DICT. DE THÉOL. CATHOL
pourtant comme en tout le reste, il a affirmé l'enseignement de la foi sur le feu éternel de l'enfer. Voir InPs.XLix,2, 22, P. G., t. xxvii, col. 229, 236; cf. Oratio contra génies, n. 47, P. G., t. xxv, col. 96; Vita S. Antonii, n. 5, 42, P. G., t. xxvi, col. 848, 905.
Saint Cyrille de Jérusalem est un autre témoin de notre foi dans ses belles Catéclièses. Cal., xiii, n. 38, P. G.,t. xxxiii, col. 817; Cal., xv, n. 2G, col. 908, après la fin du monde et la résurrection, le jugement terrible, qui fixe dans le roj'aume des cieux ou dans le feu éternel; Cal., xviii, n. 14 : inconvertibilité des damnés; n. 19, col. 1040, la résurrection est éternelle, le pécheur reprendra donc son corps pour l'éternité, corpus accipiet œternum, mais un corps capable de subir la peine de ses péchés, pour que, brûlé éternellement dans le feu, il ne se consume jamais. Cf. Cal., iv, n. 31; ii, n. 15, IG. Enfin Cat., IV, n. 1, col. 453, l'obstination immuable du démon est très bien exprhnée.
Terminons par quelques voix du disert. Saint Antoine le Grand (;- 350) d'abord nous parle éloquemment de l'éternité, de l'impénitence, des supplices et du feu de l'enfer dans les divers écrits qui lui sont attribués. De vanitate mimdi et deresurr. morluorum, P. G., t. XL, col. 9G1 sq. ; Scrm., sect. ii, col. 965; Epist., XX, col. 1055 sq., etc. La pensée du salut et du feu éternel à éviter semble enfin avoir été une des fréquentes méditations des pénitents du désert. Cf. S. Athanasc, V/7rt S. Antonii, n. 5, 42;S. Orsiesius, abbé de Tabenne, Doclrina de institut, monachorum, n. 2, 3, P. G., t. XL, col. 871; De se.v cogitai, sanctorum,n. 5, col. 896; S. Isaïe, abbé, Oral.,ï, n. 1, P. G., t. XL, col. 1105; Oral., v, n. G, col. 1125; Oral., vu, n. 2, etc.; S. Macaire d'Alexandrie, abbé en Nitrie, Homil., IV, n. 23, P. G., t. xxxiv, col. 489 sq. ; HomiL, v, n. 6; XI, n. 12; xiv, 6, 7, col. 505 sq., 553, 573. On voit par là que la querelle origéniste, si ardente, dans quelques monastères égyptiens, ne devait pas avoir pour objet principal l'eschatologie.
En résumé donc, l'inlluence d'Origène fut d'abord à peu près nulle, au point de vue de l'éternité de l'enfer, sur l'enseignement catliolique,même cnOrimt et â Alexandrie, au iii"^ et au iv" siècle.
2° Deuxième pliase, 374-450. — 1. Lutte violente. ■ — Saint Épii)hane. Dans sa lutte contre l'origénisme (374- 403), la doctrine de la damnation éternelle occupe une place très restreinte. L'Ancoratus n'y fait que de simples allusions; par exemple, n. 22, P. G., t. XLiii, col. 57; n. 97, col. 193. Dans le Panarion ou adversus luereses on trouve, hxr.Lix,n. 10, P. G., t. xli, col. 1033, l'exposé explicite de l'immutabilité définitive de l'au-delà. Le chapitre qui concerne directement Origéne, h;er. lxiv, col. 10()8,n'a rien sur la restitution, la récirculation, elc.l.'AnacepIialaiosis, 1. II, I, n. 18, P. G., t. XLii, col. 8G8, ajoute, il est vrai, que les origénistes osent soutenir que le règne du Christ aura une (in; de même, 1. III, t. xi.ii, col. 885, que, selon renseignement de la sainte mère l'Église, chacun après la mort recevra selon ses mérites, que la damnation sera éternelle, que les morts ressusciteront i)our la vie éternelle ou i)our le jugement éternel. Cf. encore V Exposilio fidei qui termine le Panarion, n. 18, P. G., t. xlii, col. 817, 820. Mais l'authenticité de ces textes n'est pas absolument certaine, (^f. Pelau, De angelis, I. III, c. vi, n. 6; BardenhewiT, op. cit.. t. ii, p. 133. I^n fous cas, saint Épiphane, dans son Epist. ad Joan. IlicrosoL, n.5,P.A., t. XXII, col. 522; P. G., t. xliii, col. 385, traite très explicitement de l'erreur origéniste sur la vie éternelle : audet dicere diabotum id rursum futurum esse quod fuerat... Prolil nef as t quis tam ve cors cl slolidus ut Iwc rrcipiat'quod... et reliqtii pro' plietœ coliicrcdes fiant diaboli in regno cœlorum.
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Didyme l'Aveugle (f 395), pcndnnt ce temps à Alexandrie, se faisait l'aiiolof^iste de son maître et prédécesseur au Didascalce. Sur l'enfer sa pensée n'est pas très claire. Tixeront, oj>. cit., p. 198, trouve la doctrine de Didyine «correcte « après Mingarclli, Commciitarius de Didijmo, 1. II, c, xxii, 14, P. G., t. XXXIX, col. 201 sq. Bardy, Didt/me l'Aveugle, in-8", Paris, 1909, p. 142-143, le croit univcrsaliste; de même P. liatilïol, Apocataslasis. dans Calholic encijclopedia, t. i, p. 599-GOO; Lucke, Coinm. prxvia à VEnarral. in Episl. calh., t. xxxix, col. 173S sq. Voici les principaux textes donnés comme orthodoxes : De Triiiitate, I. IX, c. ni, P. G., t. xxix, col. 480; c. vu, n. 7, col. 580; c. xii, col. 669;l. III.c. xlii, col. 989; De Spiritu Sancto, trad. de S. Jérôme, n. 47, P. L., t. XXIII, col. 1074 : trcididisse eos sempilerno erucialui... Ipse igitiir... subjecil miilliplicibus Iongisque cruciatibus, ul nec prœscnli tempore, ncc in (utiiro consequantiir veniam peccatonim; n. 59, col. 1082 : lapsus ad prava ad n'ieinam pœnam ducil et iaiiarum. Cf. Contra manichœos, c. xv, col. 1105.
