SCOLAIRE (LÉGISLATION) — SCOLASTIQUE
I. LA PRÉSCOLASTIQUE DE L'ÉPOQUE PATRISTIQUE. — La méthode de pénétration rationnelle et de systématisation des vérités révélées est, avons-nous dit, aussi ancienne que la réflexion dans l’Église. Il faut l’envisager : 1° En Orient. 2° En Occident.
1° En Orient. — Les apologistes, particulièrement saint Justin, saint Irénée, les Cappadociens et saint Cyrille d'Alexandrie ont donné des essais de pénétration rationnelle des vérités révélées à l’aide des concepts de la philosophie grecque, d’allure platonisante, vulgarisée à cette époque. Voir ici PLATONISME DES PÈRES, t. XII, Col. 2302 sq.
Le Ilepi ἀρχῶν d’Origène est le premier essai de systématisation des vérités révélées. Dans l'introduction, il distingue nettement les vérités elles-mêmes transmises par l’autorité de l’Église et la ratio assertionis, la pénétration rationnelle qui est l’œuvre des théologiens. P. α., 1. x1, col. 116 sq. Les catéchèses de Cyrille de Jérusalem constituent, elles aussi, une présentation systématique de la doctrine révélée. Il en est de même de la Θείων δογμάτων ἐπιτομή de Théodoret, laquelle se trouve au I. V de la αἱρετικῆς χακομυθίας ἐπιτομή, Ρ.α., τοῦ Χ ΧΧΗΙ, col. 439 sq. Enfin les écrits del’Aréopagite, De hierarchia cælesli, De ecclesiastica hierarchia, De divinis nominibus, De mystica theologia, sont des fragments d’une dogmatique systématisée, à base de”philosophie néoplatonicienne.
Toutefois, à tous ces essais manquait un élément caractéristique de la scolastique médiévale, r’utilisation systématique de la dialectique aristotélicienne. Sans doute, on peut relever quelques traces aristotéliciennes chez Clément d’Alexandrie, dans les écrivains de l’école d'Alexandrie et chez saint Basile, mais l’abus que Théodote le monarchien et les anoméens Aétius et Eunomius avaient fait de la dialectique aristotélicienne avait jeté le discrédit sur l’œuvre du Stagirite. Les tendances de l’école théologique d’Antioche avaient une certaine affinité d'élection avec l’aristotélisme. C’est ainsi que les opuscules longtemps attribués à saint Justin, Quæstiones el responsiones ad orthodoxos, Quæstliones gentilium ad christianos, et Confutatio dogmaltum Aristotelis emploient la dialectique aristotélicienne de telle façon qu'on croirait lire un scolastique du x siècle. Voir M. Grabmann, Geschichte der scholastischen Methode, Fribourg-en-B., t.1,
Les controverses christologiques exigeaient la précision des concepts de nature et de personne; elles eurent pour effet de ramener les théologiens à Aristote qui avait au moins ébauché la définition et les rapports de ces concepts. On constate ce fait dans les quatre opuscules pseudo-justiniens déjà cités et qui sont œuvre du ve siècle; voir également HYPOSTASE, t. VII, col. 385-393 et HYPOSTATIQUE ({ Union), col. 462-478. Ibas, qui traduisit Théodore de Mopsueste en syriaque, traduisit aussi des écrits d’Aristote. Cf. A. Baumstark, Arisloteles bei den Syrern, t. 1, p. 140 sq. Philopon dans le Περὶ ἑνώσεως établit le trithéisme trinitaire et le monophysisme christologique en se servant des concepts aristotéliciens de nature et d’individuation. Sur le Διαιτητὴς ἣ περὶ ἑνώσεως, voir ici t. var, col. 835, où l’on trouvera d’autres indications utiles et le résumé de l’enseignement théologique de Philopon, col. 838. Philoxène de Mabboug donne un traité complet de dogmatique spéculative dans son Traclaltus de Trinilate el incarnatione, publié dans Corp. script. christ. orient., Script. syri, 110 série, t. XXvII. Au point de vue christologique, il convient de rappeler également le De uno ex Trinitate incarnato et passo, dans la Bibliotheca orientalis d'Assémani, t. 11, p. 27 sq., et différents ouvrages de polémiques antinestorienne et antieutychienne; voir ici t. x11, col. 1517-1519. Dans le De Trinilale et incarnalione, on lit cette phrase qui traduit
bien la pensée scolastique de l’auteur : Ea quæ sunt fidei debent per scientiam distingui et declarari, p. 81.
