C. RucH
II. EUCHARISTIE, D'APRÈS LES PÈRES. — l. Observations préliminaires. II. Témoignage des Pères pendant les trois premiers siècles. III. Pendant le IV* siècle, en Orient. IV. Pendant le iv^ siècle, en Occident. V. A partir du v« siècle, dans l'Église grecque. VI. A partir du v^ siècle, dans l'Église latine.
I. Observations préliminaires. — 1° Objet précis de cet article. — L'eucharistie est un sacrement et un sacrifice; il ne sera question ici que du sacrement. Mais le sacrement lui-même peut être envisage à bien des points de vue : quel est son auteur? Quels sont ses éléments constitutifs, sa matière et sa forme? Quels sont ses effets? Contient-il réellement le corps et le sang de .lésus-Christ? Comment Jésus-Christ devient-il présent? Quel est son mode d'être dans l'eucharistie? Le pain et le vin subsistenl-ils malgré la présence réelle de Jésus-Christ? Si leurs propriétés naturelles et toutes leurs apparences sensibles persistent, que devient leur substance? Subit-elle un changement, et quelle est la nature de ce changement? .\utant de questions et de problèmes, dont l'énuméralion n'est pas close, qui ne se sont pas posés de prime abord, et dont on n'a pu chercher la solution qu'au fur et à mesure de leur apparition. Au temps des Pères, du moins, une afTirmation capitale se produit et se répète incessamment, celle du dogme de la présence réelle du Christ dans l'eucharistie, ou du réalisme eucharistique, qui répond, dans la foi des fidèles, aux données de l'Écriture, de la tradition et de la liturgie. Ce dogme est le point central de l'enseignement eucharistique des Pères; c'est la donnée première et fondamentale, qui implique et engage toutes les questions, tous les problèmes subséquents; c'est de lui qu'il sera principalement question ici. Mais, comme, en en parlant, les Pères n'ont pas manqué, une fois ou l'autre, d'aborder, sans jamais la traiter à fond, la notion de la conversion; comme ils ont aussi indiqué parfois ce ù quoi ils attribuent la présence du Christ dans l'eucharistie; et comme enfin ils ont signalé f[uelqucs effets de la communion qui requiert la présence réelle, leur témoignage sera recueilli tel quel, c'est-à-dire à l'état d'enseignement diffus. Car ce n'est que longtemps après eux, lorsque la période d'élaboration progressive et de polémique précise sera passée, <juc les scolastiques pourront organiser systématiciueincnl la théologie didactique de l'eucharistie, où toutes les faces du dogme eucharistique seront examinées à fond. La pensée des Pères, quelque apparence fragmentaire qu'elle offre, n'en est pas moins précieuse à recueillir : à côté de qucUpics expressions, qui pourraient prêter à l'équivoque et dont le sens s'est éclaire! et précisé peu à peu, elle contient des affirmations catégoriques qui sont i» retenir, comme le témoignage de la croyance des premiers siècles au réalisme eucharistique, et des prin-
DICT. iJi; TIIKOI.. CATIIOL.
cipes de solution dont la controverse et l'apologétique sauront faire leur profit. Mais avant d'aller plus loin, il convient d'expliquer le silence relatif des Pères relativement à l'eucharistie.
2° Point de controverse sur reiicharislie pendant la période patrisliqiie. — C'est surtout en vue des nécessités du moment, pour résoudre les difiicultés qui surgissaient ou pour combattre des erreurs qui menaçaient l'intégrité ou la pureté de la foi chrétienne, que les Pères ont employé leur activité intellectuelle : leur enseignement oral comme leur polémique écrite avait un caractère pratique, immédiat et urgent, commandé par des circonstances dont ils n'étaient pas les maîtres. Or, tandis que d'autres sujets sollicitaient leur attention et réclamaient leur intervention, le dogme eucharistique, à part l'erreur des aquariens relative à la matière du sacrifice, combattue notamment par Clément d'Alexandrie et saint Cyprien, ne fut l'objet d'aucune attaque spéciale pendant toute l'ère patristique. Il n'est donc pas étonnant dès lors qu'ils n'en aient pas fait un objet particulier de leurs travaux : l'absence de tout danger et de toute attaque explique pour une part leur silence. Mais ce silence n'est pas absolu. Car ils parlent de l'eucharistie, tantôt en passant ou par simple allusion, plutôt pour en instruire sommairement les nouveaux baptisés; et ils le font d'ordinaire en procédant plutôt par des allirmations que par une étude approfondie, qui chercherait à rendre compte de tout et ù cclaircir autant que possible l'obscurité du mj'stère. Les questions et les problèmes, auxquels donne lieu le dogme eucharistique, ne s'étant point posés et n'étant nullement en discussion à leur époque, ils se sont contentés de proclamer ce qu'il faut croire, à savoir que le corps et le sang du Christ sont présents dans l'eucharistie, en dépit du témoignage des sens. A cette première raison s'en ajoute une autre, qui est que la doctrine christologique, dont dépend la doctrine eucharistique, ne fut élucidée, précisée et définie qu'après les longs débats du iv* et du v" siècle. Il faut tenir compte enfin de cette discipline caractéristique, où l'on a voulu voir une loi du secret, grâce à laquelle, à partir du ni<^ siècle, les Pères ont usé, (juand ils parlent des mystères chrétiens et notamment de l'eucharistie, de tant de réserves, de réticences ou d'obscurités voulues que leur enseignement ressemble à de l'ésotcrisme.
3" Caractère de la doctrine eucharistique des Pères. — On ne doit donc pas s'attendre à trouver chez les Pères un exposé complet de la doctrine eucharistique, et moins encore un traité didactique. Une terminologie appropriée au sujet leur fait même défaut; de là, l'emploi de termes mal définis, qui prêtent à la confusion, et d'expressions ([ui, prises dans le sens précis qu'on leur donne aujourd'hui, seraient fâcheuses. Ils parlent de nature, de substance, d'essence, là où il faudrait simplement parler de propriétés naturelles. Un rapprochement trop accentué entre le dogme eucharistique et celui de l'incarnation en amène quelques-uns, j)endant le v« siècle, à introduire, contrairement à toute la tradition, le dyophysisme dans l'eucharistie; mais leur conception erronée n'aura aucun effet sur l'enseignement traditionnel; clic retardera simplement le développement du dogme et sera éliminée. Plusieurs se servent des mots symbole, figure, image, type, et autres semblables. Mais, outre que de leur temps ces mots ne désignent pas des signes absolument vides de toute réalité, leur sens ne se pn-cisc et ne se justifie que peu à peu. Il est certain, en elîet, qu'on peut dire des espèces eucharistiques, considérées en tant t|uc signe, qu'elles sont le symbole du corps cl du sang du Christ. I"t si l'on compare l'eucharistie à ce qui aura lieu dans la vision béalifiquc, il
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est clair qu'on peut dire d'elle qu'elle est le symbole de ce qui sera. Mais conclure de ce que certains Pères ont nommé l'eucharistie, sans autrement spécifier, le symbole ou l'image du corps et du sang du Sauveur, à une croyance et à une théorie symboliste contraire au réalisme, c'est, comme on le verra, ce qui ne peut se justifier. De même, l'allégorisme de quelques-uns, d'après lequel le corps du Christ est son corps mystique ou l'Église, ou bien encore sa doctrine, son enseignement,n'autorise pas à fairedeceux qui l'enseignent des partisans du symbolisme eucharistique; car c'est, chez eux, une doctrine qui ne nie point la présence réelle, mais la suppose et se surajoute à l'enseignement ordinaire. Ce qu'il importe d'observer, c'est que, malgré le défaut de clarté suffisante dans l'expression de quelques-unes de leurs pensées, ou de précision dans l'emploi de certains termes, les Pères permettent de retrouver dans ce qu'ils ont dit, à l'état plus ou moins explicite, les données fondamentales et les éléments essentiels de la doctrine catholique sur l'eucharistie. Et l'on est en droit de conclure qu'entre leur enseignement, quelque rudimentaire et imparfait qu'il paraisse, et l'enseignement actuel, s'il y a un progrès et un développement incontestable, ce progrès et ce développement sont la suite logique, cohérente et justifiée de leur propre doctrine.
4° Doctrine des Pères sur la présence réelle. — Le point central de la doctrine eucharistique des Pères est la présence réelle du corps et du sang du Christ, du Christ lui-même dans l'eucharistie. C'est, en effet, littéralement et non métaphoriquement qu'ils entendent soit les paroles de la promesse, soit celles de l'institution. Des paroles de la promesse ils écartent seulement l'idée d'une manducation charnelle au sens grossier des capharnaïtes, mais ils maintiennent le sens d'une vraie manducation par la bouche et non en esprit, et ils font remarquer comment Notre-Seigneur, par l'institution de l'eucharistie, avait admirablement réalisé son mystérieux dessein, en donnant vraiment sa chair à manger et son sang à boire sans exciter la moindre répugnance. Quant aux paroles de l'institution : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » ils ont estimé qu'elles s'entendent si bien par ellesmêmes qu'une explication était inutile. Loin donc de faire observer, comme pour tant d'autres passages de l'Écriture, qu'elles ne sont pas à prendre dans leur sens littéral, ils appuient au contraire sur ce sens littéral. Que si la chose signifiée, à savoir la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ, paraît contraire au témoignage des sens et déconcertante pour la raison, ils en appellent simplement à la véracité, à l'autorité et à la toute-puissance de Dieu, et ils réclament un acte de foi; car c'est Dieu luimême qui a dit : « Ceci est mon corps; » or, Dieu ne ment pas et il fait ce qu'il dit. Pour que le pain soit ou devienne le corps du Sauveur, il faut donc l'intervention divine; et celle-ci a lieu par la prière de l'action de grâces en général, ou par les paroles mêmes du Sauveur à la dernière cène que le prêtre répète, ou par un appel à Dieu pour qu'il envoie le Saint- Esprit sur le pain et le vin afin d'en faire le corps et le sang du Christ. Voir ÉpiCLÊsE,t. v, col. 194. Une fois la bénédiction, sanctification ou consécration faite, car les Pères emploient indistinctement ces expressions,il ne faut plus s'arrêter au témoignage des sens ni aux difficultés soulevées par la raison, mais formuler un acte de foi sans aucune hésitation et sans le moindre doute. Et les Pères de répéter sous des formes variées que l'eucharistie est indubitablement, certainement, véritablement, réellement, proprement le corps même du Christ; et quelques-uns de spécifier que c'est le corps même dans lequel il s'est incarné et qu'il a pris de la Vierge Marie.
C'est ce corps ainsi rendu présent que le communiant doit recevoir et manger pour en recueillir les plus admirables fruits tant pour son âme que pour son corps. Car l'âme n'est pas seule à tirer profit de la communion, le corps en profite aussi, l'âme spirituellement, le corps corporellement. Et c'est pourquoi, parmi les effets attribués à l'eucharistie, les Pères insistent sur ceux qui sont propres au corps, entre autres, l'incorruptibilité ou l'immortafité. Ils appellent la communion un antidote de la mort, un remède d'immortalité, un principe de la vie éternelle, une source vivifiante, précisément parce qu'elle donne la chair du Christ. Tous ces effets de la communion, signalés par les Pères, impliquent nécessairement la présence réelle du Christ dans sa double nature d'homme et de Dieu. Et « quand nous n'aurions, dit Arnauld,Pe/-/>é/uz7érfe /a /o/, Paris, 1669-1674, t. II, 1. V, c. II, p. 498, que les seules expressions par lesquelles les Pères marquent cette union de Jésus- Christ, comme d'entrer dans nos corps, de s'introduire dans nos corps, d'être reçu dans nos entrailles, d'être en nous, d'être dans nos corps, d'être mêlé ù nous, d'être joint à nous corporellement, d'être en nous conune un médicament avalé, comme un plomb qui purifie un métal avec lequel on le fond, conune un feu qui agit sur de l'eau, comme un morceau de cire mêlé avec un autre, comme une étincelle qui se conserve dans de la paille, comme un levain mêlé dans de la pâte, toutes ces expressions, dis-je, qui n'ont jamais été employées pour marquer une union de signe et de figure, ou une participation de vertu, seraient encore plus que suffisantes pour prouver cette présence. Mais l'union de ces deux preuves ensemble, l'une que les Pères ont regardé la chair de Jésus-Christ comme une cause opérante qui demande d'elle-même une présence réelle, l'autre cet amas d'expressions qui la signifient, prouve d'une manière si convaincante que les Pères ont cru une présence réelle, qu'il n'y a que des esprits extraordinairement préoccupés et que la passion a rendus incapables de se rendre à la raison qui y puissent résister. »
Mais pour que la chair du Christ opère ces effets, pour qu'elle vivifie immédiatement par elle-même et sans autre intermédiaire, elle doit être mangée, non en signe mais en réalité, non pas seulement par la foi mais encore de bouche. Par là s'opère une union corporelle du communiant avec le Christ; de telle sorte qu'il y a une double union avec le Christ, l'une spirituelle avec son esprit par la grâce, et l'autre corporelle avec son corps par la communion; la première pouvant s'obtenir par bien des moyens différents de la communion, tandis que la seconde ne se réalise que par la seule réception de la communion. Or, cette dernière suppose nécessairement la présence réelle.
5° Doctrine des Pères sur la transsubstantiation. — Ainsi donc le dogme de la présence réelle a d'indéniables témoins dans les Pères des cinq premiers siècles; il est formellement attesté, et aucun témoignage, absolument, ne favorise la présence en figure ou, comme disait Arnauld, l'absence réelle. En est-il de même du dogme de la transsubstantiation? Celui-ci est sans doute intimement lié au premier, mais il n'a pas toujours été l'objet d'un examen spécial. Ce n'est point qu'il ait passé complètement inaperçu, mais il s'est explicité peu à peu; et sans que les Pères aient songé, pour la plupart, à pousser à fond la théorie du changement qui s'opère dans l'eucharistie, ils n'ont pas laissé de signaler l'existence d'un tel changement et même de le qualifier. Pour que le pain soit ou devienne le corps du Sauveur, il faut, affirment-ils, qu'il se produise quelque chose de nouveau qui n'était pas auparavant; car le pain par lui-même n'est pas le corps du Christ. Si donc le Christ a dit en prenant du pain :
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« Ceci est mon corps, » le pain doit être devenu le corps du Christ. Il y a là, comme disent certains Pères latins, une mu/a/(0,une transflguratio,^ ou, comme disent certains Pères grecs, une iJ.sTaoo),?], une ys-zanoir^ai.;, une [jLETaTXîuti, une ixcTâjp-J9!J.cTi;, une conversion; autant de mots qui signifient d'ordinaire un changement quelconque, mais qui, appliqués à ce qui se passe dans l'eucharistie, loin de signifier un changement de flgure.de signe ou designification,commele prétendent les calvinistes, évoquent plutôt un vrai changement de substance, réel et positif. Les Pères qui en parlent le regardent comme la conséquence naturelle et nécessaire de ces paroles : « Ceci est mon corps; » conséquence si claire et si obvie qu'ils n'ont pas senti le besoin d'expliquer ou de prouver la liaison qui la rattache à son principe et de dire : C'est le corps de Jésus-Christ, donc le pain est changé au corps de Jésus-Christ. Toutefois, sans instituer une analj'se approfondie de la nature de ce changement ou de cette conversion, et sans rechercher comment le pain n'est plus pain, en dépit du témoignage des sens, comment le corps du Christ est présent bien qu'il ne tombe sous aucun de nos sens, et comment ce corps invisible se trouve présent sous ce qui n'a plus que les apparences du pain, ils n'ont pas laissé d'affirmer et de répéter, au nom de la foi, que le pain n'est plus du pain, quoiqu'il paraisse être encore du pain, que c'est le corps réel du Christ qu'il faut croire réellement présent, réellement donné par le prêtre et réellement reçu par le communiant. Bien plus, quelques-uns ont eu soin de faire remarquer qu'il ne faut pas s'en tenir à ce qui parait mais à ce qui est, ce qui parait pouvant donner le chan,L;e et suggérer autre chose que ce qui est, ce qui est n'étant en toute vérité que le corps invisible du Christ. Ce n'est assurément pas là le dogme de la transsubstantiation, tel qu'il s'est peu à peu explicité et tel que l'ÉgHse a fini par le définir; mais qui pourrait nier que ce n'en soit pas une expression implicite et suffisante pour justifier le développement subséquent? La conversion dont parlent saint Ambroise et l'auteur du De sacrameniis parmi les latins, saint Cyrille de Jérusalem, saint Grégoire de Nyssc, saint Jean Chrysostome et saint Cyrille d'Alexandrie parmi les grecs, c'est déjà, de leur temps et dans le langage de leur époque, ce que l'on appellera plus tard, d'un terme mieux approprié, la transsubstantiation. Si Théodoret, au v« siècle, et quelques autres écrivains ecclésiastiques à sa suite ou comme lui, qui ne sont que l'écho d'une école et d'une époque, à savoir de l'école anliochienne du v<^ siècle, préoccupés de combattre l'erreur du monophysisme, en sont venus à imaginer ou à supposer une sorte de dyophysisme eucharistique, qui serait la négation de la conversion substantielle, il est à remarquer que leur tentative isolée n'a pu nullement interrompre le courant traditionnel et que, loin de faire échec à l'enseignement de l'Église, elle a complélcment échoué et a été éliminée de la pensée grecque, ainsi qu'en témoigne saint Jean Dainascènc, en qui l'on entend toute la tradition orthodoxe des Pères grecs.
Cette question de la transsubstantiation ne sera traitée ici qu'incidemment, car l'objet du présent article est surtout le dogme de la présence réelle d'après les Pères. Il faut en dire autant de l'épiclèse. Quant aux usages de certains hérétiques, tels que le valenliiiicn Marc, dont parle saint Irénée, et aux rites gnosti(iues décrits dans les Acla Tliomic, qui confirment à leur manière la foi de l'Église et la présence réelle, nous les passerons sous silence. D'autre part, les inscriptions clirélienncs, comme celle d'Abcrcius à Uieropolis, voir t. i. col. C3 6J, Gô, de Pectorius à Autun, ou comme celle que fit graver le pape saint Damasc en l'honneur de Tarsicius, martyr de l'eucha-
ristie, quelque contribution qu'elles apportent aux témoignages patristiques, réunies aux autres monuments chrétiens relatifs à l'eucharistie, auront leur article spécial.
