‹ Dictionnaire de thâeologie catholiqueChapitre 134 sur 148 · OMNIS SACRA CANENS SACRAMENTO MANUS · texte numérisé non relu

OMNIS SACRA CANENS SACRAMENTO MANUS

[PORRIGERE GAUDENS.

Cf. Leclercq, dans le Diclion. d'archéol. chrél., t. i, col. 686, 687; De Rossi, BuUeL, 1894, p. 91.

5» L'épitaphe fragmentaire d'un certain Marinus, de Vienne, en Dauphiné : HOC lACET IN TUMULO SACRA QUI MYSTI||CA SEMPER DIVISIT POPULIS PIETATE 11 HONORE DECORUS || QUEM NEMUS AELYSIUM MARINUM || CONCLAMAT OMNE. Cf. Le Blant, Inscripl. chrél., t. ii, p. 90, n. 421, pi. 299;

Leclercq, dans \e Diclion. d'archéol. cltrêl.,i. m, co\. 168 6° L'inscription du calice de saint Rémi de Reims, publiée par Le Blant, Inscripl. chrél., t.i,p.445,n. 336 : INIECTO AETERNUS, QUEM FUDIT, VULNERE CHRISTUS : REMIGIUS REDDIT DOMINO SUA VOTA SACERDOS.

7° Deux ou trois autres monuments seront mentionnés plus loin.

II. Leur valeur. — /. ^ir poixt de vue dog.i/a- TIQVE. — • 1° Nalure de l'eucharistie. — Le Maître l'a appelée une vraie nourriture et un vrai breuvage. Abercius et Pectorius disent que c'est une nourriture, Tpo-fri, ppàj<nv, qu'il faut manger, ïrs'):i, ou qu'on reçoit à manger, TrasÉoojxï InbUu. Elle figure sous cette double forme dans la Fraclio panis, dans plusieurs représentations de la multiphcation des pains et de la conversion du vin, etc.

Mais elle constitue une nourriture à part : elle est une et elle reste toujours la même; elle se renouvelle partout de la même façon, et elle est servie à des m"lliers d'hommes dans les différents pays du monde. A ce sujet, les monuments sont d'accord avec les Pères. Qu'on compare également les plus anciennes fresques entre elles ou l'épitaphe d'Autun avec celle d'Abercius. Ce dernier, qui a voyagé en Orient et en Occident, en Italie et en Mésopotamie, trouve partout la même nourriture composée des mêmes éléments : le grand Poisson que la Vierge sainte, l'Église, offre sans cesse aux « amis ». Voir le commentaire de De Rossi, Inscriptiones chrislianse, t. ii a, p. xii sq.

Aux yeux des fidèles, l'eucharistie était une nourriture sainte et mj'stérieuse qu'ils cachaient aux païens et qui tombait sous la discipline de l'arcane. Preuves : les épitaphes d'Abercius et de Pectorius et le symbolisme des représentations. Elle a une origine divine. Le monument d'Autun nous affirme qu'elle vient du Seigneur. Dans les scènes symboliques, c'est lui qui opère la multiplication des pains et le changement du vin, grâce au pouvoir des miracles qu'il possède. A la catacombe d'Alexandrie, une inscription appelle ceux qui prennent part au repas symbolique : TAC EYAOriAS T0Y3(Y II eceiONTCC.

La nature du sacrement ressort encore des effets qu'on lui attribue et de sa juxtaposition avec le sacrement du baptême. Voir plus loin. Dans les épitaphes de Tarsicius et d'Alexandrie on lit même le terme de sacramentum. Cependant, il doit être pris moins dans le sens technique reçu depuis que dans le sens de chose sacrée, d'objet saint et mystérieux, tel que TertuUien, A/iuersus Marcionem, iv, 34, P. L., t. ii, col. 442, le connaissait déjà.

