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SEMI-PÉLAGIENS. RÉACTION CONTRE LE

DE CORREPTIONE [810 à la grâce qui le fait renaître dans le Christ. Il y parvient par son pouvoir naturel, en demandant, en cherchant, en frappant; finalement, s’il reçoit, s’il trouve, s’il entre, c'est que, ayant fait bon us2ge d’un bien de la nature, il a mérité de parvenir par le moyen de la grâce initiale à la grâce qui sauve. Cette grâce initiale, que l’on peut appeler aussi grâce d'appel (gratia vocans ) s'adresse à tous les hommes; c’est la loi naturelle, la loi écrite, la prédication de l'Évangile: dès lors ceux qui le veulent deviennent fils de Dieu, ceuxlà, au contraire, sont inexcusables qui ne veulent point répondre à cet appel; la justice de Dieu consiste donc en ceci que ceux qui repoussent ledit appel périssent ; sa bonté en cela que Dieu ne repousse personne de la vie, mais veut que tous sans distinction soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité. A propos de quoi ils alignent force textes scripluraires qui exhortent l’homme à faire bon usage de sa volonté, s’efforçant de faire croire par là que nous avons autant de force pour le bien que pour le mal, le momentum (le poids additionnel) étant égal qui fait pencher l’âme vers le vice ou vers la vertu.

Aux objections qu’on peut faire à leur système en invoquant le sort différent des enfants qui meurent avant l’âge de raison, les uns avec le baptême, les autres sans celui-ci, ou en invoquant l’inégale répartition de la prédication évangélique, certainsindividus étant touchés par elle, d’autres ne l’étant pas, ils répondent par la considération de mérites hypothétiques. C’est parce que Dieu ἃ prévu que tel enfant, s’il vivait, userait mal de son libre arbitre, qu'il lui a refusé le baptême prématuré qui l’aurait sauvé. C’est parce qu’il a prévu que tels peuples ou tels individus ne répondraient pas, en vertu de leur libre arbitre, à la prédication de l'Évangile, qu’il ne les a pas appelés à ce bienfait. Dans les deux cas, c’est donc à cause de leur mauvais vouloir qu’enfants morts en bas âge ou peuples laissés dans l’ignorance sont amenés à leur perte. Ibid., n. 5 et G.

Et Prosper de remarquer que plusieurs sont arrivés à ces concepts qu'ils repoussaient antérieurement, par antagonisme contre l’idée de grâce absolument gratuite. S’il faut professer, disent-ils, que la grâce prévient tous les mérites sans exception et qu’elle est donnée précisément pour que le mérite existe, on sera bien obligé de reconnaître que Dieu, selon son libre dessein et par un jugement secret mais infiniment sage, crée tel vase pour l’honneur, tel autre pour l’ignominie. Voilà ce qui leur fait peur. Leur doctrine à eux, au rebours, favorise l’effort humain; l’homme sait, en effet, dans leur système, que par son application, diligentia, il peut être bon et que sa volonté pourra être aidée par Dieu, une fois qu’elle aura elle-même choisi de faire ce que Dieu commande. Posé donc que, dans les adultes, il y a deux choses qui opèrent le salut, la grâce de Dieu et l’obéissance de l’homme, ils veulent que l’obéissance de l’homme soit antérieure à la grâce, afin que le début du salut, initium salulis, vienne de celui qui est sauvé et non de celui qui sauve; ils veulent que la volonté humaine se procure l’aide de la grâce divine et non point que la grâce se soumette la volonté humaine : volunlas hominis divinæ gratiæ sibi pariat opem, non gralia sibi humanam subjiciat voluntatem. Voir col. 1006.

b) Lettre d'Hilaire à Augustin. — Elle fournit peu de renseignements sur le milieu marseillais qui ne soient dans l’épître précédente. 11 faut retenir pourtant ce qui est dit au début.