Les témoignages empruntés aux diverses liturgies, depuis VEuchologe de Sérapion de Thmuis et le Testamentum Domini nostri Jesu Chrisli, édit. Rahmani, Mayence, 1899, jusqu'aux textes réunis parBrigthman, Liturgies easlern and western, Oxford, 1896, trouveront mieux leur place dans le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, de dom Cabrol.
jll. Pendant les trois premiers siècles. — 1" La Didaché. — Le premier document qui s'offre à nous, c'est la Didaché ou Doctrine des douze apôtres : il est intéressant à consulter, malgré la pénurie des renseignements, mais ce sont des renseignements précieux. On y trouve, en effet, deux formules d'action de grâces à prononcer, soit sur le calice, soit sur le pain rompu, t.i^A to-j 7TOT/-,pioi), 7tîp\ toO ■x.Iolt^i.xto;, Funk, Doclrina duodecim apostolorum, ix, 2, 3, Tubingue, 1887, p. 26; puis ce précepte, dûment appuyé sur une parole du Sauveur : « Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, à l'exception de ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur; car c'est de cela que le Seigneur a dit : « Ne donnez pas ce «qui est saint aux chiens. » Ibid.,ïx,5, p. 28. Manifestement, il s'agit ici d'un repas; est-ce d'un repas ordinaire, comme le prétend Andersen, Dos Abendmahl in den zwci erstcn J ahrhunderlen nach Christus, Giessen, 1904? Nous ne le pensons pas. Est-ce à la fois de l'agape et de l'eucharistie, d'après Zahn, Forschungen, t. iii,p. 293-298; Mgr Duchesne,Bu/W/n cri7/(/He,1884, t. V, p. 385-386; Funk, op. cit., note, p. 28; Ladeuze, L'eucharistie et les repas communs des fidèles dans la Didaché, dans la Revue de l'Orient chrétien, Paris, 1902, p. 339-399? La question importe peu, s'il est vrai qu'il s'agisse ici tout au moins de l'eucharistie. Or, sans aller jusqu'à affirmer avec Hehn, Die Einsetzung des heiligcn Abendmahls, 1900, p. 172, que la Didaché nous offre d'une façon incontestable la foi en la présence réelle, nous ne dirons pas avec Rauschen, L'eucharistie et la pénitence, trad. Decker, Paris, 1910, p. 2, que c'est à peine si on peut faire appel à la Z)(V/rtf/7c en faveur de la présence réelle. Car le -oTT,ptov et le xJ.àCTixa, sur lesquels on rend grâces, sont désignés par le mot ej/apiTit'a, qui a déjà un sens liturgique caractérisé. Sans doute, les paroles de l'institution et les formules consécratoires sont passées sous silence; et il n'est pas dit formellement que le pain et le vin soient le corps et le sang du Christ, comme cela sera spécifié dans la paraphrase de ce passage par l'auteur des Constitutions apostoliques, VII, XXV, P. G., 1. 1, col. 1017; mais il est question de tout autre chose que du pain et du vin ordinaires, à savoir d'un pain et d'un vin eucharisties et devenus eucharistie. Or, cette eucharistie est chose sainte : elle requiert, de la part de ceux qui veulent la recevoir, la réception préalable du baptême et une préparation morale, car on rappelle qu'il ne faut pas donner ce qui est saint aux chiens; d'autre part, comparée à la nourriture et à la boisson ordinaires, pour lesquelles on doit assurément rendre grâces à Dieu, mais qui ne requièrent pas les conditions précitées, elle est qualifiée de nourriture spirituelle, et d'admirables elTets lui sont attribués, notamment la vie éternelle. « Seigneur tout-puissant, tu as donné aux hommes l'aliment et le breuvage pour qu'ils te rendent grâces ; quant à nous, tu nous as procuré une nourriture spiri tuelle, et une boisson, et la vie éternelle, » ihid., x, 3, p. 28, c'cst-à dire un aliment spirituel qui nous assure la vie éternelle. Saint Ignace l'appellera un remède'd'immortalité.
2" Saint Ignace. — Le célèbre évêque d'Anlioch e
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(f 107) est un témoin certain du dogme de la présence réelle.'Son langage est assurément très symbolique et mêle beaucoup d'images à l'idée de l'eucharistie; mais il ne parle pas qu'en métaphores, sa pensée s'exprime parfois en des termes qui échappent à toute interprétation symbolique et doivent s'entendre au sens littéral et obvie, quoi qu'en aient pensé von der Goltz, Jgnalius von Anliochien, 1894, p. 71-74, et Stahl, Palristische Untersiichungen, 1901, p. 121 sq. Malgré quelques restrictions, Loofs avoue que « la conception de l'eucharistie, chez Ignace, n'est pas purement symbolique. » Art. Abcndmahl, dans la Realencyklopudie fiir protcslantische Théologie, t. i, p. 40. Saint Ignace parle, en effet, du pain de Dieu, et il veut le pain de Dieu, mais c'est celui qui est la chair de Jésus-Christ, né de la semence de David, et, pour breuvage, il veut son sang. Ad Rom., vu, 3, Funk, Opcra Patriim apostolicorum, Tubingue, 1881, t. I, p. 200. C'est là, dit-on, la désignation de l'union avec le Christ et de la possession de Dieu dans le ciel; soit. Ailleurs, Ad Eph., iv, ibid., p. 176, ce pain désignerait l'union du fidèle avec le Christ, non pas dans le ciel, mais dans l'Église; soit encore. Mais lorsque, parlant des docètes qui s'abstiennent de l'eucharistie et de la prière commune, i! dit qu'ils » ne reconnaissent pas que l'eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, celle qui a souffert pour nos péchés, celle que le Père a ressuscitée, » Ad Smyrn., vu, 1, ibid., p. 240, il semble bien difficile de ne pas voir là une affirmation nette de la présence réelle du corps du Christ dans l'eucharistie. Mgr Batifîol, il est vrai, a des scrupules sur ce texte et des difiicultés sur son sens obvie. Éludes de théologie positive, 2« série. L'eucharistie, 3« édit., Paris, 1906, p. 124-125. Rauschen s'en étonne, op. cit., p. 5, car, dit-il, « si Ignace avait voulu dire que l'assemblée des fidèles était le corps du Christ, il aurait sans doute pu employer l'expression de chair du Christ aussi bien que celle de corps du Christ, mais il n'aurait pu ajouter : « qui a « souffert pour nos péchés et que le Père dans sa bonté « a daigné ressusciter. » Dira-t-on que saint Ignace a donné aussi le nom de corps et de sang à la foi et à la charité? Ad TralL, viii, 1, op. cit., p. 208. Il n'y a point parité. Ici le langage est manifestement symbolique ; car on ne peut dire ni de la foi, ni de la charité, ni de l'Évangile, ni de l'Église, qu'ils soient, comme il le disait tout à l'heure de l'eucharistie, la chair du Christ qui a souffert et qui est ressuscitée. Après avoir affirmé. L'eucharistie, p. 188, que « saint Ignace n'a jamais parlé directement de l'eucharistie, mais seulement par allusion, par métaphore, » Mgr Batiffol est obligé de reconnaître que, « dans ce qui nous reste de saint Ignace, il y a un texte dont on peut dire que l'eucharistie y est affirmée directement, » j6!d.,p. 123; c'est le texte de l'cpître aux Éphésiens, où il est question de l'union dans « l'obéissance à l'évêque et au presbyterium par une pensée indivise, rompant un pain unique, qui est le remède de l'immortalité, l'antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus- Christ toujours. » Ad Eph., xx, 2, op. cit., p. 190. Voir encore dans la Revue du clergé français, du l^'' septembre 1908, p. 519-520. De son côté, Harnack reconnaît aussi, i)o(7mcn(7esc/i/c/!/e, 3" édit., t. i,p. 202, que saint Ignace s'est exprimé d'une manière strictement réaliste. C'est, du reste, l'impression produite sur tout lecteur non prévenu, comme le note Hoffmann, Das Abendmahl in Urchristentum, Berlin, 1903, p. 164; et Rauschen a raison, op. cit., p. 4, de qualifier saint Ignace d'excellent témoin de la présence réelle. Ajoutons seulement qu'en parlant de l'eucharistie comme d'un remède d'immortalité, saint Ignace se fait l'écho de l'Évangile de saint Jean et annonce la doctrine de saint Irénce.
3° Saint Justin. — L'apologiste martyr du ii« siècle est un témoin des usages liturgiques et de la foi de l'Église romaine. Dans sa I''' Apologie, il décrit deux fois la liturgie eucharistique, celle de la messe baptismale et celle de la messe dominicale, et il affirme formellement le dogme de la présence réelle. « Ceux que nous appelons diacres, dit-il, distribuent aux assistants et vont porter aux absents le pain et le vin mêlé d'eau qui ont été eucharisties. » ApoL, I, 05, P. G., t. VI, col. 428. a Nous appelons cet aliment eucharistie. Nul ne peut y participer s'il ne croit à la vérité de nos doctrines, s'il n'a été auparavant purifié et régénéré par l'eau du baptême, s'il ne vit selon les préceptes de Jésus-Christ. Car nous ne regardons pas cette nourriture comme un pain et un breuvage ordinaires. Mais de même que, par la parole de Dieu, Jésus-Christ notre Sauveur s'est fait chair, a véritablement pris chair et sang pour notre salut, de même, d'après l'enseignement que nous avons reçu, cet aliment eucharistie par la parole du Christ est sa chair et son sang, qui nourrit notre chair et notre sang; « ApoL, 1, 66, col. 429 : o'jtw; xa't Tr,-/ 6i' ey/r,; ).dyo'j ToC uap' a-jTov e-jy ap'.'7rr,6£Ï<îav Tpo5r,v... âxEivou tov TxpxoTTO'.oOovTi; 'ItiHoO "/.al nj.y/.a. y.a'i a'i|j.a èôiSiy/JriiJ.Ev elvat. Saint Justin, on le voit, rapproche l'eucharistie de l'incarnation : l'incarnation a pour objet réel la chair et le sang du Christ, pour cause efficiente la parole de Dieu, pour cause finale le salut de l'homme; l'eucharistie contient la même réalité de la chair et du sang, elle a pour cause efficiente la parole de Jésus, et pour cause finale l'alimentation du chrétien. Impossible d'affirmer plus catégoriquement le réalisme eucharistique. Pour saint Justin, le pain et le vin sur lesquels est prononcée l'action de grâces, ou plus spécialement la prière de la parole de Jésus, deviennent ce qu'ils n'étaient pas; il n'est pas dit que le Verbe soit uni au pain et au vin, mais il est dit que cette nourriture eucharistiée est la chair et le sang de Jésus incarné, et qu'elle sert à nourrir notre chair et notre sang. Or c'est là, notc-t-il, un enseignement de tradition. Point de théorie, mais des affirmations : affirmations de réalités incompréhensibles pour la raison et inaccessibles aux sens, très acceptables pour la foi, puisque, dans l'eucharistie comme dans l'incarnation, le prodige opéré est dû à l'intervention toute-puissante de Dieu. Ci. Revue du clergé français, du 1""^ septembre 1908, p. 520-521. Semisch avait déjà remarqué, Jus/!/j der A/a/;yrt'/-,Breslau,1840,t.ii, p. 438, que « l'Église réformée n'est nullement autorisée à faire appel au témoignage de Justin pour soutenir son interprétation de la cène. » « On ne peut nier, dit Harnack, Dogmengeschichle, loc. cit., que Justin proclame la merveilleuse identité, réalisée par le Logos, du pain consacré et du corps que le Logos avait pris. » « On voit clairement ici, avoue à son tour Loofs, Abendmahl, loc. cit., p. 41, que Justin regarde comme une doctrine commune à tous les chrétiens de tenir Ve'jyaçiityTrfizl'ja Tpoyri pour le corps et le sang du Christ. » Rien donc de plus opposé à la thèse du symbolisme des calvinistes que le réalisme absolument certain de saint Justin. Sur la matière de l'eucharistie d'après Justin, voir A. Harnack, Brot und Wasser, die eucharistichc Elemcnte bei Justin, dans Texte und Unlersuchungen, nouv. série, Leipzig, 1891, t. vu, fasc. 2; M. Goguel, L'eucharistie des origines ù Justin martyr, Pari?, 1910, p. 275-277.
4» A Lyon. — Saint Irénée n'est ni moins formel ni moins catégorique que saint Justin. Sans chercher à faire de la spéculation, et à s'en tenir rigoureusement à la doctrine des Églises apostoliques, l'évêque deLj'on est un témoin qui, par saint Polycarpe, son maître, se rattache à saint Jean, et connaît tout ce qui se passe dans l'Église; il fait appel, lui aussi, à la liturgie, et il
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affînne le même rcnlisnic, la même cause efTicientc, la même cause finale, sauf à insister cnergiquement sur l'immortalité du corps humain due à la réception du corps du Christ. Les gnostiques docètes, quoique niant que le Christ eût pris une chair véritable, célébraient la liturgie eucharistique tout comme les catholiques; c'était une inconséquence, dont saint Irénée se fait un argument ad hominem. «Comment peuvent-ils prétendre, dcmande-t-iL Conl. hirr., iv, 18, P. G., t. VII, col. 1027, que le pain sur lequel on a rendu grâces est le corps de leur Sauveur, et que le calice est le calice de son sang, s'ils ne le reconnaissent pas comme le Fils du créateur du monde? » « Si le Seigneur ne nous a pas rachetés par son sang, il n'est pas vrai de dire que le calice de l'eucharistie est la communion de son sang et que le pain que nous rompons est la communion de son corps. Car le sang suppose des veines, des chairs et tout ce qui fait partie de la substance humaine, par laquelle le Verbe de Dieu est véritablement devenu homme. Comment peuvent-ils soutenir que le pain sur lequel on a rendu grâces est le corps de leur Sauveur et que le calice contient son sang s'ils ne voient pas en lui le Fils de celui qui a créé le monde? » Cont. hier., v, 2, col. 1124-1125. Un tel argument suppose la foi en la présence réelle, sans quoi la réplique était facile : « De même que pour vous, catholiques, l'eucharistie n'a que la valeur d'un symbole, de même, pour nous, l'incarnation se réduit à une apparence : il n'y a pas plus de chair véritable d'un côté que de l'autre. L'incarnation, telle que nous l'entendons, ne diflére pas de l'eucharistie, telle que vous l'entendez. » D'autre part, saint Irénée se sert encore du dogme de la présence réelle pour prouver la résurrection de la chair, que niaient les adversaires qu'il combat. « Le Verbe de Dieu, dit-il, a déclaré que le Calice contient son propre sang, a'jja ïîiov, par lequel il pénètre le nôtre, et il nous a garantis que le pain est son propre corps, iSiov aoij/.a, par lequel il fortifie le nôtre. Lors donc que la parole de Dieu est descendue sur le calice renfermant du vin mêlé d'eau et sur le pain, quand ces deux éléments sont devenus l'eucharistie, corps du Christ, la substance de notre chair est raffermie et fortifiée par là. Comment donc peuvent-ils nier que la chair soit susceptible de prendre part au don de Dieu, qui est la vie de l'éternité, elle qui se nourrit du corps et du sang du Seigneur, et qui forme un de ses membres, tT|V Tâpxx... àno toO a(.')(iaTo; ■/.3.\ ai'u.ato; zn-'j K-jp;ou T;>c:pofj.£vr,v -/ai u,É)o;avToO {cnip- /o-,7av? Cont. hœ'r., v, 2, 3, col. 1126. « Quand saint Paul dit que nous sommes les membres du corps du Christ, formés de sa chair et de ses os, il ne veut point parler d'un homme purement spirituel et invisible, car l'esprit n'a ni os ni chair. Il désigne par ces mots la véritable substance de l'homme, faite de chair, de nerfs et d'os, pour laquelle le calice, qui est le sang du Christ, et le pain, qui est son corps, deviennent une nourriture. l-'A de même que le cep de vigne caché en terre fructifie en son temps, que le grain de blé confié au sol se dissout pour reparaître et se multiplie par l'esinit de Dieu qui contient toutes choses, et qu'enfin ces éléments, destinés à l'usage des hommes dans les desseins de la sagesse divine, devi,nnenl, par la vertu de la parole de Dieu, l'eucharistie, c'est-à-dire le corps et le sang du Christ, ainsi nos corps, nourris par l'eucharistie, sont placés dans le sein de la terre, où ils se décomposent, pour ressusciter dans le temps. - C.nnt. hœr., v. 2, 3, col. 1126. « Nous offrons il Dieu ses propres dons, en ;ifflrniant d'un côté l'union intime ilii Verbe avec la nature humaine, et, de l'autre, la résurrection de la chair qui sera réunie â l'âme. Car de même (|uc le pain: q>'' vient de la terre, recevant l'invocation divine, cesse d'être un pain ordinaire pour devenir l'eucharistie composée
de deux éléments, l'un céleste, l'autre terrestre, ainsi nos corps, en recevant l'eucharistie, ne sont plus corruptibles sans retour, mais ils ont l'espoir de ressusciter pour l'éternité. » Cont. har., iv, 18, 5, col. 1028- 1029. Luther, Kahnis, Fuse}' et Goie reconnaissent ici deux éléments de nature distincte : l'un terrestre, le pain, l'autre céleste, le corps c'u Christ. Bellarmin, Schwane et Stiuc^mann veulent voir dans le premier l'espèce ou l'apparence du pain. Massuef, Dccllinger, Mcchler et Mgr Bitiffol reconnaissent dans ce que sair.t Irénée nomme « eucharistie » le corps du Christ, et les deux éléments qui le composent sont le terrestre, la chair, et le céIc^lc, le Verbe.
Ces affirmations de saint Irénée ressemblent à celles de saint Justin : même réalisme d'abord : c'est la présenceréelledu corps et du sang du Christ; mais saint Irénée note la présence d'un double élément, l'un matériel et terrestre, la chair, l'autre spirituel et céleste, l'esprit; même intervention divine : saint Justin parlait d'un tùyf,i Àôyo: ô irap' a-JTo-J, c'est-àdire d'une prière venant de Jésus, saint Irénée parle d'un )6yoç Toù 0EO-J, qui n'est pas le Logos de Dieu, mais une parole de Dieu , sans spécifier laquelle : même effet : l'alimentation du fidèle. En termes d'un réalisme singulièrement expressif, saint Irénée parle de notre chair nourrie du corps et du sang du Seigneur, iy. toO 7:oTrip;ou S i<y-i tô alfi-a aCroO xpéçEtai, y.cd ex toCj i'pTOu 5 âdTi tô (jcôu.a otvToO aiJitiai, — àizd toû «rwjjaTo; y.at a"u.aTo; -où Kupiou TpêçofiévriV. Et c'est là qu'il voit un argument en faveur de la résurrection, argument qui sera repris par Tertullien, saint Grégoire de Nysse, saint Jean Chrysostome, saint Cyrille d'Alexandrie. Mais pas plus que saint Justin, saint Irénée n'aborde ni ne traite les problèmes que soulève le dogme de la présence réelle : celui-ci est mis hors de doute sans contestation possible, et l'on se demande comment Steitz, encore au dernier s\èc\c. Die Ahcndmal.lslchrc der gricschiehen Kirche in ihrcr geschichtiichen Entwickelung, dans Jahrbiichcr fiir dcutsche '1 hcologie, 1864, t. IX, p. 465 sq., a pu en appeler à saint Irénée'en faveur de la théorie symboliste. Loofs, du moins, Abendmahl, lac. cit., p. 48, reconnaît que l'évêque de Lyon a pensé et parlé comme saint Justin.
5» A Cartilage. — Ici, deux témoins s'offrent à nous à quelques années d'intervalle, Tertullien et saint Cyprien, attestant l'un et l'autre la présence réelle du Christ dans l'eucharistie, mais employant l'un' et l'autre des expressions ou des formules qui évoquent l'idée d'un certain symbolisme, et qu'en n'a fiis manqué d'exploiter pour infirmer bien à tort la valeur de leur témoignage positif en faveur du dogme de la présence réelle.