2° Eléments. — D'après Abercius, c'est le pain et le vin mélangé avec l'eau qui forment les éléments Des pains, et, très visible à travers l'osier des corbeilles, un verre rempli .'i moitié de vin figurent dans la crjqite de Lucine. Notons, en passant, que la " compénétration » du panier et du Poisson dont parlent De Rossi et d'autres, n'existe pas en réalité. Nuovo bulleltino, 1897, t. m, p. 131, 132. Des pains placés sur un calice figurent sur une épitaphe, du m* siècle, au Latran, Perret, Les catacombes, t. v, pi. 57, n. 8, et sur le marbre d'une certaine Fructosa pubi'é par Boldetti, op. cit., p. 208; ailleurs, les deux éléments sont un peu cachés par le symbo'isme, par exemple, sur une fresque des Saints-Pierre -et-Marcellin, où Jésus est assis entre trois amphores et un panier dont la forme rappelle Varca domcslica eucharistique et sur la cassette de Milan. Nuovo bulleltino, 1900, t. vi, p. 90 sq., pi. i; Leclercq, dans le Diclion. d'archéol. chrél., t. n, col. 1 807, 1808, flg. 1985. Parfois on se contente d'y faire figurer le pain seul, par exemple, sur une brique de Priscille reproduite par Wilpert, Frac/io panis p. 83, fig. 10, ou bien on y joint le Poisson symbolique qui

indique qu'il ne s'agit pas ici de pain ordinaire, par exemple, sur les fresques des chambres dites des sacrements et dans le tympan du couvercle du sarcophage conservé au Castello (château), à Milan. Romische Quarlalschrifi, 1905, t. xiXj p. 159. Pour le vin, on suit la coutume observée par le Christ : on le mélange avec de l'eau, oTvov -/priÇTÔv... -/Jpaapia. Ce mélange, Abercius le trouve partout : nulle part on ne rencontre une indication qu'on se servait de l'eau toute pure pour la confection de l'eucharistie comme le voulait Harnack. Cf. Funk, Kirchengeschichllichc Abhandlungen und TJ ntersuchungen, Paderborn, 1897, t. I, p. 278-292.

3° Consécration (bénédiction); présence réelle. ■ — 1. Selon Wilpert, l'acte que nous appelons consécration serait présupposé dans la Fraclio panis, à Sainte- Priscille : celui qui préside la table tient dans ses mains le pain, dont la présence du poisson indique la nature particulière, pour le distribuer aux assistants. Wilpert, Fraclio panis, p. 46.

La fresque de la chapelle des sacrements A' nous montre, selon Wilpert, le Christ, selon De Rossi, Marucchi, Leclercq et d'autres, le prêtre bénissant un pain et un poisson posés sur le trépied : elle représenterait le moment même de la consécration et le changement du pain en Jésus-Christ — 1X0 YC — fils de Dieu et Sauveur. De là, sur notre fresque, l'absence des paniers dont parle l'Évangile et la présence d'un autel sous forme de trépied. Cette scène, que précèdent immédiatement trois scènes du baptême, est directement suivie de celles du repas symbolique de la multitude et du sacrifice d'Abraham : donc, toujours d'après Wilpert, la consécration. In communion et le sacrifice eucharistique. Wilpert, Mutercicn, p. 290. Évidemment la fresque perdrait de sa valeur si on ne voyait dans ce geste du personnage principal que le simple acte de prendre les cléments eucharistiques pour les distribuer soit à des absents soit à la personne qui figure à côté sous la forme d'orantc. Dès le iii<^ siècle, la consécration nous est rappelée d'une autre manière : le Christ, debout, muni d'ordinaire du bâton de thaumaturge, touche les paniers et opère ainsi le miracle. Wilpert, op. cit., p. 292. Au iv« siècle, on en rencontre une troisième : le Christ, debout ou assis, souvent entouré des paniers symboliques, étend les mains pour bénir les pains et les poissons que lui présentent un ou deux apôtres placés à côté de lui. Ce sujet figure rarement dans les catacombes, il est très fréquent sur les sarcophages. Wilpert, op. cit., p. 300, 301, pi. 237, n. 1 ; De Rossi, nultel. di archeotogia crisliana, 1865, pi. v; Le Riant, Sarcophages chrétiens antiques de la ville d'Arles, Paris, 1878, p. 41, pi. XXIV, n. 1, etc. On représente également de cette façon abrégée le changement de l'eau en vin. — 2. Par suite de cette bénédiction, un changement s'opère dans les éléments et produit ce qui constitue réellement l'eucharistie : c'est ce qui indique l'association des deux miracles. Celui de Cana signifiait le changement du vin dans le sang de Jésus Christ, celui de la multiplication des pains devait figurer l'inépuisable changement du pain au corps du Sauveur i)réscnt à tous et mangé |)ar tous. Car ce que l'on mange est en réalité le Christ, l'Ichtliys céleste, comme l'appelle le monument d'Autun; c'est lui qu'on tient dans ses mains, quand on reçoit rcucharislie. comme l'aflirme le même monument. C'est lui tout entier qu'on reçoit et qu'on mange partout chez les amis quand, conduit iiar la foi, comme Abercius, on reçoit le pain et le vin mélangé avec de l'eau. La croyance à la présence réelle ressortirait encore d'une manière très sensible, si réellement, comme Wilpert et beaucoup d'autres l'ont affirmé pour un certain nombre de monuments, les premiers chrétiens avaient

