Marbre de Modène. D'après une photographie
Ostrien montre seulement sept paniers et deux amphores. Sur une autre, à Sainte-Domitille, de la première moitié du iv« siècle, une orante placée intentionnellement entre les paniers et amphores doit indiquer les effets de l'eucharistie. Wilpert, op. cit., p. 304, 305, pi. 60, n. 2; 92, n. 1. Une troisième, à Saints-Pierre-et-iNIarcellin, est de la même époque : le Christ est assis sur un trône; dans la main gauche il tient le rouleau ouvert des Écritures. A sa droite, on voit trois larges amphores ; à sa gauche, une caisse carrée remplie de pains remplace les corbeilles. A juger d'après le geste de la main, Jésus prononce le durus sermo dont parle saint Jean, vi, 67. Sur la cassette d'argent des Saints-Nazaire-et-Celse, à Milan, le Maitre est en plus entouré de onze disciples. Le monument
Fresque du cubicule A*. D'après \\ilpcrt. Die Malereieti, pi. 27, n. 2.
et-Marccllin, l'une de a première moitié du iii«, l'autre du milieu du iv siècle. Wilpert, Malereien, [). 3n2-.304, pi. 57 et 12G, n. 1. Le pendant de la multipiicrilion des pains, voire même la compénctration des deux scènes qu'on rencontre ici et ailleurs, prouve que le peintre pensait à la consécration du pain et du vin et l'image du repas qui y figure éveille dans l'âme du visiteur l'idée qu'on a voulu rapprocher par là le banquet eucharistique de ses deux symboles. Wilpert, op. cit., p. 303. Dans la fresque d'Alexandrie, dont l'âge exact n'est pas facile à déterminer, le .symbolisme est encore plus clair. Des trois sujets qui la I omposcnl et qui sont séparés par des arbres, la multiplication des pains et des jjoissons occupe le milieu. Pierre cl André, désignés nommément, présentent les vivres à Jésus; aux pieds du Sauveur on voit les
est de la seconde moitié du iv« siècle. Venturi, Storia delV arte italiana. Milan, 1901, t. i, p. 513, fig. 44R; Leclercq, dans D/c/i'o/i. d'archéol. chrét., t. ii, col. 1807, 1808, lig. 1985. Sur d'autres monuments, il y a encore moins de détails. Deux jjoissons et cinq ])ains figurent sur deux lampes de Salone, sur une fresque d'Alexandrie, sur deux cornalines publiées par Garrucci et reproduites par le P. Leclercq, sur deux marbres funéraires du m" siècle, l'un au musée Kirchcr de Rome, l'autre à Modène(lig. 8). Wili)ert, Fraclio panis, p. 86; Leclercq, dans le Diciion. d'archéol. chrél., t. I, col. 1151; Leclercq, Manuel d'archéologie chrétienne, Paris, 1907, t. ii, p. 379, 380, fig. 289, 290; Perret, Les catacombes de Rome, Paris. 1852, t. v, ])]. 47, n. 18; pi. 57, n. 8; dom Leclerc(|,dans le Dictionnaire, 1. 1, col. 84, fig. '20 (peu exacte). Notons, pour
1-191 EUCHARISTIE D'APRÈS LES MONUiMENTS DE L'ANTIQUITÉ CHRÉTIENNE 1192
le dernier marbre, que sur la pierre originale les poissons ne tiennent nullement un pain dans la bouche. Sur l'épitaphe romaine de Titus Flavius Eutychius, du n''iii^ siècle, on ne voit que deux pains et deux poissons. Nuovo bullel.,'Romc, 1904, t. x, p. 156; Leclercq, dans le Diction, d'archéol. clirét., t. ii, col. 2422. Ont-ils une signification eucharistique? Un graffito sur un marbre de Sainte-Agnès, publié par Armellini, Gli anlichi cimileri cristiani di Roma e d'italia, Rome, 1893, p. 270, n'a peut-être qu'une signification eschatologique. Enfin, le sarcophage priscillien d'Euelpistus, du II" siècle, présente cinq pains et, à la place des poissons, le symbole de l'ancre. Wilpert, Fraclio panis, pi. XV, n. 2.
5. La manne du désert. — Une seule fresque nous fait voir quatre Israélites, deux hommes et deux femmes, recevant la manne qui tombe du ciel. Wilpert, op. cit., p. 388, pi. 242, n. 2. On a voulu y trouver un symbole de l'eucharistie. De Rossi, Bullellino di archeol. crist., édit. ital., Rome, 1863, p. 76, 80; Garrucci, Sloria deU'arte, t. ii, p. 64, pi. 59, n. 2; Kaufmann, Handbuch, p. 342; Marucchi, Éléments d'archéologie chrétienne, Paris et Rome, 1900, t. i, p. 293, et d'autres. Wilpert, loc. cit., préfère une explication plus naturelle, favorisée par les peintures avoisinantes. Le seul détail des mains voilées qui semble s'y opposer trouve son explication dans le fait que les Israélites reçoivent la manne dans les plis de leurs manteaux.
6. Le sacrifice d' Abraham. — Ce sujet, qu'on rencontre dans les plus anciens monuments, présente une grande variété dans la composition. Sa signification symbolique dépend plus particulièrement du contexte, c'est-à-dire de l'ensemble dont la scène fait partie, du lieu où elle se trouve, de l'agencement des groupes. Dans les cas ordinaires, le sacrifice d'Abraham n'a qu'une signification sépulcrale ou funéraire et rappelle la prière si ancienne de la Commendatio animœ : Libéra, Domine, animam servi tui, sicut liberasti Isaac de hostia et de manu patris sui Abrahœ. Wilpert, op. cit., p. 350. De même, le sacrifice d'Abel qu'on rencontre sur quelques sarcophages romains, si toutefois il ne s'agit, dans ce dernier cas, que d'une simple représentation historique. Ficker,Di> altchristlichen Bitdwerke des Laterans, Leipzig, 1890, n. 164, 151; Baumstark, /.j'/urffj'a romana c liturgia delV esarrato, Rome, 1904, p. 167. Aux tombeaux des martyrs, le sacrifice d'Abraham pourrait symboliser le caractère sacrificatoire de leur mort. Wilpert, op. cit., p. 354. Enfin, sa signification comme symbole du Christ est trop bien fondée sur les témoignages des Pères et les textes Uturgiques pour pouvoir être contestée. Voir 1. 1, col. 101 sq. ; Leclercq, dans \e Dict. d'archéol. chrét., t. i, col. 111 sq.; Wilpert, Dos Opfer Abrahams, dans Rômische Quartnlscbrift, 1887, t. i, p. 143-160. Dès lors donc que ce sujet est mis en relation avec des scènes eucharistiques, il semble tout naturel d'y voir une indication de l'interprétation qu'il faut lui donner, par exemnle, quand on le rencontre sur des monuments, pyxides et autres, qui excluent la signification funéraire. Wilpert, Fractio panis, p. 65 sq. ; Malereien, p. 287.
7. Les sacrifices d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech. — Nous les voyons sur les mosaïques de Ravenne. Ils symbolisent sans aucun doute l'eucharistie, ainsi que le prouve la très ancienne prière Supra quœ, après l'élévation. Baumstark, op. cit., p. 167, pi. 1,2, 4. Le dernier sujet figure déjà sur les mosaïques de Sainte-Marie-Majeure, qui sont bien plus anciennes. Son symbolisme est évident. Voir Richter et Taylor, The golden âge of classic cliristian art, Londres, 1904, p. 58 sq., pi. 5.