1. Tertullien, tout d'abord, traite l'eucharistie de chose sacrée, de sacramenlum, comme le baptême, Adv. Mareion., iv, 34, P. L., t. ii, col. 442; on a soin, dit-il, de n'en rien laisser tomber à terre. De coiona, 3, ibid., col. 80. Or, l'eucharistie c'est le corps du Christ, De oralionr, 19; De idololalria, 7, P.I...I. i, col. 1183, 669, auquel l'homme prend part, dès qu'il est baptisé, pour s'en nourrir : opiwatc dominici corporis vcscilur, eucharistia scilicel. De pudicitia, 9, /'. L., t. ii, col. 998. L'homme étant un composé d'âme et de corps, c'est par le corps que les sacrements atteignent l'âme, cl c'est pourejuoi caro corpore et sanguine Chrisii vcscilur ut anima Deo saginctur. De rcsur. (cirnis, 8. P. J... t. Il, col. 806. L'usage voulait alors que le fidèle ne communiât pas seulement à la réunion liturgique, mais encore f|u'il emportât chez lui des esjiéccs consacrées pour se communier lui-même, accepta corpore Domini et rrsetvato. De nmlione. 10. P.I.., t. r, col. 1183; mais cela pouvait oflrir des inconvénients, surtout dans les familles dont tous les membres ne
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partageaient pas la même foi clirétienne; et c'est pourquoi Tertullien signale ce danger pour s'opposer aux mariages mixtes. « DciToberez-vous, dit-il, aux regards de votre mari ce que vous prenez en secret avant toute nourriture ? S'il vient à découvrir que c'est du pain, ne supposera-t-il pas que c'est ce pain dont on fait tant de bruit? Et comme il ne peut pénétrer un mystère qu'il ignore, que d'alarmes, que de soupçons 1 » Ad uxorem, ii, 5, P. L., t. i, col. 1296. Ces divers textes sont significatifs : ils prouvent, à n'en pas douter, la foi en la présence réelle.
Mais d'autres prêteraient facilement à l'équivoque. En voici un qui paraît assez singulier à première vue : Acceptum panem et dislributum discipuUs, corpus suum illum fecil. Hoc ut corpus vac\^mdicendo,id est, figura corporis met. Adv. Marcion., iv, 40, P. L., t. ii, col. 460. Tertullien use souvent de l'hyperbate; quand il écrit : Christus mortuus est, id est unctus, Adv. Praxeam, 19, on voit qu'il veut dire: C/uis^us, id est, unctus, mortuus est. Dans cette phrase : Apcriam in parabolam aurem meam, id est, similitudinem, Adv. Marcion., iv, 11, on voit que similitudinem est l'explication de parabolam et non de aurem. En est-il de même dans le texte cité? Si oui, l'incidente explicative, id est, figura corporis mei, ne s'appliquerait pas à /îoc, mais à acceptum panem; il y aurait une hyperbate, et le sens serait à l'abri de tout reproche. Telle est l'explication qu'en ont donnée Bellarmin et Duperron. Cf. Arnauld, Perpétuité de la foi, Paris, 1669-1674, t. m, 1. II, c. ii-v, p. 62-91. Mais il ne faut pas oublier que Tertullien argumente contre un docète qui niait la réalité de l'incarnation. Il a donc soin de lui rappeler, d'après l'Évangile selon saint Luc, tel qu'il l'admettait, que le pain et le vin avaient été, dans l'Ancien Testament, des figures du corps et du sang du Christ, et que c'est en se servant du pain et du vin, qu'il appelle ou qu'il fait son corps et son sang, que le Christ a réalisé les anciennes figures : Deus in Evangelio quoque vestro revelavit panem corpus suum appelions, ut et hinc jam intelligas corporis sut figuram pani dédisse, eu jus rétro corpus in panem prophètes figuravit, ipso Domino hoc sacramentum postea interpretaturo. Adv. Marcion., m, 19, P. L., t. II, col. 348. Marcion n'a pas compris que le pain était anciennement la figure du corps du Christ : Itaque illuminalor antiquitatum quid tune voluerit significasse panem, salis declaravit corpus suum vocans panem. Adv. Marc, iv, 40, col. 461. De même pour le vin : Ita et nunc sanguinem suum in vino consecravit, qui tune vinum in sanguine (uvœ) figuravit. Ibid., col. 462. En disant donc : acceptum panem... corpus suum illum fecit. Hoc est corpus meum dicendo, id est, figura corporis 7neî,Tei'tullien entend prouver que le pain était bien jadis la figure de son corps, puisqu'il en fait son corps, et c'est pourquoi il ajoute : Figura autem non fuisset, nisi veritalis esset corpus. Mais il n'entend pas pour autant nier la réalité de la présence du Christ dans l'eucharistie, puisqu'il l'affirme d'ailleurs, corpus suum illum fecil, etqu'il la suppose nécessairement pour pouvoir en conclure la réalité de l'incarnation : Panis et calicis sacramento jam in Evangelio probavimus corporis et sanguinis dominici verilalem adversus phantasma Marcionis. Adv. Marcion., v, 8, ibid., col. 489. En se servant donc du mot figure, ce n'est pas du symbole d'une chose absente qu'il a parlé, mais d'un symbole couvrant et contenant cette mystérieuse réalité qu'est la chair et le sang, dont se nourrissent, nous a-t-il dit ailleurs, les fidèles.
Un autre terme, dont on a fait état pour essayer de prouver que Tertullien était partisan du symbolisme eucharistique, est celui de reprivsentare. Pour montrer, en effet, que le Sauveur ne réprouve pas les éléments dont Marcion attribuait la création à un démiurge différent du vrai Dieu, Tertullien cite l'eau du bap-
tême, l'huile de la confirmation, le miel et le lait des initiés, puis panem quo ipsum corpus suum représentai. Adv. Marcion., i, 14, col. 262. Or reprœsentare a deux significations, celle du verbe français « représenter », et celle du sens étymologique latin «rendre présent, présenter ». Nul doute que, s'il avait eu affaire à des symbolistes tels que les calvinistes, Tertullien n'eût surveillé de plus près ses expressions et qu'il n'eût employé un autre terme que reprœsentare. Mais du seul fait qu'il s'en est ser\'i, on ne peut pas logiquement conclure que, par une contradiction trop grossière avec lui- même, il ait changé d'avis après avoir tenu ailleurs un langage si nettement réaliste: ce qu'il faut dire, c'est qu'il a employé reprœsentare dans son sens étymologique latin, comme il l'a fait quand il appelle le second avènement du Christ une seconde reprœsentatio, ou quand il dit qu'au Thabor Dieu a présenté son Fils, celui qu'il avait promis : Itaque jam représentons eum : Hic est fllius meus, utique subauditur quem repromisi. Adv. Marcion., iv, 22, col. 414. Ainsi, conclut Mgr Batifîol, L'eucharistie, p. 215, à la cène le Sauveur présente son corps, et de même dans l'eucharistie; reprœsentare n'a rien de symbolique. Cf. Duperron, L'eucharistie, Paris, 1622,' p. 211-213; Arnauld, Perpétuité de la foi, t. ii, 1. III, c. v, p. 270-278; Gore, Dissertations on subjccts connected with the Incarnation, Londres, 1895, p. 310; d'Alès, La théologie de Tertullien, Paris, 1905, p. 356-359.
Un troisième reproche qu'on fait à Tertullien est l'emploi du verbe censetur dans son explication de l'oraison dominicale. Il entend spirituellement le pain quotidien; il l'interprète du Christ et ajoute : corpus ejus in pane censetur. De oralione, 6, P. L., t. i, col. 1160. Bonne preuve, prétendent les calvinistes, que Tertullien ne croit pas à la présence réelle, mais à une présence symbolique. Mais c'est là prêter à Tertullien une pensée qui n'est pas, qui ne peut pas être la sienne. Le Christ, dit-il, est notre pain, parce qu'il est la vie et le pain de vie ; et comme son corps censetur in pane, en demandant le pain quotidien nous demandons à rester toujours dans le Christ, à ne jamais nous séparer de son corps, perpetuitatem inChristo, et individuitatem a corpore ejus. Et ceci pourrait bien s'entendre, non du corps eucharistique, mais du corps mystique du Christ, c'est-à-dire de l'Église. Quant au verbe censetur, Tertullien l'emploie parfois dans le sens de est. C'est ainsi qu'il écrit : Tu Deo, cujus tu quoque imago et similitudo censeris, Adv. Praxeam, 5; eum duœ subslanliœ censeantur in Christo, divina et humana, ibid., 29; imago in effigie, similitudo in seternitate censetur. De baptismo, 5; atque adultrr censetur qui dimissam a viro duxerit. Adv. Marcion., IV, 34. Aussi de bons critiques ont-ils voulu y voir un terme emprunté au langage juridique, avec la signification précise de est ou se trouve; et dans ce cas le terme est suffisant pour exprimer le dogme de la présence réelle, mais non pour signifier celui de !a conversion. Quoiqu'il en soit, il ne faut pas oublier que Tertullien a un style très singulier, peu correct, etqu'il parle à une époque où le langage théologique n'est point fixé; il ne faut pas oublier surtout qu'en bonne critique les passag es obscurs ou équivoques d'un auteur doivent s'interpréter à la lumière de ceux qui ne laissent pas le moindre doute sur sa pensée; or, ces derniers abondent dans Tertullien, comme on a pu le voir plus haut, et ils n'autorisent pas les critiques protestants à ne faire état que des premiers pour revendiquer le prêtre de Carthage comme l'un des témoins de la théorie symbolique de l'eucharistie. Malgré tout, Tertullien reste un témoin du réalisme eucharistique.
2. Saint Cijprien. — Le grand évêque de Carthage au iii« siècle pensera et parlera, on peut en être assuré
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d'avance, comme celui qu'il appelait son maître, TertuUien, sauf à user d'un style moins obscur et plus correct, sauf aussi à proposer en quelques lignes, dans un raccourci substantiel dont la théologie fera son profit, les idées maîtresses de la doctrine eucharistique en tant que sacrifice. Relativement au dogme de la présence réelle, son langage est celui de la tradition liturgique : le réalisme eucharistique en forme le fond; mais il est aussi symbolique sans qu'il y ait la moindre contradiction, et l'on voit se dessiner la distinction capitale entre le symbolisme, qui doit être limité au signe et ne doit s'entendre que du signe, et le réalisme qui s'applique à ce que le signe signifie, contient et donne.
Qu'est donc, aux yeux de saint Cyprien, ce que le signe signifie, contient et donne? L'eucharistie, dit-il, est une chose sainte et sanctifiante tout à la fois; il compare les éléments eucharistiques à l'eau du baptême, à l'huile de la confirmation. Mais là se borne la comparaison, car l'eucharistie est quelque chose de plus que l'eau ou l'huile, à savoir le corps et le sang du Christ ou le sanctum Domini, selon l'une de ses expressions. Cela résulte indiscutablement de son langage et de sa conduite vis-à-vis des chrétiens, des hérétiques et des lapsi. Se souvenant, en effet, du texte de saint Paul, que « celui qui mange le pain ou boit le calice du Seigneur indignement est coupable envers le corps et le sang du Seigneur, » il requiert de la part de ceux qui veulent communier qu'ils aient reçu le baptême catholique; car ce serait une faute, comme lui écrivait Firmilien de Césarée, de permettre à ceux qui n'ont été baptisés que par les hérétiques de « recevoir par une communion témérairement usurpée le corps et le sang du Seigneur. » Epist., lxxv, 21, Hartel, S. Cijpriani opéra, Vienne, 1SG8-1871, t. ii, p. 823. Quant aux lapsi, devenus impudents après avoir été lâches, ils réclamaient leur admission immédiate à la communion, sans aucune pénitence préalable, et par là, dit saint Cyprien, vis infr>rtur corpori ejus et sanguini, et plus modo in Dominum maiiibiis atque are delinqmint, qiiam qiium Dominum negaveruni. De lapais, IG, Ilartcl, t. i, p. 248. Tel, dit-il, s'irrite quod non slaliui Domini corpus inqiiinatis manibus accipiat, anl ore polluto Domini sanguincm bibal. De topsis, 22, Hartel, 1. 1, p. 25.3. Quant à lui, il s'indigne qu'on ose profaner l'eucharistie, c'est-à-dire le corps sacré du Seigneur, eucluiristiam, id est, sanctum Domini corpus, profanare audrant. Episl. , yiy, 1, Hartel, t. ii, p. ôli. Toutefois, devant les menaces d'une persécution nouvelle, il consent à admettre les lapsi à la communion pour leur donner la force de confesser la foi et de verser leur sang, car il les veut • munis de la protection du sang et du corps du Christ;» et cum ad hoc fiât eucliarislia ut possil accipienlibus esse tutela, quos lulos esse contra adversarium voluimus, nutrimento dominicx saluritalis armemus. Xam quomodo docemus uul prouncamus eos in confessionc nominis sanguincm suuni jundere, si cis militaturis Christi sanguincm denegamus?... Aul quomodo admarlijrii poculum idoneos facimus, si non cos prius ab bibcndum in erclesia poculum Domini jure communicationis adniittimus'.' Epist., Lvii, 2, Hartel, t. ii, p. G.")2. A la veille du combat suprême, les soldats du Christ doivent être prêts, considérantes idcirco se quolidic calircm sanguinis Christi bibcrc ut possinl et ipsi proptcr Cliristum sanguincm jundere. Epist., lviii, 1, Hartel, t. ii, p. 657. Ailleurs, De lapsis, 2."), saint Cyprien rapporte le fait d'une enfant que sa nourrice avait fait participer à un sacrifice idoiâtriquc et (|ue sa môre, ignorant ce qui venait de se passer, porta à l'église où il célébrait les saints mystères. Quand le diacre, portant le calice, voulut y faire goftler l'enfant, celle ci se détourna; le diacre insistant lui versa quand même sur les lèvres
quelques gouttes de sacramenlo calicis. Mais aussitôt l'enfant d'éclater en sanglots et de vomir. In corpore atque ore violato, note saint Cyprien, eucharistio permanere non poluit, sanctificatus in Domini sanguine potus de pollutis visceribus erupil. Ces allusions et ces expressions sont trop nombreuses, trop fortes et trop précises en faveur du dogme de la présence réelle pour qu'on puisse faire de leur auteur un tenant du symbolisme.
On a essayé pourtant, car on a cru découvrir le symbolisme au sens des calvinistes dans deux passages de la lettre à Cécilien, qui est un petit traité de l'eucharistie-sacrifice. Voici le premier : Nam cum dicat Christus : « Ego sum vilis vera, » s(mguis Christi non aqua est utique, sed vinunj. Nec potest vidcri sanguis ejus, quo redempli et vivificati sumus, esse in calice, quando vinum desit calici, quod Christi sanguis ostenditur. Epist., lxiii, 2, Hartel, t. ii, p. 702. Voici le second : Videimis in aqua populum intclligi, in vino vcro oslendi sanguincm Christi... Si l'inum tantum quis offcrat, sanguis Christi incipit esse sine Christo. Ibid., 13. Dans ces passages, assure-t-on, le pain et le vin ne sont dits corps et sang du Christ qu'en tant qu'ils seraient un mémorial de la passion du Christ, c'est-à-dire du corps et du sang en état de sacrifice. Telle est, d'après Loofs, Abendmahl, p. 58, l'interprétation de tous les critiques protestants : ils sont unanimes à y reconnaître une conception symbolique et sacrificielle de la cène. Cf. Goetz, Das Christentum Cyprians, 1896, p. 23; Sceberg, Lchrbuch dcr Dogmengeschichte, 2« édit., Erlangcn, 1908, t. i, p. 548, D'une part, ces expressions : videri sanguis ejus Christi sanguis ostenditur, montrent que le sang n'est pas présent, mais seulement en apparence. D'autre part, en comparant l'eau au peuple et le vin au sang du Christ, saint Cj-prien autoriserait à conclure que, de même que l'eau est le pur symbole du peuple, de même le vin est le pur symbole du sang. Dans ce cas, ferons-nous remarquer, il faut admettre que saint Cyprien s'est grossièrement contredit. Or, il n'en est rieu : saint Cyprien est pleinement d'accord avec luimême, tout le contexte le prouve. L'évêque de Cartilage vise, en effet, dans cette lettre, ceux qui, ignoranler vcl simplicitcr, n'employaient que de l'eau pour le sacrifice et s'écartaient ainsi de l'usage liturgique traditionnel. Il condamne leur erreur ])our ce motif, entre autres, que l'eau n'a pas de rap]iort avec le sang, tandis que le sang a toujours été figuré dans l'Écriture par le vin. Si donc, dit-il, on n'offre le sacrifice qu'avec de l'eau, où sera la relation indispensable avec le sang, puisque le vin, figure du sang, quod Christi sanguis ostenditur, fait défaut? Il n'y a plus rien dès lors qui indique qu'au sacrifice il s'agit du sang du Christ, 7107? potest vidcri sanguis ejus. Et ainsi se justifie cette double expression, qui n'affirme pas le moins du monde qu'il n'y ait dans le sacrifice eucharistique qu'un pur symbole. La suite du texte montre même le contraire : Quis magis sacerdos Dei surnii}i quam Dominus nostcr Jcsus Christus, qui sacripcium Deo Palri obtulit, et obtulit hoc idem quod Mclchiscdcch obtuicrat, id rst,pancm et vinum, suum scilicet corpus et sanguincm. Epist., lxiii, 4, Hartel, t. ii, p. 703. Le sacrifice de Melchisédech n'était qu'une figure; or .lésus Christ, qui est la plénitude, vcritatcm prirfiguralx imaginis adimplcvit. Quand donc? Lorsqu'il a offert le pain et le vin mêlé d'eau, ibid., p. 704; mais ce pain et ce calice, Cyprien vient de nous le dire, c'est son corps et son sang, suum scilicet corpus et sanguincm. Peut-on conclure du second passage que le vin n'est pas plus réellement le sang de .Jésus-Christ que l'eau n'est la communauté des fidèles? Nullement, car ce que saint Cyprien vient de dire, au sujet de ce que Jésus a offert en offrant le pain et le vin, s'y
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oppose. En outre, ce qu'il veut noter ici, et cela suffit pour traiter l'objet et atteindre le but de sa lettre, à savoir, la nécessité de se servir de vin et de mêler de l'eau au vin, c'est que, de même que le vin est employé parce qu'il a toujours été le symbole du sang d'après l'Écriture, de même l'eau doit être mêlée au vin parce qu'elle est le symbole du peuple chrétien; un tel rapprochement est très légitime; mais, d'une ressemblance purement accidentelle entre l'eau et le vin en tant qu,' symboles, on ne peut pas conclure à leur ressemblance complète de fonctions et dire que le vin ne joue d'autre rôle que celui de l'eau.
Au demeurant, comme nous l'avons déjà indiqué et comme les scolastiques le mettront en lumière, le mot symbole peut parfaitement être attribué au signe sacramentel, à ce que nous appelons les espèces du pain et du vin; mais ce symbolisme du signe n'est nullement la négation de la réalité contenue sous le signe, ni dans saint Cyprien, ni dans aucun des Pères qui ont le plus parlé de symbole. Dans l'Église latine, on retrouvera, sous la plume de saint Augustin, ce double courant de réalisme et de symbolisme, plus ample encore et plus réfléchi, mais non moins justifié. Dans l'Église grecque. Clément et Origène, deux allégoristes, parlent pareillement de symbole et ne sont pas moins réalistes que leurs contemporains ou leurs devanciers.