En faveur de l'apocatastasis origéniste, on cite Enarr. in I Pet., i, n. 12, P. G., t. xxxix, col. 1759: ce que les imges désirent voir, c'est le salut de la fin du monde : ou bien c'est la béatitude, indépendante de la fin du monde, alors dicendum est cl concupiscere in eum prospicere angclos qui in Iransgressione quadam invcnti sunt. Namlicct comm quidam prain sint, attamen dclcnti supplicio respicicnlcs unde cccideninl (quod etiam sludiosis hominihus compiomitlitur), habebunl desiderium vel pcr jeneslrus ea respicere. Ce texte peut s'entendre, comme le note Lucke lui-même, loc. cit., d'un désir inefficace sans conversion ni effet; à la place de respicienles, c'est à tort, en effet, que les anciennes éditions portaient resipiscenles; ou du moins on pourrait supposer que pravi signifie ici les anges qui avaient commis des fautes légères (opinion de Didyme), non les damnés proprement dits. Cf. Mingarelli, col. 204.
Mais voici un autre texte plus clairement origéniste,/n / Pet. ,111, 22, col. 1770: Subjectis sibi angelis et potestalibus et viiiulibus : sicut enini honiines abstinentes a peccalis subjecti sunt,ita et superiora rationcdia correcta spontaneis culpis quœ forsitan habuerunt ei subjeela sunt, compléta dispensalione habita, pro salulc cunclorum. D'ailleurs, ajoute le commentateur, même si on comprend dans le texte de saint Pierre les anges qui n'ont pas péché du tout, il restera vrai que tous les genoux fléchiront devant le Christ au ciel, sur la terre et dans les enfers. Est-ce là de l'universalisme absolu? S'agitil des démons? du salut de tous absolument ou de tous les anges convertis? D'autre part, il faut avouer que les textes orthodoxes ne sont pas d'une parfaite clarté, quand on sait que les mots « éternel, sempiternel» chez Origène ne signifient pas nécessairement l'éternité stricte. Cf. In. Epist. Judœ, 12, 13. Enfin, Didyme insiste souvent sur le caractère médicinal des châtiments divins.
A Alexandrie, encore à la même époque et jusqu'en 399, le patriarche Théophile était origéniste. Tout à coup, pour des motifs qui ne semblent pas avoir été tous dignes d'un évêquc, il devint violent antiorigéniste. De ses luttes et de ses violences, nous n'avons qu'à citer la condamnation de l'eschatologie origéniste dans ses Episl. paschales, de 401 et 402, aux évêques d'Egypte. Dans celle de 401, n. 8, P. L., t. xxii, col. 779, il déclare la restitutio diaboli,vox impia,ct les circuits de chutes et d'ascensions des âmes, deliramenta, f,abulse, impiissimum dogma, emprunté aux philosophes, n. 9, col. 780. Au n. 10, c'est un impietatis barathnis de dire que la restitution des démons se fera p.ir la passion du Christ devenu démon, comme il
s'est incarné pour les hommes. Cf. n. 15, col. 78.3; Episl., de 402, n. 9-12, col. 799-800. A l'instigation de Théophile, en 399 ou 401, se tinrent trois synodes contre l'origénisme à Alexandrie, à Jérusalem, en Chypre. L.' Epist. sijnodica d'Alexandrie ad episcopos puln'stinos et Cypiiœ, P.L.,t. xxii, col. 7G2, 7G7, rappelle l'horrible restitution des démons. Chez nous, répondit le synode de Jérusalem, il n'y a pas d'origénistes, ni de défenseurs de ces pestifera dogmala, tels que la fin du royaume du Christ et la restitution définitive du diable, soumis avec le Christ à l'empire du Père; ceux qui croient de pareilles choses iront en enfer avec le diable et ses anges, etc. P. L., t. xxii, col. 770. En somme, dL' nouveau l'origénisme semble avoir été alors plus une sympathie exagérée pour Origène et une discussion de personnes qu'une erreur eschatologique. .\insi l'évêque Jean de Jérusalem, ami d'Origènc, et qui écrivit pour se disculper et aussi pour disculper l'origénisme, n'a très probablement jamais défendu aucune erreur relative àl'enfer; saint Jérôme ne lui reproche guère que des imprécisions. Voir plus haut, col. 59.
2. Hésitations et éclaircissements. — A peu i)rès à l'époque de ces luttes violentes en Egypte et en Syrie, ou un peu avant, l'origénisme se glissait pourtant, et sous forme d'erreur eschatologique, plus au nord au sein de la Cappadoce et y déterminait des fluctuations moins violentes, mais plus significatives. Des trois lumières de la Cappadoce, saint Basile sut garder son éclat dans toute sa pureté ; quelques-uns doutent de saint Grégoire de Nazianze ; saint Grégoire de Nysse fut certainement terni par l'erreur univcrsaliste.
Saint Basile le Grand ( j 379) expose avec force notre dogme, tout en y joignant ces descriptions Imaginatives de la prédication populaire cjui ne prétendent pas à la vérité des détails, mais à cdle de l'impression générale. Voici d'abord la peine du dam : De Spiritu Sancto, c. xvi, n. 40, P. G., t. xxxii, col. 141 : les damnés seront éloignés tout à fait du Saint- Esprit : cette séparation est le principe radical de la damnation. Puis une description de la peine du sens. In. Ps. xxxiii,n. 4, P. G., t. xxix, col. 360 sq. : les méchants ressusciteront pour l'opprobre et la confusion, lorsqu'ils verront la turpitude et les formes honteuses de leurs péchés imprimées en eux. Et cette confusion éternelle est peut-être plus horrible que les ténèbres et que le feu inextinguible lui-même. Au n. 8, une exhortation morale : Si tu te sens porté au péché, pense au tribunal du Christ, au gouffre profond, aux ténèbres impénétrables, au feu sans éclat qui brûle dans les ténèbres sans éclairs, aux vers venimeux qui dévorent les chairs, insatiables et infligeant par leurs morsures des douleurs intolérables, enfin au supplice le plus grave de tous, la honte et le déshonneur éternels. Cf. In Ps. xxviir, 2, 7; Homil. tempore famis, n. 9, P. G., t. xxxi, col. 328 ; Epist., xxiii, P. G. , t. xxxii, col. 293 sq. ; xlvi, n. 5, col. 377 sq. ; Ascetica, De judieio Dei, t. xxxi, col. 653 sq. Saint Basile s'élève directement contre l'apocatastasis dans les Regulœ breuiter traclatx, q. cclxvii, ibid., col. 1264; à la question : Si alius mullis vapulabit, aliiis vero paucis, quomodo dicunt quidam nullun^ esse pœnarum ftnem? il répond que les textes affirmant l'éternité de l'enfer sont clairs, certains, nombreux et il en cite quatre qui sont classiques. Puis, il indique la raison cachée de la négation de l'enfer : ;ia plupart des hommes prétendent que leur supplice aura une fin, afin de pécher avec plus d'audace. Ensuite, il expose l'argument scripturaire et théologique fondamental : Si le supplice éternel devait avoir une fin, la vie éternelle aurait aussi une fin. Et si on ne peut admettre ceci, on ne peut non plus parler de la lin
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du supplice éternel, car l'un et l'autre sont également éternels. Cf. .Malth., xxv, 46. Enfin l'enfer saisit le ]iéclieur tout de suite après la mort. Uomil., xiii, Exhorl. ad sanct. baplisina, n. 8, P. G., t. xxxi, col. 441 sq.
