V. EUCHARISTIE AU XII' SIÈCLE EN OCCIDENT
Dans l'histoire de hi théologie de l'eucharistie, le xii" siècle consUlue une période de transition durant laquelle la valeur intrinsèque des ouvrages
ne peut se mesurera l'intérêt qu'ils suscitent de nos jours. On y écrit beaucoup; on n'y discute pas moins. INIais écrits et discussions ne s'élèvent guère au-dessus de travaux d'essais ou de tentatives d'approche : imprécisions de langage, inexactitudes dans l'expression, tâtonnements dans les recherches, fléchissements dans la pensée, tout cela place ces productions fort en deçà de la perfection du siècle suivant. A côté des questions les plus graves s'en présentent d'enfantines sur lesquelles s'exerce une dialectique impitoyable, et il n'est pas rare que les problèmes de la métaphysique la plus profonde soient effleurés, plutôt qu'abordés, à propos de vraies puérilités : singulier mélange de grandeur et de minutie, de spéculation saine et de puérile curiosité I Mais, considérées dans la suite historique de leur élaboration, ces œuvres appellent l'attention, car elles constituent les premiers essais d'une pensée théologique naissante qui saura se frayer sa voie malgré les tâtonnements des premiers pas; en outre, elles opèrent la transmission des anciens matériaux patristiques, les codifient, les harmonisent, parfois les renouvellent; elles élaborent des théories et des systèmes qui vont se perfectionnant d'un auteur ou d'une école à une autre; elles précisent et fixent le vocabulaire, mais avec les hésitations et les méprises que rend inévitables l'emploi d'anciennes formules brusquement coupées de leur contexte. De ces divers points de vue, la théologie de l'eucharistie est particulièrement intéressante au xii'= siècle, malgré la longue série des travaux sans reliefs dont il faut suivre les détours pour arriver au résultat. L'histoire du dogme non plus ne peut s'en désintéresser, car cette période élaboratrice de la systématisation sacramentaire, si féconde pour la formule de la transsubstantiation, trouve son couronnement dans une profession de foi, celle du IV« concile de Latnui,en 121;'}, dont l'importance a été jugée sans égale dans les douze siècles qui séparent les professions des conciles de Nicée-Constantinople et de Trente. Harnack, Lelirbuch der Dogmengeschichte, 4'= édit., Leipzig, 1910, t. III, p. 387.
S'il n'y a pas lieu de dresser ici une nomenclature complète (le grand travail critique qui reste ;\ faire sur le terrain de l'inédit ou même des sources imprimées la rendrait d'ailleurs impossible), il est avantageux, croyons-nous, d'exposer les principales catégories d'ouvrages qui peuvent nous renseigner au xii" siècle sur le dogme et la théologie de l'eucharistie. Elles nous révéleront les rapports (jui unissent les écrivains de ce siècle avec ceux du cycle bérengarien ou paschasien; car c'est sur les oeuvres de la controverse bérengariennc, ou même ])aschasienne, que se bâtit la théologie eucharistique du xii" siècle, ou que se grefl'ent les attaques nouvelles. La litténiture polémique contre les cathares, les vaudois, les aimariciens, etc., fait suite aux traités dirigés contre Bérenger et fait connaitre mainte argumentation qui accuse chez les sectes hérétiques la connaissance des œuvres ou des objections bércngaricnncs. Les divergences ou les influences d'école se manifesteront en même temps entre les divers groujies théologiques, comme ceux d'.\bélard ou des Viclorins, les théologiens d'outre-Uhin et les écoles de Paris ou de Bologne, etc., ainsi que les attaches nuiltiples qui relient dans leurs matériaux, leur plan, leur méthode, etc., la théologie et le droit canon : c'est ainsi, pour ne citer ici qu'un exemple, que le canonislc Muguccio de Ferrarc(-[- 1210). dont la .Siu/iHin est encore inédite, trihutaire lui-même de Hugues de Saint- Victor dans sa I!I<" partie, influe fortement sur Jean Lothaire de Segni, son élève, le futur Innocent III, par le décret duquel se ferme toute cette période
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(Lalran, 1215). On ne peut complètement négliger non plus les autres manifestations de l'activité ecclésiastique ou pastorale : la poésie liturgique, les traités liturgiques ou ascétiques, les sermons, etc., contiennent des affirmations qui anticipent sur l'exposé systématique de l'école ou répandent sous une forme vulgarisée les expressions créées par les magisiri scolares. 11 en va de même avec les recueils épistolaires : consultations théologiques, doutes de conscience, exposés complémentaires de certains points de doctrine, cas de rubrique, réfutations d'erreurs locales, etc., les lettres d'Anselme, d'Yves de Chartres, d'Arnoul de Rochester, de Hugues Métel, de Gilbert de la Porée, de Baudouin de Cantorbéry, etc., sont des plus précieuses en ces matières. Mais c'est aux ouvrages scolaires que revient le premier rôle dans l'œuvre de systématisation et de codification à laquelle se voue presque tout le xii^ siècle; la théologie de l'eucharistie garantit à cette systématisation sacramentaire des Sommistes de l'époque un intérêt de premier rang, aussi bien pour l'ordonnance harmonieuse des concepts sur le sacramentum ou les corollaires de la doctrine sur la conversio, que pour l'habile utilisation des traités spéciaux de leurs prédécesseurs. Il n'est pas de dissertation développée, comme celle de Guitmond ou celle d'Alger, ni de monographie de détail, comme les consultations sur la communion de Judas ou sur le stercoranisme, qui n'ait trouvé quelque écho dans les Sententise des premiers Sommistes. On ne peut oublier non plus que les grands théologiens du xiiii^ siècle sont en beaucoup de points les héritiers directs de ces Sommistes dont l'un, le plus célèbre si pas le plus méritant, Pierre Lombard, lègue à quatre siècles et davantage ses Quatuor libri Sententiarum, comme cadre et thème de presque tous les commentaires théologiques. Souvent même, comme Denifle, K. Muller et d'autres en avaient déjà fait la remarque, c'est aux écrits du xii« siècle qu'il faut recourir, pour saisir la']^vraie portée ou les termes mêmes d'un problème développé au xiii«. — 1. Principales sources d'information. II. Doctrine qu'elles fournissent.