6» A Alexandrie. — 1. Clément d'Alexandrie. ■ — Ce disciple de Pantène parle peu de l'eucharistie et, quand il en parle, ce n'est pas toujours d'une façon claire et littérale à la manière d'un catéchiste qui voudrait expliquer le mystère eucharistique. Il est retenu par les usages du temps qui veulent qu'on soit discret sur ce point; mais il suppose le mystère connu des initiés, et il s'en sert comme d'un point de départ ou comme d'une base pour se livrer à des spéculations, en exégète qui allégorise et en philosophe qui entend opposer une gnose chrétienne et orthodoxe à la gnose intempérante et hérétique des valentiniens. Ceux-ci, en effet, prétendaient qu'il y a deux christianismes, l'un tout à fait élémentaire pour les simples, les enfants ou la masse, l'autre supérieur pour ceux qui savent, les sages et les gnostiques; l'un qui n'offre que le lait des commençants, celui que saint Paul avait donné aux Corinthiens, xo yà/a, c'est-à-dire les Tipto-ra lj.a9Ti|j.aTa, Trptoraç rpoçi?, l'autre qui donne la vraie nourriture, l'aliment substantiel, le ^pwija, c'est-àdire les 7ive-jij.aTt/.ai sTtiYvfô-Tecç ; et cette dernière nourriture, ils la qualifiaient de chair et de sang de Jésus, (jâpxa y.ai ac|j.a toû 'Iir,(io'j. Psed., i, 6, P. G., t. viii, col. 296. Certes, Clément d'Alexandrie n'était pas homme à reculer devant de telles distinctions et qualifications, sauf à les justifier dans le sens de l'orthodoxie chrétienne. Il distinguait, lui aussi, deux degrés dans la connaissance religieuse, l'un proprement élémentaire, celui de la catéchèse, premier aliment de l'âme comparable au lait des tout petits enfants, et l'autre supérieur, celui de la contemplation, nourriture solide et gnose des initiés; et il n'hésitait pas à dire que la chair et le sang du Logos constituent l'intelligence de la puissance et de l'essence divine, et que se nourrir du Logos divin, c'est connaître la divine essence. Strom., V, 10, P. G., t. ix, col. 101. Mais il prétendait que le lait donné par saint Paul aux Corinthiens est un aliment parfait, le lait du Christ, le Verbe allégoriquement compris, le Verbe incarné devenu une tfocpri Tive^fj-aTty-r, pour les sages comme pour les enfants. Car le Verbe est tout pour l'enfant : père, mère, pédagogue, nourricier. « Mangez ma chair, a-t-il dit lui-même, buvez mon sang. » Voilà les aliments qu'offre le Seigneur, la chair qu'il présente, le sang qu'il verse; et rien ne manque alors pour la croissance de l'enfant. Pn'd., i, 6,
P. G., t. VIII, col. .301. Alais tout cela n'est qu'allégorie : le sang lui-même et le lait du Seigneur ne sont que le symbole de sa passion et de son enseignement : -ô a-jTÔ -/.ai a'ij.axal yi'/oi-.'j'j Kvoio-j TtiOoj; /.a; ôiîxt/.-j'."/ ;a; a-^pSoÀov. Ibid., col. 309. Mais si cette double nourriturc, le lait et la gnose, est traitée par Clément de chair et de sang du Christ par manière d'allégorie, en est-il de même de cet autre aliment qu'est l'eucharistie? Clément sait très bien que la liturgie eucharistique comporte l'oblation du pain et du vin, puisqu'il accuse ceux qui ne se servent que d'eau, à l'exclusion du vin, d'être en opposition savec la règle ecclésiastique, (j./, -/.aTa Tov zxvova •:>,; i/./.'ir^'jl-X'. Strom., I, 19, P. G.,t. VIII, col. 813. Il sait très bien que Melchisédech était la figure du Christ, que le pain et le vin qu'il offrit étaient le type de l'eucharistie, ô tôv o;vov ■/ai tÔv apTûv Tr|V ■r,'['.'xi7'j.i-/r,^ ôtîoo; T^,&:pr,v e!; z-'jtzo'j sOyapiTtîa;. Strom., IV, 25, col. 1369. En qualifiant ainsi la figure de nourriture sanctifiée, Clément laisse entrevoir ce qu'il pense de la réalité bien plus sanctifiée et sanctifiante qui l'a remplacée, c'est-à-dire de l'eucharistie. Il sait également que le Sauveur, après avoir rendu grâce sur le pain, le distribua pour qu'on le mange Xrjyr/.w:, c'est-à-dire en connaissance de cause. Strom., I, 10, col. 744. Il sait qu'à la synaxe, quand l'eucharistie est divisée, chacun des fidèles en prend sa part. Strom., I, 1, col. 692. Qu'est donc à ses yeux cette eucharistie figurée par le pain et le vin, faite avec du pain et du vin et reçue par les fidèles? Sans le dire d'une façon positive et nette, il le laisse suffisamment entendre dans sa réfutation des encratites. Ceux-ci prohibaient l'usage du vin pour des motifs d'un ascétisme mal compris. Et Clément de leur faire observer que Jésus a bu du vin, qu'il a béni du vin, quand il a dit : « Prenez, buvez, ceci est mon sang. > Mais, dit-il, Jésus allégorise en désignant par la figure du vin le Verbe qui doit être répandu pour la rémission des péchés. L'allégorie porte sur le vin et sur la vigne, car Jésus n'est ni le vin ni la vigne au sens propre. Porte-t-elle également sur l'eucharistie? Car Clément voit dans l'eucharistie le Verbe mêlé au breuvage. « Double, dit-il, est le sang du Seigneur; il est charnel, et c'est celui par lequel nous avons été rachetés; il est spirituel, et c'est celui par lequel nous avons été oints. Et boire le sang de Jésus, c'est participer à l'incorruptibilité du Seigneur. L'esprit est la force du Verbe, comme le sang l'est de la chair. Analogiquement donc se mêlent le vin à l'eau, et à l'homme l'esprit; l'un, le mélange (d'eau et de vin), rassasie pour la foi; l'autre (l'esprit) mène à l'incorruptibilité. Et le mélange des deux, à savoir du breuvage et du Verbe, est appelé eucharistie; r, oï à|j.soïv x-lbic tiotoC tî y.at Aôyo-j s-j/y.pii-'.x xi^lr,-0Lu « pied., il, 2, P. G., t. vill, col. 409- 412. Cette manière d'entendre l'eucharistie comme une y.pâfftç ou un mélange du vin et du Verbe peut prêter à la critique au point de vue de la justesse; elle écarte du moins toute idée de symbole et exprime une réalité présente, et une réalité sanctifiante, car ceux qui y prennent part sont sanctifiés quant au corps et quant à l'âme : ^ç o\ xarà Ttiaicv [j.£Ta"Aajj.ôivovrE; âyiis^^'T^' ■''ai T(i)[j:a xx\ J/u/iqv, car c'est la volonté du Père qui ajoute mj-stiquementl'Esprit etle Verbeàce composé divin qu'est l'homme; et de même que l'esprit est vraiment uni à l'âme portée par lui, de même la chair est unieau Logos qui, pourelle,s'estfaitchair: y.at yàp w; aL'i.r,%ùii |j.èv tô 7iv£-j|j.a (oxsctiiTac Tr, àir' ajToCi çspofxlv/) ij/u/y, ô 2k cràp? tm Aôv(Ti,oc' y,v ô Aôyo? YÉ-fOVî (7o<pf. Ibid., col. 412. L'un des effets de la communion, c'est d'assurer l'immortalité; voici, en effet, les paroles que Clément prête au Sauveur : i^M trou rposî-Jç, à'pTov È[j.a'JT"ov 6;So-Jc, O'j y£'j(jct(j.£vo: o'^cs'i; k'riTTsrpav Oaviro-J ).a[j.êàvîi, y.ai T.6\>.0i y.a6' r,jj.épav èvS'.Soù; a6a'/a- (jta,-. Quis dives, 23, P. G., t. ix, col. 62S.
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Ainsi donc Clément distingue l'eucharistie de la gnose, malgré la ressemblance des descriptions qu'il leur consacre ; et « cette distinction, qui est fondamentale, dit Mgr Batiffol, L'eucharistie, p. 185, autorise à dire que les critiques se sont trompés qui ont, comme Steitz, cru voir se former à l'issue du ii« siècle, si profondément réaliste, une conception radicalement contraire qui serait un pur sj-mbolisme, conception d'origine alexandrine et dont Clément serait le premier représentant. Ce sjmbolisme se serait résolu, au iv<= siècle, en un dj'namisme, qui lui-même aurait abouti, sur la fm du iv" siècle, à une théorie de la conversion. Mais, en fait, le premier point de cette courbe n'existe pas : Clément n'est pas un symboliste professant la présence en figure; il est aussi réaliste de langage que la liturgie de son temps, et il parle de ce réalisme comme d'un mélange du Verbe et des espèces consacrées, mélange aussi réel que l'incarnation. Nous sommes assurément encore loin d'une théorie de ce complexiis qu'est le réalisme 1 Mais loin aussi du pur syinbolisme imaginé par Steitz. » Voir t. III, col. 195-198.
2. Origène. — A la différence de son prédécesseur, Origène ne conçoit pas l'eucharistie comme un mélange du Verbe et des espèces consacrées et il n'en fait pas un gage d'immortalité; mais, comme Clément, il est retenu dans l'expression de sa pensée par l'usage de discrétion qui veut qu'on ne parle des mystères chrétiens, et notamment de l'eucharistie, qu'en termes voilés, par allusions, que saisissaient bien les fidèles, mais que ne pouvaient pleinement saisir les catéchumènes et les non-chrétiens. C'est ainsi qu'après avoir cité ces paroles du Sauveur : « Ceci est mon corps, » et le reste, il ajoute : « Celui là connaît la chair et le sang du Verbe de Dieu, qui est initié aux mystères. Ne nous arrêtons pas plus longtemps à ces choses connues de ceux qui savent et restées lettre close pour ceux qui ignorent. >' //) Lev., homil. ix, 10, P. G., t. XII, col. 523. Comme Clément encore, Origène emploie des termes et des tournures de phrase qui rappellent le langage liturgique et qui sont le témoignage irrécusable de la foi traditionnelle au dogme de la présence réelle. Ce que le Seigneur donne, c'est son corps et c'est son sang : Sicwi- ao: /.a\ ih-i otpTov Tr,; îO/.OY'a?» tô '7ti')|j.a âauToû xai t"o aî|jLa éa'j-.oC Xapt^sTa-. In Jer., homil. xviii, 13, P. G., t. xiii, col. 489. Ce que le fidèle reçoit par la communion, c'est le pain devenu corps saint et sanctifiant par la prière de ceux qui s'en nourrissent avec une intention pure. Pour nous, qui rendons grâce au créateur de l'univers, nous mangeons avec action de grâce et prière les pains que nous offrons, Tioy.a -Evouivo-j; ?tà tV' sO/r|V av'-ïiv Tt ■/.%•. ày'.âsO"' 'où: |)£Tà •JytoC; iz^ohiniMi ocJt'ô ■/p(i)u£vo-j:. Conl. Cels., viii, 33, P. G., t. xi, col. 156.5. Mais cette communion au corps du Christ par la participation à l'eucharistie requiert une conscience pure; d'où ce reproche au pécheur : Commimicarc non tintes corpus Christi, accedens ad eucharisliam'.' In ps. XX \ VII, homil. ii. G, P. G., t. xii, col. 1380. Elle requiert aussi de grandes précautions et un profond respect pour que rien n'en tombe à terre. Nostris qui divinis mijsleriis intéresse consucstis, cum suseipitis corpus Christi, cum omni cautela et vcncralione servatis ne ex eo pnrum quid déridât, ne conserrati muneris aliquid dilabatur. Reos enim vos creditis, et recte creditis, si quid inde per ncgliqentiam décidât. In lixod., homil. xiii, 3, P. G., t. xii, col. 391. Comme Clément enfin, Origène connaît la relation qui existe entre l'Ancien et le Nouveau Testament; il voit que ce f[ui était une énigme dans le passé est devenu une réalité. « Alors, dit il, la manne était une nourriture in œniqmnte, aujourd'hui la chair du Verbe de Dieu est une nourriture véritable, ainsi (|u'il l'a
dit lui-même : « ^^a chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage, » In Num., homil. vil, 2, P. G., t. xii, col. 613. Comparant la pâque chrétienne avec la pâque juive, il en note les différences caractéristiques. Les Juifs, dit-il, mangent un agneau ordinaire, mais notre pâque est le Christ immolé pour nous. C'est la différence entre l'ombre et la lumière, entre la figure cl la réalité. Voilà ce que comprend celui qui a été instruit secrètement des mystères de la pâque : il sait que la chair du Verbe est vraiment une nourriture, tllù-iz on à),r,Oï,: âsTi [lipôi^i;. In Jer., homil. xii, 13, P. G., t. xiii, col. 395. Même rapprochement significatif et même distinction réelle au sujet du sang de l'agneau pascal, dont les Juifs avaient jadis marqué les portes de leurs demeures. Les chrétiens font quelque chose de semblable, mais bien plus relevé : « Ils mangent comme leur pâque le Christ immolé pour nous, qui a dit : « Si vous ne «mangez ma chair, vous n'aurez pas la vie en vous. » Et par cela même qu'ils boivent son sang, véritable breuvage, ils arrosent les portes de leur maison, qui est leur âme. » In Matth. comment, séries, 10, P. G., t. xiii, col. 1615. Tout naturellement il écarte le sens grossier d'une manducation telle que l'avaient comprise les capharnaïtes. S'adrcssant donc aux hommes charnels qui l'entendraient de même, il leur dit : « Si vous suivez à la lettre ce qui est dit : « Mangez « ma chair et buvez mon sang, » cette lettre tue. » Il veut, en clTct, qu'on entende le mystère de la communion dans le sens où l'enseigne l'Église, sccundum hanc intelligentiam quam docel Ecclcsia. In Lev., homil. VII, 5, P. G., t. XII, col. 487.
Ces textes suffisent pour montrer la valeur du témoignage d'Origène en faveur de la présence réelle; mais il en est d'autres où il tient un langage allégorique. En effet, en dehors et au-dessus de cette manière d'entendre les choses d'une communion réelle, quoique spirituelle, au corps et au sang divin, qu'il qualifie de plus commune et à l'usage des simples, àTrXouiTTipoiç y.y.-h xr,t y.oivoTe'pav -sp'i Tr,; j-^/apto-tiai; i-Alrj-/r,\ , il en conçoit une autre plus profonde et plus divine, toï; 6s paO-Jxspov à/.o-j£iv ijE[jaOr,v.rj(Ttv v.aTa Tr|V Oeîotépav y.a\ 7rep\ ToO xpoçîuo'J t?,; aXrjOet'a; \o';o-J éitayi-c/iav. In Joa. comment., xxxii, 24, P. G., t. xiv, col. 809. Il est vrai que, dans ce cas, ce n'est pas la communion au corps et au sang du Verbe incarné qu'il a en vue, mais bien, par l'allégorie, l'adhésion de l'esprit à l'enseignement du Verbe. Voici, en effet, un passage significatif : " Ce pain que le Lieu-Verbe dit être son corps, c'est le Verbe-nourricier des âmes, le Verbe procédant du Dieu-Verbe. Le pain qui sort du pain céleste et qui est passé sur la table, c'est celui dont il est écrit : <• Tu as dressé pour moi une n table en face de ceux qui me persécutent. » Et ce breuvage que le Dieu-Vcrbc appelle son sang, c'est le Verbe qui abreuve et enivre magnifiqucmonl les cœurs... Car ce que le Dieu-Verbe nommait son corps, ce n'était point le pain visible qu'il tenait entre ses mains, mais le Verbe dans le mystère duquel ce pain devait être rompu; de même ce qu'il nommait son sang, ce n'était pas ce breuvage visible, mais le Verbe, dans le mystère duquel ce breuvage devait être répandu. Le corps et le sang du Dieu-Verbe peuvent-ils être, en effet, autre chose que le Verbe qui nourrit et le Verbe qui réjouit le rrrur? » In Matth. comment, séries, 85, /'. G., t. xni. co!. 1735. Ce passage et d'autres encore, In \um , homil. xvi, 9; xxiii, 0; In Lev., homil. vu, 5; De oral., 27; cLDupcrron, L'eucharistie, y>. 223-226: A. Struckmann, Die Gegenucrt Chri.sti in der heiligen Lurhnristic, \\cnnc,\90r-i, p. l.'"^8- 191, sont assurément déconcertants pour celui (;ui les lit aujourd'hui ; l'étaicnl-ils aussi pour les auditeurs habituels d'Origène, même pour les fldéîes? Nous ne
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le pensons pas; car les fidèles, étant initiés au mystère eucharistique, savaient à quoi s'en tenir sur la doctrine traditionnelle et sur la foi en la présence réelle, toujours sous-entendue par le célèbre catéchiste alexandrin, et très souvent objet de sa part d'un rappel ou d'une allusion directe; ils savaient aussi avec quelle facilité leur maître .se plaisait à allégoriscr. Or, dans ces passages, Origène allégorise et parle de tout autre chose que de l'eucharistie. « Le pain et le vin de la cène, observe Mgr Batiffol, d'accord sur ce point avec M. Struckmann, L' eucharistie, p. 189, sont pris par lui pour une figure, mais la figure de tout autre chose que le corps et le sang du Christ, la figure de sa doctrine. Il ne faut donc pas chercher ici une théorie de la présence réelle, pas plus que nous n'en avons cherché dans les développements allégoriques analogues de Clément. » Il convient de se rappeler aussi qu'en allégorisant de la sorte, Origène, comme il en a fait l'aveu, esquissait une théorie essentiellement différente de l'enseignement traditionnel et ordinaire sur l'eucharistie, enseignement qu'il connaissait et qu'il approuvait. Et tout ce qu'il a dit sur l'eucharistie est le langage d'un réaliste, et nullement celui d'un symboliste. Harnack le reconnaît et ajoute qu'au sujet de l'eucharistie, il n'y a jamais eu de purs symbolistes. Dogmengeschichte, t. i, p. 436-437.
3. Saint Denys d' Alexandrie. — Après Origène, deux maîtres se succédèrent au Didascalée avant de monter l'un après l'autre sur le siège d'Alexandrie. Du premier, Héracléas, nous ne savons rien, rien de lui ne nous étant parvenu. Du second, saint Denys, Eusèbe nous a conservé quelques fragments de lettres au pape Xyste, parmi lesquels celui-ci relatif à la communion. Il s'agit d'un Alexandrin qui, s'étant aperçu que le baptême qu'il avait reçu n'était point le baptême catholique, demandait à être baptisé, ce à quoi saint Denys se refusa de donner suite, vu la longue participation de cet homme aux sacrements et notamment à la communion, décrite ainsi : e'j/apif7TÎac yàp Èua>!.o-J<TavTa,xa\ (juve;rtcpO£i'?a|j.Evov tÔ 'A|j.v)v,/tat TpaTtlÇï] uapaiTTâvTa, xal -/eïpaç s'iç Û7ro5o;(Y)V ttiÇ âytaç rpoçr,; TTpoTsfvavTa, xal TaÛTï)v y.aTaSelàpievov, -/.aX roO f7(x>[i.xtoz •xa\ TOÛ aîjxaTo; to-j Ivupîo-J -qp.MV 'IrifToO XptaTOÛ [J,5Ta- (7xôvTa îxavM XP'^'"!'- Eusèbe, H. E., vu, 9, P. G., t. XX, col. 656. Denys est aussi un témoin de la conservation de l'eucharistie pour les malades. Voir t. IV, col. 427.
1° A Rome. — Saint Hippolyte, voir A. d'Alès, La théologie de saint Hippolyte, Paris, 1906, p. 147-150.
