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SCOLASTIQUE. L'ÉPOQUE DES PÈRES

la foi et le bon sens naturel... Quand il doit proposer la donnée chrétienne à ceux qui l’ignorent, Tertullien ne s'’entoure pas seulement de témoignages historiques, il recourt aux précautions oratoires, il atténue ce qu'une doctrine si nouvelle peut avoir d’offensant pour le sens humain, il insinue que, s’il faut à toute religion des postulata, ceux de la religion chrétienne ne sont pas les plus durs à admettre. (Son) langage n’est pas d’un homme qui veut être cru sans raisons, et cru d'autant plus qu’il affirme des choses plus incroyables. » A. d’Alès, op. cit., p. 35-36. Pour Tertullien, le christianisme est sapientia de schola cæli, De anima, €. 1; cf. c. XVI, P. L.,t. 11, col. 688 B; 715 BC. Il cite à plusieurs reprises Is., vit, 9, Nisi credideritis, non intelligetis (LXX : οὐδὲ μὴ συνῆτε; Vulg.: non permanebitis). Οἵ. De baptismo, ὁ. x; Adv. Marcionem. 1. IV, ©. xx, RON ΣΤ ENS TCR EXT, ΡΟΣ ἀπ ἀρ Col 619. ΟΣ Ἐν ὅν, col. 438 Β; 452 A; 460 A; 532 A.

Lactance, dans les Znstituliones, reprend la question religieuse dans son ensemble : son œuvre est un essai de systématisation des vérités révélées, mais vues surtout du côté moral. «Lactance veut y présenter la religion chrétienne comme une véritable sagesse, comme une philosophie qui a, sur tous les systèmes précédemment enseignés, de singuliers avantages, en ce qu’elle résout d’une manière rapide, franche, certaine, ce fameux problème du souverain bien contre lequel ont échoué les sages de l’antiquité païenne. » Cf. LAc- TANCE, €. VIIT, Col. 2435.

Hilaire de Poitiers, surtout dans le De Trinitale, fait souvent appel aux concepts philosophiques pour présenter le dogme trinitaire ou christologique d’une facon méthodique et systématique. S’il a mérité le surnom d’Athanase de l'Occident, il dépasse certainement Athanase pour l’étude philosophique des questions agitées et par le caractère personnel de sa pensée. Voir ce qu'il dit lui-même, De Trinilate, 1. I, n. 18, 19, P. L., t. x, col. 37-39. Sur ses conceptions philosophiques appliquées à la théologie, voir ici t. vi, col. 2419 sq.

Marius Victorinus composa divers ouvrages sur les questions religieuses. De ses traités contre l’arianisme, Adversus Arium libri IV, De generatione divini Verbi, De homousio recipiendo, saint Jérôme, De viris illust., ci, P.L., t. xx, col. 739 B, dit qu'ils sont obscurs et que les seuls érudits les comprennent : c’est que précisément l’auteur réfutait l’arianisme par la philosophie néoplatonicienne. A l’instar de Tertullien, Marius Victorinus écrit que celui qui croit vient à la science, Adv. Arium, 1. IV, n. 17, P. L. (édit. 1844), t. vaut, col. 1125.

Avec saint Augustin, nous trouvons, plus fortement affirmée, l'importance de la dialectique pour la théologie. Voir le De doctrina christiana, 1. II, n. 31 sq.. P. L.,t. ΧΧΧΙΝ, col. 47 sq. Sur les rapports de la raison et de la foi chez saint Augustin, voir ici t. 1, col. 2331 sq. É. Gilson a bien tracé les grandes lignes de ces rapports : « Avant la foi, la raison intervient pour formuler ce qu’il faut croire. Cette première exigence est impliquée dans la définition même : credere est cum assensione cogilare. De prædeslinatione sanctorum, n. 5, P. L., t. ΧΙΑΝ, col. 963. Pour qu’il y ait assentiment à ce que l’on pense, il faut d’abord qu’il y ait pensée et par conséquent aussi que la raison propose un objet défini à notre acceptation. Ce n’est pas tout. Si la foi consiste en l’assentiment à un témoignage autorisé, il faut connaître ce témoignage et poser les titres de cette autorité. En un sens, donc, avant de croire pour com prendre il faut comprendre pour croire : ergo intellige ut credas, crede ut intelligas. Epist., CXX, €. 1, n. 3, t. xxx, COÏ. 453-454 ; Serm., XLIII, C. V1, 0.7, t. XXX VIH, col. 257. » Voir ici, t. 1, col. 2338. « Avant la foi, l'in telligence dont parle ici Augustin n’est autre que la