I. Principales sources d'information. — l" Polémique antihérétique. — 1. Résultats de la polémique contre les derniers partisans de Bérenger. Situation au début du A//" siècle. — Entre l'époque de Bérenger (1050 environ-1088) et celle de la systématisation opérée par les Sentenciers ou les Sommistes, les traités particuliers forment en quelque sorte le trait d'union, les Sommistes se contentant fréquemment de résumer, ou d'enregistrer, des questions déjà étudiées par ces polémistes. L'on a déjà parlé ailleurs, voir Bérenger, t. Il, col. 738-739, des premiers adversaires de Bérenger qui, tous, ou peu s'en faut, se sont trouvés groupés un moment autour de la chaire de Fulbert de Chartres (Adelman, Durand de Troarn, Hugues de Langres, Alger de Liège, etc.), ou de celle de Lanfranc (Guitmond, Anselme, Arnoul de Rochester, etc.) et dépassent leurs maîtres; presque tous aussi appartiennent à l'ordre bénédictin. Ruinart, Abrégé de la vie de J. Mabillon, Paris, 1709, p. 321.
Parmi ces premiers témoins ou ces premiers inspirateurs de la pensée théologique du xii« siècle sur le sujet qui nous occupe, il faut citer ici, après celui de Lanfranc, les noms de Guitmond d'Aversa, d'Alger de Liège et de Grégoire de Bergame. Le premier, ancien élève de Lanfranc et sur le point, un moment, de devenir évêque en Angleterre, passe finalement en Italie où il devient évêque d'Aversa (Apulie) après 1088; il meurt dans les dernières années du xi« siècle, mais son influence au siècle suivant exige qu'on en parle ici. C'est en Normandie, à La Croix-Saint- Leufroi probablement, sous le règne de Grégoire Vil
(1073-1085) et avant le synode romain de 1078, qu'il écrit son ouvrage : De corporis et sanguinis Domini veritate libri très, P. L., t. cxlix, col. 1422-1494. L'ensemble du traité, directement dirigé contre celui de Bérenger paru peu auparavant, suit dans les grandes lignes la marche du De sacra cœna, édit. Vischer, Berlin, 1835.
Après une introduction développée qui donne de précieuses indications, fort prisées de Mabillon, sur les principales catégories des partisans de Bérenger, Guitmond répond aux questions et expose sa doctrine : c'est sous la forme d'un dialogue où le moine Roger, plus tard abbé de Montebourg dans le Cotentin, interroge l'auteur et lui présente les difficultés qui l'arrêtent, 1. I, ou les objections des adversaires, 1. 11; le 1. m est consacré aux preuves patristiques de la foi catholique contre les deux grands groupes de bérengariens : les umbratici et les impanatores, op. cit., col. 1430, 1469, 1480, etc.; le dialogue y devient monologue, car le moine Roger n'a que deux mots d'approbation pour finir. Ibid., col. 1494.
Les deux autres traités se placent plus tard et l'un d'eux longtemps après la mort de l'hérésiarque (1088), mais nous savons qu'un renouveau de l'erreur bérengarienne se produisait de temps à autre (voir entre autres textes, plus loin, celui d'Abélard) et que les vestiges de l'hérésie continuaient à tourmenter les esprits. L'ouvrage d'Alger de Liège : De sacramento corporis et sanguinis dominici, P. L., t. CLxxx, col. 739-860, antérieur à l'entrée de son auteur à Cluny (vers 1120),fait le plus grand honneur aux écoles de Chartres et de Liège. Alger y tire profit de l'exposé de Guitmond, mais il dépasse son prédécesseur en pénétration et en exactitude. Si l'œuvre de Guitmond fit un moment placer l'évêque d'Aversa au-dessus même d'Anselme de Cantorbéry, cf. Anselme, Epist., 1. I, epist. xvi, P. L., t. clviii, col. 1082, un juge aussi compétent que Pierre le Vénérable n'hésita pas à donner la palme à l'écolâtre de Liège, Contra Henricum et Petrobrusium hsereticos, P. L., t. CLxxxix, col. 788, en plaçant les trois grands polémistes dans la gradation suivante : Lanfranc bene perfccte, Guitmond melius...perfectius, Alger optime... perfectissime. Voir l'injuste appréciation d'Ellies Dupin partagée par l'Histoire littéraire de la France, t. xi, p. 158. Après un prologue où se trouve la liste des six erreurs principales, op. cit., col. 739- 740, le 1. I^' d'Alger établit le dogme de la présence réelle et du changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ. Le IP répond à un certain nombre de questions, de « pourquoi », fort discutées à cette époque : neuf chapitres sur les dix que comprend ce livre sont introduits par la particule car. Son 1. III, qui n'était pas annoncé dans leprologue, ibid., col. 744, examine le problème de la valeur des sacrements et del'eucharistie en particulier, chez les prêtres indignes : quia major est dubitatio. Ibid., col. 831. Notons tout de suite combien toutes ces qusestiones du IP et du IIP livre se retrouvent résumées, effleurées ou rappelées chez les Sommistes, tels que Roland Bandinelli, les auteurs de la Summa sententicu-um ou des Sententise diviniialis, Pierre Lombard, etc.
Quelque dix ou vingt ansplustard(versll30-1140), l'Italie, comme la Normandie, la France ou la Lotharingie, eut aussi son traité sur l'eucharistie. Grâce à Mabillon qui a si bien mérité de l'histoire du dogme eucharistique au moyen âge, l'œuvre a été sauvée de l'oubli et le seul texte que nous en ayons est la copie transcrite, pour le célèbre mauriste qui l'appréciait hautement, par un moine de Vallombreuse, J. A. Casari, en 1G86. On la trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale, lat. 17187, qui a appartenu à Martène, fol. 295 sq. L'ouvrage a pour titre : Tra-
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ciatiis de verilulc corporis Chrisli et pour auteur Grégoire de Bergame, moine de Vallombreuse, ami de saint Bernard, évêque de Bergame en 1133 et mort en 1146. Si le Traclatus n'a pas eu la diffusion et l'influence de celui d'Alger, il convient néanmoins d'en parler ici : c'est une œuvre de mérite, remarquable par sa netteté d'expression et sa justesse de pensée, qui prend surtout pour sujet d'étude la présence réelle, cf. prologus, p. 2, celle-ci étant principalement le point d'attaque de ses adversaires, Grégoire ne s'occupe que secondairement de la conversion. Les Sommistes semblent bien avoir ignoré cette œuvre, mais les renseignements qu'elle fournit sur les points controversés, son arsenal de textes, d'objections, de solutions émises, etc., fournit un utile commentaire aux premiers produits de la systématisation théologique. Nous citons d'après la réimpression de la collection de Hurter, SS. Patium opuscula sclccta, Inspruck, 1879, t. XXXIX, p. 1-123, qui reproduit l'édition d'Ucelli (en appendice dans les Scrilti inediii del B. Gregorio Barbarigo, Parme, 1877, p. 673-745).