donné intentionnellement aux entailles des pains ou même au poisson symbolique la forme très visible de la croix ou du monogramme constantinien, Wilpert, Malcreien, p. 292, n. 5 sq. ; Fraclio panis, p. 86, etc.; mais Dôlger croit devoir le nier : il espère en fournir les preuves dans le t. ii de son ouvrage intitulé : IX0YC. Enfin, l'épitaphc de Tarsicius fait entendre très clairement que cette présence n'est pas limitée au seul moment de la consécration ou de la manducation, mais qu'elle dure, puisque, voulant porter les saintes espèces aux absents, le clerc romain, surpris par les païens, succombe parce qu'il ne veut pas livrer le corps du Christ, cseleslia membru.

4° Ministre. — L'eucharistie est un don du Christ. Il l'a confiée à son Église. C'est elle, la Ttap^àvoç àvvr,, comme le dit Abercius, qui la présente aux « amis ». Mais l'ÉgUse a ses ministres : l'évêquc et le prêtre. Wilpert l'ctrouvc le premier dans l'homme barbu de la fresque de la Fraclio panis. De Rossi voyait le prêtre dans l'homme qui, à la chapelle des sacrements A', est placé à gauche du trépied sur lequel sont posés pain et poissons qu'il bénit. De même, Marucchi et d'autres. Nuovo bulleltino, 1898, t. iv, p. 54, 55. Wilpert, par contre, fait observer que cet homme doit être un « saint personnage », en particulier Jésus- Christ, parce qu'il est revêtu du pallium que les artistes chrétiens ne donnaient pas aux hommes ordinaires. Matereien der Sakrarnentskapellen, p. 19-21. C'est encore le Christ qui, dès le iii<^ siècle, figure sur les scènes de la multiplication des pains, etc. C'est encore lui que l'on voit sur la fresque syracusainc décrite plus haut. Enfin, le ministre nommé sur la pierre de Saint-Gervais n'était probablement qu'un prêtre. LeBlant, Inscripl. chrél., t. ii, p. 90-91, n. 421, pi. 299. Un ministre secondaire était le diacre : il pouvait distribuer l'eucharistie, la porter à domicile, etc. Ces fonctions nous sont rappelées par l'épitaphe de Tarsicius qui, paraît-il, était ])lutôt diacre que simple acolyte comme on l'admet ordinairement. Voir t. v, col. 321, 322.

5° Sujet. — Sur les scènes du repas miraculeux, la foule est régulièrement représentée par les sept convives assis à table, qui désignent les fidèles en général. Les deux sexes figurent sur la Fraclio panis, les foules, populi, œlas, sont nonnnées sur les épitaphes de l'évêquc Alexandre et du prêtre Marinus et sur le calice de Reims. Comme il fallait être baptisé pour être admis au sacrement, les adultes ne recevaient régulièrement la communion pour la première fois qu'à l'occasion de leur baptême. Toutefois, il semble que les monuments (pii témoignent en faveur de la comnnuiion des enfants ne fassent pas comi)lètemenl défaut. Rappelons la fresque de Syracuse mentionnée ailleurs. Si les cinq pains qui figurent sur le sarcophage priscillien d'Euelpistus ont une signification eucharistique, comme le veulent Wilpert et d'autres, leur présence sur un monument d'enfant du ii"^ siècle ne trouverait une explication assez plausible que par la communion du petit défunt. D'après Diehl, Laleinischc christliche Inscliri/tcn, Bonn, 1908, p. 5, cette communion serait également mentionnée sur l'épitaphc de la ])etito Nila (= Julia) Florcntina, de Catane, morte au conunenccmcnl du iv« siècle, à l'âge de dix-huit mois. Une explication beaucoup moins acceptable est donnée par dom Leclercq, dans le Diction, d'archéol. chrél., t. ii, col. 2519.