Saint Grégoire de Nazianze (f 389 ou 390) a-t-il été du nombre de la plupart des liommen, trompés par les artifices du démon et dont parle son inlime ami saint Basile, en niant l'éternité de l'enfer, au moins dans certains passager de ses œuxres? T'xeront, op. cil., p. 199; P. BatifTol, loc. cit.; Schwane, loc. cit., p. 283, 278, l'admettent après Petau, op. cit., c. vu, n. 14, p. 112. Ch. Pcsch, dans Thcologische Zeitfragen, 2" série, p. 103 sq. ; L. Billot, De novissinu.-!, Rome, 1903, p. 58, le nient.
Voici d'abord les textes où le saint docteur enseigne nettement l'éternité des peines. Orat.,'s.\i, in Potrem tacentem, n. 7, P. G., t. xxxv, col. 944. Les châtiments terrestres nous sont infligés pour nous faire éviter les supplices sans remède de l'enfer; n. 9, col. 946 : après le jugement dernier, plus de recours, plus de temps pour améliorer sa vie, mais seul le jugement terrible et juste, et puis la séparation, le supplice de l'éternelle ignominie. Cf. Carmen, xix : Jl/.il>lr,l è)iît9Ev idôitov àïSio):; Orat., XL, in sanctum baptisma, n. 36, t. xxxvi, col. 411 : le baptême est une illumination; il faut chercher la lumière, feu purificateur de cette terre. Mais il y a un autre feu, qui ne purifie pas, qui punit les crimes commis, soit celui qui a dévoré les Sodomites, soit celui qui est préparé au diable et à ses anges, soit aussi celui qui sort de devant la face de Dieu et qui bride ses ennemis, soit enfin celui le plus terrible de tous, qui est joint au ver sans sommeil, qui est inextinguible, et qui punit éternellement les hommes scélérats. Ce texte, en apparence orthodoxe, est cependant le texte le plus incriminé de saint Grégoire. Celui-ci ajoute en effet : à moins toutefois que quelqu'un n'aime mieux entendre en ce lieu aussi, to-ûto çi),av6p(i>7rotepov, ce feu plus doux et plus digne du Dieu vengeur; d'autres I raduisent : entendre tout ceci de façon plus humaine et plus digne de Dieu. Mais reconnaître dans ces derniers mots la négation de ce qui vient d'être affn'mé avec tant de force, (semble d'abord introduire dans la pensée du saint docteur une singulière contradiction, disent les défenseurs de son orthodoxie. De plus, cette interprétation est loin de s'imposer. Pour Ch. Pcsch, Prœlcct. theolog., t. ix, p. 310, dans ce passage, il s'agit d'un doute, non sur la réalité du feu éternel de l'enfer, mais sur le sens des textes cités, dont saint Grégoire permettrait la discussion, en •sauvegardant le dogme. Une autre explication a été donnée en note parles éditeurs bénédictins, P. G., t. xxxvi, col. 412, et elle a été développée par Billot, ioc. cit.; grammaticalement le mitior iynis ne peut être identifié avec tous ces feux àçavi^TTixT); ô-jviij.ei.);; mais, après avoir distingué deux espèces de feux, le feu purificateur du Ciirist et les flivcrs feux vengetirs {celui de Sodome, celui de l'enfer éternel, etc.), saint Grégoire permettrait de ranger, parmi ces feux vengeurs, le feu qui punit pour guérir, le feu des châtiments terrestres ou du purgatoire en l'autre vie; ce teu est distinct des feux purement vengeurs tels que Je feu éternel, quoiqu'il ])uisse être rangé dans leur •catégorie. Cette explication nous semble très probable en soi, et en définitive l'orthodoxie du grand docteur de Nazianze nous paraît certaine. Oral., xxx, 6 : Ja phrase Dcus nnmia in omnibus, illo rcsiiliilionis Jemporc, ne signifie pas une restitution universelle, mais totale des élus, comme il ressort du contexte. Xxxix, 19, les novatiens refusent la pénitence aux tombés. C'est cruauté, et s'ils ne veulent pas se «onvertir, ils seront peut-être baptisés dans l'autre
monde par le feu : ce dernier baptême n'est pas seulement plus cruel, il est aussi plus durable. Saint Grégoire ne veut pas mettre ses adversaires en enfer; mais, d'après le ton de la discussion, il les suppose de bonne foi, donc capables de faire l'expérience qu'après le péché, on peut être purifié par le feu du purgatoire, qui dévore les scories de la matière comme du foin et consume les légers dérèglements de la nature viciée.
Saint Grégoire de Nysse (f après 394). — Saint Germain de Constantinople, au vin« siècle dans Photius, Biblioth., cod. 233, P. G., t. cm, col. 1105, 1106; Nicéphore Callixte au xu"^, H. E., xi,19,P. G., t. cxlvi, col. 627; récemment, A. Vincenzi, In sancti Gregorii Nysseni elOrigcnis scripta et doclrinam nova recensio, ri in-8», Rome, 1864-1809, t. i, c. i-ix, ont soutenu l'orthodoxie de Grégoire de Nj'sse en attribuant ses textes erronés à des interpolations, ou même, le dernier, en torturant ces textes pour leur donner un sens catholique. Généralement et unanimement à l'heure actuelle on admet un véritable lléchissement dans la pensée du métaphysicien de Cappadocc. Cf. Bardenhewer, Les Père."; de l' Église, t. n, p. 117-121 ; Tixeront, op. cit., p. 199-200; Schwane, op. cil., p. 279-282, avec réponses à Vincenzi.
