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SCOLASTIQUE OCCIDENTALE, LA PRÉPARATION

Empruntant son schéma général à la philosophie néoplatonicienne, qui avait si profondément imprégné quelques-uns des esprits auxquels il fait le plus confiance : Augustin, Grégoire de Nysse, pseudo-Denis, Maxime, notre théologien va présenter aux méditations du penseur chrétien le mouvement général qui, partant de Dieu, fait venir à l’être l’ensemble de l’univers, puis le fait revenir à Celui qui en est la source. » É. Amann, op. cil., p. 313-314. Après dom Cappuyns, Jean Scot Érigène, Paris, 1933, qui a renouvelé toute la question de l'Érigène, É. Amann pense qu’en démontrant que « le De divisione naturæ est essentiellement une synthèse théologique partant des données de la foi et les systématisant selon un schéma emprunté en grande partie au néoplatonisme », on fait tomber toutes les fausses interprétations qui ont fait de l'Érigène soit un libre-penseur précurseur du panthéisme allemand du xix® siècle, soit un fauteur d’erreurs, comme ce fut le cas au début du xxx siècle lors de l’explosion du panthéisme almaricien, quand Honorius III condamna l’ouvrage au feu. Op. cit., p. 314, note.

On doit noter également les essais d’explication — en sens assez divergents — du dogme de l’eucharistie, d'une part, dans le sens du réalisme, par Paschase Radbert, voir ici : RADBERT (Paschase) de M. Peltier, t. xuur, col. 1636-1637 (on y démontre que le réalisme de Radbert n’a rien d’exagéré), et le Pascase Radbert, Amiens, 1938, du même auteur; d’autre part, dans le sens d’un symbolisme mitigé, par Ratramne, De corpore et sanguine Domini, dont la doctrine est approuvée par Raban Maur, mais sera condamnée ultérieurement, lors des controverses bérengariennes, par Léon IX. Voir ici, t. xu11, col. 1781-1784.

Le xe siècle, quoi qu’on en ait dit, n’est pas absolument stérile pour la préparation de la scolastique postérieure. Sans doute on n’y trouve pas de véritables écrivains, mais « il y a cependant des écoles. Beaucoup d’écoles monastiques, fondées au 1x° siècle, ont pu se maintenir en dépit des conditions les plus défavorables, et nombre d’écoles cathédrales les égalent ou les dépassent. Celles de France notamment commencent à attirer la jeunesse étrangère. On y donne, avec une certaine culture classique, une formation dialectique, élémentaire, mais bien propre à affiner l'esprit et à préparer le renouveau philosophique des siècles suivants. La théologie, écrit J. de Ghellinck, Le mouvement théologique du Xr7° siècle, Paris, 1914, p. 34, reste ce qu’elle était jadis : lecture intelligente de la Bible et de quelques saints Pères, connaissance des symboles, des canons et des cérémonies rituelles..… Le XI siècle est beaucoup plus animé, mais reste un siècle de transition. » F. Cayré, op. cit., t. 11, p. 381-382.

2. Le ΧΙ" siècle. — Du point de vue qui nous occupe, ce qui caractérise le xr° siècle, c’est d’abord la lutte entre dialecticiens et antidialecticiens. « Pour faire admettre en fait la légitimité de son entrée sur le terrain des sciences sacrées, écrit encore le P. de Ghellinck, la dialectique eut à subir, au xr° siècle, une lutte plus longue et plus violente qu’auraient pu le faire présager les éloges de Raban Maur et d’Alcuin, qui répétaient Cassiodore ou Augustin. Les sermons de l’époque, la correspondance des écolâtres ou des dignitaires ecclésiastiques, les commentaires des quelques rares exégètes, voire les chroniques ou les notices d'histoire littéraire, trop brèves malheureusement, comme celle de Sigebert ou du moine de Malmesbury, nous permettent de percevoir les échos, parfois bruyants, de ces controverses. » Voir les détails dans J. de Ghellinck, Dialectique et dogme aux XIe et ΧΙ siècles, dans les Mélanges Bäumker, Studien zur Geschichle der Philosophie, Supplementband der Beiträge, Munich, 1913, p. 79-99. L'opposition ne se cantonne pas d’ailleurs