L'eucharistie étant regardée comine une garantie de la vie éternelle, on tenait à la recevoir avant de mourir. Elle devait même protéger le cor]is. On disait avec saint Jean Chrysoslonie, Exposil. in ps. xi.i, n. 2, P.r,., t. Lv, col. 158, que là oil était le Christ, le démon ne pouvait pas trouver place. Cf. S. (irégoire.

1199 EUCHARISTIE D'APRÈS LES MONUMENTS DE L'ANTIQUITÉ CHRÉTIENNE l'200

Dial., I. II, c. XXIV, P.L., t. lxvi, col. 180, 182. C'est à cela que se rattache l'usage de placer l'eucharistie soit sur la poitrine soit dans la Ijouche des morts, usage qui s'est maintenu assez longtemps, malgré la défense souvent réitérée par l'Église aux v« et vi^ siècles. Plusieurs archéologues ont vu une preuve (te cet abus dans les formules épigraphiques: Cluislus liic est et XpiaToç ÈvOàos y.aTotzsv, qu'on rencontre sur quelques pierres grecques et gauloises du v siècle. Lammens, dans la Revue de l'Orient chrétien, 1902, t. vu, p. 6G8 sq. ; Le Blant, Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gante, Paris, 1892, p. 2-10, n. 1; cf. aussi p. 381, n. .3.31. Mais on ])eut se demander, avec M. Dolger. op. cit., p. 245, 246, si les formules mentionnées n'étaient pas plutôt de simples phylactères contre le démon, qui, d'après la croyance de beaucoup de fidèles, en voulait non seulement à l'âme, mais encore au corps du défunt, phylactères semblables à ces nombreuses épigraphes sur les portes d'entrée des maisons mentionnées ailleurs. Voir t. V, col. .348. On peut exprimer le même doute au sujet du poisson en terre cuite trouvé en Afrique par le docteur Rouquette et décrit par lui dans le Bulletin archéologique. 1907, p. 4.'')4-458, et au sujet du « paon eucharistic(ue », trouvé en 189.3, près de Bethléhem et montrant au milieu du corps un grand œil couvert d'un verre semblable à nos lunules d'ostensoir. Revue biblique, 1893, t. ii, p. C31- 032: 1894, t. m, p. 277-291.

0° Xécessité de la réception; conditions. — 1. Aucun monument ne nous en fournit une preuve directe. Abcrcius reçoit fréquemment l'Ichthys symbolique et le prêtre Marinus l'a n toujours » distribué aux peujiles, mais on ne doit pas attacher trop d'importance à ces données assez vagues et énoncées en des formules poétiques. Peut-être trouvera-t-on plus facilement un indice de cette nécessité dans l'exhortation que Pectorius adresse aux chrétiens. — 2. Pour recevoir l'eucharistie il fallait être baptisé : sur nos fresques, même les plus anciennes, le baptême précède l'eucharistie; c'était la suite chronologique dans l'initiation chrétienne. Pectorius n'invite à la communion que ceux qui forment la « race divine du Poisson céleste, » c'est-à-dire ceux qui, d'après TertuUien, sont nés dans l'eau « selon notre Poisson Jésus-Christ. » D'après Abercius, l'Ichthys n'est donné cpi'aux « amis », c'est-à-dire à ceux qui font partie de la communauté chrétienne et qui ont la foi. Tarsicius meurt pour ne pas le livrer aux païens. Selon Marucchi, Le dogme de l'eucharistie, p. 20, on aurait gravé sur la pierre de Modène les pains et les poissons de façon à exprimer l'ardent désir des fidèles pour l'eucharistie. A notre avis, la reproduction exacte du monument ne permet de voir dans ce grafTito qu'un raccourcissement du miracle de la multiplication évangélique. Mais Pectorius dit : Mange avec désir quand tu tiendras le Poisson dans tes mains.