Chez l'évêque de Nysse, il y a d'abord, il est vrai, des textes orthodoxes afiirmant l'éternité des peines. Il insiste avec énergie sur l'inextinguibilité du feu, sur l'immortalité du ver rongeur, sur l'éternité de la récompense, Gral. catcch., c. xi., P. G., t. xlv, col. 10.5; dans son sermon Contra nsurarios, il menace l'usurier d'éternelle douleur, des châtiments éternels, t. xlvi, col. 436, 452; De castigatione, ibid., col. 312, nous apporte l'écho d'un gémissement continuel et inconsolable durant rétcrnité. Cf. encore Orat. adversus cos qui différant baptismum, P. G., t. xi.vi, col. 417 sq., en notant, col. 428, cjue le subtil penseur admet, même pour les adultes, une troisième catégorie entre les bienheureux et les damnés. Oral, de pauperibus amandis, i bid., col. \<ril : pour les méchants le supplice du feu et un supplice éternel : « tu tomberas dans le gouffre très profond et très obscur duquel ne sortira jamais celui qui y est une fois tombé. » Orat., v, De beatiludinibi.'s; De anima et resurrcctione, ibid., col. 81, il y a deux parts dans la vie humaine : la première courte, l'autre ei; to àt'ôiov, pour l'éternité; et le choix est laissé à la liberté jiour le bien et le mal, soit pour cette vie, soit pour les siècles sans fin /arà ToO; àTe/,£UTr|TOu; â/.£ivov; aloiva; ily/ •njpa; •r, à;t£!pta àoTÎv.
Pour diminuer la valeur de ces textes, sufTit-il de dire que pour l'origéniste cappadocien le mot «éternel» ne signifie qu'une longue suite des siècles, comme parlent d'autres textes dans les mêmes livres et traités. Ta;? [j.ay.paî; Tcepiôooiç, Orat. catech., c. xxvr, P. G., t. XLV, col. 49; toî; -^aOv/.o'jTi-/ yprivii;, ixaupaï; TtoTE TTEpioîoi:, Dc oninia et resurcct., t. xlvi, col. 72, 152, 157? Mais alw-noi ài'Sio; signifient l'étcrnitc stricte en plusieurs passages de saint Grégoire, par exemple, vie éternelle du Fils, des bienheureux. Et puis resteraient les textes qui nient toute lin dc supplices infernaux, et iieut-être n'est-il pas nécessaire de mettre l'unité dans l'enseignement dc saint Grégoire, qui hésitait, lui-même, sans doute entre 1 1 simple expression de la foi catholique et ses spécula tions origénistes.
Ailleurs, il nie donc assez clairement l'éternité dc l'enfer pour affirmer l'apocatastasc. Orat. catech., c. xxxv, P. G., t. XLV, col. 92. Tout ce que la résur rcction ramène à rexislcncc, ne revient pas à la même vie. Il y a une grande dîfrérence entre ceux qui sont purifiés cl ceux qui ont besoin de l'être. Ceux qui auront été purifiés, en cette vie, retourneront à l'im-
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passible bcatitiulc; mais à ceux qui ne scs'Tonl i)as du loul purifiôs, connue à l'or souillé, il est clair (ju'il leur faut la fournaise (lans]^lacjuclle, ai)rès liquéfaction, le vice mélan<,'é sera séparé, Dieu se conservant leur nature puriliée pour les siècles futurs. Cf. c. viii, col. 36, curalio in jyrsesenli viln, vcl in julura vita, et il parle de la chute générale de l'humanité; c. xxvr, col. 68, le Christ est venu sauver, non seulement l'homme qui avait péri, mais encore celui qui nous avait apporté la mort; la vie, la pureté, en eflet, revivifie, repurifie tout ce qu'elle approche de mort et de souillé; comme le feu restitue l'or dans sa splendeur avec de la peine et du temps; ainsi la vertu divine; et le démon même ne pourra douter que tout cela(renfer) est juste et salutaire, s'il vient à en comprendre le bienfait; mais le travail est long et pénible; à la fin tout étant purifié, et ceux qui gisent maintenant dans le mal ayant été rétablis dans leur l)rcmier état, toute créature rendra grâce à Dieu d'une seule voix. Ainsi le Christ a accompli son œuvre, en délivrant l'homme du péché et en guérissant le vice dans son inventeur. On trouve des textes aussi expressifs. De anima et rcsurr., P.G., t. xlvi, col. 100, 101, 104, 105, 152, 157-160, la différence d'une vie vertueuse et d'une vie coupable consiste en ce que la première atteint plus vite, la seconde l)lus tard à la béatitude promise à tous; Orat. de morluis, ibid., col. 524, 525,536; Contra Ariiini et Sabellium, P. G., t. xlv, col. 1292, 1293; De hom. opif., c. XXI, P. G., t. XLiv, col. 201 ; Orat- qiiando sibi siibjecerit omnia, P. G., t. xliv, col. 1313 : Aliqiiando ad nihilum Iransibit mali natura, plene et perfecte delela ex rerum essentia, divinaque et ub omni interiiu aliéna boniias in se continebit omneni naliiram ratione prsedilam, nuilo ex iis qui a Deo facti sant excidente a rcgno Dci, quando omni vitio qnod rebiia facrat immistum, ianqiiam aliqua materia, pcr ignis purgalorii consumpto fusionem, omne quod a Deo orlum habiiil taie /aetum /iieiit,qnale crat ab initia; le Christ est le premier; tous suivent, de plus ou moins prés, donec ad extremnm finem mali, boni progressas vilium abolendo pervenerit, etc.
Sur la nature du feu de l'enfer, saint Grégoire de Nysse repousse-t-il le réalisme. De anima et resitrr., P. G., t. XLvr, col. 67 sq. ; Oral, catech., c. xl, P. G., t. XLV, col. 106; Orat., m. De resurr. Domini, P. G., t. xi-vi, col. 679? Voir Feu.
Saint Jean Chrysostome, de 375 à 404 (dernier exil), ne cesse de prêcher et la vérité de l'enfer éternel, jamais peut-être, en Orient du moins, n'a été inculquée avec tant de force et [de fréquence que par lui. Il développe une théologie spéculative très riche à certains points de vue, et c'est évidemment une mine incomparable de théologie pastorale; il fait des descriptions sobres de détails imaginaires et fidèles à la méthode exégétique littérale. Enfin, il mène une campagne sans trêve contre l'incrédulité et les opinions erronées et scandaleuses qui circulaient çà et là et qui étaient contraires à l'éternité de l'enfer. Avec saint Basile, il dissipe pour l'Orient les dernières ombres de l'origénisme universaliste et met définitivement en plein jour le dogme de l'enfer.