Conformément au plan qu'il annonce dans son prologue, I, p. 7, l'auteur passe d'abord en revue les objections des bérengariens tirées de l'Écriture, c. ii-vi, des Pères, c. vii-ix, et des divers noms donnés à l'eucharistie, c. x-xix : spccies, myslerium, sacramentum, figura, etc. Il y compare l'eucharistie aux autres sacrements (c'est ici qu'intervient la nomenclature septennaire des sacrements, c. xiii, p. 56, qui n'est, pensons-nous, qu'une interpolation; en l'absence de témoins du texte primitif, la copie de 1C86 ne peut nous aider beaucoup; le mot Scrvaior, ms. lat. de la Bibliothèque nationale, 17187, fol. 314 r, p. 36 de la pagination du traité, qui trahit le vocabulaire de la Renaissance et qui ne se retrouve, croyons-nous, qu'une fois ailleurs dans le traité, c. XII, p. 52, est bien suspect en cet endroit; partout ailleurs, on ne rencontre que Sa/ya/or; mais surtout le peu d'harmonie avec l'énumération des sacrements qui se rencontre au début du chapitre suivant, laisse peu de vraisemblance à la présence de ces lignes dans le texte original). A partir du c. xx, Grégoire expose le dogme catholitiue appuyé de ses preuves scripturaires ou patristlcjucs et de l'enseignement de l'Église, l'uis, c. xxx-xxxiii, viennent quelquesquestions secondaires,dans le genre desQuœsiiunculie dul. II d'Alger, mais moins nombreuses.
D'autres traités antibérengariens sont perdus, tels celui de Bernold de Constance, auquel fait allusion son De Berengarii condenmalionc mulliplici, n. 11, P. L., t. cxLViii,col. 1458, ou celui que signale Cliiniel, dans un manuscrit de Weingarten. Germania sucra, l. ii, p. 427, n. 1488.
De ces divers traités se dégage la constatation d'un réel progrès dans la théologie de l'eucharistie; en bien des points la terminologie elle-même se fixe grâce à ces écrits antibérengariens, les idées se corrigent ou se précisent si bien que l'on ne peut appliquer qu'aux conclusions théologiques groupées dans une systémalisation d'ensemble, et non aux principaux points du dogme, la formule trop générale de Ilarnack, Dogmengeschichlc, 4" édit., 1910, t. m, p. 385, n. 4. Remarquons aussi que, pour plusieurs points, l'écrit de Rem! d'Auxerre : Exposilio de celebnitione missœ, dans Maxima bibliollieca Patrum, Lyon, t. xvi, p. 932- 961, et le Liber de divinis officiis du pseudo-Alcuin qui l'intercale dans sa compilation, c. xl, P. L., t. CI, col. 1246 sq., notamment, col. 12()0 1261, préparaient déjà la voie, et que Paschase Radbert voyait déjà la route plus ou moins ouverte devant lui par l'essai d'exposé systématique, si fréquemment utilisé par tout le moyen âge qui le cite habituellement sous le nom d'Lusèbe d'Émèsc(en réalité Faustc de Riez) :
De corpore et sanguine Domini, P. L., t. xxx, col. 271 ; c'est la xxvm^ lettre ou l'homélie du pseudo-Jérôme.
Voyons les principales afTirmations qui résultent, nettement formulées, de cette controverse :
Le dogme de la présence réelle est affirmé avec une netteté indiscutable dans ces trois écrits; inutile d'y insister, puisque les avis ne sont même pas unanimes à ranger Bérenger parmi les négateurs de cette présence. Voir Bérenger de Tours, t. ii, col. 727.
Ce n'est pas par l'impanation ni par l'union hypostalique avec le pain, Guitmond, 1. III, col. 1481; Alger, 1. I, 6, 8, col. 754-757, 765, c'est par la conversion du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ que se produit cette présence, Guitmond, 1. III, col. 1481, 1483, 1489, 1494, etc.; Alger, 1. I, 7, 9, col. 766, où les expressions sont telles, dit Kattenbusch (Steitz), qu'on s'attendrait à y rencontrer le mot « transsubstantiation », Bealer}cyclopâdie,1908, t. XX, p. 61, on renvoie par erreur à P. L., col. 760; Gore constate aussi que matériellement la transsubstantiation se rencontre enseignée par Guitmond et Alger, Dissertations on subjects connected witli the Incarnation, Londres, 1895, p. 264; Grégoire de Bergame, c. xxi, p. 85; c. xxvii, p. 104-107; c. xxx, p. 113, 116. Après cette conversion, les apparences sensibles continuent à exister, mais non dans le pain et le vin qui ont disparu. Guitmond, 1. II, col. 1450, etc. ; Alger, 1. I, 7; II, 1, col. 807, 809, 810; Grégoire, c.'xxi, p. 85; c. xxx, p. 113. Voir Eucharistiques (A^ccidents).
Cette conversion ne se produit pas par une nouvelle naissance ou création, ni par le processus de l'assimilation nutritive; le corps du Christ n'augmente pas par suite des consécrations multiples, pas plus qu'il ne diminue par le nombre ^des communions. Guitmond, 1. II, col. 1462, 1450; Alger, 1. I, 9, col. 766; 1. I, 15, col. 783; Grégoire, c. xxxii, p. 120-123. C'est le même corps que celui qui est né de la Vierge, mort sur la croix, monté au ciel. Alger, 1. I, 16, col. 786 sq. ; Grégoire, c. xxxii, p. 120. Ce corps du Christ, présent dans l'eucharistie, participe aux prérogatives de la spiritualité et de l'incorruptibilité; il échappe aux lois de l'espace, il est en même temps au ciel, dans l'hostie, en tous lieux; un des grands arguments de Bérenger, De sacra cœna, p. 195 sq., est réfuté ici. Guitmond,!. I, col. 1431, 1435-1438; Alger, \. I, 11, col. 771 sq.; 12, col. 772; Grégoire, c. xxxii, p. 123.
Il est présent tout entier sous chaque partie de l'hostie divisée; ce n'est pas ce corps qu'on rompt en rompant l'hostie : autre argument de Bérenger, De sacra cœna, p. 35, etc. ; Guitmond : unaquœqne particula... totuni corpus Christi, 1. I, col. 1435, 1436; tantum in portiuncula quantum in hostia, col. 1434; Alger, qui emprunte son expression à Pausle de Riez, op. cit., P. L., t. xxx, col. 273, peut-être en en modifiant légèrement le sens : tantum est in cxiguo quantum esse constat in toto, 1. 1, 15, col. 784; /;i fracto lotus, col. 785. Il est tout entier sous chaque espèce; .\lgcr, 1. I, 15, col. 785 : in utroque totus. Anselme et Arnoul de Rochester l'avaient dit aussi. Epist., 1. IV, epist. cvii, P. L., t. CMX, col. 255. En communiant, les mauvais le reçoivent ainsi que les bons. Guitmond, 1. in,col. 1491-M91;1. I, col. 1430; Alger, 1. 1,20, 21, col. 797 sq. ; Grégoire, c. xxxi, p. 117.
