut réaliser par lui-même la restauration de l’humanité et lui apporter la loi définitive, la loi degrâce, après laquelle il n’y ἃ pas à en attendre une autre différente ou plus parfaite. Pour cela, il était nécessaire en quelque façon que Dieu se fit homme. Aucune contradiction, aucune impossibilité dans l’incarnation d’un Dieu, puisque Dieu est tout-puissant. C’est le fils de Dieu, le Verbe, qui a pris une nature humaine dans l’unité de sa personne et en a fait son instrument pour opérer notre salut. La loi donnée par lui ne contredit pas, mais perfectionne la loi de Moïse. Elle a été annoncée par les prophéties de l’Ancien Testament, par les oracles païens et les sibylles, et pressentie par

les plus sages d’entre les Grecs et les Égyptiens. Elle a fait fleurir sur la terre des vertus surhumaines, renversé les idoles, triomphé de longues persécutions, enfanté de nombreux martyrs. Rien en elle de contradictoire, de fictif, de terrestre : tout y est vrai, spirituel, divin.

Cependant le mystère de l’incarnation pose le mystère de la Trinité, grosse difficulté pour des monothéistes. Après avoir déclaré que ce mystère nous a été révélé par le Dieu fait homme, Scholarios cherche à montrer par la raison que la trinité des personnes ne détruit ni l’unité ni la simplicité de l’être divin, et il recourt pour cela à l’analogie tirée de l’âme humaine, analogie si bien développée par saint Augustin et saint Thomas : Dieu, Esprit pur, se connaît et s’aime; le terme de sa connaissance est le Verbe; le terme de son amour est le Saint-Esprit. Notre théologien cherche aussi à rendre accessible à ses interlocuteurs le mystère de l’incarnation et l’immutabilité du Verbe par la comparaison dela parole humaine considérée dans ses trois états : verbe intérieur, parole parlée, parole écrite (p. 446-447). Puis il décrit rapidement l’œuvre de Jésus, la mission du Saint-Esprit, la prédication des apôtres confirmée par les miracles de toutes sortes, la merveilleuse propagation du christianisme. Il termine en déclarant qu'après la loi évangélique, il n’y a pas à attendre pour l'humanité une révélation nouvelle. A plus forte raison, une autre législation en contradiction avec celle de Jésus et la détruisant ne saurait-elle venir de Dieu. Si Dieu permet que des imposteurs se donnent encore pour ses envoyés, ce fait n’infirme pas la conclusion : la seule voie du salut est la doctrine de Jésus et de ses disciples. Elle contient en elle, et d’une manière éminente, tout ce que la sagesse antique a produit de meilleur. Si parmi les chrétiens il y ἃ des hérésies et des schismes, ces divisions ne proviennent point d’évangiles différents, mais de la diversité des interprétations d’un même texte, où l’on a vainement cherché à découvrir des contradictions. « Que le seul et unique Dieu en trois personnes, le maître de la vérité, nous conduise tous à la connaissance de la vérité sacrée, seule perfection et béatitude de l’homme! » Tel est le souhait final de Gennade, qui n’a pas craint d’attaquer assez ouvertement, quoique sans le nommer, le faux prophète qui a nom Mahomet.