III. Au iv"' SIÈCLE, EN Orient. — Les usages liturgiques concernant la communion, auxquels saint Denys fait une allusion si claire, dans le texte que nous venons de rapporter, sont bien connus : le fidèle s'avance, tend la main droite pour y recevoir le pain consacré et lorsque l'évêque le lui présente, en disant : Corps du Christ, il répond : Amen; lorsque le diacre lui présente le calice en disant : Sang du Clirist, il répond également : Amen, et boit à la coupe. Le langage des auteurs ecclésiastiques continue, lui aussi, à être conforme aux usages de la liturgie. Mais, sous l'influence plus ou moins accentuée des Alexandrins, les termes de symbole, de figure, de type, se retrouvent; d'autres mêmes paraissent, tels que àvriruTrov et w|j.oi'(j)ij.a, et ils désignent, selon l'usage d'alors, un signe auquel est jointelaréalitéqu'il signifie,etnon un signe vide de toute réalité. De tels termes pouvant prêter à l'équivoque ou donner lieu à des malentendus, ils seront ou expliqués ou même écartés. Mais en attendant que leur sens se précise ou que leur emploi cesse, un grand progrès se manifeste dans l'exposition du dogme eucharistique; la présence réelle est toujours au premier plan dans un relief incontestable; le problème même de la conversion est abordé; la conversion est
affirmée en des termes variés, ce qui prouve que la langue théologique n'a pas encore choisi et fixé un mot spécial pour l'exprimer; mais ces termes euxmêmes signifient d'une façon au moins équivalente ou implicite l'idée de conversion substantielle ou de transsubstantiation.
1" En Egypte. — 1. Didyme l' Aveugle (j- 395), qui occupa pendant un demi-siècle l'école catéchétique d'Alexandrie et qui compta parmi ses élèves Rufin et Jérôme, ne semble pas s'être servi comme ses prédécesseurs des mots de symbole et de figure, ou du moins, ce qui nous reste de ses œuvres n'en porte pas trace. Parlant de la pâque, il dit à un endroit : <■ Nous la célébrons chaque année, chaque jour ou plutôt à chaque heure, participant au corps et au sang du Christ, |XET£/ovTe; lo-j croiij.aTo; xa'iToC y.ïy.xxoç a-jto-j. Ils savent ce que je veux dire, ceux qui ont été jugés dignes du suprême et éternel mystère. " De > piritu Sancto, III, 21, P. G., t. xxxix, col. 905. D.dyme dit encore que le Seigneur est le pain de vie et que les fidèles se nourrissent de ses chairs et de son sang, qui sont un aliment et une boisson véritables. Inpsalmos, col. 1336. Cf. G. Bavdy, Didyme l'Aveugle, Paris, 1910, p. 151-154.
2. Sérapion de Thnniis. — L'eucologe de Sérapion de Thmuis (f 358), découvert en 1894, est le texte liturgique le plus ancien que nous possédions; il renferme le canon delà messe où se trouve le mot (o[j.o;(.)[j.3;. I A toi (Seigneur), est-il dit dans l'anamnèse, nous offrons ce pain, figure du corps du Monogène. Ce pain est la figure du saint corps... Et nous offrons ce calice, figure du sang. » Le pain est (oij.ot'wij.a tod (ytx>\j.a-co:, le vin (o[xoi'(i)|j.a TO-j a'.'|j.aToç, et le sacrifice ojp.oiufjia toO ûavirou; c'est l'équivalent de (j'jij.gc/Àov ou eï-z-mv qui se trouve dans Eusèbe de Césarée, et de àvTÎTjnov, dont parle Eustathe d'Antioche. Il est à remarquer que le pain et le vin sont qualifiés de symboles du corps et du sang avant la consécration; et cela n'exclut pas le réalisme; car, à l'épiclèse qui suit le récit de l'institution, on lit : « O Dieu de vérité, que ton saint Verbe vienne sur ce pain, pour que le pain devienne le corps du Verbe, "va Y6vr,Tatô apxoç o-Mua Toù Ao'you, et sur ce calice, pour que le vin devienne le sang de la vérité. » De plus, il est spécifié, dans la prière qui suit la communion, que ce pain et ce vin, devenus corps et sang du Christ, sont une v.otvtovia du corps et du sang, et un remède de vie, cpâpp.a/.ov Çai-riÇ. Cf. Funk, Didascalia et constit. apostolorum, Paderborn, 1906, t. ii, p. 173-179; Revue du clergé français, du l^i- décembre 1909, p. 522-525.
3. Macaire l' Égyptien (f vers 395), contemporain et compatriote de Sérapion, nous apprend, dans une seule phrase de l'une de ses homélies, que le mot antitype doit s'entendre d'un symbole plein de réalité, que l'on participe à cette réalité cacliée qui paraît être du pain et que l'on mange spirituellement la chair du Seigneur. Parmi les choses, dit-il, que les rois et les prophètes de l'Ancien Testament n'ont pas sues, il y a celle-ci, c'est que èv t-^ È-/.x).r,(7ia TcpotrcpIpETai apto; xai olvoç, àvTETyTTOV zr^ç o-apxô; a-JTOù xa\ oî [A£TaXa(J.êâvovTEç èx TOTJ (paivoixlvou apTO-j TrvsufJ-aTixMç Trjv o'ipv.a To-J Kupt'ou ÈTÔt'o-jTt. Homil., xxvii, 17, P. G., t. xxxiv, coL 705.
4. Saint Athanase (f 373) ne parle pas plus de symbole ou de figure que Didyme. Plusieurs fois, dans ses Lettres festales, ayant à traiter du devoir pascal que les fidèles ont à remplir, il fait allusion au réalisme de l'eucharistie sans insister sur un dogme qu'il suppose connu. En voici quelques passages, celui-ci tout d'abord où il oppose l'usage chrétien à la coutume juive : Les Juifs, dit-il, célèbrent leur pâque en mangeant de la chair d'un agneau sans raison, nous aujourd'hui, cum Patris Verbum comedimus, cordium nostrorum
EUCHARISTIE D'APRÈS LES PÈRES
labia novi sanguine testamenii signamus. Epist. heort., II, 3, P. G., t. xxvi, col. 1368. Et cet autre : Nos utigue vescimur, ianguam vitee cibo, animamque nostram pretioso illius sanguine obleciamus. Epist. heort., V, 1, co). 1379. Mais voici un texte parfaitement clair, cité par Eutychius (f 582), patriarche de Constantinople, dans un sermon De paschate et de sacrosancta eiicharistia, P. G., t. lxxxvi, col. 2401, et tiré d'une homélie de saint Athanase Ad nuper baplizalos : « Tu verras les lévites apporter des pains et un calice de vin. Tant que les invocations et les prières ne sont pas commencées, il n'y a que du pain et du vin, <liOo; irj-iv 6 à'ptoç y.a\ xo TTOTriptov. Mais dès qu'ont été prononcées les grandes et admirables prières, le pain devient le corps et le vin le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tôte yîvETai 6 apxoi aoy^.'x y.aiTÔ uoTTipiov aï(j.aToO Kupiou ri\s.ww 'IrjToO Xpicrrrj-j. Venons à la célébration des mystères. Ce pain et ce vin, tant que les prières et les invocations n'ont pas eu lieu, sont simplement (du pain et du vin); mais, lorsque les grandes prières et les saintes invocations ont été faites, le Verbe descend dans le pain et le vin, et le corps du Verbe est, xaxagaivei ô Adyo; e!? TÔv àpTov y.a'iTo TtoTvipiov y.a\ yr/srat aùroû !jû)\ia. ' Frag., vu, P. G., t. XXVI, col. 1325. Précisant la pensée de Macaire sur la manducation spirituelle de la chair du Seigneur, saint Athanase, dans une de ses lettres à Sérapion, Ad Serap. epist., iv, 19, P. G., t. xxvi, col. 665, dit que la chair du Christ dans l'eucharistie est un aliment donné spirituellement, qui devient pour tous un gage pour la résurrection de la vie éternelle. Ce que je donne pour le salut du monde, fait-il dire au Christ, est la chair que je porte; àXX' a'jTji C|J,tv xa\ TO Taùfiiç aip.a Trap' èfjujù 7tveuu.aTiy.wi; co9-/iaêTat xpoçT], wote 7tvÊU(j,aTiy.(Ô; èv ïv.ârsxiù TauT-))v àva- C'îoo-Sat y.a't yivEoôai Tiâcrt çuXaxir.piov et; àvi(7Ta(nv Çoori; ■xiwr.ryj. Ce dernier texte, qui complète la pensée de saint Athanase, est précisément l'un de ceux qu'on invoque en faveur du symbolisme; mais bien à tort, car il est facile, fait obser\-er M. Tixeront, Histoire des dogmes, 2= édit., Paris, 1909, t. ii,p.l74, sinon d'en expliquer sûrement chaque terme, du moins d'en justifier la tendance et la signification générale. Saint Athanase veut prouver, dans tout ce passage, qu'il y a en Jésus-Christ deux éléments, l'un humain qui est le fils de l'homme en la chair, l'autre divin, à qui convient le nom d'Esprit. Pour ce faire, il montre Jésus-Christ promettant sans doute aux apôtres de leur donner son corps et son sang, le corps qu'il portait et qui était son humanité, mais de le leur donner en Dieu, en Esprit, comme un corps de Dieu, un corps céleste, une nourriture spirituelle, capable d'être pour chacun une protection et un gage de résurrection pour la vie éternelle. Voir t. i, col. 2175. 2° En Palestine.— 1. Eusibe de Césarée (7 vers 341) est assurément un témoin du réalisme eucharistique. Dans un fragment de son De solemnitate paschati, 7, P. G., t. xxiv, col. 701, conservé par Nicétas, il remarque que, tandis que les .Juifs ne célèbrent la pâque qu'une fois l'an, les chrétiens la célèbrent chaque dimanche : •< Nous sommes toujours repus du corps du Sauveur, nous participons toujours au sang de l'agneau. » Il dit ailleurs : -. Chaque dimanche nous pouvons voir ceux qui reçoivent l'aliment sacré et le corps salutaire, adorer avec respect l'aulcur d'un si Krand bienfait. » Jn ps. \.\i, 30, P. G., t. xxiii, col. 213. Mais il n'allégorise pas moins sur la chair et le sang, tout comme Origène. De ces mots adressés par Jésus à ses apôtres, quelque peu scandalisés de son discours sur la promesse de l'eucharistie : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie, » Eusèbe conclut qu'il faut entendre spirituellement ce que le Sauveur avait dit de sa rhair à manger et de son sang à boire, et
il lui^ prête ces paroles : « La chair, dont je suis revêtu ce n'est pas de cette chair que vous devez croire que je vous parle comme si vous aviez à la manger, ni non plus de ce sang sensible et corporel que je vous ordonne de boire, car vous savez bien que mes paroles sont esprit et vie. » Eusèbe poursuit et montre ensuite que, par chair et sang mystiques, il entend l'enseignement du Christ. Ecclesiastica theologia, m, 12, P. G., t. XXIV, col. 1021, 1024. Il emploie aussi le mot de symbole : les chrétiens, dit-il, font chaque jour mémoire du corps et du sang du Christ; nous faisons mémoire du sacrifice avec les symboles du corps et du sang du Sauveur, selon les prescriptions du Nouveau Testament, ôtà (jvij.SoXojv -où -e cwixaTo; aùtoù ■A<x\ TùO CTWTfipt'o'u ai'aaTo;. Dcmonst. cvang., i, 20, P. G., t. XXII, col. 88-89. Il dit ailleurs que le Christ a donné' à ses disciples les symboles de l'économie divine, en prescrivant de faire l'image de son propre corps, TT|V EÎy.ôva ToO lôiryj ry 0)11.01x0:, et de se servir du pain comme du symbole de son corps, à'pTw êà xpr,r!baLi gu^iêôlu) TùO loUj-j loJijaTo;. Ibid.,\ui, col. 596. Au lieu de parler comme Origène du corps typique et symbolique, il dit, en précisant, que le pain est le symbole ou l'image du corps véritable du Christ; mais, ce disant, il n'est pas plus symboliste qu'Origène au sens où l'entendent les calvinistes.
2. Les Constitutions apostoliques. — Cet ouvrage composite est, dans sa forme actuelle, de la fin du iv^ siècle ou du commencement du v^ sans qu'on puisse en connaître le compilateur. Les six premiers livres ne sont qu'un remaniement de la Didascalie;\c VU"", dans ses trente-deux premiers chapitres, n'est qu'une adaptation fort délayée de la Didaché; le VIII« renferme une liturgie complète de la messe et est luirnême une adaptation du Règlement ecclésiastique égyptien. Or, dans ces morceaux de source différente et remaniés par le même auteur, les expressions symboliques sont parfois complètement laissées de côté. D'une part, en effet, il est question des « antitypes « du corps et du sang que Jésus-Christ donna à ses apôtres à la cène, Const. apost., V, xiv, P. G., t. i, col. 873; du sacrifice non sanglant offert à Dieu et célébré en mémoire de la mort du Seigneur, « grâce aux symboles du corps et du sang, » ibid., VI, xxiii, col. 973; de l'eucharistie, « antitype du corps roj-al du Christ, » ibid.,\J, xxx, col. 988; et de cette prière de l'anaphore où le célébrant s'exprime en ces termes : « Nous le rendons grâces pour le précieux sang de Jésus-Christ et pour son précieux corps, dont nous célébrons ces antitypes. •< Ibid., VII, xxv, col. 1017. Ces expressions, soit que l'auteur les ait trouvées dans la Didascalie, soit qu'il les ait ajoutées à la Didaché, sont conformes à l'usage du temps. Mais, d'autre part, il s'en dégage parfois et, par exemple, au sujet de la liturgie dominicale, il ne mentionne pas le moindre symbole dans la réception du corps du Seigneur et de son précieux sang, ibid., II, lvii, col. 737; et s'il réclame un honneur et un respect particuliers pour les prêtres, c'est en disant qu'ils donnent le corps du Sauveur et son sang précieux, ibid., II, xxxiii, col. G81, et non pas le symbole ou l'antitype de ce corps et de ce sang. Dans l'anaphore du dernier livre, on ne 1 etrouve pas comme ('ans celle de Sérapion le mot Mp.ol(0[j.y. ni 1 n terme semblable, même avant la consécration. L'épiclèse porte: « A vous, Roi et Dieu, nous offrons ce pain et ce calice, selon l'ordre du Christ, et nous vous supplions... d'envoyer sur ce sacrifice votre Esprit Saint, ôtto); àT:o?àvï| xbv à'prov
TOVTOV nô)\l.a. TO'j Xp'.TToO rjO'J, Vtoci xh TtOT/ipiOV TO'JTO aî[X«
TOV Xpi-TTo-j toj. Ibid., VIII, XH, col. 1104. L'ordre indiqué pour la communion est connu: quand l'évêque présente le pain consacré, il dit : Corps du Chrifit, et celui que le reçoit répond : Amrn; quand le diacre
EUCHARISTIE D'APRÈS LES PÈRES
présente le calice, il dit : Sang du Christ, calice de vie, et celui qui y boit répond : Amen. Ibid., VIII, xiii, col. 1109. Suit une action de grâces au s ijet du précieux corps et du précieux sang de Christ qu'on vient de recevoir : [i.exci.'/ txtJo'm- toO tiii.iom Gwfxaro; /.a\ ToO T11J.I0U aîVaToç xoJ XpiaToO eJ5(3<pKTÛ/|(Ta)[j.îv. Ibid., VIII, XIV, col. 1109. Malgré donc les expressions symboliques qu'elles contiennent, les Constilutions aposloliqiie.'; sont un témoin de la foi en la présence réelle du Christ dans l'eucharistie.
.3. Saint Cyrille de .Jérusalem (f 386). — Voici l'un des témoins les plus formels et les plus explicites sur le dogme eucharistique. Dans des catéchèses appropriées, il expliquait aux néophytes, en 348, les mystères auxquels ils avaient pris part lors de leur récente initiation. Son enseignement, tout élémentaire qu'il est, est des plus précieux, et si des expressions symboliques s'y trouvent, il n'y a pas l'ombre d'un doute sur la manière dont il faut les entendre. La lecture d'un passage de saint Paul, I Cor., xi, 23 sq., étant faite, le célèbre catéchiste observe d'abord que la doctrine qui y est exprimée suffit pour certifier aux néophytes la vérité des mystères divins, dont la participation les a rendus « concorporels et consanguins du Christ; » car, du moment que c'est le Christ lui-même qui a dit du pain : « Ceci est mon corps, » et du vin : « Ceci est mon sang, » qui oserait douter et dire que ce n'est pas son corps, que ce n'est pas son sang? Cat., XXII, 1, P. G., t. xxxiii, col. 1097. Il a bien changé l'eau en vin aux noces de Cana, il peut donc changer le vin en sang. Donc, avec une conviction entière, recevons-les comme le corps et le sang du Christ. Car dans la figure du pain t'est donné le corps, et dans la figure du vin t'est donné le sang p ,ur que 1 1 deviennes, en participant au corps et au sang du Christ, concorporel et consanguin du Christ. Ainsi nous devenons Christophores, le corps du Christ et son sang se distribuant dans nos membres. Ainsi, selon le bienheureux Pierre, nous devenons participants de la nature divine : ?vx yâv/), ixôtaXaêcùv irtôiJ-aTo; -/.ai aï\!.a.^oç Xç,'.<7zo\i, cJuatouLo; y.a't crjvat|J.o<; a'jTo-j. Oj-o) yàp v.a't XP"^~ TOÇùpoi Yivô[j.î'Ja, To-j (TW|J.aTO; a'jtoO y.ai to'j a'tiJ.3CTo; eî; Ta T|a£TEpa àvaSi5oaÉvou. Ibid., 3.
Saint Cyrille a soin d'écarter le sens grossier d'une manducation charnelle ordinaire telle que l'avaient entendue les capharnaïtes. Il rappelle les pains de proposition qui ont cédé la place au pain céleste et au vin salutaire du Nouveau Testament. Ibid., 5. Mais, observe-t-il, ne vous arrêtez pas au pain et au vin comme à des éléments nus, car ils sont le corps et le sang du Christ, selon l'alTirmation du Seigneur. Quel que soit donc le témoignage des sens, la foi doit nous en assurer pleinement, et la foi certifie sans le moindre doute que c'est le don du corps et du sang du Christ. Ibid., 6. Ainsi instruit et convaincu d'une foi certaine que le pain qui paraît n'est pas pain, bien qu'il paraisse tel au goût, mais corps du Christ, et que le vin qui paraît n'est pas vin, bien que le goût le veuille, mais sang du Christ, participe à ce pain comme à un pain spirituel : 6 çacvrjixcvo; ap-o; o-jx àpToç â(m'v,sî /.ai t:^ yvjou a!r;0/iTÔç, à/,).à dû>\i.ix Xpt<jTûO xa'i ô çaivoij.svoc oivoç o-jx oivôç âcnv. Et y.aî /i YE'Jit; toOto prj-jÀEUTai, à>.Xà oI|j.a XpKTToO. Ibid., 9, col. 1104.
Dans la catéchèse suivante sur les diverses cérémonies de la liturgie eucharistique, saint Cyrille signale la prière adressée à Dieu pour qu'il envoie le Saint- Esprit sur l'oblation et que le Saint-Esprit fasse le pain corps du Christ et le vin sang du Christ. Cal., xxiii, 7, col. 1116. Il signale enfin l'invitation adressée aux fidèles pour la communion au moyen de ce verset du psalmiste : <■ Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon. » P.-. xxxiii, 9. Et ceux qui goûtent ne reçoivent pas l'ordre de goûter le pain et le vin, mais
l'antitype du corps et du sang du Clirist. Ibid., 20, col. 1124. Et l'on s'avance alors, la main gauche soutenant la main droite, dans laquelle on reçoit le corps du Christ en répondant : Amen. Et l'on prend garde d'en rien laisser tomber à terre avec plus de précaution et de vigilance que si c'était de l'or. Puis l'on s'incline en signe de respect et d'adoration, on dit Amen et l'on boit au calice. On porte la main à ses lèvres pour sanctifier ses yeux, son front et ses sens et on rend grâce à Dieu d'avoir daigné nous faire participer à de si augustes mystères. Ibid. ,22, col. 1125.