Sur la persistance de la présence réelle en cas de corruption des espèces, de manducation par les animaux, etc., voir Guitmond, 1. Il, col. 1448-1450; Alger, 1. Il, 1, col. 807-812. C'est ici que s'accuse la principale lacune dans l'ccuvre des deux théologiens, ce qui leur vaut une critique de Rcllarmin, De scriptoribus ecclesiastiris, Cologne, 1684, p. 164, 176; jils sont déroulés ici par l'attaque de leur adversaire qui
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semble avoir déconcerte beaucoup de leurs contemporains, Guitmond, 1. II, col. 1445, 1450; Alger, 1. II, 1, passim; nous y reviendrons en détail plus loin.
On peut voir, par ce court exposé, combien, à l'aurore du xii" siècle, les réponses aux attaques de Bérenger avaient fait progresser la théologie de l'eucharistie et l'expression du dogme. Voir dans Schnitzer, Bcrengar von Tours, Munich, 1899, p. 406- 410, un résumé de ces progrès. Guillaume de Saint- Thierry le constate franchement dans son traité De corpore et sanguine Doniini, dédié à saint Bernard, c. x, P. L., t. CLxxx, col. 359. L'émotion produite ne devait pourtant pas s'apaiser immédiatement partout. Des groupes de dissidents, des âmes troublées continuent à se rencontrer dans les cloîtres, dans les villes ou les campagnes, qui provoquent l'éclosion de nouvelles œuvres : apologies du dogme, exposés de la doctrine, réponses à des questions, etc. Comme on peut le voir plus loin dans les paragraphes consacrés aux traités spéciaux, aux correspondances, aux sermons de l'époque, etc., tout cela tient les esprits en éveil et suscite une analyse théologique plus minutieuse, dont les Sommistes seront les premiers à bénéficier. Voir plus bas les textes qui manifestent ces états d'âme. Nous nous contentons pour le moment de renvoyer à la Theologia d'Abélard qui constate que la controverse bérengarienne n'était pas encore close après 1120 : sed nec adhuc illam summam controversiam de sacramenlo allaris,uiruinvidelicei panis ille qui videiur figura iantum sit dominici corporis an etiam Veritas substanliee ipsius dominicie carnis, finem accepisse cerium est. Theologia christiana, 1. IV, P. L., t. CLXxviii, col. 1286.
2. Polémique contre les cathares, vaudois cl autres sectes hérétiques. — En même temps se lèvent d'autres catégories d'adversaires qui succèdent aux bérengariens et laissent une trace de leurs attaques dans les recueils systématiques des sentencicrs. C'est surtout dans l'ironie de certaines objections contre la présence réelle et la conversion du pain et du vin que s'accuse cette influence. Elle a son intérêt spécial, car elle nous donne la clef de beaucoup de ces opponitur des Libri Sententiarum; les difficultés proposées n'étaient donc pas toujours simple jeu d'école : elles avaient leur réalité historique et l'on ne peut que regretter de voir les Sommistes, fidèles à une habitude qui caractérise malheureusement presque tous les théologiens du moyen âge, ne pas nous livrer le nom de leurs adversaires et les cantonner impitoyablement dans l'anonymat.
Nos renseignements sur ces sectes hérétiques qui, sous le nom de cathares, de vaudois, de patarini, de bonshommes, de passagiers, etc., s'infiltrent un peu partout, mais se rencontrent compactes surtout dans le midi de la France et dans le nord de l'Italie, sont de nature un peu mêlée; presque tous proviennent de plumes catholiques : historiens et chroniqueurs, sermons antihérétiques, manuels de controverse, rapports et guides des inquisiteurs surtout et dépositions recueillies par les tribunaux ecclésiastiques. D'écrits hérétiques originaux, il ne nous reste que peu de chose et, en dehors de quelques indications secondaires, les réfutations systématiques que l'on possède ne remontent guère au delà des vingt dernières années du siècle. Ces considérations ont amené A. Réville, Les albigeois, dans la Revue des deux mondes, mai 1874, p. 44; Ch. Molinier, Un traité inédit du Mil" siècle contre les hérétiques cathares, Bordeaux, 1883, p. 10; Luchaire, Journal des savants, 1908, p. 20, dans l'analyse del'ouvragede Jean Guiraud cité plus bas; Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, Leipzig, 1903, t. IV, p. 853, note 1, à se montrer exagérément défiants vis-à-vis de « la tendance de ces juges et de ces
historiens, » ou de > la voix de ces juges devenus trop souvent des bourreaux. « Mais, à la suite de K. Schmidt,qui a établi la concordance des documents, dequelque pays et de quelque date qu'ils proviennent, Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois, Paris, 1849, t. ii, p. 3 sq., Jean Guiraud, approuvé par G. Monod, dans la Revue historique, 1907, t. xciv, p. 353, a montré la véracité de ces auteurs qui nous renseignent. Toutes les informations qu'ils nous fournissent, de {[uelque source qu'elles émanent ou dans quelques circonstances qu'elles se produisent, sont convergentes, et le plus mauvais service qu'eussent pu rendre ces écrivains à leurs ambitions d'apôtres ou de controversistes, eût été d'attribuer à leurs adversaires des erreurs imaginaires. Pour l'examen et l'appréciation des sources, nous renvoyons au beau travail de J. Guiraud, Le cartulaire de Notre-Dame de Prouillc, Paris, 1907, t. i, p. xix-xxxi, qui nous renseigne aussi sur la diffusion des erreurs albigeoises, p. cxxv sq., ccvn sq. La substantielle étude de K. Muller, Die Waldenser und ihre einzclne Gruppcn bis zum Anfang des xn Jalu-hunderts, dans les Theologische S Indien und Kritiken, 1886, t. lix, p. 665-732; 1887, t. lx, p. 45-146, permettra aussi de distinguer entre les cathares et les vaudois qui n'apparaissent que plus tard. Ceux-ci sont moins éloignés des catholiques que les cathares, avec qui on les confondra ensuite. Ce qu'ils nient surtout dans l'eucharistie, fidèles à leurs principes sur la situation des âmes dans l'autre vie, c'est l'efiîcacité de la messe pour les défunts. Bernard de Fontcaude, O. P., Liber adversus waldensium sectam, P.L., t. cciv, col. 793 sq. ; Ébrard de Béthune, Lifter contra waldcnses vcl antihœresis, dans la Bibliotheca Palrum, Lyon, t. xxiv, p. 15; Luc de Tuy en Galice, De altéra vila fldcique controversiis, ibid., t. xxv, p. 194 sq. Cf. K. Muller, loc. cit., 1886, p. 706; 1887, p. 69. Les hérétiques qui suivent Pierre de Bruys dans la France méridionale sont plus radicaux en cette matière. Pierre le Vénérable, Adversus petrobrusianos, P. L., t. clxxxix, col. 788 : Si hœrcsis hœc vestra Berengerianis limitibus contenta csset. D'autres groupes, de dénominations diverses, se rencontrent encore en Allemagne, en France, dans les pays rhénans, en Campine, dans les Pays-Bas, etc. Les plaintes découragées de saint Bernard, Epist., ccxli, P. L., t. CLxxxii, col. 434 sq.; d'Innocent 111, Epist., 1. X, epist. Lxx, dans Bouquet, Recueil des historiens des Gaules, t. xix, p. 490, d'Eckbert de Schonau, Sermones contra catharos, i, 1, P. L., t. ccv, col. 13, etc., en disent long à ce sujet. Voir aussi Vacandard, Sainl Bernard, 3<= édit., t. ii, p. 222; Hauck, op. cit., t. IV, p. 856, etc. Du point de vue qui nous occupe, cette distinction a moins d'importance, puisque nous n'examinons ici ces attaques hérétiques que dans leur influence sur le développement de la théologie de l'eucharistie.