Ces idées sont simultanément traitées, il faut donc parcourir les textes. Ad Theodor. lapsiim, i, 9, 10; II, 3, P. G., t. XLvii, col. 277 sq., 313, conciliation de la violence extrême du supplice de l'enfer avec sa durée sans fin pour le corps et pour l'âme; In Epist. I ad Thess., homil. viii, P. G., t. lxii, col. 441 sq., il résout cette objection : les textes scripturaires ne sont que des menaces, en répondant que c'est un raisonnement satanique, qu'il réfute ensuite avec clarté, en multipliant les preuves positives : nécessité morale, consentement universel et l'histoire montre
que Dieu, de fait, réalise ses menaces les plus terribles; 7/1 .l/«///i., homil. XI, 7; homil. xni, 5, 6, P. G., t. i-vii, col. 200, 214 sq., ai)rés les iireuvcs, il répond à l'objection : personne n'est revenu de l'enfer, en disant que Jésus-Christ est descendu du ciel pour nous le révéler; puis en montrant l'insuffisance des sanctions d'ici-bas; homil. xvi, 7, 8, ibid., col. 218 sq-, il dit qui seront les damnés, tous les pécheurs; homil. xxxvi, 3, 4, ibid., col. 416 sq., existence, éternité, justice de l'enfer pour un seul péché; le péch6 est un mal, plus grand que l'enfer; homil. xliii, 4, 5, ibid., col. 461 sq., la fournaise de feu, l'horrible éternité; un discours sur l'enfer est attristant, mais nécessaire: homil. xxiii, 7-10, ibid., col. 317 sq., peines du dam et du sens : la première plus terrible que mille géhennes, éternité. In .Joa., homil. xii, 3, /'. G., t. Lix, col. 86, résumé de la théologie de l'enfer. De même. In Epist. ad iîom., homil. xxv, 4-6, P. G., t. Lx, col. 632 sq., il résout l'objection tirée de la bonté divine et de la justice contre l'éternité châtiant la faute d'un instant; sa réponse propose l'exemple de la justice humaine, et prouve la nécessité morale de cette sanction, autrement Paul, Néron et le diable seraient heureux ensemble; il démontre l'existence de l'enfer, puis fait une charge à fond contre l'apocatastasis : il n'y a pas d'insensé qui la puisse soutenir; ceux qui l'affirment en porteront le châtiment terrible, car ils perdent les âmes, de même ceux qui les écoutent; mais non, revenez à la vérité et craignez la géhenne qui est nécessaire pour vous convertir. De même, homil. xxxi, 4, 5, col. 673 sq.. sortie contre les imiversalistes et démonstration de l'éternité et de l'inégalité des peines; la racine de l'incrédulité ici, c'est la corruption du cœur; il réfute les objections des incrédules qui se plaignent de ce que Dieu ne punit pas (ici-bas) et de ce qu'il punit (en enfer); le lieu de l'enfer importe peu à connaître; il doit être, simple opinion, totalement en dehors du monde; il faudrait parler de l'enfer, partout; toutes les peines d'ici-bas sont des plaisirs en comparaison de l'enfer; il résout l'objection des miséricordieux : les incrédules seuls seront en enfer, car les chrétiens auront cru au Seigneur ; la foi sans les œuvres méritera une damnation encore plus terrible : dangers des pensées légères et fausses sur ce sujet, résumé de preuves. In /»™ ad Cor., h )mil. ix, 1-3, P. G., t. lxi, col. 75 sq., il veut traiter ex professo l'importante question que tous désirent savoir : si le feu de la géhenne aura une fin. Son éternité est affirmée par le Christ et par Paul; l'objection tirée de la justice est résolue : il y a justice, car le pécheur persiste incorrigible dans sa révolte après tant de bienfaits; ce discours est terrible, mais nécessaire; l'orateur tremble le premier; de multiples r, lisons enlèvent toute excuse aux pécheurs; la justice humaine agit ainsi. Si on objecte l'amour de Dieu, il répond que Dieu impose des préceptes faciles, toujours possibles et que sa honte offensée exige l'enfer; si on objecte le texte de Paul : Saluabitur quasi per igncm, il répond que ce texte signifie que les actions mauvaises périront et le pécheur avec elles, puis il observe ([ue le texte dit : sfl/yaft/V/!/', c'est-à-dire que le f)écheur subsistera, qu'il ne sera donc pas anéanti et qu'il sera dans le feu; In 77»'" ad Cor., homil. ix, ibid., col. 463 sq., nouveau sermon avec considérations habituelles; de même jjIus ou moins complètement In Epist. ad Phil., homil. m, 4; xiii, 2, P. G., t. lxii. col. 203 sq., 279, le dam, plus terrible que le feu. 7/î Epist. Il"'" ad r/iess., homil. 11,3, 4; m, 1, col. 475 sq., 479, illusion, chez beaucoup sur la terrible éttruité. In 1^"' ad Tim., homil. XV, 3, ibid., col. 5t>3 sq.. enfer. elTet de l'amour de Dieu qui par la crainte conduit au salut; sans les menaces de la géhenne, nous v tomberions tous ;
ENFER D'APRES LES PERES
nouvelles preuves, In Epist. ad Pliilem., homil. m, 2, ibid., col. 717. Enfer et amour de Dieu : discours pour vider la question. Dieu donne par pur amour tout ce qu'il donne et il nous a donné le surabondant ; mais le plus grand don de sa bonté, c'est la liberté responsable; la perspective de la sanction est nécessaire à la vie liumaine; maintenir la responsabilité morale, ■c'est donc l'essence même d« la bonté. Donc Dieu, parce qu'il est bon, a créé la géhenne. Objection : il n'a fait que des menaces; mais elles seraient un vain fantôme inefTicace. In Epist. ad Heb., homil. r, n. 4, col. 18 sq., feu éternel, société des démons, ténèbres •qui font isolement complet au milieu de cette foule; plus de pitié de la part de personne; homil. xx, 1; xxviii, 4, ibid., col. 143 sq., 196 sq. : terrible éternité. In ps. MI, 11-12, P. G., t. Lv, col. 97 sq.. enfer et conduite de Dieu sur ce point, preuves de son amour miséricordieux infini; de n\èmc. Ad Slagyiiiim, i, 3, 4, P. G., t. Xivii, col. 430 sq.. Dieu a permis qu'il y ait des damnes pour les élus qui méritent la gloire par la liberté victorieuse du démon, etc. Les homélies De pœnilenlia, celles In Lazarnni et diviicm, le De sacerdotio, etc., sont aussi explicites, inculquant la foi, expliquant le dogme et développant magistralement l'apologie.