Il ne faut point confondre cet écrit authentique avec le dialogue apocryphe de même titre qui circule depuis le xvie siècle sous le nom du patriarche Gennade. Cet apocryphe est l’œuvre d’un unioniste grec de la fin du Χνϑ siècle, extrait presque tout entier d’un écrit pseudoathanasien, composé lui-même sur la fin du x1v° ou au début du xv° siècle, par un Grec hostile au dogme catholique de la procession du Saint-Esprit, et dont le texte se trouve dans P. G.,t. xxvun, col. 773-796, sous le titre : “ἕτεραί τινες ἀποκρίσεις. Incipit : ’Epornoic α΄" Τί ἐστι Θεός. Le faussaire le copie en abrégeant et y faisant quelques changements jusqu’à la question ΧΥ ΤΙ inclusivement (cf. P. G., {. cil., col. 789 A). La principale modification regarde la procession du Saint- Esprit ab utroque, que le pseudo-Athanase rejette (cf. P. G., col. 777 B) et que le faussaire admet. Le reste du travail de ce dernier a consisté à inventer le titre suivant : Τοῦ αἰδεσιμωτάτου πατριάρχου Kovoταντινουπόλεως Τενναδίου Σχολαρίου βιδλίον σύντομόν τε Hal σαφὲς περίτινων κεφαλαίων τῆς ἡμετέρας πίστεως περὶ ὧν ἣ διάλεξις γέγονε μετὰ ᾿Αμοιρᾷᾶ τοῦ Μαχουμέτου, ὃ καὶ ἐπιγέγραπται" Περὶ τῆς ὁδοῦ τῆς σωτηρίας ἀνθρώπων. ᾿Πρωτᾷ ὁ Τοῦρχος, ὁ δὲ πατριάρχης ἀποχρίνεται. C’est sous ce titre que Jean-Alexandre Brassicanus (ou Kohlburger), professeur de littérature classique à Vienne (f 1539), l’a publié, en 1530, avec une traduction latine. Trois ans après, parut à Paris une autre traduction latine du même dialogue, qui est présenté

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par l'éditeur comme absolument inédit. Cette traduction latine est celle de Georges Hermonyme de Sparte, qui vivait dans Ja seconde moitié du xv® siècle et qui pourrait bien être l’auteur de la supercherie. Elle a été reproduite dans plusieurs collections patristiques, notamment dans la Bibliotheca Patrum, édit. de Paris, t. 1V, 1644, p. 951 sq., et dans celle de Lyon, t. XXVI, Ρ. 536 sq. C’est celle que donne E.-J. Kimmel dans ses Monumenta fidei Ecclesiæ orientalis, t. 1, léna, 1850, p. 1-10, et aussi Hergenrôther dans P. G., t. οὐχ, col. 319-332. Ces deux auteurs qualifient ce plagiat de Confessio fidei prior Gennadii patriarchæ. Quant au texte grec, Jean de Fucht en donna une nouvelle édition avec traduction latine à Helmstadt en 1611 (cf. E. Legrand, Bibliog. hellénique du xvzrre siècle, t. v, p. 14), édition reproduite par Christian Daum dans son ouvrage : D. Hieronymi theologi græci dialogus de S. Trinitale.… Huic accesserunt μας editione Gennadii Scholarii patriarchæ Constantinopolitani dialogus de via salutis humanæ inscriptus; ejusdem Confessio de fidei nostræ articulis; item oratio ad unum et trium personarum Deum; omnia græco-latina... Cygneæ (— Zwickau, en Saxe), 1677. Enfin W. Gass a publié de nouveau le texte grec de C. Daum, qu'il a collationné avec l’apocryphe pseudo-athanasien, dans la seconde partie de son ouvrage : Gennadius und Pletho, Breslau, 1844, p. 16-30. J.-C.-T. Otto démontra le premier, en 1850, le caractère apocryphe de la pièce dans Niedners Zeitschrift für historische Theologie, t. xx, 1850, p. 389- 417. Cf. aussi t. xxx1v, 1854, p. 111-121, de la même revue. Les savants se sont généralement rangés à l'avis d'Otto. Ainsi W. Gass, Symbolik der griechischen Kirche, Berlin, 1872; Jon Michalcescu, Θησαυρὸς τῆς ὀρθοδοξίας : Die Bekenninisse und die wichtigsten Glaubenszeugnisse der griechisch-orientalischen Kirche, Leipzig, 1904, p. 253 (Michalcescu reproduit le texte grec du dialogue dans son recueil, p. 255-261, c’en est la dernière édition); A. Palmieri, Theologia dogmatica orthodoxa, t. 1, Florence, 1911, p. 440-441. D’autres en sont encore à parler de simples interpolations. Ainsi Mesoloras, Συμδολικὴ τῆς ὀρθοδόξου ᾿Ανατολικῆς ᾿Εκχχλησίας, t. 1, Athènes, 1904, p. 71.