Ces objections des sectes hérétiques contre l'eucharistie au xii« siècle nous sont attestées par le cistercien Pierre de Vaux-Cernay, Historia albigensium, dédiée à Innocent III, c. ii, P. L., t. ccxiir, col. 546, qui nous fournit aussi le plus ancien témoignage sur la distinction trop oubliée, au xvi": siècle et ensuite, entre cathares et vaudois, par les sermons d'Eckbert de Schonau, Sermones contra catharos, I, 1; XI, P. L., t. cxcv,col., 15, 84 sq., ou de Raoul l'Ardent, Homil., xix, in epistolas et evangelia dominiea, P. L., t. clv, col. 2011, qu'il faut désormais placer dans la deuxième moitié du xii« siècle, Geyer, Rad. Ardens und das Spéculum univcrsale, dans Tiibinger Theolog. Quartalschrifl, 1911, p. 63- 89; par les lettres des légats contre l'hérésie albigeoise en 1178, dans Roger de Hoveden qui les donne in
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extenso : Chronica, pars posterior, édit. Stubbs, Rerum britannicarum medii eevi seriptores, t. li, 2, p. 157, 163; par le Liber adversus waldensium (en réalité calharorum) sectam, c. ix, P. L., t. cciv, col. 828 sq. ; par les révélations d'anciens cathares convertis, tels que Ermangaude, Contra hsereticos opusculum, c. XI, P. L., p. cciv, col. 1251-1255 (cf. aussi la note du manuscrit cité par Gretser, Opcra omnia, Ratisbonne, 1728, t. xii b, p. 111; il s'y agit des cathares, non des vaudois, malgré le titre donné par Gretser); ou Bonaccorsi, IManifcstatio heeresis calharorum, P. L., t. cciv, col. 777; Adversus hœrcticos, c. vu, ibid., col. 782; par la Gemma ecdesiastica de Girauld le Cambrien, en 1198, i, 11, édit. Brewer, dans les Rerum britannicarum medii eevi seriptores, t. XX, p. 40; par le Liber adversus hœreses, imprimé dans l'édition d'Amboise, en appendice aux œuvres d'Abélard, c. xi, P. L., t. clxxvih, 1834-1837; voir le Consolamentum cathare, c. xiv, ibid., col. 1843. La plupart de ces attaques contre l'eucharistie sont réunies par Alain de Lille au 1. I, 57, de son Contra hsereticos libri quatuor, P. L., t. ccx, col. 359-360, dont on a voulu lui enlever la paternité sans raison, sur la foi d'un seul manuscrit (Avranches, 135, fol. 125), au profit d'un inconnu, Alain du Puy. Cf. Ravaisson, Rapport sur les bibliothèques de l'Ouest, Paris, 1841, p. 157; Schmidt, op. cit., t. ii, p. 234. Ilauréaua rétabli les droits d'Alain de Lille. Notices et extraits des manuscrits, 1886, t. xxxii, 1" partie, p. 7-10. Ce sont ensuite Rainier Sacchoni, converti lui aussi et entré dans l'ordre dominicain, qui écrit vers 1240 sa Summa fratris Reinerii de catharis et leonistis, dans Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, t. v, p. 1763, etc. Citons encore, parmi les documents qui nous renseignent sur la persistance de ces erreurs sur l'eucharistie, les guides pratiques mis aux mains des inquisiteurs ou des prédicateurs, comme celui de Moneta de Crémone (f 1235), intitulé : Summa adversus catharos et valdenses, Rome, 1743, 1. IV, c. III, p. 295 sq., ou la Disputatio inter catholicum et paterinum hœrelicum, c. vu, dans Martène et Durand, op. cit., t. V, p. 1728 sq., ou plus tard la Praclica inquisitionis hœreticœ pravitatis, de Bernard Gui (-]• 1331), part. V, c. I, 1; et II, 4, édit. Mgr Douais, Paris, 1886, p. 238, 247, etc. Les diverses Sommes des autorités, à l'usage des prédicateurs du xii" siècle dans le midi de la France, montrent la même extension des attaques contre l'eucharistie : Summa h:rrclicos, Compilatio autorilatum, etc. Douais, La somme des autorités, etc., Paris, 1896, p. 56, 95, 132, etc.
Un autre groupe de dissidents, qui fait parler de lui un moment au xii" siècle, dirige aussi quelques atta- (jucs contre le sacrement de l'autel : c'est le groupe des partisans d'Amaury de Bène, dont le traité. Contra amaurianos, écrit vraisemblablement par le cistercien Garnier (Wcrner) de Rochcfort, évoque de Langres, avant 1209, cf. Baeumkcr, Ein Traktat rjegen die Almariciancr, Paderborn, 1893, p. 12-18, ouJahrbuch fUr Philosophie und spckulative Théologie, 1893, t. VIT, nous a conservé les principales objections; elles sont d'ordre cosmologique, mais se ressentent aussi des idées bérengaricnncs, op. cit., c. xi et xii : Corpus Domini est ubique, adoratur in pane simplici, p. 56-67. Les doctrines des partisans de David de Dinan, voir t. iv, col. 157, ont aussi des corollaires qui regardent l'eucharistie comme les autres sacrements. Une liste des erreurs aniauricieiines est fournie par Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, t. IV, p. 163, et par Deniflc-Châtelain, Charlularium universilatis Parisiensis, t. i, p. 72. Voir aussi le concile de la province de .Sens, tenu à Paris en 1210. Mansi, Concit., t. xxii, col. 809, 801. L'erreur ubiquiste y est franchement aflirmée par les hérétiques.
