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SCOLASTIQUE OCCIDENTALE, L'APOGÉE

corruplorii » « Quare », Kaïn, 1927; M. Grabmann, Le « Correclorium corruptorii » du dominicain Johannes Quidort de Paris, dans Revue néo-scolastique, 1912, p. 404-418. Sur Jean Quidort, voir ici €. vint, col. S40- 841; sur Gilles de Lessines, voir M. De Wulf, op. cil., tr, D: 43:

Un thomisme sincère, mais hésitant, se retrouve dans le fondateur de l’école égidienne. Gilles de Rome essaie de mettre d'accord la pensée de Thomas et d’Augustin : ce qui l'amène à des concessions regrettables aux adversaires de l’Aquinate. Cf. K. Werner, Der Augustlinismus des späleren Millelalters, Vienne, 1883, eticit. vi, col. 1358-1365.

Plus mélangée encore se retrouve l'influence de saint Thomas chez Henri de Gand et Godefroy de Fontaines. Le premier « s'attache, dans le répertoire scolastique, à quelques questions préférées. qu'il emprunte plus volontiers à la métaphysique et à la psychologie. On l’a appelé un augustinien. Il est bien plutôt un péripatéticien éclectique. 11 reprend un bloc de théories en vogue dans l’ancienne scolastique, leur donne un tour propre et les adapte au reste de sa scolastique. Certaines théories thomistes l’ont vivement impressionné, par exemple l’unité des formes, et bien qu’il ne partage pas toutes les vues du maître dominicain, il s’est abstenu de prendre position, dans les intrigues dirigées contre lui ». M. De Wulf, op. cit, t. 11, p. 55-56.

Godefroïid de Fontaines (ἡ vers 1306), adversaire résolu des dominicains, fait un éloge superbe de saint Thomas philosophe. Toutefois son thomisme est éclectique et nuancé. Cf. M. De Wulf, op. cit., p. 52; Études sur... G. de Fontaines, Louvain, 1904; A. Pelzer, Godefroid de Fontaines, dans Revue néo-scolastique, 1913.

c) L'opposilion au thomisme fut très vive vers 1270. Voir ici AUGUSTINISME, t. 1, col. 2506-2514, et A. d’Alès, art. Thomisme dans Dict. apol. de la foi cath., €. 1v, col. 1675-1680. Sans former une école augustinienne à proprement parler, les premiers théologiens dominicains, avons-nous dit, avaient été des augustiniens au sens large. Cf. ici P. Mandonnet, art. FRÈRES PRÈcHEURS (La théologie dans l’ordre des), t. νι, col. 869- 871; R. Martin, Quelques « Premiers » maîtres dominicains, dans Revue des sciences phil. et théol., t. 1x, 1920, p. 556-580. L'université d'Oxford devait fournir Robert de Kilwardby (f 1279), archevêque de Cantorbéry (1272-1278), puis cardinal. ἃ Paris, l’évêque Étienne Tempier condamnait, le 7 mars 1277, une vingtaine de propositions thomistes; quelques jours plus tard, Kilwardby frappait une trentaine de propositions dont quelques-unes thomistes. Le successeur de Kilwardby, le franciscain Peckam, disciple de saint Bonaventure, montra la même rigueur à l'égard de saint Thomas qu'il avait déjà combattu à Paris. Tout ceci n’est d’ailleurs qu'un épisode de la lutte engagée entre les deux ordres, dominicain et franciscain, dans les écoles de théologie. Vers 1278, un autre disciple de saint Bonaventure, Guillaume de La Mare dressait son fameux catalogue d'erreurs thomistes dans le Correclorium que les dominicains qualifièrent ensuite de Corruptorium.

La canonisation de saint Thomas (1323) marque la fin de la grande offensive franciscaine contre la scolastique thomiste., L'acte d’Étienne Tempier fut retiré en 1324 par son successeur Étienne de Bourret. Mais l'école franciscaine garda sa direction.

7. Duns Scol. — Le théologien de l’ordre qui a le mieux incarné les tendances de la scolastique franciscaine depuis la fin du xx siècle est Duns Scot.