A Antiochc et à Constantinople, saint Jean Chrysostome prêche donc comme continuellement l'enfer aux chrétiens de cette civilisation grecque raflinée, jouisseuse et souvent corrompue.
On a cru voir l'opinion de la mitigation. In Episf. ad Philip., homil., m, 4; In Act. Aposl., homil. xxi, 4. Voir Mitigation.
Saint Cyrille d'Alexandrie, neveu et successeur du farouche antiorigéniste Théophile, va nous fiire ■constaterle triomphe du dogme de l'enfer à Alexandrie même, dans la première moitié du v'^ siècle (y 4-11). Il affirme l'éternité du feu et des sui)plices <le l'enfer. In ps. X, 0, P. G., t. Lxix, col. 793, il déclare que les méchants qui sont tombés en enfer n'en sortiront plus. In ps. A'.Y.ïr, 13, col. 921; In ps. i.xii, 10, ■col. 1125; In Is., i.v, 11, 1. V, tom. vi, P. G., t. i.xx, col. 1413: ce supplice éternel est la punition de leurs fautes, et la raison de son éternité est que leur ma- Jicencpeut cesser. Cyrille applique le texte d'Isaie, LXVL, 24, littéralement h la prise de Jérusalem; il ajoute que d'autres l'entendent de la fin du inonde <t de répo(|ue à la(|uclle les mécliants seront jetés dans les flammes éternelles où leur ver vivra toujours, où le feu est inextinguible. Ibid., col. 1449. Dans l'homil. xiv, De exila animi cl de secundo advenlii, P. G., t. i-xxvii, col. 1072 sq., il trace une vive image de l'éternité du feu et de la justice de l'enfer, de la domination des démons, des peines diverses, dam, remords, désespoir, ténèbres, dans un lieu souterrain, etc., de la continuité de l'éternité de toutes ces peines. Sur un point, saint Cyrille d'.Mexandrie semble revenir en arrière, lorscpie, Adrers. antliropomorphilas, c. xvi, P. G., t. i,xxvi,col. 1101, il affirme le délai de l'enfer :avant la résurrection, il est absurde de croire à une rétribution des justes et des nu'chanis. Cf. In Luc., XVI, 19, P. G., t. lxii. col. 821 sq., mais ceci peut s'entendre d'une rétribution c()ri)orellc. Voir S. CYnii.LE, t. m, col. 2522.
'J'héodoret de Cyr, vers le même temps enseigne le ■dogme intégral de l'enfer aux Grecs de Syrie. Aux païens d'abord. Gi.Tcar. afjrclion. curatio, c. xi. De fine cl jndicin, P. G., t. i.xxxiii, col. 10!»3 scj. .\près avoir exposé les opinions des philosophes, de l'Iaton surtout tlont il cite longuement les textes sm- l'enfer -éternel pour les " incurables », il arrive aux dogmes sacrés de l'Évangile: le jugement, surtout d'après Matlh., XXV, les sentences de condamnallon au feu «t aux supplices éternels pour les incrédules et de
récompense éternelle7aux justes. La même doctrine est donnée aux catholiques dans le Ilœrelic. fabulur. compendium, I. V, c. xx. De judicio, P. G., t. lxxxiii, col. 517; il y aura résurrection des corps et l'âme ne subira pas seule les châtiments des péchés, et ce sera, non pas pour quelque temps, mais pour les siècles infinis, puisque l'Écriture affirme la vie éternelle et le supplice éternel; c. vni, col. 473 sq., il montre la justice de l'enfer, spécialement pour les démons : le péché est un acte libre; In Mich.,\, P. G., t. lxxxi, col. 1704, les démons, restant inguérissables, seront à jamais séparés du troupeau élu; In Is., lxvi, 20, col. 485, dans l'autre vie les justes et les pécheurs vivront les uns autant que les autres, car ils sont immortels et la punition des pécheurs est éternelle comme le bonheur des justes est éternel. Il semijle inutile de disculper Théodoret de « miséricordisme >; les incrednii du jjremier texte cité sont les païens incrédules, auxquels parle l'évêque de Cyr, mais sans exclure évidemment les pécheurs chrétiens. Cf. Garnier, Dissert, de fidc Theodoreli, c. vi, P. G., t. Lxxxiv, col. 443 sq.
L'Église sj'riaque finalement enseigne elle aussi, au iv"^ siècle, le dogme catholique de l'enfer éternel.
Aphraate affirme l'éternité de l'enfer, DemonsL, xxii, 18; VIII, 19, 20; vi, 18, Palroloçjia syriaca de Mai- Graffin, P;u-is, 1894, t. i, col. 1028, 396, 400, 309. Le premier texte dit : nequc impii resipiscent regnumqiie ingredienlur; nequc jusli peccabunt ainplius al ad cruciatum abeanl. 11 admet l'inégalité des peines, les ténèbres, le feu, le ver, xxii, 22, 23. Ibid.,
Saint Éphrcm enseigne aussi ces deux points de dogme : le second. Opéra, Rome, t. m, p. 243, 6.'57, 638; Hijmni cl sermones, t. il, p. 423; le premier. Opéra, t. m, p. 213; Hymni et sermones, ibid. Les deux textes. Opéra, t.iii, p. 205; Carmina nisib., lix, 8, ne nient pas l'éternité de l'enfer, mais font simplement une hypothèse impossible. Cf. Tixeront, op. cil., p. 209, '220, 221.
II. COMROVEn^E Onir.ÉXISTE SUR /.'k.v /■•£■/) iî.V ocri- DE.\r. — 1° Origénismc. — A partir de 380, l'influence d'Origène pénètre en Occident par saint Ambroise qui " remanie ■> ses commentaires, dit saint Jérôme, Epist., XLViii, 7, P. L., t. XXII, col. 749; par saint Jérôme lui-même, qui traduit les homélies du grand exégète alexandrin. Mais c'est surtout Hulin, par la traduction du De principiis, en 397, qui fait connaître au.x Latins quelques principes erronés de l'origénisme. Le traducteur infidèle su|)iirima, en cfTet, les erreurs concernant la sainte Trinité, mais laissa entières celles qui concernaient l'eschatologie. L'effet fut considérable et les esprits furent bientôt boule versés. Cf. Tixeront, op. cit., yi. 334-336. L'origine du péché, la résurrection, la conversion du démon et la rcslilulio omnium in ivqualem statum, le feu métaphorique de l'enfer, voilà ce qui séduisit de très nom i)reux prêtres, moines, surtout liommes du monde. Cf. S. .Jérôme. Apol. adn. lihr. liu/ini, i, 6, 7, P.L., t. xxiii. col. 419 sq.; Episl.,h\ii,2: i.xxxv, 3; cxxvii, 9, P. L., t. xxii. col. 606, 753, 1092; In.Jonam, m. 6, etc.; S. .\ugustin. De civilatc I)ci,]. XX, c. xxii: 1. XX Le. i\. 2;x, 2;xvii-xxii, /'./... t. xli.coI. 694, 723,725. 731sq. ; Enchiridion, cxii, P. L., t. xi.. col. 284.