b) La confession de foi de Gennade. — Aussitôt rédigée, L'unique voie du salut des hommes fut traduite en langue turco-arabe et envoyée au sultan. Celui-ci trouva le morceau trop compliqué et demanda au patriarche de composer quelque chose de plus clair. Dans l'intervalle, sans doute, avait eu lieu le troisième entretien. Gennade se mit à l’œuvre, et donna sous la forme d’une confession de foi un bref exposé de la foi chrétienne divisé en douze articles, dont les onze premiers commencent par Πιστεύομεν, et le douzième énumère sept motifs de crédibilité. Les éditions antérieures ont divisé arbitrairement le morceau en vingt articles. C’est ce qu’on a appelé plus tard la Confession de foi du patriarche Gennade. Le titre authentique semble avoir été le même que celui du premier exposé, c’est-à-dire : L’unique voie du salut des hommes, comme on peut le conclure de la suscription de la pièce dans le Lauriotanus Athonensis E., 84, copie revue par Scholarios, qui a servi de base à la nouvelle édition avec deux autres autographes. Ces sources coupent court à toutes les discussions qui ont eu lieu à son sujet entre les critiques. On trouvera un aperçu de ces discussions dans Œuvres, ἃ. III, p. XXXV-XLII.

C’est faute d’avoir saisi le caractère apologétique de cette pièce que les théologiens se sont étonnés de certaines expressions, par exemple du mot ἰδίωμα, attribut, propriété, employé pour désigner les personnes divines, celles-ci étant considérées comme les principes et les sources de tous les autres attributs divins (p. 453, 20 sq.); que d’autres ont disserté sur le platonisme de Scholarios, alors qu’il aurait fallu parler d’in-

fluence de la théologie latine, spécialement pour ce qui regarde l’analogie de la trinité des personnes tirée de l'âme humaine et de ses facultés d'intelligence et de volonté. De là vient enfin qu'un grand nombre ont voulu faire de ce bref exposé un livre symbolique de l'Église gréco-russe, ce qui est inexact. Son contenu, en effet, fait abstraction de toutes les divergences dogmatiques entre les Églises, et cela intentionnellement, car il s’agit d'exposer à des infidèles les dogmes distinctifs du christianisme et de les amener à le professer.

La pièce donne bien la substance de l’opuscule précédent sur l’unique voie du salut; mais elle passe le développement historique sur les trois lois successives : naturelle, écrite et évangélique. Quoique plus court, l'exposé des mystères de la Trinité et de l’incarnation est plus clair, grâce aux comparaisons qui sont développées. La doctrine des fins. dernières est mise plus en relief, et l’article 12 sur les preuves de la vérité du christianisme, où certains ont voulu voir un horsd'œuvre, ramasse en une énumération impressionnante des idées éparses dans la première rédaction.

Comme le premier opuscule, cet abrégé fut traduit en langue turco-arabe. Il semble que la traduction primitive ait été exécutée par des Grecs connaissant la langue turque et écrite en caractères de cette langue, mais telle que nous la possédons, en arabe transcrit en caractères grecs, la traduction est fort défectueuse et a exercé la sagacité des turquisants et arabisants qui ont essayé de reconstituer son texte en caractères arabes. Sur les diverses éditions de ce petit écrit, voir Œuvres, t. IT, P. XLI-XLII.

c) Demandes et réponses sur la divinité de Jésus- Christ (p. 458-475).— Sous ce titre est pour la première fois édité, d’après deux autographes, un dialogue entre Gennade et deux pachas turcs. L'entretien roule sur la divinité de Jésus-Christ et le mystère de l’incarnation. Gennade expose les principaux motifs de crédibilité à ces vérités aux deux infidèles, qui le quittent en lui demandant de leur communiquer ce qu’il avait écrit sur la foi chrétienne après ses entretiens avec le sultan et lui promettent de revenir. Pour une analyse détaillée, voir l'introduction au t. 111, p. XLII-XLV.