Léonce de Byzance est le type du théologien aristotélicien utilisant la philosophie pour expliquer le dogme d’une façon orthodoxe. Voir ici t. IX, sur sa philosophie, col. 404-408, et sur les applications christologiques de cette philosophie, col. 408-414. L’aristotélisme de Léonce est fortement teinté d’un platonisme, qui continue celui des commentaires d’Aristote par le philosophe Proclus. Et cette remarque vaut pour tous les aristotéliciens du Moyen Age.
Saint Jean Damascène est le premier auteur donnant une synthèse théologique justifiée par les explications rationnelles empruntées à la philosophie. Son ouvrage capital, IInyh γνώσεως, La source de la connaissance, est divisé en trois parties : les deux premières constituant une introduction, philosophique et historique, la troisième, de beaucoup la plus longue, formant une dogmatique à peu près complète. La première partie, Κεφάλαια φιλοσοφικά, Chapitres philosophiques, contient surtout une série de définitions empruntées aux anciens philosophes, Aristote, Porphyre et aux Pères de l’Église qui, même en philosophie, sont ses véritables maîtres. Le Damascène considère Ja philosophie comme la servante de la philosophie vraie dont Jésus-Christ est le docteur. Cette idée vient originairement de Philon, mais elle avait été utilisée par Clément d'Alexandrie ‘et Grégoire de Nazianze. La deuxième partie, Le Livre des hérésies, n’est qu’une introduction historique à la théologie. C’est un catalogue de cent trois hérésies ou doctrines fausses. La troisième partie, Exposé de la foi orthodoxe, comprend cent chapitres, répartis en quatre livres par les Latins. L'Exposé de la [οἱ catholique est une explication méthodique du symbole de Nicée-Constantinople, sur le plan qu'avait adopté Théodoret dans la Θείων δογμάτων ἐπιτομῇ. Sur la Πυγὴ γνώσεως de Jean Damascène, voir t. van, col. 697. Pour la métaphysique du dogme, voir col. 709 sq.; pour l'influence exercée par le Damascène sur la scolastique occidentale, voir col. 750.
Théodore Abou-quâra, dans ses opuscules publiés en grec, P. G., t. χανε et ceux qui ont été imprimés en arabe par E. Bacha, Beyrouth, 1904, présente, au dire de son dernier éditeur, « un résumé de la théologie catholique et un modèle de la scolastique narsiasite ».
Photius, dans les Amphilochia, consacre un certain nombre de questions, une cinquantaine environ, aux problèmes trinitaire et christologique, voir t. ΧΙ, col. 1539-1540; il y apparaît, ainsi que dans son Traité sur le Saint-Esprit, comme «un représentant de la scolastique grecque ». Hergenrôther, Photius, Patriarch von Constantinopel.…, t. 111, Ratisbonne, 1869, p. 652.
Enfin, les chaînes et les florilèges rappellent les « sentences » médiévales; ils s'appliquent à préciser la terminologie et s’essaient à systématiser les dogmes. Voir surtout la Doctrina Patrum de incarnalione Verbi, édit. F. Diekamp, Munster-en-W., 1907.
29 En Occident. — Si Tertullien injurie copieusement les philosophes, il les connaissait néanmoins et il utilise les concepts philosophiques pour préciser sa pensée théologique, par exemple sur la Trinité, où il est le premier à proposer la formule {res personæ unius subslanliæ. Adv. Praxteam, c. τι, P. L. (édit. de 1866), €. 11, col. 180 BC. Voir sur ces spéculations trinitaires, A. d’Alès, La théologie de Tertullien, Paris, 1905, p. 81- 103. Si Tertullien se plaît, comme dans le De carne Christi, ©. V, « à humilier les superbes qui manquent de déférence envers Dieu », A. d’Alès, op. cil., p. 35, il reconnaît néanmoins le caractère rationnel de la religion révélée. « Lorsqu'au lieu de combattre avec les hérétiques, il discute avec les infidèles.., Tertullien met beaucoup de soin à s'emparer des vérités communes sur lesquelles l'accord est fait ou près de se faire entre