‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 56 sur 457 · SCOLASTIQUE. ÉPOQUE MÉDIÉVALE, L'OCCIDENT · texte numérisé non relu

SCOLASTIQUE. ÉPOQUE MÉDIÉVALE, L'OCCIDENT

phique que théologique. Par contre, le De fide catholica (opusc.rv, col. 1333-1338) traite surtout de la vérité révélée : c’est une rapide esquisse des dogmes fondamentaux du christianisme. » Sur l’authenticité de cet opuscule, voir ici t. 11, col. 920. « L'influence exercée par Boèce fut considérable. Dans la manière dont il conçoit la théologie, il annonce de loin les travaux des scolastiques. Il accepte le dogme, mais il applique toutes les ressources d’une froide raison à le prouver et à le pénétrer. La foi s'élève ainsi à l'intelligence à l’aide de la philosophie, qui bénéficie à son tour des lumières de la révélation. Il a fourni aux scolastiques plusieurs définitions célèbres, notamment celles de béatitude, d’éternité, de providence, de destin (falum), ainsi que celles de nature et de personne. Boèce est, sans contredit, après Aristote, la plus grande autorité des scolastiques du Moyen Age. Tout ce que le Moyen Age, avant la moitié du xrr° siècle, avait connu d’Aristote, il l’avait lu dans les écrits de Boèce (et ses traductions d’Aristote); c’est de l’habile interprète de la logique péripatéticienne que la scolastique a tout reçu, langue et méthode; c’est l’interprète de Porphyre qui a donné le branle aux longues et ardentes querelles du nominalisme et du réalisme. Il a lui-même professé sur l’objet de l’intelligence, sur l’universel et le particulier, un réalisme modéré, analogue à celui que défendra saint Thomas. Boèce, que son caractère et sa langue ont, non sans quelque exagération, fait appeler le dernier Romain, mérite aussi d’être appelé l’iniliateur de la scolastique. » F. Cayré, Précis de patrologie, t. τι, Paris, 1930, p. 217; voir ici t. τὰ, col. 921 et M. Grabmann, op. cil., t. 1, p. 148-177.

20 Période des primitifs. — 1. Avant le ΧΙ" siècle. — L'âge d’or de la scolastique, qui fut une véritable renaissance de ‘la philosophie antique pénétrée d’un esprit chrétien, ne fut pas le fruit spontané de l’activité intellectuelle et religieuse de quelques esprits supérieurs du xr1re siècle et sans attaches dans le passé. Nous avons montré, dans la première partie de ce travail, combien profondes et lointaines sont les racines de la scolastique. Mais la période que nous appellerons la période des primitifs et qui va du vrrre au x1re siècle est une longue et lente préparation de l’âge d’or. Trois éléments contribuent à la fécondité de cette préparation : la conservation par les moines des œuvres des Pères, qui fournissent la base doctrinale; l'influence persévérante de l’augustinisme, qui maintient le principe de la foi cherchant l'intelligence et de l’intelligence orientée vers la foi; enfin, élément nouveau qui devait revigorer tout l’enseignement du dogme, la pénétration de la pensée aristotélicienne dans les écoles catholiques. Mais, pour que ces éléments conjugués produisissent pleinement leurs fruits, il fallait de plus créer un mouvement en faveur des études : ce fut, au 1x? siècle, l’œuvre de Charlemagne; les écoles, ouvertes par lui, sous sa protection et à son exemple, furent les vrais points de départ du mouvement scolastique.

On a dit ici, voir t. 1, col. 1872, comment, du ve au ΧΙ siècle, la pénétration de l’aristotélisme avait été progressive. Au 1x® siècle, on ne connaît encore d’Aristote que les traductions par Boèce des Catégories et de l’Interprétation (Periherméneias), auxquels il faut ajouter la traduction du commentaire de l’!ntroduclion de Porphyre. Vers 1140, parut la traduction des Premiers Analytiques, suivie bientôt de celle des Seconds, des Topiques et des Sophismes, soit tout l’'Organon d’Aristote. Voir ici t. 1, col. 1872. Sur une métaphysique à base augustinienne et dans laquelle règne un mélange bizarre et souvent contradictoire d’idées platoniciennes et de thèses aristotéliciennes, les auteurs utilisent unanimement l'Organon pour la dialectique. Voir col. 1873. Cf. M. De Wulf, Histoire de la

(col. 1311-1314); cet écrit est beaucoup plus philoso- | philosophie médiévale, 5° édit., τ, 1, 1925, p. 26-29.