en un seul pays : elle se rencontre en Italie, chez Pierre Damien, Opusculum de divina omnipotentia, c. v, P. L.,t. cxLiv, col. 603; cf. J.-A. Endres, S{udien zur Geschichte der Frühscholastik, Die Dialektik im ΧΙ. Jahrhundert, et Anselm der Peripatetiker, dans Historisches Jahrbuch, t. xxXV1, 1913, p. 84-93; en Alsace et en Bavière, chez Manegold de Lautenbach, qui répète souvent Pierre Damien, Opusculum contra Wolfelmum, c. 1, v, P. L.,t. cLv, col. 152, 155; chez Willeram d’Ebersberg, Expositio Williramni abbatis super Cantica canticorum prologus, édit. Seemüller, Willirams deutsche Paraphrase des Hohenliedes, dans Quellen und Forschungen zur Sprech-und Kulturgeschichte der germanischen Vôlker, t. xxvIr1, Strasbourg, 1878, p. 1 et 2; chez Othloh de Saint-Emmeran, Dialogus de tribus quæstionibus, prol. et c. xxx, P. L., t. cxLvi, col. 60-62, 89; chez un correspondant de Seifrid de Tegersee, qui méconnaît les services que peut rendre la philosophie, Epist., vi, dans Pez, Thesaurus novissimus anecdolorum, t. νὰ, Augsbourg, 1729, (Codex diplomatico-historico-epistolaris), pars 19, p. 241- 242; à Saint-Gall, où Ekkehart VI prélude par son poème ironique aux attaques de Damien et de Manegold, Confutatio rhetorice in facie Ecclesie et sanctorum. Item Confulalio dialectice (édit. Dümmler, dans la Zeitschrift für deutsches Alterthum, 1869, Neue Folge, t. 11, p. 1-73, voir surtout p. 64-65, vers 62-75, etc.); en Angleterre, chez Wulfstan de Worcester, voir Guillaume de Malmesbury, Gesla pontificum Anglorum, 1. IV, dans P. L., L. cLxx1x, col. 1590 A ; en Hongrie, où Gérard de Czanad, sans aller aussi loin que Pierre Damien, regarde avec indifférence, sinon avec défaveur, les diverses branches du frivium. Voir J. de Ghellinck, op. cil., p. 51-53.

Ce n’était d’ailleurs pas sans raison que s'était produite cette opposition antidialecticienne. Chez les dialecticiens, en effet, on se livrait à une étude passionnée de la logique aristotélicienne, et l’on tentait résolument, d’une façon souvent fâcheuse, une application de l’ordre rationnel à l’ordre révélé. Le courant dialecticien est constitué par les maîtres des grandes écoles épiscopales de Tours, de Chartres et de Paris : Bérenger de Tours, Jean Le Chartrain, médecin d'Henri Ier, Roscelin en seront les lumières. Cf. R. Heurtevent, Durand de Troarn et les origines de l’hérésie bérengarienne, Paris, 1912, p. 35; P. Mandonnet, Polémique averroïste de Siger de Brabant et de saint Thomas, dans Revue thomiste, τ. αν, 1896, p. 22 sq.; J.-A, Endres, art. cilé, et ἃ. Robert, Les écoles et l’enseignement de la théologie au XI1r° siècle, Paris, 1909, p. 83. Il ne s’agissait pas seulement de « minuties, qui n'avaient rien des mérites d’une étude vraiment philosophique du dogme », il s’agissait encore et surtout « d'abus et d’excès appelant une prompte répression ». Quoi qu'il en soit de leur pensée intime, à l’aide d’un alqui et d’un ergo, qu'étayait parfois une phrase d’Aristote ou d’un de ses commentateurs, ils jetaient par-dessus bord la résurrection des corps, la naissance virginale du Sauveur, sa résurrection, etc. Le P. de Ghellinck à qui nous empruntons ces détails, voir l’ouvrage déjà cité, p. 54, en a donné des exemples frappants p. 38-41 et en relevant, appendice E, p. 175 sq., des « réminiscences de la dialectique de Victorinus (avant sa conversion) dans les conflits théologiques du ΧΙ et du xrie siècles ». Le grand tumulte bérengarien est un produit de cet abus de la dialectique dans les doctrines sacrées. Zbid., p. 55-56.

Heureusement, et c'est la seconde caractéristique de cette époque, un certain nombre des champions de la foi ont su faire de la dialectique un usage judicieux qui, dans le dernier quart du xx siècle, marque «les progrès de plus en plus prononcés de la spéculation dogmatique orthodoxe et, par suite, la reconnaissance,

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