Un premier fait à noter, parmi toutes ces objections, est leur dépendance étroite vis-iVvis des objections hcrengariennes. Le mot de Bérenger et de ses partisans, que rapportent Pierre de Cluny, Tractatus adversus petrobrusianos, P. L., t. clxxxix, col. 799, et Roger de Croix-Saint-Lcufroi, Guitmond, De corporis et sanguinis Domini veritate, 1. II, P. L., t. cxLix, col. 1450, sur l'impossibilité, pour le corps du Christ reçu par les fidèles, de se maintenir dans son intégrité, même s'il avait les dimensions d'une tour immense ou d'une montagne, se retrouve chez les cathares et ailleurs, par exemple, sur les lèvres de cette hérétique de Coblentz dont parle Eckbcrt de Schônau, op. cit., serm. xi, P. L., t. cxcv, col. 92; mais ici la comparaison se fait avec la croupe d'Ehrenbreitstein, située en face de la ville. Elle se rencontre encore chez les hérétiques du midi, au témoignage de Pierre de Vaux-Cernay; mais cette fois il s'agit des cimes des Alpes. Op. cit., c. ii, P. L., t. ccxiii, col. 546; ou Recueil des historiens des Gaules, t. xix, p. 6. Au xiii« siècle, l'Italien Moneta le place encore parmi les objections que doit atteindre le travail apostolique du bon prédicateur. Op. cit., p. 300, 301.
La principale affirmation des sectes est dirigée contre la conversion du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ; c'est contre elle qu'ils concentrent tous leurs efforts, en niant absolument sa possibilité, fidèles en cela à leurs idées sur la matière, ou en accumulant contre elle des arguties de nature diverse qu'il serait oiseux de détailler ici. On les retrouve chez les Sommistes en grande partie. Ce n'est pas du reste un des côtés les moins curieux de ce chapitre dans l'histoire de la théologie que de voir les minuties dialectiques, celles, par exemple, tirées du démonstratif hoc, hic, dont abusaient les bércngariens, passer dans les sectes et de là dans la réfutation des Sommistes du xii« siècle, avec les longues discussions sur ce qui sera appelé plus tard la suppositio de ces termes, par exemple, Pierre Lombard, Sent., 1. IV, d ist. X, X I ; Pierre de Poitiers , Sententiœ, 1. V, 1 1 , P. L., t. ccxi, col. 1244; Alain, Contra hœreticos, l, 61, P. L., t. ccx, col. 365; Innocent III, De sacro altaris mijsterio, \. IV, 17, P. L., t. ccxvii, col. 868; Liber adversus hœreses, 11, P. L., t. clxxviii, col. 1834.
Remarquons en passant combien ces objections des sectes hérétiques, lidèies en cela à la ligne tracée par Bérenger, mêlaient adroitement les subtilités dialectiques aux objections d'ordre vulgaire, ou plutôt partaient d'objections palpables qui devaient faire impression sur l'esprit des foules, pour asseoir sur ces premières attaques tous les développements que peut se permettre une encombrante dialectique.
Une autre objection, que relate encore Moneta au xiii"^ siècle, porte sur l'augmentation quantitative du corps du Christ résultant des consécrations quotidiennes : augmentation due à des substances étrangères et à laquelle la Vierge Marie, sa mère, n'a point eu de part. Les Sommistes semblent s'en être préoccupés beaucoup, par exemple, Roland, Sententiœ, édit. Gletl, p. 223-226, la Summa sentent iarum, IV, 4, P. L., t. cLxxvi, col. 111; les Sententiœ divinitatis, édit. Geycr, p. 132; Pierre de Poitiers, op. cit., 1. V, 12, P. L., t. ccxi, col. 1246-1247; Pierre Lombard, Sent., I. IV, dist. XI, 2; Alain de Lille, op. cit., L 57, P. L., t. ccx, col. 359. Elle se rencontre jusque dans le canon /•"/r//ii7cr du concile de Lalran. Le reproche de fourberie ou d'illusion (dcccptio) que nous trouvons chez les pétrobrusiens et ailleurs, IMcrre le Vénérable, op. cit., P. L., t. clxxxix, col. 787, est rencontré par les Sommistes, Roland, op. cit., p. 228, par l'anonyme de Saint - l-'lorian, fol. 162, Giell, p. 228; \csScntentia: divinitatis, I.V, p. 134; Alain de Lille, Rrgulic iheologirw.Hn , P. L., t. ccx, col. 678, etc.
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Les objections d'ordre cosmologique du traité Contra amaiirianos, c. xi, xii, et d'autres sectes, se retrouvent chez les Sommistes, notamment chez Pierre de Poitiers, op. cit., 1. "V, 12, 13, P. L., t. ccxi, col. 1250 sq., auquel on a un moment attribué la paternité de cet écrit polémique. Cf. Bacumker, op. cit., p. 12-13. Celles qui prennent comme point de départ la manducation des saintes espèces par les animaux, le processus de la digestion, etc., se retrouvent un peu partout. Cf. Alain de Lille, op. cit., I, 57, ibid., col. 359-360, et les Sommistes cités plus loin.
Des allusions aux mêmes séries d'objections se rencontrent à la fin du 1. I de Hugues de Rouen (f 1164) ou de Reading, Contra hœreticos. Cf. 1. I, xiv, P. L., t. cxcii, col. 1271-1272, qui contient un excellent chapitre sur l'eucharistie; mais il est dans l'erreur quand il s'agit des ministres excommuniés. On y trouve un résumé de la doctrine, en opposition aux affirmations courantes des groupements hérétiques. Voir aussi Pierre le Vénérable qui traite longuement le chapitre de la « conversion ». Op. cit., P. L., t. clxxxix, col. 799-808.