Scot est l’initiateur d’une scolastique. Cette scolastique a été exposée ici-même, voir ἵν αν col. 1865 sq., et il suflit d'en rappeler les traits généraux d’après l'étude du P. É. Longpré, La philosophie du bienheureux

ts, St nd

Duns Scot, Paris, 1924 (extrait des Études franciscaines, 1922-1924). Scot organise sa conception géné- .rale de tout l’ordre des choses du point de vue de l'amour. Il s’agit bien ici d’une « spéculation métaphysique » qui permet d'organiser toute la pensée franciscaine (en philosophie, théologie et mystique) du point de vue de l'amour. L'idée du bien commande toute cette spéculation, marquant ainsi nettement la distinction de cette synthèse par rapport à la synthèse thomiste qui n’a d'autre préoccupation que d'exposer objectivement la vérité : l’intellectualisme du Docteur angélique peut ainsi être opposé au volontarisme du Docteur subtil. Sur ce volontarisme, voir ici t. 1v, col. 1880 sq.

La synthèse de Duns Scot est théologique avant tout, comme celle de saint Thomas. La large part faite à la spéculation vient de la confiance que Scot ἃ en la philosophie, laquelle est capable de montrer l'harmonie de la raison et de la foi. Cf. P. Minges, Das Verhäliniss zwischen Glauben und Wissen, Paderborn, 1908. Mais cela d'une tout autre façon que dans la synthèse thomiste, car les principes philosophiques sont eux-mêmes différents. Avec M. De Wulf on peut ramener à quatre les doctrines capitales de Scot : le formalisme métaphysique, l’univocité de l'être, 11πtuitionnisme, le volontarisme. Op. cil., t. 11, p. 70 sq.; cf. É. Longpré, op. cit., p. 270 sq. C’est en raison de ces principes que la scolastique scotiste se présente avec une incontestable originalité : « Elle s'inspire sans doute de la spéculation augustinienne du xx siècle, mais elle la dépasse par nombre de théories nouvelles qu'elle y introduit pour la fixer, par l’utilisation même de l’aristotélisme, qui a définitivement acquis droit de cité dans les écoles. Mais l’aristotélisme est assez mitigé chez Scot par ces préoccupations mêmes; il est moins strict que chez saint Thomas, qui cherchait simplement à constituer une philosophie universelle, sur la base fondamentale du réel et du vrai. Celle de Scot, orientée plutôt vers le bien, n’en paraît pas moins solidement coordonnée et montre que son auteur était de taille à être un chef d'école. » F. Cayré, op. cit., p.648.

4° La décadence. — 1. Coup d'œil général sur la scolastique du ΧΙ siècle : le nominalisme.— Le x1v° siècle peut encore se rattacher au Moyen Age : il indique nettement le déclin de la scolastique. La multiplication des universités est loin de marquer un progrès : mais du seul fait de ces créations (Prague, Vienne, Heidelberg, Cologne, Erfurt, Cracovie), Paris et Oxford sont détrônés intellectuellement et la décadence de leurs études s’en accentue davantage. Cf. M. De Wulf, op. cit., t. 11, p. 150-153.

Ce siècle se distingue par le profond désordre qui règne dans les esprits, par la négligence des hauts principes qui commandent la philosophie et par une défiance incurable à l'égard des données métaphysiques les plus élémentaires. Si l’on a pu dire que la philosophie du xrv° siècle est manifestement une étape vers la philosophie dite moderne qu’elle prépare et annonce, cf. É. Gilson, La philosophie au Moyen Age, t. τι, p. 83 sq., il ne s’ensuit pas que ce soit un progrès, c’est, en réalité, une véritable régression.

La scolastique est en réelle décadence. Tout, d’ailleurs, contribue à lui enlever cette force de pensée que le thomisme et l’augustinisme avaient puissamment contribué à lui communiquer : dissolution de la chrétienté sous la poussée des nationalismes naissants; esprit d'indépendance à l'égard de l'autorité même spirituelle, esprit que le schisme d'Occident ne fera qu'entretenir et développer; goût excessif pour les sciences positives. L. Salembier n’hésite pas à dénoncer, au x1v° siècle, l'ignorance, la témérité, l’inconséquence, « le chaos des opinions ». Le grand schisme d'Occident, 5° édit., Paris, 1921, p. 114-115.

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