Les expressions âv tj-io et ivritvTio; n'ont rien du symbolisme calviniste; le corps n'est nullement figuratif, il est réel, d'une réalité, il est vrai, inaccessible aux sens et uniquement accessible à la foi, mais indubitable. C'est le pain qui est dit figure du corps, et c'est dans le signe du pain qu'est donné le corps. Et comment y est-il? Par l'invocation de l'adorable Trinité, avait déjà fait observer saint Cyrille : it.i-
x),r|<T£(ji)i; 5ï yôv&aÉ'/Y);, ô iJ.àv apToç yivErxc aCnia Xp'.TTO'j, ô 8à olvoç ai[j,a Xsutto-j, Cat., XIX, 7, COl. 1072, ou comme il vient de le dire, par l'invocation du Saint- Esprit. Il n'est pas question ici de l'intervention du Verbe descendant sur le pain, selon saint Athanase, ou venant sur le pain comme dans l'eucologe de Sérapion, mais de celle du Saint-Esprit, qui est déclaré l'auteur de la sanctification et du changement qui s'opère, -ojto r^yia.ixxi xai |j.£Tag£o),ï)Tai. Ca/., xxiii, 7, col. 1116.
Saint Cyrille n'affirme pas seulement la présence réelle, il enseigne encore la conversion substantielle. Plitt, théologien luthérien, l'avait reconnu : Si e/jo, dit-il. De Cyrilli Hier, orationibus quee exstant caicchelicis, Heidelberg, 1855, p. 150, discipulis meis in calechesi dicercm : ut Christus in nuptiis Canœ celebratis aquam in vinum Iransmutavit, ita eucharistia vinum in sanguinem transmutât ; quod vos in eucharistia editis et bibitis, gustum quidam panis et vint habel, nihilominus autem neque panis est neqne vinum, sed corpus et sanguis Domini, quis, quseso, dubitaret quin transsubstantiationem ego docerem? Rien de plus juste; et Loofs avoue, Abendmahl, p. 53, que, pris au pied de la lettre, le langage de saint Cyrille implique la transsubstantiation. Assurément; car, à défaut du mot lui-même, choisi plus tard et officiellement adopté par le concile de Trente, saint Cyrille parle d'un réel changement qui s'opère dans la substance du pain et du vin, bien qu'il ne cherche pas à en déterminer la nature. Cf. Touttée, D/'sseWa^iones Cijrilliar.ge, diss. III, c. ix-xi, n. 69-71, P.G.,t. xxxiii, col. 243-276; Crabe, S. IreniL'i opéra, 1. V, c. ii, note, p. 399. Voir t. m, col. 2569-2574.
3° A Antioehe. — 1. Saint Eustathe (f 3(iu). — Mentionnons simplement, pour la première moitié du iv« siècle, cet évêque d'Antioche, contemporain d'Eusèbe de Césarée, qui usa du mot antitype, sans favoriser pour cela le symbolisme. Commentant ces paroles : « Mangez de mon pain et buvez du vin que j'ai mêlé, » Prov. , ix, 5, Eustathe avait dit : « Par pain et par vin, l'écrivain sacré entend les antitypes des membres corporels du Christ. » P. G., t. xviii, col. 685. Cf. F. Cavallera, S. Eustathii homilise, Paris, 1905, p. 80. Or, c'est précisément ce passage que citent les Pères du Vil" concile œcuménique, tenu à Nicée en 787, comme preuve que le sacrifice de l'autel n'avait, pas été appelé image ou symbole. Mais, à défaut de témoignages plus nombreux ou plus explicites, l'Église d'Antioche nous offre ceux de saint Jean Chrysostome, qui sont d'une importance et d'une valeur remarquables.
2. Saint Jean Chrijsostome (f 407). — Le grand orateur d'Antioche écarte toute formule équivoque;
EUCHARISTIE D'APRES LES PÈRES
il interprète dans un sens littéral le passage de saint Jean sur la promesse de l'eucharistie, Joa., vi, 51-56, et celui de saint Paul sur son institution, I Cor., XI, 23-27; il identifie le corps eucharistique du Christ et son corps naturel et tient un langage tellement réaliste que Loofs l'a qualifié de « grossièrement charnel et de dénué de tact, » Abendmahl, p. 55, ce qui est quelque peu exagéré.
« Qui nous donrtera de nous rassasier de sa chair? » Job, XXXI, 31, disaient les serviteurs de Job dans leur amour pour leur maître. Ce qui n'était chez eux qu'un désir impuissant, remarque saint Jean Chrysostome, le Christ en a fait une réalité. Il ne s'est pas contenté de s'offrir à la vue de ceux qui l'aiment, il s'est mis entre leurs mains, dans leur bouche, sous leurs dents, mêlant sa substance à la leur : y.al âij/aaOat, xa'i fflays?"', "/.al âiJ.Tcrilat toÙç ôoôvra; tt) (japxt xa\ ij-j^-kXo.y.?ivat. In Joa., homil. xlvi, 3, P. G., t. lix, col. 260. € Les parents font nourrir souvent leurs enfants par des étrangers; quant à moi, ce n'est pas ainsi : je nourris les miens de ma propre chair, je me donne moi-même à vous en nourriture, rat; lapEi Tpéçu) Taï; 6(x.a;:, Èjja-jTÔv 'j\i.X'i 7rapâTiOy||j.t. J'ai voulu devenir votre frère, avoir à cause de vous la même chair et le même sang que vous, eh bien 1 je vous donne cette chair et ce sang, par lesquels je suis devenu de votre race, Tiâ À IV aù-rriv û[j.ïv tïjv (rip-xa -/.a; '<> aIu.a,Si' o)v (j-jYYivT,; ÈYîvo(j.ïiv £x8i6ci)!J.'.. » Ibid., col. 261. Sur ces paroles : « Le calice de bénédiction, que nous bénissons, n'est-il pas une communion au sang du Christ?» I Cor., X, 16 : «Voilà, dit saint Chrysostome, des paroles pleines de foi et bien redoutables. Ce que l'apôtre dit, c'est ceci : ce qui est dans le calice est la même chose qui a coulé du côté du Christ, et nous y participons :
ToCtO t"o l'I TtOT-^pC(i) OV, È/.êïVO ETTl TO àn'o Tr|Ç TiAEupâ;
p£-j<7av, /.a'i Èxeîvou \i.z-iyo^i-/. » In / Cor., homil. xxiv, i, P. G., t. XLi, col. 199. « Ce n'est plus dans la crèche que le corps du Christ vous apparaît, mais sur l'autel; il n'est plus entre les mains d'une pauvre femme, voyez, le prêtre le tient, » et ce corps, « non seulement vous le voyez, mais vous le touchez, non seulement vous le touchez, mais vous le mangez et le portez dans vos demeures, i) Ibid., 5.
C'est là un mystère qui paraît à peine croyable; mais « le Christ a dit : « Ma chair est vraiment une «nourriture et mon sang est vraiment un breuvage. » Qu'est-ce à dire? Ou bien que c'est ici une vraie nourriture, la seule qui puisse sauver l'âme, ou bien que la parole de Dieu est digne de toute foi, qu'elle ne renferme ni énigme, ni parabole, qu'il faut réellement manger son corps : ar, voat^S'.v aîviyjia eV/ai xh ei'pr,- (J.ÎVOV /.al 7tapaêo),r|V, à).),' EiSÉvai on itâvTn): 6eî çayEiv -0 7i,)ij,2. 1) 7/1. 7oa., homil. XLVii, 1, P. G., t. lix, col. 263. Sans pénétrer ce mystère pour l'expliquer, suint Chrysostome l'affirme fortement; il veut qu'on s'en tienne à la parole du Sauveur et que le témoignage des sens n'infirme pas la foi. « Puisqu'il a dit : « Ceci est mon « corps, » soumettons-nous, croyons, contemplons-le des yeux de l'intelligence. Il ne nous a donné rien de sensible; dans les choses sensibles elles-mêmes, tout est spirituel. Dans le baptême, par exemple, c'est un élément matériel, l'eau, qui nous est administré, mais c'est une transformation spirituelle qui s'accomplit, la régénération ou la rénovation. Si vous étiez un être incorporel, ces dons incorporels vous seraient donnés sans intermédiaire. Mais comme l'âme est unie au corps, les dons spirituels vous sont communiqués par le moyen des choses sensibles. Que de personnes, aujourd'hui, qui disent : « Je voudrais le voir lui- « même, son visage, ses traits, ses vêtements, ses « chaussures 1 » Eh I bien, vous le voyez, vous le touchez, vous le mangez... Il se donne lui-même à vous, avtb; Si laytôv aoi SiSoxT'.v, où/, iîîiv [lovov, à>>,a zai
a'j/aaôai, v.x.\ çayeX-/, y.a't Xaêsiv svSov. > 7/1 Mnllh., homil. Lxxxii, 4, P. G., t. Lviii, col. 743.
Présence réelle, mais non sensible; présence uniquement accessible à la foi : Dieu donne l'intelligible dans le sensible, et le Christ se donne invisiblenient sous des signes sensibles. « Ce sang ravive en nous la fleur de l'image royale, entretient sa noblesseet sa vigueur..., ce sang reçu dans un cœur bien disposé chasse les démons..., ce sang est le salut de nos âmes. » 7/i Joa., homil. xLvi, 3, P. G., t. lix, col. 261. Mais manger le corps et boire le sang du Christ, c'est être uni au Christ. Pourquoi parler de xoivwvia? Nous sommes ce corps lui-même. Car qu'est-ce que ce pain? Le corps du Christ. Que reçoivent ceux qui le reçoivent? Le corps du Christ; ils ne sont pas plusieurs, mais un seul, o\j-/\ awjj-atauoXXi, à>.>à awija îv. In ICor., homil. xxiv, 2, P. G., t. Lxi, col. 200. Combien de grains de froment entrent dans la composition du pain I Mais ces grains, qui les voit? Ils sont bien dans le pain qu'ils ont formé, mais rien ne les distingue les uns des autres, tant ils sont unis : ainsi sommes-nous unis les uns avec les autres et avec le Christ. Ibid. Cette union n'est pas le seul fruit de la communion, il en est un autre, dont Chrysostome parle avec plus de précision que ses prédécesseurs, c'est la résurrection. « Le Seigneur semble parler ainsi : Celui qui mange ma chair ne succombe pas entièrement à la mort et n'y trouvera pas même un supplice. II parle également, non de la résurrection de tous, mais de celle des justes en particulier. Tous ressusciteront, en effet, mais il est une résurrection spéciale et glorieuse que suivra l'éternelle récompense. » In Joa., homil. xlvii, 1, P. G., t. LIX, col. 265.
Qui donc opère la merveille eucharistique? Est-ce le prêtre qui célèbre les saints mystères? Non, et, d'un mot, saint Chrysostome indique la cause et l'effet. « Ce que nous avons sous les yeux (à l'autel) n'est pas l'œuvre de la puissance humaine. Celui dont vous avez vu l'action à la dernière cène agit encore sur nos autels; nous ne sommes que ses ministres; c'est lui qui sanctifie, c'est lui qui transforme, ô 6k âyiàX'ov aJTa xal (j.sTacrxe'jcxi^tov aùrôc.» 7/! il7a^//i., homil. Lxxxii, 5, P. G., t. Lviii, col. 744. « Ce n'est pas un homme qui fait que les oblala deviennent corps et sang du Christ, mais bien le Christ lui-même crucifié pour nous. Le prêtre est là, qui le représente et prononce les solennelles paroles, mais c'est la grâce et la puissance de Dieu : « Ceci est mon corps, » dit-il. Cette parole transforme les oblala, xoOto -h pôiix (js-app-jli.iZii xà itpo/etp.£V3c. » In prodil. Judœ, homil. i, 6, P. G., t. XLix, col. 380. Dans l'eucharistie, il y a donc un changement qui s'opère : Cyrille de Jérusalem l'appelle une [j.sTa6o)r, ; Grégoire de Nysse, une [jEia-oir,- Tiç; pour Chrysostome, en tenant compte des verbes dont il se sert pour l'exprimer, c'est une i/îiafrxEuT;, un ij.i-xiç.-'jhu.ioi:. Si les termes diffèrent, le sens est le même, c'est celui d'une conversion. La différence (les termes prouve seulement que la langue thcologique n'a pas encore fait choix d'un mot approprie pour exprimer la chose dont on parle; mais l'identité du sens de ces termes prouve aussi que les Pères avaient l'idée d'une conversion substantielle. Et saint Jean Chrysostome aflirme positivement le fait de cette conversion et, sans nous dire comment il l'entend, il afiirmc que la conversion s'opère par la parole du Christ : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » et au moment même où cette parole est prononcée.
Devant de tels témoignages en faveur de la présence réelle et de la conversion substantielle, on s'étonne que E. Michaud se soit attardé à soutenir que saint Jean Chrysostome ne connaît qu'une présence pneumatique. S. Jean Clirysoslomc et l'eucharislic, dans la Revue inlernulionale de théologie, 1903,
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t. XI, p. 93-111. Steitz, du moins, n'avait pas hésité à reconnaître que Chrysostome enseigne clairement la présence réelle du Christ sous les apparences du pain et du vin, par suite d'un changement réel; il est allé même jusqu'à lui attribuer le rôle le plus important dans le développement de la doctrine eucharistique. Bie Abendmahlslehre, dans Jahrbucher fur deulsche Théologie, 1865, t. x, p. 446-462. Cf. Fr. Lauchert. Die Lehre lier heiligen Vàtcr Cijrillus von Jérusalem, Gregor von Nyssa, Johannes Chrysostomus und Johannes von Damaskus von der Eucharislie, dans la Revue internationale de théologie, 1894, t. ii, p. 427- 430. Pour J. Sorg, Die Lehre des hl. Chrysostomus iiber die reale Gegenwart Christi in der Eucharistie und die Transsubstantiation, dans Theologisehe Quarialschrift, 1897, t. lxxix, p. 259-298, et A. Naegle, Die Eucharistielehre de hl. Chrysostomus, des Doctor- Eueharistise, Fribourg-en-Brisgau, 1900, p. 78 sq., le dogme de la transsubstantiation se trouve implicitement contenu ou même formulé en termes équivalents dans la doctrine de saint Jean Chrysostome; et c'est bien, semble-t-il, ce qu'il est dirticile de contester.
4° En Cappadoce. — Nous venons de voir la contribution importante qu'ont apportée à la doctrine eucharistique saint Cyrille de Jérusalem et saint Jean Chrysostome. Une contribution non moins importante est due aux Pères cappadociens, notamment à saint Grégoire de Nysse.
1. Saint Basile (f 379). — L'évêque de Césarée est particulièrement retenu dans l'expression de sa pensée par la discipline du secret. Il fait allusion à la tradition non écrite, d'origine apostolique et de valeur égale à la tradition écrite, et lui attribue l'invocation ou épi- Clèse qui sert in\ tt; àvaôiiËit to-j à'pTou tr,<; E'jyap'.Ttia; et qui est une prière précédée et suivie d'autres paroles de très grande importance pour le mystère, De Spiritu Sa/ïdo,xxvii,66,P. G.,t. xxxii,col. 188,mais il ne nous en fait pas connaître les termes. La liturgie qui porte son nom permet de suppléer à son silence. A l'épiclèse, le célébrant demande à Dieu que sur les antitypes du corps et du sang du Christ, à savoir, sur les oblata, descende le Saint-Esprit, sJÀoYTjTai, àyi.-k'jxi, âvaSsîlai tôv (i.sv apTov toOtov aCirb tô Tt'a:ov aiù\).v. toO Kuptou... -h oî uoTi^ptov TO-JTO aÙTo TÔ Tiatov at(J.a toû Kupio'j... Et, à la postcommunion, il remercie Dieu de nous avoir donné la /.oivcovt'a toC àyîov «rcôpiaTo; xocl aîu.aTo; to-j Xpio-ioO lou. Brigthmann, Eastern liturgies, Oxford, 1896, p. 328, 342. Il est question d'antitypes, mais à propos du pain et du vin et avant leur consécration, car après il n'est plus question que du corps et du sang du Christ. Saint Basile, auteur ou non de cette liturgie, ne pensait pas autrement; et, malgré toute la réserve et la prudence qu'il qfet dans son langage, il fait connaître suffisamment sa foi en la présence réelle. Il est convaincu, par exemple, qu'on reçoit le Christ lui-même dans la communion. « Ignorez-vous, demande-t-il, quel est celui que vous devez recevoir? C'est celui qui a dit : « Moi et mon « Père, nous viendrons et nous ferons notre demeure II en lui. » De jejunio, homil. i, 11, P. G., t. xxxi, col. 184. >( Il est bon et utile de communier chaque jour (on communie quatre fois par semaine à Césarée) et de prendre sa part du saint corps et du sang du Christ. « Epist.,\ciu, P. G., t. xxxn, col. 484. Celui qui communie sans considérer qu'il participe au corps et au sang du Christ ne retire aucun profit. Mor., reg. XXI, c. 1, P. G., t. xxxi, col. 740. Pour manger le corps et boire le sang du Christ, il faut être pur. Mor., reg. lxxx, c. 22, col. 869. Dans ses Regulœ brevius tractatœ, intcr. clxxii, col. 1196, il règle qu'il faut participer au corps et au sang du Christ, d'abord avec crainte, parce que l'apôtre a dit : « Quiconque mange et boit indignement, sans discerner le
corps du Seigneur, mange et boit son propre jugement; » ensuite avec une conviction intime, c'est-àdire avec foi, puisque le Seigneur a dit : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Son principe est qu'il ne faut point douter de la parole du Seigneur, mais être persuadé qu'il n'a rien dit qui ne soit vrai et possible, quand même la nature y trouverait de la répugnance. Or, parmi les paroles du sens desquelles il convient d'admettre la vérité et la possibilité, il cite précisément la réponse du Sauveur aux capharnaïtes : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. « Mor., VIII, reg. i, P. G., t. xxxi, col. 713.
Ce langage réaliste et conforme à la liturgie ne l'empêche pas d'allégoriser à la manière d'Eusèbe de Césarée ou d'Origène, et de dire qu'on mange la chair du Christ et qu'on boit son sang, quand on participe au Verbe et à sa sagesse, à sa venue mystique et à sa doctrine, Epist., viii, 4, P. G., t. xxxii, col. 253; mais pas plus qu'Origène ou qu'Eusèbe, il n'entend prétendre que cette interprétation allégorique détruise ou remplace l'interprétation littérale des passages eucharistiques.