3. Conciles contre les sectes hérétiques. — Le xii<^ siècle ne nous présente pas, comme la seconde moitié du xi^, une série de réunions conciliaires qui aient pour objet spécial le dogme de l'eucharistie. Signalons seulement celles qui édictent des canons faisant écho aux erreurs des cathares et des autres sectes hérétiques, par exemple, ceux du concile de Lombers, près d'Albi, en 1176, Mansi, t. xxii, col. 162 et 159, qui ne reconnaissent qu'au prêtre le pouvoir de consacrer et affirment la vertu toute-puissante des paroles consécratoires, malgré l'indignité du ministre; la lettre de Lucius III à l'époque du concile de Vérone (1183-1184), qui constate les erreurs relatives à l'eucharistie, etc., Mansi, ibid., col. 477, ou les décisions du concile d'Oxford en 1161 qui s'oppose à l'expansion des sectes hérétiques en Angleterre. Mansi, t. xxii, col. 1147-1148. En 1210, le concile de la province de Sens, tenu à Paris, s'occupe des amauriciens, dont une des erreurs consiste à ne reconnaître aucune efficacité aux paroles de la consécration : elles ne produisent pas la présence réelle, elles la constatent, subesse ostenditur. Mansi, t. xxii, col. 809, 801. D'autres conciles s'occupent du respect que les fidèles et les prêtres doivent au sacrement. Rouen, 1187, can. 3. Mansi, ibid., col. 677, etc. Quelques décrets portent le reflet des discussions de l'école sur des cas de rubrique importants; l'un d'eux suppose une décision ferme entre deux avis contradictoires à propos de l'élévation et du moment de la transsubstantiation, York, décret 1, ibid., col. 653, et Eudes de Paris, c. V, et Communia prœcepta, 22, 28, ibid., col. 681- 682. A la veille du concile de Latran de 1215, il faut mentionner encore la profession de foi imposée aux vaudois dans les lettres d'Innocent III, de 1208, à l'archevêque de Tarragone, de 1210, etc., P.i,., t. ccxv, col. 1510; t. ccxvi, col. 269, 274, etc.
2° Traités divers sur l'eucharistie. — 1. Lettres, consultations, etc. — La diffusion de ces erreurs et l'attention donnée aux mystères eucharistiques explique aussi le grand nombre de traités, de consultations, de lettres, de sermons, etc. — et l'inédit n'est pas à la veille d'être connu tout entier — qui parlent du saint-sacrement au xiii^ siècle. Beaucoup de ces traités sont rédigés sous forme de lettres ou de consultations, dans le genre de celle de Guitmond d'Aversa interrogé par un correspondant, Erfast, sur les comparaisons de la Trinité avec la sphère, sur le mystère de l'autel, etc. P. L., t. cxlix, col. 1501. Remarquable est la courte lettre de saint Anselme, à l'aurore du xii^ siècle (est-elle vraiment de lui ? comme le veut sans équivoque l'Histoire littéraire de la France,
t. IX, p. 439); la tradition manuscrite n'est pas concluante; la terminologie et la forme de l'écrit trahit, beaucoup i)lus qu'une rédaction épistolaire,un extrait de traité di(l;ictique qui passe en revue les questions des écoles du xui'= siècle; elle les suppose déjà presque toutes et les aligne à la file en résumé sans guère d'originalité; comparer aussi avec la Responsio ad Walerani querelas, c. ii, P. L., t. clviii, col. 553, et avec les Sententiœ divinitatis, p. 133, pour les exemples cités, ibid., col. 256, qui résume avec beaucoup de précision, de sobriété et d'exactitude nous dirions volontiers ce qui sera l'enseignement scolaire — car il anticipe sur l'avenir ■ — sur divers points de la théologie de l'eucharistie. A signaler ce qu'il dit de la concomitance, cf. Loofs, Leitfaden der Dogmengeschichte, 4« édit., p. 504 : in acceptione punis totum Christum Deum et hominem et in acceptione sanguinis similiter totum accipimus, P. L., t. clxix, col. 255- 258 ; sur les espèces qui sont broyées par la manducation, transportées, etc., col. 256, et sur l'erreur de ceux qui soutiennent qu'on reçoit le corps sans l'âme; on peut en rapprocher Roland Bandinelli, op. cit., édit. Gietl, p. 226-227.
Une lettre de réelle valeur dans le développement théologique du xii« siècle est celle d'Arnoul de Rochester (f 1124), ancien élève de Lanfranc, en réponse aux cinq questions d'un confrère, nommé Lambert, sur divers usages eucharistiques; la maladie lui avait permis de mûrir sa réponse pendant deux ans. On peut en rapprocher les idées de saint Anselme sur la diversité des rites et des coutumes liturgiques, voir plus loin ; mais c'est surtout à propos de la présence du Christ sous chacune des deux espèces que la lettre vaut la peine d'être signalée; sa date ajoute encore à son importance. D'Achery, Spicilegium,PaTis, 1681, t. II, p. 431-444. Elle n'est pas reproduite dans Migne.
Le court morceau de Geoffroy de Vendôme (f 1132) : Tractatus de corpore et sanguine Domini, P. L., t. cl vu, col. 211-214, est plutôt une espèce de profession de foi très nette, qui laisse percevoir encore la trace du trouble semé par la controverse bérengarienne; elle est fort claire sur la conversion, col. 212 : aucune spéculation, mais simple affirmation de la doctrine qui s'en remet, pour le quomodo, à la toute-puissance créatrice, si souvent invoquée par Guitmond, Alger et avant eux par Paschase, etc. : Qui talia quaeris, noli errare, col. 213.
La consultation de Guibert de Nogent (f 1124) : Epistola de buccella Judœ tradita et de verilatc corporis Chrisii, P. L., t. clvi, col. 527-532 (la fin des ch. ivet v traite de tout autre chose; à part quelques lignes, col. 534, c'est le commentaire dellIReg., xvii, 3-15) répond à la double question communiquée par Sigefroid de Saint-Vincent sur la communion de Judas: question fort débattue, à cause des avis contraires de saint Augustin et de saint Léon d'une part, de saint Hilaire et de Victor de Capoue de l'autre; cela explique aussi sa présence chez tous les Sommistes, ou peu s'en faut, jusqu'à Innocent III. Cf. S. Bernhard, War Judas der Verràter bei der Einsetzung der ht. Eucharistie gegenwartig, dans Zeitschrift fiir katholische Théologie, 1911, t. xxxv, p. 30 sq. Rupert de Deutz a soutenu même une polémique sur ce sujet, avec un maître réputé, qu'il ne nomme point. Super qusedam capitula regutœ S. Benedicti, i, P.L., t. clxx, col. 496. Guibert résout la question affirmativement : Judas a communié vraiment, mais cette communion a eu lieu en même temps que celle des autres apôtres, et non avec la buccella panis reçue des mains du Sauveur. Sur ce premier problème s'en greffait un second, connexe avec celui de la manducation du corps du Christ par les mauvais : notre sacrement de l'eu-
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charistie n'est qu'une ombre, puisque Judas l'a reçu. Ibid., col. 529. Guibert répond à ces objectiunculas, c. III, col. 530, non sans une pointe d'ironie, par des arguments a fortiori (comparaison avec les anciens sacrifices, avec les figures bibliques) et en appelle à la toute puissance divine, en citant les exemples classiques de l'Ancien et du Nouveau Testament. Ibid., col. 531-532.