Plusieurs écrivains appartenant à cette époque encore primitive ont grandement contribué au progrès de la scolastique. En premier lieu il faut citer Alcuin, auxiliaire sinon inspirateur des mesures prises par Charlemagne en faveur de l’enseignement. Sur l’influence de cet auteur, voir ici t. 1, col. 689. Mais il faut peut-être corriger quelque peu l'appréciation trop optimiste de Picavet : M. Godefroy Kurth, Les origines de la civilisation moderne, 3° édit., t. τι, Bruxelles, 1892, p. 298, a très bien marqué le caractère de la science d’Alcuin : « Son rôle, dit-il, a consisté à maintenir les esprits de son temps au niveau de ceux des siècles écoulés. » Alcuin n’est donc pas créateur. C’est un esprit aisé qui s’assimile les choses d’une façon facile. « Quand on l’a appelé « l’Érasme de son temps », il ne faut pas oublier, dit dom Cabrol, que ce temps était une époque presque barbare et que la distance est grande entre l'humaniste raffiné de Rotterdam au modeste et en somme médiocre écolâtre d’York. Il ne savait que très peu de grec. Sa connaissance de l’hébreu était plus rudimentaire encore. » L’Angleterre chrélienne avant les Normands, Paris, 1909, p. 164; cf. Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, t. 11, Die Karolingerzeit, Leipzig, 1912, p. 134, n. 4. Mais si, en introduisant le frivium et le quadrivium à l’école du palais, il a répété ce que d’autres ont dit avant lui, ses livres sont pourtant un point d’appui pour les initiatives suivantes. Cf. Hauréau, Histoire de la philosophie scolastique, Paris, 1889, p. 267, et Esquisse d’une histoire générale et comparée des philosophies médiévales, Paris, 1907, p. 117-127. D'ailleurs sa conception même de la science est vraiment originale ; sa méthode dialoguée, avec ses répliques à l’emporte-pièce, habitue l'esprit à une gymnastique utile; il a le sens des différents aspects d’une question; au point de vue dialectique, il a préparé la philosophie scolastique en lui donnant une méthode. Sur l’activité intellectuelle des écoles de la Renaissance carolingienne, voir Amann, L'époque carolingienne, Paris, 1938, p. 93-106 (t. vi de l’Histoire de l’Église, publiée sous la direction de A. Fliche et V. Martin).

Bien que Raban Maur (f 856) manque d'originalité et soit plutôt, d’ailleurs dans le meilleur sens du mot, un compilateur, voir ici, t. xr11, col. 1609, son nom doit prendre place parmi les écrivains qui ont, de loin, préparé la scolastique du xrrr° siècle. Son De clericorum institutione vise, en adoptant le plan d’études d’AIcuin, à « faire tourner toutes les sciences profanes au profit des divines Écritures ». Léon Maître, Les écoles épiscopales el monastiques en Occident avant les universilés, dans les Archives de la France monastique, t. XVI, 1924, p. 141. De plus, ses deux ouvrages, De universo et De anima, préludent aux travaux philosophiques et théologiques de la scolastique médiévale. Dans le premier, il demeure en dépendance étroite d’Isidore de Séville; dans le second, il emprunte presque toute sa matière à saint Augustin et à Cassiodore. Mais cette dépendance et ces emprunts sont bien la marque carac-

éristique de Raban Maur.

Jean Scot ou l’Érigène doit être également signalé. Son influence, en effet, sur la pensée occidentale est considérable, à la fois en raison de ses traductions de Denys l’Aéropagite et par son grand ouvrage en cinq livres, De divisione naturæ : synthèse audacieuse et puissante qui renferme en son cadre la plupart des sujets religieux ou théologiques. Voir ici t. v, col. 410 sq. Le grand mérite de l'Érigène a été de faire appel à la philosophie pour pénétrer le dogme : « L’Écriture, l’enseignement ecclésiastique fournissent, sur l’ensemble des choses, de leur origine, de leur destinée, de leur devenir, un certain nombre de données auxquelles il faut absolument se tenir. Ces données, le croyant les admet sans discussion, au penseur de les organiser.

Page 1