2. Saint Grégoire de Nazianze (f 390). — L'ami de Basile emploie les mots de type et d'antitype. C'est ainsi que, racontant la guérison miraculeuse de sa sœur Gorgonie, il dit qu'elle mêla ses larmes aux antitypes du corps et du sang de Jésus-Christ. Oral., viii,18,P. G., t.xxxv,col.809. Dans un autre discours, il s'adresse ainsi au préfet : « Je mets devant vos yeux cette table où nous communions ensemble, et les images de mon salut, t-Jttou; iriç Èp.?,!; (Twxr,p;3;;, que je consacre de cette même bouche avec laquelle je vous présente une requête, ce sacrement qui nous élève au ciel. » Orat., xvii, 12, col. 980. Grégoire de Nazianze n'est pourtant pas un symboliste, car il recommande aux fidèles de participer sans honte et sans hésitation au corps et au sang de Jésus-Christ : çâvs -h «Ttôtia, dit-il dans un langage réaliste, nie tô aljj.a. Oral., XLV, 19, P. G., t. xxxvi, col. 649. Dans une de ses lettres à Amphilochius, il écrit : « Ne négligez point, très saint homme de Dieu, de prier et d'intercéder pour moi, lorsque, par votre parole, vous ferez descendre le Verbe divin, et que, par une incision non sanglante, vous diviserez le corps et le sang du Seigneur, votre parole vous servant de couteau, ôtav àvaiaixTJp to(j.ïj (7(ô[xa xai alfia Ti[j.vr|; Seo-TioTf/.ov, çrovYjV à'x'ov TÔ Ëe'yo;. »£'pIS^, CLXXI, P. G., t. xxxvii, col. 281. Mais ni lui ni son ami Basile n'ont laissé trace dans leurs ouvrages d'un essai quelconque d'examen pour s'expliquer le mystère eucharistique et le mode de la présence réelle : ils croient à cet te présence réelle sur l'autorité de Dieu, ils l'affirment, ils ne font pas d'analyse. Saint Grégoire de Nysse est beaucoup plus explicite.
3. Saint Grégoire de Abysse (-|- après 394). — La manière dont saint Grégoire de Nysse entend l'excellence que la bénédiction donne aux objets matériels tels que l'eau, l'huile, le pain, le vin, et la différence qu'il fait entre la bénédiction des objets ordinaires et celle du pain et du vin, montrent qu'il croît à la présence du Christ dans l'eucharistie. Le pain, en effet, qui n au commencement était du pain ordinaire, devient et est appelé le corps du Christ, dès qu'il a été consacre par la parole mystique. » Orat. de baptismo Clvisti, P. G., t. xLvi, col. 581. Mais c'est surtout l'efTet spécial qu'il attribue à l'eucharistie, celui de procurer à noire corps le privilège de l'incorruptibilité, qui implique la présence du corps immortel et incorruptible du Christ dans ce sacrement. Là, en effet, est, pour le corps humain, le remède salutaire, le contrepoison ou l'antidote qui lui assure l'immortalité et l'incorruptibilité. C'est par son union physique avec le corps
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même du Christ que le corps humain est assuré d'un tel privilège, car, dit-il, « il n'est pas possible que notre corps devienne immortel s'il n'a pas acquis l'incorruptibilité par son union avec l'immortel. » Oral, catech., 37, P. G., t. xlv, col. 96. Or, il l'acquiert par la communion ; c'est donc que l'eucharistie contient et donne le corps du Christ. Mais alors saint Grégoire se demande comment il se peut que ce corps unique qui, chaque jour, sur toute l'étendue de la terre, est distribué à tant de milliers de fidèles, reste entier en lui-même et soit reçu en entier par chaque communiant. Ce problème, qu'il pose le premier, et qui devait nécessairement se poser tôt ou tard à l'avide et respectueuse curiosité de ceux qui veulent se rendre compte dans la mesure du possible de l'objet de leur foi, saint Grégoire essaie de le résoudre. Il note d'abord le phénomène physiologique qui s'opérait dans le Verbe incarné. Quand le Christ mangeait du pain et buvait du vin, il les assimilait à sa chair et à son sang. L'aliment passait en la nature de son corps, npo; ToO <jojii.y.'o: çjaiv. Quelque chose de semblable se passe dans l'eucharistie, mais avec une difïérence caractéristique. « Aujourd'hui le pain est sanctifié par la parole de Dieu et par la prière; il n'est plus assimilé au corps du Verbe par le travail de la nutrition, o'.à ["ipciCTEo); y.ai Ttôuôto;, mais il est converti instantanément au corps du Verbe, e'jOj; nphi tô (Tiijjia Tov AdyoO (A£Ta7Toioj(j.evoç. Même changement pour le vin. Ainsi, par la vertu de l'eulogie, le Verbe transclémente en son corps la nature des choses qui paraissent aux yeux, -■>, xf,; cJÀoyi'a; ô'jvijjei upô; Èzeïvo (7(ij(j.a îj.£tao'TOi/e'.(Ô7a; "côv çaivojj.jvtov Tr,-/ 9-j(jtv. Ibid., col. 96-97.
Si quelque chose est fortement affirmé par saint Grégoire de Nysse, c'est assurément le dogme de la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'eucharistie, ainsi que la participation réelle du communiant à ce corps et à ce sang. Quant à la conséquence qu'il tire de la communion, à savoir que par l'union physique de notre corps avec le corps du Christ notre chair devient incorruptible et participera à la résurrection, elle laisserait croire, ce qui est faux, que les communiants seraient seuls à ressusciter un jour. Beaucoup plus précis, saint Jean Chrysostome, nous l'avons vu, constate que tous les hommes doivent ressusciter indistinctement, mais en remarquant que la communion sera, pour ceux qui y ont pris part, un gage de résurrection glorieuse. Nous verrons plus loin les précisions de saint Cyrille d'Alexandrie. Ce qu'affirme encore saint Grégoire de Nysse avec une netteté remarquable, c'est qu'il se fait dans le mystère eucharistique un changement ou une conversion : le pain devient par la consécration le corps du Christ. C'est une (icraTioiviTt;, et cette [is.-.a.Tzoirj'nç est réelle. Sans doute, il emploie quelquefois les mots de \i.i-zx~'jîr^>7i;, ixETïTTa'T'.;, (/.eTadToi/ïitoij;;, dans le sens d'un changement moral; mais tel n'est pas le cas ici, comme le prouve la comparaison (ju'il fait de cette conversion eucharistique avec celle que subit l'aliment assimilé par la nutrition; il s'agit bien d'une conversion réelle. I^aquelle? C'est sur ce point précis que sa pensée reste vague et indécise. Il dit que, dans l'alimcnlation ordinaire, l'aliment change en la forme, eIôo;, et en la nature, çjai;, du corps; il dit que, dans l'eucharistie, la ^■^'7!; et les rs-.nv/y.x du pain et du vin sont convertis, mais il ne parle pas de l'oOiia, delà substance. Si, dans l'eucharistie, le Verbe prend simplement possession du pain comme il a pris possession d'un corps luimain dans l'incarnation, ce ne serait qu'une sim|)lc impanation, pensée qui n'est . tiullemcnt celle de saint (irégoirc de Nysse, puisqu'il | aflirme que par la communion ce n'est pas seulement ! le Verbe que l'on reçoit, mais sa chair cl son sang.
comme le gage de l'incorruptibilité de notre chair. Il faut donc que le pain soit converti en cette chair divine. La confusion vient du rapprochement fait entre l'assimilation physiologique et la conversion eucharistique : les deux cas ne sont pas semblables. Dans la nutrition, le pain s'assimile au corps, mais en cessant d'être pour se transformer en un corps qui existait déjà. Cesse-t-il d'être également dans l'eucharistie? C'est ce que saint Grégoire de Nysse ne dit pas. Enfin « il n'a pas soupçonné, dit Mgr Batiffol, L'eucharistie, p. 256, que le corps eucharistique qu'il donnait au Verbe était un corps nouveau, un corps autre que le corps historique. Le Verbe se donne un corps, en vue de l'eucharistie, comme il s'en est donné un en vue de l'incarnation. Et il peut dire du corps eucharistique : « Ceci est mon corps, » puisque ce corps est sien. Mais ce corps n'est pas celui qui est né et qui a souflert. » Bref, si les distinctions et les précisions indispensables font défaut, le témoignage de saint Grégoire de Nysse sur l'existence d'une conversion réelle est à retenir. Et « s'il ne s'est pas expliqué aussi complètement qu'on le fera plus tard, il n'en reste pas moins, remarque M. Tixeront, Histoire des dogmes, t. ii, p. 183, qu'il a nettement orienté la pensée chrétienne vers l'idée de transsubstantiation. »
5° Dans l'Église syriaque. — Dans les communautés chrétiennes de langue syriaque, tout le long du Tigre et de l'Euphratc, notamment à Nisibe et à Édesse.on professait la même foi eucharistique. Voir Aphhaate, t. I, col. 1462. Nous n'en citerons qu'un seul témoignage, qui, pour être d'un poète plus que d'un théologien, n'en atteste pas moins le dogme de la présence réelle. Il est de saint Éphrcm (f 373); Th.Lamy, S. Ephra'in Sijri hijmiii et scnnoncs, Malines, 1882-1889, t. I, p. 413 : « Jésus, Notre-Seigneur, prit dans ses mains du pain — au commencement ce n'était que du pain — le bénit..., le consacra... Dans sa miséricordieuse bonté, il appela le pain son corps vivant et le remplit de lui-même et de l'Espri l -Saint. . . Prenez, dit-il, mangez tous de ce que ma parole a consacré. Ce que je vous ai maintenant donné, ne croyez pas que c'est du pain... Ce que j'ai appelé mon corps l'est en réalité... Prenez, mangez avec foi, sans hésiter, car c'est mon corjjs, et celui qui le mange avec foi mange en lui le feu de l'Esprit divin. Pour celui qui mange sans foi, ce n'est que du pain ordinaire, mais celui qui mange avec foi le pain consacré en mon nom, s'il est pur, il conserve sa pureté, s'il est pécheur, il obtient son pardon. Celui qui le repousse, le méprise et l'outrage, celui-là qu'il tienne pour certain qu'il outrage le Elis qui a appelé et fait réellement du pain son corps... lùi leur donnant le calice à boire, le Christ leur explique que le calice qu'ils buvaient était son sang : Ceci est mon vrai sang qui est versé pour vous tous, prenez, buvez-en tous, c'est le nouveau testament et mon sang. Vous ferez comme vous m'avez vu faire en souvenir de moi. Lorsque vous vous réunirez dans l'Église en toutes contrées, en mon nom, faites ce que j'ai fait en souvenir de moi, mangez mon corps et buvez mon sang, testament nouveau et ancien. >' Traduction de M. J. Lamy, dans L'Université catholique, t. iv, p. 173 sq. Arnauld, Perpétuité de la foi, t. m, I. VI, c. m, p. 364-365, cite cet autre passage tiré d'un traité dont l'objet est de montrer qu'il ne faut point sonder curieusement la nature de Dieu : « I>'agneau de Dieu nous a donné son très saint et très \nir corps, afin que nous le mangions continuellement et que nous obtenions en y participant la rémission de nos i)échés. Celui qui possède cet (cil de la foi voit clairement le Seigneur et avec une foi très ferme et très pleine, il mange le corps et il boit le sang de l'agneau innocent, lils unique du l'ère
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céleste, sans sonder avec curiosité la doctrine toute divine et toute sainte que cette foi nous enseigne... Participez au corps sans taclie et au sang du Seigneur Jésus-Christ avec une foi très pleine, assurés que vous mangez l'agneau tout entier. » Un tel langage est celui d'un croyant qui s'en tient fermement aux affirmations de la foi et ne clierclie pas à scruter les mystères de Dieu. De parti pris, tout ce qui est examen curieux ou analyse philosophique est écarté. Cette réserve voulue, saint Éphrem n'a pas été le seul Père à la pratiquer. Voir col. 192. Cf. Th. Lamy, De Syronim ftdc et disciplina in rc eucharislica, Louvain, 1859.
IV. Au iv^ SIÈCLE, EN OcciDE.NT. — DaHS l'ÉgUse latine comme dans l'Église grecque, c'est la même doctrine du réalisme, le même langage conforme à la liturgie eucharistique, la même croyance à la présence réelle, la même affirmation d'un changement qui s'opère dans le pain et le vin. Les Pères latins du iv« siècle ne parlent, il est vrai, pour la plupart, de l'eucharistie qu'en passant, par simple allusion, ou à titre d'argument en vue d'autres vérités à défendre. Toutefois saint Ambroise nous donne, dans son De mysleriis, un résumé des plus précieux, comparable aux catéchèses mystagogiques de saint Cyrille de Jérusalem; et l'auteur anonyme du De sacramcnlis reproduit assez fidèlement sa doctrine. Le fait de la conversion est affirmé, mais la conversion elle-même n'est pas l'objet d'une analyse spéciale; sa nature intime est laissée dans une ombre discrète; toutefois ce qu'en dit saint Ambroise met sur la voie de la théorie de la transsubstantiation.
1» En Gaule. — Saint Hilaire de Poitiers (y 366) connaît deux sortes d'aliments, celui de l'eucharistie et celui de la vérité; on reconnaît là la doctrine des Alexandrins, dont Eusèbe et saint Basile se sont faits l'écho. Il distingue en conséquence deux sortes de tables dans l'église : l'une, qui s'appelle la table du Seigneur, où les fidèles reçoivent le pain de vie; l'autre, la table des divines leçons, où ils se nourrissent de la doctrine céleste. In ps. c.wvii, 10, P.L., t. ix, col. 709. Sans s'expliquer davantage sur ce pain de vie dont il ne parle là qu'en passant, il affirme ailleurs de la façon la plus catégorique que c'est la chair et le sang du Sauveur que nous recevons dans la communion et qu'ainsi nous sommes dans le Christ et le Christ est en nous; c'est dans un passage de son traité de la Trinité contre les ariens. Laissant de côté le but spécial de son argumentation, qui est de prouver qu'entre le Père et le Fils il n'y a pas uniquement, comme le prétendent ces hérétiques, une union morale ou de volonté, mais bien une union de substance, il convient de souligner et de retenir comment il se sert du dogme eucharistique. C'est là que se trouvent de fortes et nettes affirmations sur la présence réelle du Christ dans l'eucharistie et sur la manducation réelle de son corps et de son sang par la communion. « Je demande, dit-il, à ceux qui introduisent une unité de volonté entre le Père et le Fils, si le (Uirist est aujourd'hui en nous par la vérité de sa nature ou par la concorde de sa volonté. Car si le Verbe a vraiment été fait chair, e/ vere nos Verbum carnem cibo dominico sumimus, comment ne doit-il pas être estimé demeurer en nous naturellement, lui qui, se faisant homme, s'est uni inséparablement la nature de notre chair et a uni la nature de sa chair à la nature de l'éternité dans le sacrement de la chair qui devait nous être communiqué... Si donc il a pris vraiment la chair de notre corps, si l'homme né de Marie est vraiment le Christ, nosque vere sub mysterio carnem corporis sui sumimus, etc. » De Trinitale, viii, 13, P. L., t. X, col. 246. « Lisons ce qui est écrit, et entendons ce que nous lisons, et nous nous acquitterons du
devoir d'une foi parfaite. Car ce que nous disons de la vérité naturelle du Christ en nous (de sa réelle présence en nous), si nous ne l'apprenons de lui, c'est folie et impiété (jue nous disons. Or, il a dit : « Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang «est vraiment un breuvage; qui mange ma chair et boit « mon sang demeure en moi, et moi en lui. » De verilale carnis et sanguinis non relictus est ambigendi locus. Nunc enim, et ipsius Domini professione, cl fide nostra, vere caro est, el vere sanguis est; cl hœc accepta alque liausla id efficiunt ut nos in Chrislo el Christus in nobis sil. Ibid., viii, 14, col. 247. Saint Hilaire ne parle ici ni du mode d'être du Christ dans l'eucharistie, ni des effets de la communion; s'en tenant uniquement à ce qui va à son but, il n'envisage que la réalité de la présence du corps et du sang du Christ dans l'eucharistie, et l'union qui en résulte pour le communiant, qui est réelle et nullement morale.
2° En Afrique. — Saint Optât de Milève, dans son ouvrage contre les donatistes (370-385), ne fait que de simples allusions au mystère eucharistique, mais elles sont assez transparentes pour laisser voir que la foi de l'Église d'Afrique, au iv« siècle, sur la présence réelle est la même qu'au m''. C'est ainsi qu'il reproche à ces sectaires turbulents comme un grand sacrilège d'avoir jeté l'eucharistie aux chiens; mais ce n'a pas été sans une juste punition du ciel, car les évêques coupables ont été châtiés : Nam iidem canes accensi rabie, ipsos dominos suos quasi lalrones, sancli corporis reos, dente vindice, tanquam ignolos cl inimicos laniaverunt. Conl. donat., ii, 19, P. L., t. xi, col. 972. 11 appelle l'autel le siège du corps et du sang du Christ; et il demande : Quid vobis ofjenderat Christus, cujus illic per ccrla momenta corpus el sanguis habilabal? Mais, en haine des catholiques, les donatistes ont raclé, brisé, enlevé les autels; les Juifs, dit-il, injecerunt manus Clu-isto in cruce, a vobis persccutus est in allcui. Ibid., vi, 1, col. 1066. Et parlant des calices, il ajoute : Fiegistis ctiam calices Chrisli sanguinis portalores. Les évêques sacrilèges sont qualifiés de coupables sancli corporis, les autels de siège du corps et du sang du Christ, et les calices de portalores sanguinis Christi : les allusions à la présence réelle ne sauraient être plus claires.
3° A Rome. — 1. L Ambrosiaster. — Rappelons que l'inscription du pape saint Damase (f 384) en l'honneur de Tarsicius, martyr de l'eucharistie, parle des Christi sacramenta et des cselestia membra, ce qui est une allusion bien discrète. Le contemporain de saint Damase, auteur anonyme d'un commentaire sur les Épitres de saint Paul, est un peu plus explicite : il voit dans l'eucharistie une mémoire de notre rédemption, à célébrer comme l'a indiqué le Seigneur, mémoire où l'on mange la chair, où l'on boit le sang qui ont été offerts pour nous, où l'on participe au calice mystique du sang pour la protection du corps et de l'âme, en image, in typum, du sang versé sur la croix. In I Cor., x, 23, 26, P. L., t. xvii, col. 43.
2. Saint Jérôme (t420). — Le solitaire de Béthléhem peut être considéré comme un témoin de l'Église de Rome. Il parle en réaliste convaincu et justifie la présence réelle par la parole du Christ à la dernière cène. « Reconnaissons que le pain que le Seigneur rompit et donna à ses disciples est le corps même du Sauveur, lui-même leur ayant dit : « Prenez et « mangez, ceci est mon corpS; ■> et que le calice est celui dont il a dit : « Buvez en tous, car ceci est mon sang « du nouveau testament, qui sera répandu pour plut sieurs. » Si donc le pain qui est descendu du ciel est le corps du Seigneur, et si ce vin qu'il donna à ses disciples est son sang..., rejetons les failles judaïques... Ce n'est pas Moïse qui nous a donné le vrai pain,
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mais c'est le Seiffncur Jésus, ipse conviva et conviviiun, ipse comedcns et qui comedilur. » Epist., cxx, c. ii,q. ii, (id Hedibiam, P. L., t. xxii, col. 986. Saint Jérôme nous répète que le pontife ou l'évêque consacre par sa bouche la cliair de l'agneau, carnes agni sacro ore conftciens, Epist., lxiv, 5, ad Fabiolam, col. 611; le corps du Christ, Chrisii corpus sacro ore conflciunl, Epist., XIV, 8, ad Ilcliodorum, col. 352; le corps et le sang du Christ, ad quorum prcccs Christi corpus sanguisque conficilur. Epist., cxlvi, 1, ad Evangetum, col. 1193. Vantant la charité de saint Exupère, évêque de Toulouse, qui avait tout donné, même les vases sacrés, il écrit: Corpus Domini canistro vimineo et sanguinem portât in vitro. Epist., cxxv, 20, col.