Outre cette influence générale sur une foule anonynie qui \ raisemblablemcnt ne put êti'c qu'une petite minorité relativement à la masse catholique, il faut rechercher si l'origénisme s'est introduit dans renseignenicnl des docteurs et des l'ères de ce temps, saint .\mbroisc, l'Ambrosiasler. Uufin, saint .lérônie. ]>(iur saint .\mbroisc, on trouvera un résumé suffisant des divers points de sa doctrine. 1. i, col. 950. 9.">I. Cf. «le ()lus Tixeront, op. cit., p. 347, 348; D. J. E. Nie-
ENFER D'APRÈS LES PÈRES
derhuber. Die Escholologie des heiligen Ambrosius, Padcrborn, 10U7; Billot, De no!i/s.s/m;s, p.58, note 1. Une étiulc détaillée des textes permet d'adirmer que l'évêque de Milan prêche sur l'enfer presque aussi souvent et avec autant de force, sinon de talent et de vérité intégrale, que son modèle saint Basile ou son contemporain saint Jean Clirysostome.
L'Anibrosiaster enseigne clairement l'éternité de l'enfer. In Epist. ad Rom., ii, 4, 5, P. L., t. xvii, col. 65; In Epist. Il"'' ad Thcss., i, 6-9, col. 455. Il semble parler d'une restauration des anges déchus, In Epist. ad Eph., m, 10, col. 382, 383; ou du moins d'une restauration universelle des chrétiens, In Epist. ad Rom., v, 14 ; In Epist. />'" ad Cor., xv, 53 ; m, 10-15; //) Epist. IIo"" ad Tim., ii, 20; In Epist. ad Eph., i, 10. 22, 23, col. 374, 376; mais les textes sont obscurs. Cf. Tixeront, op. cit., p. 340; Turmel, Histoire de la théologie positive, t. i, p. 187.
Ru fin et saint Jérôme ont été mêlés aux controverses origénistes nées en Orient. Ruiin resta attaché à la mémoire d'Origène, mais il ne défendit pas les erreurs origénistes pour cela. Saint Jérôme l'ayant suspecté sur l'apocatastasis, il s'en défend vigoureusement dans V Invectiva adv. Hier., 1. I, n. 10 sq., P. L., t. XXI, col. 547 sq. ; de même dans VApoloy. ad Anastasliim, n. 5, Ibld., col. 625, 626 : SI qiils ergo negat dlabolum a'ternls'lgnlbas nianclpandum partcm cum Ipso a'ternl Ignis acclplat ut sentlat quod negavlt. Cf. Comm. In sijmbol., n. 47, 48, //'/(/.. col. 385, 386 : la restauration du diable est une hérésie; les pécheurs absque Interltlone sua débitas luant pœnas; résurrection pour l'immortalité dans la peine comme dans le bonheur. Il n'y a pas de raison pour subtiliser avec saint Jérôme sur l'insuffisar.ce prétendue de pareilles déclarations. Cf. Apot. adv. RuJ., n, 6, P. L., t. xxiii, col. 428; Petau, loc. cit., c. viii, n. 11, p. 117.
Le cas de saint .Jérôme est plus complique. Cf. Tixeront, op. cit., p. 341-343; L. Sanders, Éludes sur S. Jérôme, in-8'', Bruxelles,1903, p. 345-382; Schwane, op. cit., p. 290-295; Petau, op. cit., c. vu, 9-11 ; c. viii, 9, 10; Ch. Pesch, Theologlsche Zeitfragen, 2" série, p. 190 sq. ; Batiffol, loc. cit.; Turmel, op. cit., p. 187. En 394, on s'accorde à constater un changement d'attitude chez l'cxcgète déjà célèbre, à l'égard d'Origène et de ses erreurs. Auparavant qu'était-il? Simple admirateur du génie d'Alexandrie qu'il mettait copieusement à contribution, citant même ses commentaires eschatologiques erronés, ou de plus partisan des idées mêmes, contenues dans ces citations? Les principaux textes incriminés sont 7/j Epist. ad Eph., II. 7; iv, 16, P. L., t. xxvi, col. 463, 503; In Eccl., I, 15, P.L., t. XXIII, col. 1017, 1024; In Ilabac, III, 2, P. L., t. xxv, col. 1310; In Epist. ad Gai., V, 22, P. L., t. xxvi, col. 367 sq. Saint Jérôme lui-même répondit à Rulin qui les lui jetait à la face : ce ne sont que des citations, conformément à ma méthode exégétiquc, Apol. adv. Ru/., i, 24, 20, P. L., t. xxiii, col. 418; et on peut, semble-t-il, s'en tenir là, car dans les commentaires de la même époque, il a des passages très orthodoxes. Cf. In Eccl., vu, 16, P. L., t. xxiii, col. 1066; ii, 16; iv, 9-12; ix. 4-6; xi, 3. col. 1031, 1047, 1081, 1082, 1102, qui renferment des affirmations explicites de l'éternité de l'enfer. Cf. In Epist. ad Gcd., i, 8, P. L., t. xxvi, col. 319, 320. On peut admettre une complaisance exagérée pour le maître génial que fut Origène et des citations sans correction sufilsanle.