7" Effets. — 1. L'eucliaristie fortifie l'âme et la soutient contre le démon. Sur une fresque romaine du milieu du IV^ siècle, on aperçoit deux saints qui, d'un champ de blé figurant la terre, montent une échelle qui aboutit au Christ, au ciel. En bas de l'échelle se trouve un serpent qu'ils foulent aux pieds. Au-dessus est peinte la multiplication des pains. \Vilpert,qui a découvert cette peinture, serait porté à croire que son auteur a voulu dire par cette juxtaposition que les saints martyrs ont trouvé dans l'eucharistie la force pour écraser le serpent infernal, triompher des tourments et mériter ainsi la possession du Christ. Maiereien, p. 485, 486. Sur une lampe de bronze trouvée à Porto, que l'on pourrait encore citer ici, voir De Rossi, Bnllet., 1868, édit. franc., p. 77-88, et pi. vni,n. 1. De Rossi rapporte une épitaphe du m'' siècle qui du côté

gauche du texte itrésente le graffito d'un cheval (?) mangeant d'un i)ain partagé en quatre par une croix équilatérale à doubles traits : image du fidèle Agathopus nommé sur le marbre, qui a achevé sa course sur la terre (cheval), fortifié i)ar la nourriture eucharistique et qui a enfin atteint sa ])leine transformation, ainsi que l'indique le symbole de la colombe placée au-dessus du cheval. De Rossi, BuUett., 1873, édit. franc., p. 12-11, pi. iv, n. 2. Sur une épitaphe, trouvé'e à Syracuse par M. Orsi et publiée par lui dans les Notizie degli scavi, 1907, p. 772 sq., fig. 26, 27 (Rome, 1908), on voit un graflito qui montre un vaisseau en forme de poisson couché sur le dos qui se dirige vers im grand monogramme du Christ flanqué d'A et Û et entouré d'un double cercle. Le poisson ouvre la bouche pour manger d'un pain rond signé de la croix monogrammatique. La pierre semble être de la première moitié du v^ siècle. Son symbolisme signifie, d'après Marucchi, que le fidèle du Christ, durant le voyage de ce monde, doit se nourrir de l'eucharistie, pour arriver heureusement au port qui est le Christ. Nuovo bullet., 1910, t. XVI, p. 168. Rappelons ici une inscription qui, d'après la « sylloge » récemment découverte de Cambridge, se lisait dans l'oratoire de la Croix, au Vatican. Elle date, au plus tard, des premières années du vi» siècle et se rapporte à l'eucharistie et à la croix : Fortis

AD INFIRMOS DESCENDEN'S PANIS ALENDOS HoC FRACTUS LIGNO EST, UT POTUISSET EDI. NuOVO butlct.,

1910, t. XVI, p. 79.

2. L'eucliaristie donne l'espérance et la garantie de la vie éternelle. Saint Ignace, Ad Eph., xx, se servant d'un terme médical d'alors, l'appelle çapiiazov àôava'ji'a:, àvttîotoç xo-j [j.v-, àzoôavsfv. Funk, Die apostolischen Vater, Tubingue et Leipzig, 1901, p. 87; Schermann, dans Theologische Quartalsclirilt de Tubingue. 1910, t. xcii, p. 6-19. Aussi plusieurs fois ses symboles figurent sur des épitaphes chrétiennes : par exemple, deux poissons et cinq pains sur les marbres de Modène et du musée Kircher, deux pains seulement sur une pierre sépulcrale, à Sainte -Priscille. Sur le sarcophage d'Euelpistus, à la même catacombe, l'ancre, symbole de l'espérance de la résurrection pour la vie éternelle, fait pendant à cinq pains qui indiquent la cause de cette espérance. Cet effet du sacrement ressort encore plus clairement de la juxtaposition à ses symboles de la résurrection de Lazare, par exemple, à la chambre dite des sacrements A', à Saint - Calixte, sur une fresque des Saints- Pierre-et- Marcellin, du lu^ siècle, sur une autre de Sainte- Domitille, du iv«, sur la porte de Sainte-Sabine, du v«, etc. Wilpert, Malereien, p. 294. pi. 45, n. 1 ; p. 299, pi. 228 ; Berthier, La porte de Sainte-Sabine, Fribourg (Suisse), 1892, p. 30; Cabrol, Dictionn. d'archéol. chrét., t. II, col. 1816, fig. 1995.

