‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 9 sur 457 · D’AUTHENTICITÉ · texte numérisé non relu

D’AUTHENTICITÉ

commencer par la question dogmatique. Zbid., p. 159.

2. Par ailleurs, loin de nier l'authenticité des discours en question et de mettre en doute l’adhésion publique de Georges à l'union, le même Syropoulos affirme équivalemment l'un et l’autre, lorsqu'il raconte, op. cit., p. 264, que tous les magistrats impériaux qui assistèrent au concile, οἱ ἄρχοντες donnèrent un avis favorable à la conclusion de l'union. Il ne se contentèrent pas de dire cela de vive voix, mais chacun exprima son vote par écrit sous forme de profession de foi à la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils, ou du Père par le Fils. Or, parmi ces ἄσχοντες se trouvait Georges Scholarios, ainsi que les deux autres Georges : Georges Gémiste Pléthon et Georges Amiroutzès. Tous les trois donnèrent une adhésion absolument explicite au dogme catholique. Tous les trois, après le concile, chantèrent la palinodie et attaquèrent ce qu'ils avaient d’abord admis. Scholarios n’est donc pas un isolé. Ce qu'il a fait, les deux autres Georges l’ont fait également. Il ne reste donc aucune raison sérieuse de mettre en doute l'authenticité de la pièce où s’exprime le plus explicitement son adhésion au dogme sur la procession du Saint-Esprit, nous voulons parler du rapport adressé à l’empereur à l’occasion de la consultation demandée à chacun des membres de l’assemblée des Grecs (pièce n° 6, τ. 1, p. 372-374). Ce rapport, qui nous a été conservé par Dorothée de Mitylène dans son Hisloire du concile de Florence, ressemble de tout point aux autres professions de foi qui furent présentées alors à l’empereur et notamment à celle de Georges Amiroutzès, dont nous avons récemment publié le texte, Échos d'Orient, t. xxxvI, 1937, p. 175-180.

3. Pour les discours proprement lus devant l’assemblée des Grecs, Marc d'Éphèse y fait également allusion dans la brève relation qu'il écrivit sur le concile pour justifier sa conduite. Il écrit : « De là on en vint aux paroles d’accommodement et de conciliation et l’un des nôtres s’avisa de dire qu’il était bon de faire la paix et de démontre : que les saincs étaient d’accord entre eux, de peur que les Occidentaux ne parussent contredire les Orientaux. » Relatio de rebus a se in synodo Florentina gestis, 5, éd. L. Petit dans P. O., τ. xvir, p. 446-447. Nous avons ici le signalement des discours unionistes de Scholarios.

4. Commentant ce passage de Marc, Joseph de Méthone, qui est un contemporain, bien qu'il ne paraisse pas avoir assisté au concile, identifie, faussement, à notre avis, celui dont veut parler l’évêque d'Éphèse avec Isidore de Kiev; mais il ajoute aussitôt : « À Isidore de Russie fit écho le savant Scholarios, qui composa et présenta trois discours sur la paix ecclésiastique et démontra avec beaucoup d’éloquence que les saints d'Occident et d'Orient s’accordaient entre eux. Avec les accents bien dignes d’un chrétien, il exhorta à prendre le parti de la paix. » Refutatio Marci Ephesini, P. G., t. cuix, col. 1072 B C.

Quant à la Réfutation des syllogismes de Marc, nous avons déjà dit plus haut, col. 1541, à quelle occasion ce travail fut composé, comment son authenticité est attestée tant par les quatre manuscrits du xve siècle qui nous l’ont conservé que par la critique interne. Autant qu’on peut le conjecturer, il fut exécuté dès 1440, aussitôt après le retour de Florence. On serait tenté de croire que Marc d’'Éphèse eut vent de la chose et que ce fut là le motif de sa lettre à Georges. Il fait allusion, en effet, à un nouveau revirement de son ancien élève vers la thèse latine : Epislola ad Georgium Scholarium, éd. L. Petit, dans P. O., £ cil., p. 460. Malgré la réponse de Scholarios, qui est obscure, l’hypothèse reste plausible; car, dans celte réfutation, Georges vise moins à faire connaître ses sentiments personnels qu'à démontrer que les arguments de Marc contre les Latins sont dénués de toute force probante.