raison naturelle, déjà travaillée par la grâce de Dieu qui la meut et la rappelle à lui, mais sans lumières pour comprendre une vérité à laquelle elle n’adhère pas encore. Avant la foi, la connaissance humaine ne porte donc pas sur le contenu de la foi, mais sur les raisons naturelles que nous avons d’y adhérer. Cf. Confess., 1 ΝΊΙΣ Ὡς 7; 8,t.-xxxm, col: 722, 723: De libero arbitrio, 1. 11, c. 1, n. 5, t. ΧΧΧΙΙ, col. 1342; De utilitate credendi, t. xzur, col. 65 sq. Après la foi, l’intellection porte sur la foi même qui l’illumine et la transforme, engendrant par là cette connaissance que nous étudierons plus tard sous le nom de sagesse. L’intelligence qui précède relève de l’ordre naturel et humain; l'intelligence qui suit est d’ordre surnaturel et divin : éntellige ut credas verbum meum, crede ut intelligas Verbum Dei. » Introduction à l'étude de saint Augustin, p. 34-35. L'article AUGUSTIN a fait voir les diverses applications de ce principe général dans la synthèse théologique augustinienne. L'ouvrage d'É. Gilson en montre les aspects multiples. Voir surtout [τὸ partie, p. 31-138.

Parmi les auteurs dont l'influence est à l’origine de la scolastique, il faut encore citer Cassiodore, dont les Institutiones fournirent leurs programmes aux écoles médiévales. Comme la Doctrina christiana de saint Augustin, les Znstiluliones proclament « l’union de la science sacrée et de la science profane, pour former un enseignement complet et véritablement chrétien ». Voir ici t. 11, col. 1832.

Après Augustin une manifestation nouvelle de l'usage des concepts philosophiques dans l'exposé systématique du dogme se fait jour : les Sentences. On étudiera plus loin, voir l’art. SENTENCES, l’origine et le développement de cette nouvelle méthode d’exposition. Cf. J. de Ghellinck, Le mouvement théologique du x11e siècle, p. 75-94. Qu'il suffise ici de citer les noms de Prosper d'Aquitaine, avec son Sententiarum ex operibus 5. Augustini delibalarum liber (392 sentences), P. L., t. 11, col. 427-496, et ses Epigrammata ex sententiis S. Augustlini (106 morceaux de plusieurs distiques chacun), col. 497-532; d’Isidore de Séville, avec ses trois livres de Sentences, extraites presque toutes de saint Augustin et de saint Grégoire, et qui constituent un vrai manuel de dogmatique, de morale et d’ascétique, Ρ, L., t. LxxxIn, col. 537-738; enfin de Taïon de Saragosse, compilateur, lui aussi, de sentences tirées de saint Grégoire, P. L., t. LXXX, col. 727-992.

11. L'ÉPOQUE MÉDIÉVALE. — 71. SCOLASTIQUE LATINE. — 1° Transition : Boëce. — Entre l’antiquité et le Moyen Age, Boèce forme le trait d'union. Sur les ouvrages philosophiques et théologiques de cet auteur, voir t. 11, col. 919-920. Dans son œuvre proprement philosophique, le De consolatione tient la place d’honneur. Dans ce traité, où « tout s’inspire d’un néoplatonisme amendé de certaines idées péripatéticiennes, avec une teinte de stoïcisme », ici, t. 11, col. 920, on voit quelles ressources la religion simplement naturelle peut déjà trouver dans la philosophie. Aussi l’ouvrage a-t-il obtenu, près des scolastiques du Moyen Age, un immense succès et a-t-il provoqué de leur part d'innombrables traductions, commentaires et imitations. Mais, là où Boèce prélude plus immédiatement à la scolastique postérieure, c’est dans ses cinq opuscules consacrés à la théologie : « L'auteur s’y attache de préférence aux mystères dont l'exposé attend l’aide de la philosophie. Ainsi a-t-il précisé les rapports de la nature et de la personne, à propos de la Trinité (opusc. 1, 11, P. L.,t. zx1v, col. 1247-1255, 1299-1302); ou au sujet de l’incarnation, dans l’opuscule v (col. 1337-1354). Il ἃ aussi parlé de la bonté essentielle aux substances en tant qu’elles ont l'être, dans l’opuscule 1, dédié au diacre Jean (le futur pape Jean Ier)

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