3. L'eucharistie renferme un avant-goût du ciel. Le monument d'Autun l'appelle p.à.irfiix fipwa'.v, nourriture douce comme le miel. Xous pouvons admettre que ces paroles font plutôt penser aux douceurs de ce sacrement, avant-goût des douceurs du ciel, qu'à l'ancien usage observé en Egypte et ailleurs, mais inconnu dans les Gaules, de donner aux premiers communiants du miel mélangé avec du lait.

4. On trouve dans l'eucharistie la vie promise par le Sauveur, comme le dit l'inscription du calice de Reims, et elle nous ouvre le paradis. La colombe est le symbole de l'âme dégagée des entraves du corps et entrée dans la gloire; de même l'orante. La première figure sur une fresque à Saint-Hermès, de la fin du iii« siècle. Elle est placée sur un pilastre à côté du Christ, qui opère la multipUcation des pains. De Rossi. Bullet., 1894, 'p. 73-75, pi. vu; Wilpert, Malereien^ p.' 295, pi. 115. Sur une épitaphe de Saint - Pontien,

elle est placée à côte d'un calice couvert de pains et porte le rameau d'olivier : image du défunt dont l'inscription dit : 0POYTOOCA 1| IN nAKG (sic). Boldetti, op. cil., p. 208. L'orante revient plus fréquemment. Dans celle qui, à la chapelle des sacrements A', figure à côté du trépied-autel, Marucchi, Le dogme de l'eucharistie, p. 17, voit » l'allégorie de l'Église qui élève sa prière solennelle pendant le sacrifice. » Mais rien, ni dans les documents, ni dans les monuments des trois premiers siècles, ne justifie cette hj'pothèse du savant romain. Voir Wilpert, dans Rômische Qiiarlalschrifl, 1899, t. XIII, p. 23, 24. On la voit encore à Saints-Pierrcet-Marcellin, dans les scènes du miracle de Cana et de la multiplication des pains qui sont du commencement du III 1= siècle, sur la fresque syracusaine décrite plus haut, sur beaucoup de sarcophages. Deux fois elle est à genoux derrière les paniers symboliques. Wilpert, Malereien, p. 302, pi. 57; le même, dans Rômische Qaarlalschrilt, 1906, t. xx, p. 5.

5. L'eucharistie nous procure la vision du Christ. Sur une inscription fragmentaire en quasi-versus du iv^ siècle. De Rossi a pu distinguer n de la manière la plus évidente le rapprochement de l'aliment eucharistique, dont le défunt se nourrissait fréquemment sur terre, avec la vision réelle du Christ dans le ciel : » ... {qui in terris sœp)E cibabas (in cœlis p)njEP.{enlem s)e tu CHRisTu(m) videbis. Bullet., \^11, édit. franc., p. 160, 161.