1557 SCHOLARIOS, Parfaitement au courant de la théologie latine, il joue vis-à-vis de l’'évèque d’Éphèse, le rôle d'un Latin, et il le joue parfaitement. Il ne faut pas exclure pourtant une autre conjecture. La finale de la Réponse à Marc est si acerbe qu'elle peut nous autoriser à penser que la réfutation fut écrite ab irato, aussitôt après cette réponse; et ce serait encore en 1440. Lettre à Marc d’Éphèse, t. 1v, p. 449. Scholarios dit, en effet, qu'il fera connaître son sentiment au moment opportun, même s’il doit déplaire à Marc ou au pape.

Enfin, pour établir l'authenticité de nos pièces, on peut recourir à un argument d'ordre plus général, qui entraîne la conviction : nous voulons parler des aveux multiples, implicites ou explicites, que Scholarios nous a laissés de son unionisme, durant une période donnée de sa vie, c’est-à-dire pendant sa jeunesse, avant, pendant et même un peu après le concile de Florence. Nous ne pouvons ici relever tous ces témoignages, pour lesquels nous renvoyons le lecteur au t. vi des Œuvres, Appendice v, p. 33*-47*, et à notre article : L'unionisme de Georges Scholarios, dans les Échos d’Orient, t. xxXxXvVII, p. 65-86. Qu'il nous suffise de rapporter deux aveux explicites. Nous empruntons le premier à la Critique du discours de Bessarion à Florence (t. 111, p. 115-116), fragment autographe, resté inconnu jusqu’à l’édition complète des œuvres. Parlant de l’addition du Filioque au symbole qui, d’après lui, ἃ été la véritable cause du schisme, il écrit :

Examinant moi-même, après tant d’autres, cette question, je trouvai que les obstacles provenant de l’addition ne devaient pas nécessairement causer le schisme. Il eût été mieux, sans doute, qu’on n’eût rien ajouté; mais cette témérité une fois accomplie et passée dans l’usage, il fallait la tolérer, si toutefois l'addition exprimait la vérité. Je disais donc que c'était sur ce point que le concile général dont nous espérions la convocation prochaine aurait à porter son attention. Quant à moi, ne faisant aucune addition, me gardant de toute communion avec les Latins, jerecherchais si l'addition exprimait en quelque manière la vérité. Devant l'affirmative, on n'aurait plus à traiter les Latins d’hérétiques et d'hétérodoxes; ce qui ne devait pas empêcher ceux à qui ce droit appartient de demander et de déterminer la réparation de la transgression. Je trouvais donc que les docteurs occidentaux disaient bien cela, et que quelquesuns des nôtres en portaient témoignage; et comme il était impossible que les docteurs de l’Église fussent trouvés menteurs, j'en concluais qu'il n’y avait pas à rejeter la communion des Latins, puisqu'ils croyaient et professaient une doctrine vraie. Je ne supposais pas non plus, cela va de soi, que la vérité proclamée par de si grands docteurs pût être le principe de quelque absurdité ou fausseté. Voilà pourquoi en toute simplicité et du fond du cœur je me réconciliai avec les Latins, et fis sentir sans répit la lourdeur de mon bras à ceux qui les accusaient sans mesure. Je pris la défense de leur foi en plus d’un écrit, et je les déchargeai d'une foule d’absurdités auxquelles ont voulu les réduire, — je devrais dire : auxquelles ont voulu réduire les docteurs de l’Église — ceux qui ont composé contre eux de longs traités. Aussi fus-je qualifié de latinophrone. Mes envieux trouvèrent là une belle occasion de m’attaquer, ne pouvant découvrir d'autre moyen de me nuire. « Il faut, disaient-ils, que cet homme-là soit couvert d’opprobres et la mène dure, lui qui ne calomnie pas la religion des Latins et ne pense pas que ceux-ci soient des impies parce qu’ils répètent une formule chère à tous les docteurs. » Et sans doute, en condamnant l'ignorance de ces gens-là, des propos dignes d'un Latin m'ont échappé et, comme il arrive en ces sortes d’écrits, j’ai pu, dans l’ardeur de la querelle, me montrer trop indulgent pour les Latins, trop dur pour mes adversaires. On ἃ pu me croire alors tout dévoué au latinisme, contempteur et adversaire déclaré de nos traditions. Ceux, eneflet, pour qui ne pas calomnier les Latins et ne pas proférer contre eux les pires injures était un signe de bienveillance à leur égard, et qui trouvaient là matière à entretenir leur fureur contre moi, que ne devaient-ils pas ressentir, en me voyant amené à les défendre? Quant à moi, un certain point d'honneur me poussait à cela. Comment faire autrement en de pareils sujets, lorsqu'on est jeune, serait-on doué du tempérament le plus pacifique?

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