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SCOLASTIQUE OCCIDENTALE, LA PRÉPARATION

un peu hésitante parfois, de ses titres de légitimité ». J. de Ghellinck, op. cit., p. 56. Dans son Histoire de la méthode scolastique, M. Grabmann a tracé, dans leurs grandes lignes, les faits de ce mouvement doctrinal de la fin du xre siècle. Voir t. τ, p. 215-246. On doit citer ici les noms de Lanfranc, d'Yves de Chartres, de Bernold de Constance, d’Alger de Liège, de Guitmond d’Aversa pour terminer par Anselme de Cantorbéry. Cf. J. de Ghellinck, op. cit., p. 56-59.

« Les caractéristiques de la période (fin du xr° siècle) se retrouvent dans les productions de l’activité théologico-philosophique de saint Anselme, avec un relief qui nous autorise à les résumer toutes à propos de son nom. À l’antagonisme dont les dialecticiens sont victimes, il oppose la spéculation pondérée, orthodoxe, non moins qu'approfondie, et tout en s’élevant contre les écarts des dialectici moderni (De fide Trinilatis, c. 1, πὶ, P. L., t. czLvunr, col. 265, 271), il consacre à jamais la légitimité du travail de la raison dans les choses de la foi. La place qu'il fait aux raliones necessariæ dont l’origine et le nom se trouvent dans les livres scolaires jutilisés alors, montre comment il répond aux préoccupations intellectuelles du moment et les chroniqueurs des âges suivants ont soin de nous le dire jusqu’en plein χινὸ siècle. Les mérites de son enseignement qui lui donnent une place unique entre saint Augustin et saint Thomas et que les frontispices des grandes éditions de ses œuvres ont consacrée, marquent une nouvelle étape dans les progrès des études sacrées. Il unit la raison et la foi, le raisonnement et la tradition. C’est ainsi qu’il couronne d’une gloire qui ne connaîtra plus l’oubli et qui rarement sera dépassée, si même atteinte, la longue période des belles écoles bénédictines. » J. de Ghellinck, op. cil., p. 60. Aussi, quelles que soient les divergences qui s’affirment entre auteurs pour fixer la portée de ce terme, on peut souscrire au titre que confèrent à Anselme les leçons du bréviaire : omnium theologorum, qui sacras lilteras scholastica methodo tradiderunt, normam cælitus hausisse ex ejus libris omnibus apparet. Finale de la troisième leçon du second nocturne.

3. Le XIIe siècle. —- νὰ méthode si fortement marquée par saint Anselme est pour ainsi dire unanimement retenue au xrr° siècle. Si la base de la philosophie adoptée pour expliquer le dogme est encore augustinienne, du moins la dialectique est empruntée à l'Organon d’Aristote.

Dès les premières années du xx siècle, le principal foyer des études sacrées est à Laon, avec un autre Anselme, le « maître des maîtres », comme l’appellent Marbode de Rennes, Carmina varia, XxIV, P. L., t. cLxx1, col. 1722, et Guibert de Nogent, Ad commenlarium in Genesim et De vita sua, 111, 4, P. L., t. GLv1, col. 19, 912. Mais nous savons peu de choses de son influence : M. De Wulf estime que cette influence fut très réelle dans la préparation des écoles d’Abélard et de Hugues de Saint-Victor. Op. cit., p. 188-189. Deux écoles surtout ont laissé leur empreinte sur la scolastique du xx siècle et ont préparé l’âge d’or du xnr, l’école de Saint-Victor et l’école d’Abélard.

Nous n'avons pas à reprendre, mème en résumé, ce qui a été dit ici même, des deux écoles. Voir HUGUES DE SAINT-VICTOR, t. vit, 00]. 257-269, et, sur son influence dans l’école victorine et sur les autres théologiens, col. 297-303; ABÉLARD, t. 1, surtout col. 41-42 et, sur l’école abélardienne et ses relations avec l'école victorine, col. 49-55. Le triomphe de la scolastique est certainement dù à l'influence des deux écoles. « Elles n’eurent pas à ériger en principe l'introduction de la philosophie dans la théologie; c'était déjà fait par saint Anselme et, un peu à contre-cœur, par Lanfranc. Comme Abélard, Hugues adopta le principe et, dans l'application, ils déployèrent le même zèle. Il est faux