5° Tome 1v. Polémique contre Pléthon. Œuvres pastorales, ascétiques, lilurgiques, poétiques. Correspondance. Chronographie. — Comme on le voit, le contenu du t.1v est particulièrement varié. On y trouvera réunies les pièces relatives à la polémique contre Gémistos Pléthon (p. 1-189). La théologie dogmatique, morale et ascétique, la liturgie, la philosophie, la littérature, l’histoire surtout, ont beaucoup à puiser dans le recueil.

1. La polémique contre Pléthon. — Les morceaux donnés sous cette rubrique sont au nombre de six, d’étendue très inégale, de contenu philosophico-théologique.

a) Contre les difficultés de Pléthon au sujet d’ Aristote : Κατὰ τῶν Πλήθωνος ἀποριῶν ἐπ ᾿Δριστοτέλει (p. 1- 116). — De cet ouvrage, divisé en deux livres, le pre- Scholarios, Paris, 1858, d’après deux mss du xix® siècle, dont le texte est médiocre. La nouvelle édition repose sur deux mss en partie autographes, en partie revisés par l’auteur.

L'ouvrage a pour but de réfuter l’opuscule de Georges Pléthon intitulé : Περὶ ὧν ᾿Αριστοτέλης πρὸς Πλάτωνα διαφέρεται. Cf. P. G., t. czx, col. 889-932. Le L I, de beaucoup le plus important, répond aux quatre premiers chapitres de Pléthon; le second s’attaque aux autres griefs formulés contre le Stagyrite par l’ami de Platon. D’après son propre témoignage, Scholarios entreprit cette défense d’Aristote non pas tant pour l’amour du philosophe que pour la défense de la religion chrétienne. Ce ne fut point, de son côté,

SCHOLARIOS. TRAITÉS APOLOGÉTIQUES

désir d’exalter Aristote au-dessus de Platon. Contre Platon lui-même il ne nourrit aucune animosité et sait reconnaître ses mérites. Il ne s'occupe, du reste, de lui qu'en passant. Mais il a remarqué dans l'écrit de Pléthon un parti-pris de dénigrer le philosophe dont la doctrine, quoique non exempte de graves erreurs, s’adapte le mieux aux dogmes chrétiens. Le ton général de cette défense manque totalement d’aménité. Déjà le bruit circulait que le détracteur du Stagyrite avait composé un ouvrage injurieux pour le christianisme et ne tendait à rien moins qu’à ressusciter le vieux paganisme gréco-romain, à substituer au Christ les dieux de l'Olympe. Cf. art. PLÉTHON, t. ΧΙΙ, col. 2396, 2400.

De toute cette apologie en faveur d’Aristote la partie la plus importante est celle qui répond au premier grief formulé par Pléthon : le Stagyrite fait le monde éternel et ne lui donne aucune cause efficiente; il ne s’est pas élevé à la notion d’un Dieu créateur; son Dieu n'est que cause finale et motrice de l’univers. Scholarios s’inscrit en faux contre cette interprétation de la pensée du philosophe. Étudiant la signification technique de certains mots, comme δημιουργεῖν, κινεῖν, ποιεῖν, il s'efforce de démontrer qu’Aristote a fait de Dieu la véritable cause efliciente du monde, bien que celui-ci soit contemporain de Dieu, c’est-à-dire éternel! Qui a raison, de Pléthon ou de Scholarios? Les historiens modernes de la philosophie sont plutôt de l'avis de Pléthon. Nous croyons qu’une lecture attentive du défenseur d’Aristote est capable d’amener une revision du procès.