Les antiaugustiniens se rendaient plus ou moins vaguement compte que leurs spéculations pouvaient les mener au pélagianisme. Aussi commençaient-ils par prendre leurs sûretés. Ils reconnaissaient — certains tout au moins — que nul ne peut se suflire abso-

lument pour commencer et, à plus forte raison, parfaire aucune œuvre méritoire. Mais vraiment, disaientils, peut-on compter comme une œuvre, comme une action la simple démarche (spontanée et indépendante de la grâce) du malade qui demande à être guéri? L'appel de Dieu s’adresse à une âme : « Crois! tu seras sauvée »; il y a dans ces mots un précepte et une offre; c'est à cause de l’accomplissement du précepte (Grois!) que l'offre reçoit ensuite sa réalisation. Si le précepte est accompli, on voit bien par quelle force c'est : c’est grâce au libre arbitre, don de Dieu, qui garde assez d’'efficace pour vouloir au moins être aidé, n’y ayant point de nature si dépravée qui ne puisse vouloir être sauvée. — Nous avons déjà relevé dans Cassien cette préoccupation de réduire autant que possible l’importance du mouvement autarcique de la volonté humaine. Hilaire en signalant cette tendance s’est montré sagace observateur.

2. Comparaison entre le signalement de l’antiaugustinisme fourni pur Prosper et l'exposé fait par Cassien. — En instituant cette comparaison, il ne faut pas perdre de vue qu’un certain intervalle de temps sépare les Collationes de la rédaction de ces deux lettres; que d'autre part l'exposé des Collationes est surtout irénique, tandis que les deux lettres signalent l'esprit marseillais tel que l’a fait la discussion autour du De correplione. La comparaison ne laisse pas néanmoins de révéler l’analogie des doctrines.

a) Considération tirée de la volonté salvifique universelle. — Prosper et Hilaire marquent avec précision que les théories générales et particulières des antiaugustiniens sont commandées par la considération de la volonté salvifique universelle. Cette volonté divine a pour conséquence que « tous ceux qui le veulent peuvent se sauver ». La prédestination n’est qu’une prescience qui enregistre à l’avance les réponses faites par les volontés humaines aux invites de la grâce. La prédestination anle prævisa merila est rejetée comme source de quiétisme ou de désespoir.

C’est bien ce que l’on trouve dans la Collation XIII, ©. vir et vit (ci-dessus, col. 1806), où l'affirmation de la volonté salvifique universelle vient interrompre assez malencontreusement la marche des idées.

δ) Le processus de l’aclion salvifique. — D'après les deux ÆEpislolæ, voici comment, selon les contradicteurs d’Augustin, il se déroule pour ceux qui entendent la prédication évangélique, laquelle est vraiment l’appel de la grâce. Le libre arbitre, fait d'intelligence et de vouloir, qui n’a pas été totalement lié par la faute originelle, incline telle âme à écouter l’appel divin et à y répondre. Ceci est le fait d’un pouvoir naturel, le bon usage d’un bien de la nature. Par ce bon usage, l’âme appelée par Dieu se met d’elle-même en route vers Dieu. Ainsi ceux qui le veulent répondent à l’appel divin et par là même mérilent les grâces ultérieures de Dieu.

Dans les Collaliones, ce point de vue existe aussi, encore qu’il s'exprime avec moins de précision. À plusieurs reprises on y lit que le libre arbitre n’est pas aussi corrompu par la faute originelle que certains voudraient le faire croire; que, la nature étant ellemême un don de Dieu, ses bons mouvements doivent être finalement rapportés à Dieu; que c’est d'elle, au moins en certains cas, que procède le bon mouvement initial qui attire et mérite la grâce divine. Seulement, soucieux d'échapper au reproche de pélagianisme, Cassien insiste beaucoup sur l'infinie petitesse de l'effort humain comparée avec l’infinie grandeur de la grâce qui vient le récompenser; pratiquement donc la grâce reste gratuite. Ces précautions sont signalées par la lettre d'Hilaire; mais, à lire attentivement la lettre de Prosper, elles ne sont pas le fait de tous. Ce dernier n'hésite pas à dire que plusieurs de ses confrères s’en-

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