8° Caractère sacriflcatoire. ■ — Un lien intime existe entre l'eucharistie et le sacrifice du Calvaire. Cette vérité n'est pas directement exprhnée dans les monuments, ne serait-ce que par la simple raison qu'il répugnait à l'art des premiers siècles de représenter les scènes du crucifiement et de la mort du Sauveur. On a eu recours au symbole. Pour s; int Clément de Rome, saint Méliton, saint Irénée, Tertullien, saint Cyprien et beaucoup d'autres, Isaac immolé par son père préfigurait le Christ souffrant. Voir t. i, col. 101 sq. De là, Wilpert, Fractio panis, p. 66, conclut que « la même interprétation symbolique relative à la passion doit évidemment être donnée à la fresque du sacrifice d'Abraham peinte dans une des chapelles des sacrements (A') et... de la Cappella gr.rca, où elle figure ù côté de la fractio panis, pi. x. » Cf. aussi Malereien, \). 287, 290. Dans la première, en particulier, le sacrifice d'Abraham, oii père et fils figurent dans l'attitude de la prière, fait directement pendant à la scène dite de la consécration : entre les deux se trouve le repas eucharistique. De Rossi, Roma sollerranca, t. ii, pi. xvi, 1, 2, 3; Leclercq, dans le Dictionnaire d'archrol. chrét., t. III, col. 154, 155. Les trois scènes sont intimement unies entre elles et forment matériellement même une seule composition sur une seule et même bande, qui sépare deux loculi. Une autre interprétation (|ue celle que nous venons de donner paraît donc impossible. A la Cappella grœca, l'emplacement de la fractio panis et la forme de la voûte ne permettaient pas une pareille disposition, et le lien, dont parle Wil- |)ert, est moins clairement exprimé. Il est encore moins sûr pour un certain nombre de sarcophages, où on rencontre le même sacrifice d'Abraliam uni :\ des scènes eucharistiques, par exemple, dans Le Hlanl, Les sarcophages d'Arles, pi. 6. Pour d'autres monuments qu'on a cités à ce sujet, la chose est encore plus floutcuse, par exemple, pour le verre à fond d'or publié par Garrucci, Velri ornati di figure in oro, 2" cdit., pi. II, n. 8; Wieland, Mensa und Con/essio, t. i, p. 129. Un sarcophage gaulois doit encore être mentionné. On y volt la multiplication des ])oissons et des pains : le Christ bénit de la droite le ])ain rcnfenné dans un panier (|ue lui présente un (lisfi|)le, en le tenant audessus d'un autcLpilicr carré sur lequel on voit le poisson. La scène de Cana fait pendant à celte première.

Le Blant, op. cit., pi. 25. Quant à la scène de Melchisédech représentée sur les mosaïques de Sainte-Marie- Majeure, dans l'oblation duquel on reconnaît un symbole du sacrifice eucharistique, voir Richter ctTaylor, The golden âge of classic Christian art, Londres, 1904, p. 58 sq., pi. 5, n. 1.

9° L'eucharistie et le tombeau; la liturgie célébrée pour les défunts ordinaires. — 1. Un lien réel existe entre les deux. Jésus l'a indiqué dans saint Jean, vi. L'eucharistie, on le sait, est appelée par saint Ignace, Ad Eph.,KK: çd(?u.axov ir,; àôavaai'aç, etc., par Clément d'Alexandrie, Strom., I, 1, P. G., t. viii, col. 691 : èçôSia L,o)ri; àïoiryj, par saint Irénée, Cont. hser., IV, 18, P. G., t. VII, col. 1027 sq. : r, iXTil^ e!; aîdJva; àva<7Ti(T£<o;.etC. Les liturgies ne sont pas moins explicites, à commencer par une des plus anciennes qui nous soit conservée, celle de Sérapion de Tmuis, en Egypte. Wilpert, Malereien, p. 282 sq. ; W^obbermin, dans Texte und Vntersuchungen, nouv. série, Leipzig, 1899, t. ii b, p. 6. Enfin, dans ses effets, notre sacrement vise surtout le salut de la vie éternelle. Aussi on trouve un assez grand nombre de représentations eucharistiques dans l'art funéraire des premiers chrétiens. Par elles on veut rappeler à Dieu le miracle de l'eucharistie et les effets qu'elle produit, pour le déterminer à user de miséricorde envers les pauvres défunts et à les recevoir dans la vie étemelle. LTne peinture deSaint-Calixte, du commencement du iV^ siècle, est particulièrement significative à ce sujet. Jésus opère la multiplication des pains, s\Tnbole de l'eucharistie. Une défunte s'approche de lui, les mains étendues à la manière des suppliantes : elle demande au Maître de la prendre dans son paradis. Wilpert, op. cit.. p. 296, pi. 144, n. 2. Ensuite, dans le repas eucharistique, les chrétiens de ce monde pouvaient s'unir à ceux qui étaient déjà dans l'autre. L'Ichthys divin, qui conserve aux bienheureux la vie éternelle, sert aussi de pain de vie aux pèlerins de cette terre et les conduit au ciel. L'eucharistie unissant ainsi les uns aux autres, c'était une raison en plus de la célébrer aux tombeaux des défunts, de renouveler ce que Jésus lui-même avait fait en célébrant la dernière cène. Que la coutume des repas funéraires des pa'îens soit pour quelque chose dans cette pratique, peu importe. La pensée fondamentale n'est nullement païenne, et le rapport entre les survivants et les défunts par le moyen de l'Ichthys divin est un élément inconnu aux gentils. Du reste, en célébrant les saints mystères pour les défunts, on voulait aussi honorer les uns, les saints, particulièrement les martyrs; on voulait ensuite venir en aide aux autres, aux fidèles ordinaires. Les ]irières qu'on disait à cette occasion, les agapes ou repas funéraires qu'on y donnait, la liturgie elle même devaient servir à leur soulagement. D'après le Nuovo bultetlino, 1899, t. v, p. 85, une ancienne (quelle date ?) épifaplie de Plaisance ferait allusion à celte croyance dans les vers suivants : ("rentes picei flanimas rcstinguc barathri giirgite, quo .tordes puriftcare raies : \ ut pietatis spem defuncto indere donis \ unde dure viro munera sacra soles.