D'après les renseignements fournis par la lettre-dédicace adressée à Constantin Paléologue, le futur Constantin XII, la composition de l’ouvrage est à placer dans la seconde moitié de l’année 1443 ou au début de 1444, sûrement avant le 23 juin 1444, date de la mort de Marc d’Éphèse, au jugement duquel l’ouvrage fut soumis. À la réponse de Scholarios, Pléthon opposa une réplique, où il maintint ses positions et rendit à son adversaire, en fait d’aménités, la monnaie de sa pièce, Cette réplique est dans P. G., t. cLx, col. 743-746.

δ) Lettre d'envoi de l'ouvrage précédent à Marc d’Éphèse. — Cette lettre, déjà éditée dans P. G., τ. czx, col. 743-746, et de nouveau par Lombros, Ilxλαιολόγεια καὶ Πελοποννησιακά, t. 11, p. 241-243, est courte mais fort intéressante. Elle nous montre Georges pleinement réconcilié avec Marc, et nous apprend que celui-ci fut le premier maître et éducateur de celui-là.

c) Lettre à Gémistos Pléthon à propos de son ouvrage contre les Latins (p. 118-151). — Déjà publiée par V.- C1.-D. Alexandre, Traité des lois, Paris, 1858, p. 313- 369, et reproduite par P. G., t. cLx, col. 599-630, cette lettre fut écrite en 1450, au moment où l’auteur s’apprêtait à revêtir l’habit monastique. Elle a pour but de féliciter Pléthon de son opuscule sur la procession du Saint-Esprit contre les Latins (cf. P. G.,t. czx, col. 975- 980). En s’attaquant au dogme latin, Pléthon s’est lavé de l’accusation qui pesait sur lui de vouloir ressusciter le paganisme. Et là-dessus Scholarios déclenche une attaque en règle contre le néopaganisme et ses adhérents cachés ou déclarés. Il montre la supériorité du christianisme sur le polythéisme, des Pères de l’Église sur Platon et Aristote. On est un peu étonné de cette sortie à propos d’un opuscule sur la procession du Saint-Esprit, et l’on voit qu'ici encore Scholarios polémique contre Pléthon tout en le couvrant de fleurs. C’est que, comme il l’écrira plus tard, il savait depuis longtemps que le philosophe de Mistra était l’auteur du fameux Trailé des lois. Après quoi viennent des considérations polémiques sur le dogme des Latins. Scholarios reproche à Pléthon d’avoir fait aux Latins une dangereuse concession en attribuant au Fils une sorte de supériorité sur le Saint-Esprit, du fait que le Fils a la propriélé éternelle d'envoyer le Saint-Esprit : ce

1547 SCHOLARIOS. ŒUVRES qui explique pourquoi il est nommé le second dans la formule trinitaire. La lettre se termine par des attaques contre les unionistes byzantins.

d) Les trois documents qui suivent ont rapport, de près ou de loin, au fameux Traité des lois de Gémistos Pléthon. Sauf la Lettre à la princesse du Péloponèse, qui n’a été éditée qu’en 1912 par S. Lambros, op. cil.,t. τι, p. 19-23, ils étaient connus depuis longtemps. La Lettre à l’exarque Joseph avait vu le jour ‘dans l'ouvrage déjà cité de V.-CI. Alexandre sur Pléthon, op. cil., p. 412- 441, d'où elle ἃ passé dans P. G., t. cLx, col. 633-648. Quant au petit traité Contre les athées el les polythéistes, on le trouvait dans le Gennadios und Pletho de W. Gass, Breslau, 1844, p. 31-53, dans l’ouvrage d’Alexandre, et, d’après celui-ci, dans la P. G., 1. cil., col. 568-596. La nouvelle édition améliore les précédentes sur de nombreux points, basée qu'elle est sur trois autographes pour la Lettre à l’exarque Joseph, et quatre pour le Trailé contre les athées et les polythéistes.

