‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 99 sur 457 · LA MÊLÉE, VINCENT · texte numérisé non relu

LA MÊLÉE, VINCENT

DE LTERINS 1822 est dit par un isolé præler omnes vel contra omnes, est tout bonnement une tentation. Sans doute il ne s’agit pas pour la doctrine de piétiner sur place; un certain développement de la pensée chrétienneest compatible avec l’immutabilité du dogme. Mais il faut se garder de toute rupture avec le consentement de l’universalité et de l’antiquité; c’est dans cette solution de continuité qu'est proprement l'hérésie. Et Vincent de montrer la chose dans le cas de Pélage et de Célestius, sans doute, €. XXIV, mais aussi dans celui de Novatien qui nous ἃ fait « un Dieu cruel, préférant la mort du pécheur à sa conversion », dans le cas des gnostiques, de leur père putatif, Simon le Magicien, de leurs descendants, les priscillianistes : «Avant Simon, qui donc ἃ osé faire du Dieu créateur l’auteur du mal, l’auteur de nos crimes, de nos impiétés, de nos infamies? Or, Simon dit expressément que c’est Dieu qui, de ses mains, a créé la nature humaine telle que, par son propre mouvement et l'impulsion d’une volonté nécessaire, elle ne puisse et ne veuille que pécher, et qu’agitée, cnflammée par les fureurs du vice, elle soit entraînée par une concupiscence toujours inassouvie dans l’ebîme de toutes les turpitudes. » C. XxIv.

Reste à appliquer sous forme d'exemples à diverses hérésies les règles générales formulées. Mais il faut commencer par distinguer entre les hérésies anciennes, déjà en possession, et celles d’aujourd’hui, qui commencent seulement à s’insinuer. Contre les premières il faut procéder par appel à l’autorité de l’Écriture et des conciles; contre les secondes c’est à chacun de ceux qui se sentent les aptitudes nécessaires à mobiliser la tradition, à rechercher, à aligner les textes. Ainsi fut fait à Éphèse contre Nestorius. On vit alors des évéques nombreux, honorables, savants n’avoir qu’un souci, celui de ne rien innover.

Le texte actuel du I. II ne nous donne de tout ceci qu'un résumé, comme aussi du sévère jugement qu'avait porté Vincent contre la scélérate présomption de Nestorius, lequel, s’imaginant être le premier et le seul à comprendre l’Écriture, se vantait d’ignorer tous ceux qui avant Jui s'étaient occupés de la question et déclarait que toute l’Église errait, avait toujours erré.

Pour terminer, Vincent avait inséré dans son 1]. I] deux pièces émanées du Siège apostolique : la lettre du pape Sixte III à Jean d’Antioche, l’engageant à se rallier à la foi unique de l’Église, qui est en même temps la foi ancienne; la lettre aussi de Célestin Ier aux évêques des Gaules, ci-dessus, col. 1819, leur reprochant d’avoir paru de connivence avec l'erreur, en laissant surgir des nouveautés profanes. « Qui sont dcne, continuait Vincent, ceux dont les évêques doivent réprimer les intempérances de langage? La suite du texte pontifical le montre bien : « Que la nouveauté cesse d’attaquer l’antiquité », est-il dit, et non pas: « Que l’antiquité cesse d’accabler la nouveauté! »

Appliquée sur le texte parfois un peu énigmatique du Commonitorium, cette grille en fait apparaître, claire comme le jour, la signification véritable. A toutes les pages s'étale le nom d’Augustin, la nouveauté de ses doctrines en matière de grâce et de prédestination; à tous les détours de l'argumentation c’est l’attaque contre ses imprudents disciples qui préfèrent l’autorité d’un seul docteur au consentement général de l'Eglise. Qu'il ait été destiné à la publicité, ou qu'il ait été seulement le confident des méditations de Vincent, ce livre nous indique en quel sens s’orientaient, vers les années 434 et suivantes, les réflexions de ce saint personnage. Elles aboutissaient d’ailleurs à un autre genre d'attaque contre l’augustinisme, jugé le plus inquiétant des ennemis.