D'autre part, les relations qui existent entre l'Ancien et le Nouveau Testament, le premier étant l'ombre ou la figure du second, suggèrent à saint Jérôme une comparaison entre le pain et le vin, figures de l'eucharistie, et la réalité actuelle; mais quelle différence 1 Tantum interesi inler propositionis panes et corpus Christi quantum inter umbram et corpus, inter imaginem et veritatem, inter exemplaria futurorum et ea quœ per ipsa exemplaria pnvfigurabantur. In Epist. ad TH., i, 8, 9, P. L., t. xxvi, col. 509. Le froment et le vin sont le type, de quo conficitur pani Domini, et sanguinis ejus impletur tijpus. In .1er., I. VI, c. XXXI, V. 10, P. L., t. XXIV, col. 875. Mclcliisedech qui jam tune in lijpo Christi pancm et vinum obtulit, et mijsterium cluistianum in Saluatoris sanguine et cm pore dedicavii. Epist., xlvi, 2, P. L., t. xxn, col. 484. Dans un passage il oppose l'eucharistie à deux anciennes figures, celle de l'agneau pascal et celle du sacrifice de Melchisédcch, non comme un symbole à d'autres symboles, mais comme la vérité ou la réalité à ce qui n'en était que la figure : de là, sous sa plume, le vieux terme de Tertullien, reprtrsentare, avec son sens étymologique de rendre présent, comme le prouve celui de prœfiguratio auquel il l'oppose. Après avoir accompli la pâque figurative et mangé la chair de l'agneau avec ses apôtres, Jésus i)rend le pain qui fortifie le cœur de l'homme, et passe au vrai sacrement de la pâque, ut quomodo in pru'figurationc ejus Melcliisrdech, summi Dei sacerdos, pancm et rinum ofjcrcns feceral, ipse quoque in veritate (ou veritatem) sut corparis et sanguinis rcpra'seniaret. In Matth., 1. IV, 26, P. A. , t. XXVI, col. 195.
Le Sauveur, à la dernière cène, a donné comme une image de sa passion, quod in lypum suœ passionis expressif, Adv. Jovin., II, 17, P. L., t. xxiii, col. 311, mais 11 a donné aussi réellement, quoique spirituellement, son corps et son sang en nourrit ure. C'est , en effet, de deux manières qu'on peut entendre la chair et le sang du Christ, dit saint Jérôme : Vel spirituulis illa atquc divina, de qua ipse dixit : Caro mea vcre est ci bus, ri sanguis meus vere est potus; nisi mandacavcrilis carnem Filii Iwminis, et biberitis ejus sanguinem, non haliebitis vitam in vobis; vel caro et sanguis, quœcruciftxd est, et qui militis cousus est lancea. In Epist. ad Eph., I. I, c. I, 7, P.L., t. XXVI, col. 151. Serait-ce là une dillérence essentielle qu'établit saint Jérôme entre le corps du Sauveur dans l'eucharistie et son corps sur la croix, ainsi que l'a prétendu jadis du Plessis? Nullement, mais une simple diflércnce de mode ou de manière d'être, qui n'empêche point l'identité substantielle. Saint .Férôme, en effet, s'en explique : .luxta hanc divisionem, et in sanctis ejus diuersitas sanguinis et carnis accipilur, ut alia sil caro quœ visura est salutarc Dei, alia euro et sanguis qua- rrgnum Dei nrqucant possidere. La chair et le sang des saints, tels qu'ils sont ici-bas, c'est-à-dire à l'état passible et corruptible, ne peuvent point jjosséder le royaume de Dieu, mais n'en verront pas moins le salut de Dieu
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dès que, par la résurrection, ils posséderont les qualités des corps glorieux; ils sont cdia, mais la différence de leur mode d'être n'empêche nullement l'identité substantielle des corps des saints auxquels cette chair et ce sang appartiennent. Et pareillement du corps du Christ dans l'eucharistie et sur la croix : c'est identiquement le même, mais dans un état différent : sur la croix, à l'état passible, mortel et corruptible; dans l'eucharistie, à l'état glorieux, impassible et incorruptible. Cf. Duperron, L'eucharistie, p. 413-
Comme tant d'autres Pères, saint Jérôme ne s'est pas livré à l'examen et à l'explication des mystères eucharistiques; il s'est contenté, le cas échéant, d'affirmer l'essentiel, estimant peut-être qu'une analyse approfondie ne convenait point ou était superflue, le croyant ne devant pas, selon la pensée de saint Éphrem, scruter les mystères de Dieu.
3. Saint Gaudenlius de Brescia. — Avec le successeur de saint F'hilastrius sur le siège de Brescia, nous retrouvons des explications et des affirmations déjà connues. Saint Gaudentius n'innove pas :JI s'en tient à une tradition ferme et suffisante pour l'enseignement des néophytes. Il rappelle à ceux-ci l'usage des Juifs qui, pour célébrer la pâque, immolaient un agneau; la réalité ayant remplacé la figure, un seul agneau est maintenant mort pour tous, et idem per singulas eccicsiarum domos, in mysterio panis ac vint, rrficil immolatus, vivifical credilus, consccrantcs sanctiftcal consecratus. Hhc agni caro, hic sanguis est; car le pain, c'est la chair, et le vin, c'est lesang./pse igiiur naturarum crcator et Dominus, qui producit de terra panem, de pane rursus, quia et potesi et promisit, efficit proprium corpus; et qui de aqua vinum fecil, facil et de vino sanguinem suun-i. Scrm., ii, P. L., t. xx, col. 855. Voilà bien l'enseignement d'un catéchiste : l'autorité et la puissance de Dieu suffisent jiour faire admettre la vérité du mystère. Gaudentius a soin d'écarter toute idée de manducation grossière : neque crudam carnem crudumque sanguinem, sicut Judœus. putes. Il n'y a qu'à faire un acte de foi; car lorsqu'il a i)résenté à ses disciples le pain et le vin consacrés, Jésus a dit : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang.» Credamus, qu''.'so,cui credidimus. Nescil mendaciiim verilas. Ibid., co!. 858-859. Notons, en passant, la double raison qu'il ilonnepour expliquer pourquoi le Seigneur a voulu que les sacramentu corporis sui et sanguinis fussent célébrés in specir panis et vint : c'est d'abord pour mettre à la portée de tous cette offrande sine uslione, sine sanguine, sine brodio, id est, jure carnium, ibid., col. 860; c'est ensuite pour représenter l'unité du corps mystique du Christ. Cette dernière raison était d'enseignement courant.
1. Saint Ambroise (f 397). — La doctrine de l'évêque de Milan est claire et nette. Faisant allusion aux usages liturgiques, saint Ambroise avait dit à Théodose, après le massacre de Thessalonique : « Comment recevrez-vous le saint corps du Christ dans des mains toutes souillées (de sang)? Comment porterez-vous son sang précieux à votre bouche, vous qui, poussé par la fureur, avez répandu tant de sang injustement?^ Théodoret, //. E., v, 17, P. G., t. lxxxii, col. 1232. Il écrivait dans son commentaire du psaume cxviii : Citristus mihi cibiis, Christus mihi potus; caro Dei cibus mihi, et Dei sanguis palus est mihi... Chrislus mihi quodidie minislratur. In ps. ''.vi;/;, serm. .xviii, 26, P. L., t. XV, col. 1161. Mais c'est surtout dans son De mgsteriis, véritable catéchèse inystagogique adressée aux nouveaux baptisés, qu'il donne son enseignement eucharistique : présence réelle, quoique invisible, du corps et du sang du Christ dans l'eucharistie, du corps et du sang que le Christ a reçus de la
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Vierge, de la chair qui a été crucifiée; présence dont la certitude est fondée sur la parole même du Christ; présence assurée par les paroles mêmes de la consécration, dont l'efflcacité est toute divine et miraculeuse; présence enfin qui s'opère par un vrai changement, par une conversion réelle, telle est la somme de son enseignement.
« Vous direz peut-être : Je vois autre chose, comment donc m'assurez-vous que je reçois le corps de Jésus-Christ? » Et Ambroise de répondre : « Prouvons que ce n'est pas ce que la nature a formé, mais ce que la bénédiction a consacré. Prouvons que la bénédiction a plus de force que la nature... Que si une bénédiction humaine (allusion à des exemples qu'il vient de rappeler) est capable de changer la nature, naluram converterct, que dire de la consécration divine où opèrent les paroles mêmes du Sauveur? Ce sacrement que vous recevez est accompli par la parole du Christ. Si la parole d'Élie a pu faire descendre le feu du ciel, la parole du Christ ne pourra-t-elle changer la nature des éléments, species mulet clementorum? Vous avez lu, au sujet de la création : « Il dit, et tout se fit; il « commanda et tout fut créé.» La parole du Christ, qui a pu du néant faire ce qui n'était pas, ne peut-elle donc pas changer ce qui est en ce qui n'était pas, ea quœ sunt in id mutare quœ non erant? » De mysL, ix, 52, P. L., t. XVI, col. 406. Saint Ambroise en appelle au mystère de l'incarnation, et il ajoute : « Ce corps que nous produisons par la parole est le même qui est né d'une Vierge. Pourquoi chercher l'ordre de la nature dans la production du corps de Jésus-Christ (dans l'eucharistie), puisque le Seigneur Jésus est né d'une Vierge en dehors de l'ordre de la nature? C'est la véritable chair du Christ qui a été crucifiée et ensevelie; c'est donc vraiment le sacrement de sa chair. Jésus le déclare lui-même, en disant : « Ceci « est mon corps. » Avant la bénédiction des paroles célestes, on donne à cela un autre nom; mais, après la consécration, on l'appelle corps, corpus significatur. Il dit lui-même que c'est son sang. Avant la consécration, cela s'appelle d'un autre nom; mais, après la consécration, on l'appelle sang et vous répondez : Amen, c'est-à-dire c'est vrai. Croyez donc de cœur ce que vous avouez de bouche, et que vos sentiments soient conformes à vos paroles. » Ibid., 53, 54, col. 407.
Présence réelle du corps historique du Christ, par un changement qui convertit la nature de ce qui est, qui transforme les species elementorum, sous l'action merveilleusement efficace de la parole consécratrice; mais aussi communion réelle, participation réelle à ce corps et à ce sang, car l'eucharistie est un aliment spirituel : In illo sacramento Christus est, quia corpus est Christi; non ergo corporalis esca, sed spiritalis est. Ibid., 58. Quant à pénétrer plus avant dans l'analyse des mystères eucharistiques; quant à expliquer ce que devient la substance du pain, comment elle est convertie au corps spirituel du Christ, ou quel est le mode d'être de ce corps dans l'eucharistie, saint Ambroise ne l'a pas fait, mais il met bien sur la voie de la transsubstantiation.
Loofs reconnaît dans les passages précités la conception du réalisme et même du dynamisme de la transsubstantiation; mais il prétend que ce n'est point là la doctrine de saint Ambroise, attendu que le De mysteriis n'est pas de lui. Nous n'avons pas à prouver l'authenticité du De mysteriis, qui ne saurait guère être contestée, voir t. i, col. 946, mais à examiner si la doctrine du De mysteriis est vraiment en contradiction avec celle du De fide, où l'on veut que se trouve la pensée authentique de saint Ambroise : Caro mea vere est esca et sanguis meus est polus. Carnem audis, sanguinem audis, mortis dominicœ sacramcnta cçgnoscis et divinilali calumniaris ? Audi diceniem ipsum :
Quia spiritus carnem et ossa non habet. A'os autcm quotiescumque sacramenta sumimus, quœ per sacrée orationis mysterium in carnem transfigurantur et sanguinem, mortem Domini annuntiamus. De fide, iv, 10, 124, P. L., t. xvi, col. 141. « Dans ce texte, dit Mgr Batiffol, L'eucliaristie, p. 290-291, saint Ambroise répond à une difficulté présentée au nom du subordinatianisme. Si le Christ a dit : Ego vivo propter Patrem, le Christ dépend du Père, concluent les ariens. Ambroise répond que le Christ vit pour le Père en tant que le Christ est homme. Peut-on, en effet, rapporter à la divinité ce qui est dit par le Christ (le sa chair et de son sang? Dieu, qui est esprit, n'a ni chair, ni os. Donc, conclut Ambroise, quand il est question de vie ou quand il est question de mort, il ne l)eut être question que de l'humanité du Sauveur. Ambroise incidemment touche un mot des mortis dominicœ sacramenta, désignant sous cette expression l'eucharistie. Ambroise écrit : Sacramenta sumimus, comme plus haut il écrivait : Sacramentum accipis. Il marque, ce qu'il ne fait pas dans le De mysteriis, le caractère de mémoire, tandis que dans le De mysteriis il insiste de préférence sur le caractère de don de vie : mais ces deux aspects ne s'excluent pas. Ainsi dans l'eucharistie, telle que la liturgie la célèbre, nous annonçons la mort du Seigneur, comme dit saint Paul : non pas la mort de sa divinité, mais la mort de son humanité, faite de chair et de sang. Voilà pourquoi les sacrements, c'est-à-dire le pain et le vin, qui servent à annoncer la mort du Seigneur, sont convertis en sa chair et en son sang par la sainte prière. Comment Ambroise, qui parlait dans le De mysteriis de la conversion de la nature du pain et du vin, peut-il parler dans le De fide de transfiguration du pain et du vin? Figure et nature ne sont-ils par termes contradictoires? Oui, si la langue ecclésiastique était dans les premiers siècles une langue fixée et philosophique, mais c'est ce qui n'est point. Ambroise lui-même ne disait-il pas indifféremment naturam convertere et species mutare elementorum? Le verbe transfigurare, s i étonnant que cela semble,est synonyme de convertere. » Malgré la différence du verbe employé, le sens de l'idée exprimée est le même, et la doctrine du De fide, loin de contredire celle du De mysteriis, la complète en y ajoutant l'idée de mémoire, qui convient tout aussi bien à l'eucharistie que l'idée de don de vie marquée par le De mysteriis, 47-49.
Autre difficulté : d'après Loofs, qui s'appuie sur le commentaire du psaume xxxviii, où le sacrifice eucharistique est présenté comme une imago veritatis, saint Ambroise n'aurait jamais affirmé, dans ses écrits indiscutés, la présence réelle. Mais si l'on se reporte au texte visé. In ps. xxxviii, n. 25, on voit que saint Ambroise distingue Vombre, représentée par l'ancienne loi, l'image par l'Évangile et l'Église, la vérité par le ciel. Or, actuellement, le fidèle ne voit les réalités divines que per spéculum et in œnigmate, et c'est le sens du mot image employé dans ce passage. Mais l'image ici n'est nullement vide et sans réalité objective. Et si dans le De mysteriis il disait avec raison que, comparée aux symboles anciens, l'eucharistie est la vérité, autrement dit, leur réalisation, ce n'est pas avec moins de raison que, par rapport à la claire vision de la vie future, il montre dans la liturgie une image; mais ce rapport du présent au futur, de ce qui est sur la terre à ce qui aura lieu dans le ciel, qui autorise l'emploi du mot image, ne fait pas que l'eucharistie soit une image simple sans la moindre réalité ou vérité; la présence réelle, quoique invisible, du Christ dans l'eucharistie, et la participation à son corps et à son sang par la communion, bien qu'objet de foi, n'en sont pas moins une réalité, dont le mystère, ou, comme dit saint Ambroise, la vérité ne sera dévoilée qu'au
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ciel. C'est faute de tenir compte de ce rapport entre ce qui est et ce qui sera, qu'on prête aux expressions de saint Ambroise un tout autre sens que celui qu'il leur donne. Saint Ambroise a pu dire, sans se contredire le moins du monde et sans enseigner une présence du Christ en figure, que l'eucharistie, qu'il sait et qu'il dit être vraiment le corps et le sang du Christ, est une image et que la vérité sera dévoilée au ciel. Voir t i col. 950.
5. L'auteur du De sacramcntis. — Cet ouvrage du De sacramentis est à rapprocher du De mijsteriis, bien qu'il ne soit ni de saint Ambroise, ni même d'origine milanaise. Aubertin et Daillé en faisaient une œuvre du vii« ou viiie siècle. Il faut y voir, au contraire, avec Mgr Duchesne, Origines du culte, Paris, 1898, p. 169, et A. Baumstark, Liturgia romana e liturgia deW Esarcato, Rome, 1904, p. 161-162, un ouvrage des environs de l'an 400, composé dans le nord de l'Italie, où l'usage romain se combinait avec celui de Milan| peut-être à Ravenne.
Ne nous arrêtons pas à ce passage qui précède la consécration : Fac nobis hanc oblalionem ascriptam, ratam, rationabilem, acceptabilem, quod figura est corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi. De sacr., IV, 21, P. L., t. XVI, col. 443. Le pain et le vin ne sont pas encore consacrés, et ils sont qualifiés de figure du corps et du sang du Christ. Pour le reste, l'auteur s'inspire visiblement du De mysteriis. Tu forte dicis : Meus panis est usitatus. Sed panis iste panis est anie verba sacramentorum; ubi accesserit consecratio, de pane fit caro Christi... Quomodo potest qui panis est corpus esse Christi? Consecratione. Consecratio autem quibus verbis est, cujus sermoni bus? Domini Jesu. De sacr., IV, 14, col. 439-440. 5/ ergo tanta vis est in sermone Domini Jesu ut inciperent esse quœ non erant, quanto magis operalorius est ut sint quœ erant et in aliud commutentur? Ibid., 15, col. 440. Ergo didicisti quod ex pane corpus fiât Christi, et quod vinum et aqua in calicem mittitur; sed fil sanguis consecratione verbi cœlestis. Ibid., 19, col. 441. Antequam consecretur, panis est; ubi autem verba Christi accesscrint corpus est Christi... Et cuite verba Christi calix est vint et aquœ plenus ; ubi verba Christi operata (uerint, ibi sanguis Christi efficitur, qui plcbem redemit. Ibid., 23, col. 444.
Le pain, traité d'image du corps du Christ avant la consécration, n'était encore que du pain; et de même le vin n'était que du vin. Survient la consécration : le pain devient corps, le vin devient sang. La présence réelle est donc nettement affirmée; et c'est une même efficacité miraculeuse et transformatrice qu'on attribue aux paroles de la consécration; et c'est d'une conversion semblable à celle du De mysteriis qu'il est question ici; mais c'est aussi une pareille discrétion dans l'explication du changement qui s'opère. C'est beaucoup néanmoins que la mise en relief de l'idée de conversion : l'affirmation du fait sollicitera son examen, et provoquera des explications jusqu'à ce que, la controverse aidant et des interprétations erronées menaçant de dénaturer cette conversion, l'Église intervienne et définisse le dogme de la conversion. L'auteur du De sacramentis ne va pas jusqu'à dire, comme saint Ambroise, que le corps de Jésus-Christ est dans l'eucharistie d'une manière spirituelle; et tout en écartant l'idée d'une manducation grossière et ordinaire de ce corps, il tient un Jangage qui semble contredire ce qui précède, car il parle d'une similitude reçue qui assure la grâce et la vertu de la réalité : in simililudimm quidern arcipis sacramentum, sed vcre naturœ gratiam virtutrmque consequeris. Ibid., vi, 3, col. 455. Mais ce n'est là qu une impropriété d'expression, qui marque l'absence d un langage théologique ferme et arrêté, car l'auteur
a soin de dire, quelques lignes plus loin, qu'en recevant la chair, on participe à la substance divine du Christ : Tu qui aecipis carnem, divinœ efus substantiœ in illo participaris alimenta. Ibid., vi, 4, col. 455.