La Lettre à la princesse du Péloponèse, c’est-à-dire Théodora, femme de Démétrius Paléologue, despote de Mistra, a dû être écrite en 1453, avant la prise de Constantinople. Gennade la remercie de lui avoir envoyé le manuscrit autographe du Traité des lois de Pléthon et le lui renvoie pour qu’elle le livre elle-même aux flammes. Il donne, à ce propos, quelques détails sur l’auteur, le contenu et les sources de cet ouvrage.

La Lettre à l’exarque Joseph (p. 155-172), écrite au mont Ménécée vers 1457, nous fournit de nouveaux détails sur le livre de Pléthon et sa destruction par Gennade lui-même, devenu patriarche.

C’est encore au couvent du Prodrome, au mont Ménécée, et sans doute peu de temps après le précédent que fut composé l’opuscule intitulé : Sur Dieu un et trine el contre les athées et les polythéistes (p. 172-189). Là encore, Pléthon est visé (p. 180-181). Gennade y réfute successivement les athées ou partisans du hasard, ἄθεοι ἢ αὐτοματίσται, et les polythéistes. Pour prouver l'existence de Dieu, il fait principalement appel à l’ordre du monde. Après avoir démontré les contradictions du polythéisme, il essaie de persuader aux juifs le dogme de la Trinité en expliquant le texte de Gen., v, 26. S’inspirant de la théorie trinitaire développée par saint Thomas, il montre que l’âme humaine est une image de la Trinité divine par ses opérations immanentes de connaissance et d’amour.

2. Œuvres pastorales et ascéliques (p. 190-309). — Sous ce titre viennent 14 pièces d’étendue et d’importance inégales. Les œuvres pastorales sont celles que Scholarios a composées, alors qu’il était patriarche de Constantinople, à l’occasion de sa charge. Elles sont très peu nombreuses; à cela rien d'étonnant, puisque les trois patriarcats de Gennade ont été fort courts et ne lui ont guère laissé le loisir d'écrire. A s’en tenir à cette définition, on ne peut compter parmi les œuvres pastorales que les n. 2-7 de cette section, le n. 1, intitulé : Ce qu’un évêque doit savoir el enseigner, étant hors cadre comme antérieur à 1447, et d’une authenticité seulement probable. C’est un petit catéchisme, où l'influence de la théologie latine est prépondérante, spécialement pour ce qui regarde les sacrements.

Le ἢ. 2: Leltre au moine Maxime Sophianos et à tous les moines du monastère du Sinaï (1454-1456), déjà édité par le patriarche Nectaire de Jérusalem dans son ᾿Επιτομὴ τῆς ἱεροκοσμικῆς ἱστορίας, éd. de Venise, 1805, p. 215-221, roule sur une série de questions d'ordre canonique et liturgique. Les Latins y sont traités non d’hérétliques, mais de dissidents, à qui il faut refuser la communion, mais auxquels on peut distribuer l’évriôwpoy ou pain bénit. Les prélats orthodoxes peuvent les bénir et leur donner leur main à baiser. — Lettre au moine Joachim du Sinaï, où Gennade défend de réordonner les clercs hétérodoxes, latins ou autres,