1701 SCOLASTIQUE de tout point que l’école de Saint-Victor, par excès de symbolisme mystique, ait enrayé le développement scientifique de la foi. Mais, d’une part, c’est bien à l'école d'Abélard que sont dus principalement les trois perfectionnements essentiels de la nouvelle théologie : l'idée de condenser, dans une Somme digne de ce nom, la synthèse de toute la théologie, l'introduction des procédés plus sévères de la dialectique et la fusion de l’érudition patristique avec la spéculation rationnelle. »

« D'autre part, seule, l'école de Saint-Victor eut la gloire de sauver la nouvelle méthode mise en grand péril par les témérités doctrinales d’Abélard. L'hétérodoxie du novateur, dit Harnack, « discrédita la science, « à tel point que les théologiens de la génération sui- « vante eurent une position difficile. Ainsi peu s’en fallut « que la condamnation ne fût prononcée contre les Sen- « tences de Pierre Lombard ».. Sans parler du fougueux Gauthier de Saint-Victor, auteur du pamphlet Contre les quatre labyrinthes de France (Abélard, Gilbert de La Porrée, Pierre Lombard et Pierre de Poitiers; cf. P. L.,t. crc, col. 1129 sq.), les meilleurs esprits, comme Guibert de Nogent, Guillaume de Saint-Thierry, saint Bernard étaient effrayés des méthodes nouvelles. Étienne de Tournay lançait de terribles accusations « contre ces faiseurs de nouvelles Sommes ». Il fallut la parfaite orthodoxie de l’école de Saint-Victor et toute sa prudente modération dans l’usage du nouveau système, pour faire oublier que ses premiers promoteurs se nommaient Scot Érigène, Bérenger, Abélard, pour rassurer les croyants alarmés et acclimater la nouvelle théologie dans les écoles catholiques. Harnack a proclamé Hugues de Saint-Victor « le plus influent des « théologiens du ΧΙ siècle », parce que, plus qu'aucun autre, il contribua à faire la fusion des deux tendances en lutte, l’orthodoxie dogmatique et la science philosophique. » E. Portalié, art. ABÉLARD (École théologique d’), t. 1, col. 54-55. Cf. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, t. 111 (édit. de 1909), p. 532. Parmi les disciples de Gilbert de La Porrée, il convient de citer Raoul l’Ardent, dont le Speculum universale tente une systématisation des données théologiques, en transposant la terminologie philosophique dans les matières théologiques.

Le nom de saint Bernard vient d’être prononcé parmi les adversaires des « dialecticiens ». Bernard appartient, en effet, à l’école des mystiques et c’est dans la contemplation, beaucoup plus que dans la philosophie, qu’il puise sa science. Sans doute, il ne méprise pas la science, mais il pourchasse ceux qui y cherchent une matière à orgueil, qui veulent la vendre et en faire un vil commerce; il approuve au contraire ceux qui, par elle, veulent faire du bien aux autres ou veulent s’édifier eux-mêmes. In Cant. Cant., serm. XXXVI, ἢ. 3, P. L., t. CLXxXxII1, 60]. 968 D. Sur les principes et la méthode de Bernard, voir ici t. 11, col. 761- 763. Toutefois, par son mysticisme même, saint Bernard a exercé une heureuse influence sur la scolastique. M. Grabmann fait observer qu’il y a, non opposition, mais corrélation entre la mystique et la scolastique. La seconde trouve dans la première de sérieux avantages, en ce qui touche la théologie : elle fournit aux entraînements de la dialectique un heureux contrepoids; ses lumières éclairent le problème capital des rapports de la science et de la foi; elle maintient les données traditionnelles sans lesquelles la théologie deviendrait science purement humaine; enfin elle corrige l’abstraction et l’aridité de la méthode scolastique. Cf. M. Grabmann, Geschichte der scholastischen Methode, €. 11, p. 94-100. C’est ainsi que, dans sa lutte contre Abélard, il dénonce surtout l’abus de la méthode spéculative qui forme le caractère et le péril de la théologie abélardienne.

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