En tout cas, après l'intervention de saint Épiphane à Jérusalem, saint Jérôme se pose en antiorigénistc ardent; il poursuit les idées et les personnes, spécialement Jean de Jérusalem et Ru fin pour celles-ci, et l'apocatastase universelle pour celles-là. Cf. Liber adv. Joan. Hierosol., n.' 1, 17 sq., P. L., t. xxiii,
col. 360, 368 sq. ;Adv. Vigilant.. P. L., t. xxii, col. 603 ; Ad Theophll. adv. errores Joan. llleros., Epist., i.TiXXii, P. L., t. xxii, col. 740; Ad Pcmimach. et Océan, de error. orlgen., Epist., i.xxxiv, col. 744 sq.; Epist., cxxiv, ad Avltum, col. l<i(;i ; Apol. adv. Ru/., ii, 12, P. L., t, xxin, col. 435 ;Dlal. adv. Pdag., i, 28, Ibld., col. 522. Dans ses œuvres exégétiques, mêmes affirmations insistantes. In Matth., x, 28; xii, 32; xxii, 11, 12; xxv, 10; xxv, 46, P. L., t. xxvi, col. 66, 81, 161, 185, 190; In Is., v, 14-15; vi, 7, 20; xxxi, 30; IX, 2-4; xvii, 12, P. L., t. xxiv, col. 84, 218, 224, 354, 126, 246 ; surtout In Jonam, m, 6, P. L., t. xxv, col. 1141, 1142 : l'éternité de l'enfer pour le démon est prouvée par la sainte Écriture, par la^nécessité de la sanction morale efi^icace,et par la nature du péché et de la vertu. Qux dl//erentla erlt inter Matrem Dei et... vlcttmas llbldlnum publicarum... ; si finis omnium similis est prœterltum ontne pro nlhllo est quia non quierlmus quld allquando /uerlmus sed quld semper juturi sumus... doyma perversnm (rJpçpaypia dlabollcum. In Dan., m, 96 ; iv, 23, 33, P. L., t. xxv, col. 512, 516, 518; In Ezech., xiv, 12, 13 sq.; xxvi, 19; xv, Ibld., col. 120-121, 124, 245-246. Tous ces textes ne renferment guère que l'affirmation du dogme et pas de théologie. Bien plus, ils ne concernent presque tous que l'enfer des démons et des impies, par opposition aux chrétiens pécheurs. Saint Jérôme, en effet, aurait gardé toute sa vie cette tache d'origénisnie qui fut le mlsérlcordlsme ou le salut universel des chrétiens. Les textes sont ceux-ci : In Is., lxvi, 24, P. L., t. XXIV, col. 678; Apol. adv. Ru/., ii, 7; Adv. Jovln., Il, 30; Epist., cxix, 7;Z)iaZ. adv. Pelag., i, 28, P. L., t. xxiii, col. 522 ; 7/i Ezech., xxvi, P. L., t. xxv, col. 245,^246. Saint Jérôme apphque à ce sujet une distinction sur laquelle il insiste fréquemment, celle des Impll, incrédules ou apostats, et des peccalores, chrétiens fidèles bien que pécheurs (coupables de péchés mortels). Cf. Dlal. adv. Pelag., i, 28, P. -L., t. xxiii, col. 544 sq. Aux premiers, l'enfer éternel avec les démons; pour les seconds, la question est bien diversement traitée. En effet, le premier texte s'en remet d'abord à la science divine qui seule sait quem, quomodo ant quamdlu rfciea//urf;core; puis, maintenant l'éternité pour les démons et les impies, hoc est a fide aliénas, il déclare que les pécheurs restes chrétiens, quorum opéra In Igne probanda sunt atquc purganda, moderatam arbltramur et mlstam clemcntlœ sententlam judlcls. L'annotateur de Migne, loc. cit., et Ch. Pesch, Pr!vl.theol.,t. ix, p. 310, 311, veulent sous-entendre « pécheurs chrétiens, supposés convertis» ; mais, comme le remarque Petau, loc. cit., il s'agit dans le contexte des supplices éternels niés par les origénistes; et c'est de leur application que discute saint Jérôme. Le dialogue antipélagien semble imposer le même sens et rejeter le même sous-entendu : Origène voulait le salut de toutes les créatures raisonnables; mais nousdlabolum et satellites e/us omnesquc Implos et prxvarlcatores dlclmus pcrtre perpctuo, et chrlsllanos, si In peccato prœvcntl /uerlnt, salvandos esse post pœnas. Ailleurs, il est vrai, lillustre exégète envoie en enfer avec l'Écriture tous ceux en qui n'habite pas le Christ, In Eccl., iv, 9, 12, P. L., t. xxiii, col. 1047; qui, sous le nom chrétien, ne portent pas la robe nuptiale. In Matth., xxii, 11, 12, P.L.. t. xxvr, col. 161; In Is., V. 14, 15, P. L., t. XXIV, col. 84. Sur In Is., xxiv, 21 sq., voir Mïtigation; pour In /s., lxvi, 24: In Eph., V, 6; Epist. ad Avlt, n. 7, voir Feu. Quelquesuns voient une certaine dilation pour les damnés dans In £)on., vn,9 ; Epist., xxxix, 3: In Li/c, xvi.
La lutte violente terminée, tous les nuages ne furent pas dissipés. L'orthodoxie complète domine par sentiment traditionnel dans les auteurs secondaires, saint Pacien de Barcelone, Parscn. ad pœn., 11, 12,
ENFER D'APRES LES PÈRES
saint Paulin de Nôlc, Carmen, i, ad Deum, v. 133; Epist., XL, ad Soncl. et Amand.; Poem., xxxv, De obitu Ceisi, \. 460 sq., etc.; l'ruclence, Ilamarligenia, V. 890-904, etc. Cependant on trouve clairement exprimée une idée de mitigation dans Prudence, Cathcmcrinon, hym. v, ad incens. cer. pasch.,Y. 128- 139, et puis surtout et toujours des idées d'universalis^mc restreint. Cf. Orose, De arbitr. libcit., 16; Commonilorium, 3: saint Jérôme et la foule anonyme dont parle plusieurs fois saint .\ugustin.
2° Éclaircissements. — Saint Augustin fit enfin en Occident la lumière à peu près complète sur le dogme, résuma l'apoloséliquc et commença, en la poussant plus loin qu'aucun autre Père, la théologie de l'enfer. Tout cela a déjà été exposé en un bon résumé, t. i, col. 2443-2445, 2450-2452. Saint Augustin prouve l'existence de l'enfer par l'Écriture surtout et aussi par quelques arguments de raison; il en donne les fins providentielles en le mettant en ranport avec les attributs divins; il dissipe le dernier reste d'universalisme origénistc, le miséricordisme restreint; il étudie la nature des peines de l'enfer : dam, alienatin a vita Dei, et peine du sens, ver métaphorique, feu réel torturant les corps et les esprits, comment ? miris lamen yms morf/s; graduation depuis l'enfer des enfants morts sans baptême jusqu'à celui de Satan. Quelques points restent indécis et obscurs chez saint Augustin : l'état des âmes jusqu'au jugement dernier; toute mitigation certis tenipontm interi>allis,pa& assez franchement repoussée, bien que non admise; quels péchés pourront être remis dans l'autre vie, difficillimum est invenire, periculosissimum est definire, enfer des enfants morts sans baptême, etc.