PASTORALES ET LITURGIQUES 4548 conformément aux anciens canons. — Réponses aux

questions de Georges, despote de Serbie (1454-1456), série de 15 réponses très courtes sur des questions dogmatiques, canoniques et liturgiques. — Lettre pastorale sur la prise de Constantinople (p. 211-231), écrite à l'automne de 1454, importante pour la biographie de Scholarios et la connaissance du milieu trouble où 1] vit. Il présente la catastrophe de 1453 comme un châtiment divin. — Lettre pastorale annonçant la démission prochaine de Gennade (7 octobre 1454), écrite peu de temps après la précédente. — Lettre à la moniale Sophrosyné, sœur de la princesse Théodora, femme du despote de Mistra, Démétrius Paléologue (1462-1464). Gennade lui adresse l'ouvrage qui suit. — Sur le premier service de Dieu ou Loi évangélique en abrégé (1458), p. 236-264, un des meilleurs opuscules de Scholarios, déjà édité par Serge Macraios, Constantinople, 1806, p. 7-62, et par Nicodème l’Hagiorite, Κῆπος χαρίτων, 1819, p. 223-249; excellent résumé de la morale évangélique. — Apologie au sujet du silence (p. 254-274), cette apologie personnelle, écrite immédiatement après le troisième patriarcat, vers 1464-1465, est adressée à un ami, Théodore Branas. C’est un réquisitoire amer contre les faux-frères. — Sur la différence entre les péchés véniels et les péchés mortels (p. 274-284), dissertation de théologie morale, qui s’accorde en général avec la doctrine catholique sur le sujet, mais en diffère sur un point important. D'après le théologien byzantin, il faut distinguer trois sortes de péchés mortels ou véniels : ceux qui sont consommés dans la pensée, ceux qui sont consommés par la langue, ceux qui sont consommés par l’action extérieure. Les péchés consommés dans la pensée, si leur matière est grave, sont des péchés mortels. Mais les péchés consommés par la langue, c’est-à-dire par la parole, ne sont mortels que si effectivement ils sortent de la pensée pour se traduire en paroles; s’ils s’arrêtent au premier stade de la simple pensée, ce ne sont que des péchés véniels. De même, les péchés qui sont consommés par l’action extérieure, comme l’adultère, ne seront péchés mortels qu'au dernier stade, celui de l’action. A l’état de simple pensée, voire même à l’état de parole, ce ne seront que des péchés véniels. Scholarios voit aussi le péché mortel dans le plein consentement intérieur, mais seulement pour les péchés qui, comme la haine, l’envie, sont consommés dans l’acte intérieur lui-même. Le même opuscule traite aussi brièvement des vices capitaux et des vertus opposées.

Questions capilales. — Ces questions regardent les huit manières de pécher, les sept modes de la pénitence, les sept péchés capitaux, les douze degrés de l’orgueil, les quatre choses requises pour le sacrement de l’eucharistie, le triple blasphème contre le Saint- Esprit. Le tout est fort intéressant, surtout la question sur l’eucharistie, et trahit des influences latines.

3. Œuvres lilurgiques οἱ poétiques (p. 310-397). — Scholarios a laissé un certain nombre de petites compositions en prose et en vers se rapportant à la prière privée ou publique. Ce sont, pour la plupart, de courtes prières adressées à Dieu ou à ses saints. Presque toutes étaient inédites. Sous le titre : Œuvres lilurgiques nous n'avons compris que les pièces en prose. Les compositions en vers métriques ou syllabiques ont été rangées parmi les Œuvres poéliques.

a) Des douze numéros que porte cette section le premier, intitulé : Prières pour mélanies el résumés partiels des psaumes (p. 310-343) est de beaucoup le plus long. Les prières pour mélanies sont un recueil de prières appartenant à divers auteurs. Seules la première et Ja neuvième portent le nom de Scholarios. La troisième et la dixième sont peut-être aussi de sa composition. Les autres paraissent sous le nom de saints ou de personnages célèbres. La première prière, série de courtes