2. Les « Objectiones Vincentianæ ». — a) Description. — Par un petit écrit de Prosper, P. L., t. 11, col. 177-

186, nous savons que, dans ces mêmes moments, circulait sous le manteau un libelle que Prosper n'hésite pas à qualifier de diabolique. Oublieux de la charité fraternelle, certaines gens s’y efforçaient de perdre Prosper en lui prêtant des propositions nettement blasphématoires. A lire celles-ci ons’aperçoit aussitôt, encore que le nom d’Augustin n’y soit pas prononcé, qu'il s’agit de thèses que l’on a déduites en droiture de la doctrine augustinienne. En voici la série (le texte étant plus ou moins abrégé).

1. Le Christ n’a pas souffert pour le salut et la rédemption de tous.

2. Dieu ne veut pas sauver tous les hommes, quand même tous voudraient se sauver.

3. Dieu n’a créé la plus grande partie du genre humain que pour la perdre éternellement.

4. La majeure partie du genre humain a été créée par Dieu pour faire la volonté non de celui-ci, mais du diable.

5. Dieu est l’auteur de nos péchés : c’est lui qui fait mauvaise la volonté des hommes, qui façonne une substance laquelle, de son mouvement naturel, ne peut que pécher.

6. Dieu façonne dans les hommes un libre arbitre tel qu'est celui des démons et qui, de son propre mouvement, ne peut rien vouloir d'autre que le mal.

7. C’est la volonté de Dieu qu’une grande partie des chrétiens ne veuille, ni ne puisse se sauver.

8. Dieu ne veut point que tous les catholiques persévèrent dans la foi (c’est-à-dire dans la vie chrétienne), mais il veut qu'une grande partie s’en sépare.

9. Dieu veut qu'une bonne partie des saints tombe et abandonne le propos d'être saint.

10. Les adultères, les déflorations de vierges consacrées arrivent parce que Dieu a prédestiné ces personnes à tomber.

11. Quand des pères commettent l'inceste avec leurs filles, des mères avec leurs fils, quand des serviteurs assassinent leurs maîtres, tout cela arrive parce que Dieu l’a prédéterminé.

12. C’est par la prédestination de Dieu que les fils de Dieu deviennent fils du diable, que les temples du Saint-Esprit deviennent temples des démons, que les membres du Christ deviennent membres des courtisanes.

13. Les fidèles qui sont prédestinés à la mort éternelle semblent, quand ils retournent à leur vomissement, être victimes de leurs vices; en réalité la cause de leur défaillance est la prédestination divine, qui, en cachette, leur soustrait la bonne volonté.

14. La grande partie des catholiques étant prédestinée à la perdition n'obtiendra pas de Dieu la persévérance, car la prédestination est immuable qui les a préordonnés, préparés, prédisposés à tomber.

15. Tous les fidèles qui sont prédestinés à la mort éternelle, Dieu s'arrange pour que, 5115 tombent, ils ne puissent ni ne veuillent être délivrés par la pénitence.

16. Cette masse de fidèles prédestinée à la mort éternelle, quand elle dit à Dieu : « Que votre volonté soit faite », prie contre ses intérêts et demande de tomber, car c’est la volonté de Dieu qu'elle périsse de la mort éternelle.

b) Caractère. — On voit qu'il est difficile de pousser plus au noir, avec plus d’injustice, les conséquences de la doctrine augustinienne. On remarquera surtout l’insistance à parler du très grand nombre des chrétiens (des fidèles, des saints), que la prédestination divine envoie à la mort. Et ceci est, de fait. contraire aux aflirmations les plus explicites d’Augustin et de ses disciples. Le docteur d'Hippone a toujours vu dans la réponse à l’appel de Dieu par la foi chrétienne un des signes, non absolu certes, mais très rassurant de 1. prédestination. 11 n'hésite pas à parler de la plurima pars de l'humanité qui, depuis l'instauration de l’économie nouvelle, est prédestinée à la vie. Ceci dit, il faut bien reconnaître qu'avec un peu de sophistique, il n’est pas impossible de faire sortir ces thèses abominables des prémisses posées par le Docteur de la grâce. Le fait de mettre en circulation ce ramassis de blasphèmes et de présenter l'ensemble comme l'authentique doctrine de Prosper, des disciples d'Augustin, d'’Augustin lui-même est, de toute évidence, un procédé de guerre. Qui donc en est responsable?

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