2. Du reste, les documents nous attestent de bonne heure l'usage de célébrer la liturgie pour 1rs morts ordinaires, soit dans les cryptes souterraines, soit dans les cellœ, oratoires ou mausolées en plein air, par exemple, les Acta Johannis (de 160-170), dans Acta apostol. aporri/pha, édit. Lipsius et Bonnet, part. II, t. i,p. 186. i'our Tertullien et saint Cyprien, voir Wieland, A/f/i.sf( und Confcssio, 1906. p. 161-163. Sans recourir à l'hypothèse de M. Michel, Gcbel und liild in altchrisilichcr 7.cit, Leipzig, 1902, p. 77, qui voudrait voir, dans la fresque dite de la consécration à Saint-Callxte, un prêtre qui, pour le bien des âmes et leur soulagement, offre, selon l'usage exis-

tant, en sacrifice les éléments de l'eucharistie, citons comme preuves monumentales certaines cryptes des catacombes romaines, particulièrement au cimetière Ostrien, qui sont encore du ni'= siècle. Realencyclopâdic fiir protcslanlische Théologie iind Kirche,3^édH., Leipzig, 1901, p. 835-837. D'autres monuments ont été découverts en Afrique. Wieland, op. cit., p. 146. La cella que mentionne le marbre d'Euclpius à Césarée, en Maurétanie, avait très probablement cette destination. Elle est du m" siècle. De Rossi, Bullet., 1864, édit. ital., p. 28. De même plusieurs oratoires à ciel ouvert dont parle Kirsch, Die christ/ichen Cullusgebàude im Allcrtiim, Cologne, 1893, p. 81. Cf. art. Cdla, dans Gabrol, Dictionnaire d'arch. chrétienne, t. ii, col. 2870. Plusieurs épitaphes de l'Asie-Mineure mentionnent des autels fixes, ,8w[j.o;, qui se trouvaient à l'intérieur des tombeaux ou mausolées. Ramsay, The ciliés and bischoprics of Phrygia, Oxford, 1. 1 b, p. 519, n. 357; p. 525, n. 369; p. 717, n. 651. Enfin, d'après De Rossi, Bullet., 1886, p. 24, 25, le prêtre gaulois Patroclus, mentionné dans une épitaphe de 347 publiée par Le Blant, Inscriptions chrél., t. ii, n. 596, aurait été, selon une pratique attestée par saint Paulin, nommé pour dire l'ofiice à la tombe de sa maîtresse, Valeria Severa, et y célébrer la liturgie pour le repos de son âme. S. Félix, Epist., xii, ad Amandum, n. 12, P. L.,\. Lxi, col. 206.

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