1549 SCHOLARIOS.

invocations destinées à être récitées pendant les prostrations orientales appelées métanies, se termine par la traduction de l’antienne mariale du Bréviaire latin Ave, regina cœlorum, à laquelle manquent seulement les mots : Salve porta. Ce n’est pas le seul endroit où Scholarios a fait appel à l’euchologe latin. A la fin de la neuvième prière, œuvre de Scholarios, se lit dans le Lauriotanus E 84, fol. 9 v®, la traduction de la collecte du commun des fêtes de la sainte Vierge : Concede nos famulos tuos, etc. Le Résumé partiel des psaumes ou Prières tirées des psaumes, est, peut-on dire, une sorte de petit bréviaire à l'usage des moines qui vivent isolés dans leurs cellules, spécialement des hésychastes. Scholarios l’a composé pour son usage personnel et pense qu'il pourra être utile à d’autres. Son travail ἃ consisté à ne conserver des psaumes que les prières directes, les élans du cœur adressés au Seigneur. Ce sont, en toute vérité, les prières extraites des psaumes, par lesquelles l'âme parle directement à Dieu. Ce bréviaire, qui tient en moins de quinze pages, avait déjà été édité deux fois : d’abord à Bucarest, en 1749, cf. E. Legrand, Bibl. hell. du xvzzre siècle, t. 1, p. 372; puis par Nicodème l’Haghiorite, à Constantinople, en 1799, dans l’ouvrage cité plus haut. La nouvelle édition est tirée du Dionysianus 440, revu et corrigé par Scholarios lui-même. On remarquera, p. 328, en note, la curieuse note autographe sur saint Augustin, qui répète ce que notre Byzantin a plusieurs fois écrit ailleurs sur l'autorité doctrinale de ce Père. Des onze prières qui suivent, huit sont éditées pour la première fois, à savoir les n. 2, 3, 5, 7, 9, 10, 11 et 12. Elles sont à la fois pleines de piété et de doctrine.

Quant aux Œuvres poétiques, comprenant 13 numéros, ce sont, comme les œuvres liturgiques, de courtes pièces, dont les plus étendues ne dépassent pas 4 pages. Les dix premières sont en vers métriques; les autres appartiennent à la poésie rythmique des mélodes chrétiens. Sur le nombre, il y a trois épitaphes authentiques (n. 3, 5, 6) et une fort douteuse, celle de Marc d’Éphèse (n. 10).

4. Correspondance (p. 398-503). — Scholarios a écrit de nombreux traités didactiques sur divers sujets sous forme de lettres. Ces écrits ne rentrent pas sous la présente rubrique, qui a été réservée aux lettres proprement dites, excluant tout but didactique. Elles ont été divisées en deux sections : a) Lettres signées « Georges Scholarios » (avant la fin de 1450), au nombre de 34; b) Lettres signées « Gennade Scholarios » (à partir de la fin de 1450), au nombre de 7. Parmi ces lettres, cinq avaient déjà été publiées par Boissonnade dans le t. v de ses Anecdota græca, Paris, 1838, une par Émile Legrand, Cent-dix lettres de François Philelphe, Paris, 1891, p. 313-314, une autre (epist. xx1v, à Marc d’Éphèse) par L. Petit, en 1920, dans P. O., t.xvu, p. 464-470. Dès 1912, Sp. Lambros les avait toutes recueillies dans le t. 1 de ses ΠΠαλαιολόγεια καὶ Πελοποννησιακά, dont une édition remaniée parut en 1924. La nouvelle édition, sans apporter de pièces nouvelles, fournit un texte sensiblement amélioré en bien des endroits et établit une chronologie certaine ou approximative pour la plupart des numéros,

Outre la Lettre à Marc d’Éphèse, dont l'importance a été signalée par L. Petit, les plus dignes d’attention sont les suivantes : La lettre à ses élèves, sur la décadence de la culture littéraire et philosophique à Byzance au temps de l’auteur, par comparaison avec la scolastique occidentale et l’humanisme naissant de l'Italie (n. 2). — La lettre à son élève Jean, sur les négociations unionistes qui ont précédé le concile de Florence (n. 5). — La lettre au pape Eugène IV, écrite avant le concile, qu’un fervent catholique s'adressant au Père commun des fidèles pourrait signer (n. 15).— La lettre à Ambroise Traversari pour lui demander « un petit

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