La lettre de Gilbert de la Porée, P. L., t. clxxxviii, col. 1255-1258, à l'abbé de Saint-Florent, près Saumur, s'occupe d'un cas de rubrique (double consécration de la même hostie) stipulé dans les recueils de droit canon; elle trouvera sa place ailleurs. Voir Messe. Celle d'Yves de Chartres, EpisL, ccli, P. L., t. cLxii, col. 257, porte sur un cas de morale (communion d'un malade pris de vomissements); celle de saint Bernard, Epist., lxix, n. 2, 3, P. L., t. cLxxxii, col. 179-182, sur la consécration d'un calice vide et la pénitence du prêtre, coupable de négligence; sainte Hildegarde, Epist., xlvii. Par contre, la consultation de Hugues Métel roule en plein sur la présence réelle; la réponse laisse voir les inquiétudes persistantes dues aux erreurs bérengariennes. Epist., XXVI, xxxiii, dans Hugo, Sacrée antiquilatis monumenta. Estival, 1725, t. ii, p. 361, 372; P. L., t. CLXXXVIII, col. 1269. C'est un moine, Gérard ou Gerland (à en juger par certains traits du contenu, nous croyons avec Mabillon, Vetera analecta, Paris, 1723, p. 476, contre Hugo, op. cit., p. 372, note, que les deux lettres s'adressent au même correspondant) qui pose à Hugues Métcl deux questions : la première traite de la communion quotidienne, Epist., xxvi, p. 361 ; la seconde a pour objet la présence réelle. Epist., XXVI, XXXIII, ibid., p. 372. Le moine est tourmenté à ce sujet par certains textes de saint Augustin ; l'on se demande même, à en juger par les objections que rencontre Hugues Métel et par une de ses expressions : figura, ut fert lecum multorum opinio, imo multorum errantium mullus error, ibid., col. 373, si son correspondant n'a pas versé dans l'erreur bércngariennc. Hugues, un peu verbeux comme d'habitude, y répond par divers textes et, finalement, par la foi de l'Église romaine : validissimum argumentum, col. 363, 374. C'est ce qu'avait fait aussi Grégoire de Bergame, De vcritate corporis et sanguinis Domini, c. XXIX, p. 112-123. Ces anxiétés du correspondant de Hugues peuvent servir de commentaire aux réflexions de Pierre Lombard dans son traité sur l'eucharistie .De intclligentia quorumdam uerborum ambiguorum, Sent., 1. IV, dist. IX, 3, ou de la Summa scntentiarum, vi, 9, P.L.ft. CLXxvi, col. 145-146. On peut en rapprocher la note judicieuse que joint au dossier patristique de l'eucharistie une lettre d'Anaslase de Cluny, P. L., t. CLix, col. 435, 436, dans les dernières années du siècle précédent : Si diligcnter quœsicris... invenies procul dubio onmes (il a énuméré une dizaine d'écrivains ecclésiastiques) concordarc et nullatcnus discordare. Un correspondant d'Yves de Chartres, Heiméric, a les mêmes difficultés à propos de saint Augustin, Epist., ccLxxxvii, P. L., t. CLXii, col. 285-288 : item dixisti te hœrere in quibusdam verbis beati Auguslini. Ibid. ,co\. 286. Le reste de la lettre d'Yves répond à la question si fréquemment débattue chez les Sommistes. Cf. Hugues de .Saint-Victor, De sacramentis, 1. II, part. VIII, c. in, P. L., t. ci.xxvi, col. 462-464 : ulrum... Christus antc passioiiem suam dederit corpus suum passibile/U la résout par l'afTirmativect conformément au mode de l'argumentation scolaire qui s'affirme de plus en plus; il ne trouve ni dans Vauctoritas, ni dans la ratio rien qui s'y oppose. Une série de chapitres, à la fin du I.iber de corporc et sanguine Domini, développe la même idée {pic les correspondants d'Yves et de Hugues Métcl sur les obscurités du lan-
gage des Pères, c. xi, xii, P. L., t. clxxx,co1. 359-366, et trahit l'anxiété d'un certain nombre d'esprits, ibid., col. 359; il groupe et résout quelques-unes des difficultés d'expression auxquelles fera allusion Pierre Lombard avec les autres Sentenciers. L'auteur est un des adversaires les plus en vue des excès dialecticiens de Guillaume de Saint- Thierry, qui a, en divers endroits de ses écrits, des lignes d'une psychologie vécue sur les retours offensifs du doute dans une âme, par exemple. Spéculum fidei,P.L., t. clxxx, col. 374. Les chapitres précédents du Liber contiennent d'excellentes choses sur la conversion, le miracle de la transsubstantiation, c. IV, les accidents, la présence en tout lieu, la nécessité de la présence, c. ii, etc. Il en va de même avec la lettre à Rupert de Deutz, ibid., col. 341-344, dont nous reparlerons plus loin à propos de l'impanation. Robert de Melun, ou le disciple qui amplifie sa Somme (manuscrit de Bruges, 191), reprend dans une longue préface, fol. 5, les idées de Guillaume sur le langage des Pères; quelques passages en ont été donnés par Denifle. Die Sentenzen Abaelards und die Bearbcitungcn seincr Theologia vor Mitte des su Jahrhunderts, dans VArchiv fiir Literatur und Kirchcngeschichle des Mittelallers, 1885, t. i, p. 618, n. 3.
La voyante de Bingen, sainte Hildegarde, reçoit aussi des consultations sur le mystère de l'eucharistie. A un prêtre qui lui demande ce qu'elle voit quand un prêtre digne, ou un prêtre indigne, s'approche de l'autel, la « sybillc du Rhin » répond : Et itcruni vidi quod si sacerdos... dignitate sanctitatis caret, si tamen per ligaturam superioris magistri ligalus non est, virtus altissimi miracula in cadem oblalione operalur. Epist., XLiii, P. L., t. cxcvii, col. 212, 213. A part cet écho des controverses sur la valeur des sacrements, que nous retrouverons d'ailleurs amplement développé chez les Sommistes, cette lettre contient peu de chose au point de vue dogmatique. Plus intéressante est la lettre Adprœlatos moguntinenses, Epist., xh\ii, ibid., col. 218-243, écrite à soixante-treize ans, ibid., col. 229, qui contient, à côté de quelques comparaisons vicieuses, des passages sur la transsubstantiation, col. 224, sur les espèces, col. 225, sur la communion des apôtres qui ont reçu le corps « impassible », col. 226, sur la communion des malades, col. 227, etc.; un cas de rubrique y est imparfaitement résolu, col. 225.
En même temps que ses travaux liturgiques cités plus bas, le célèbre Honoré d'Autun a composé, à la demande d'un de ses confrères voué au ministère des âmes, un court traité sur l'eucharistie : Eucliaristion seu Liber de corporect sanguine Domini, P. L.,l. clxxii, col. 1249-1258, destiné, dans sa pensée, à un plus grand nombre de lecteurs. Cf. le prologue, ibid., col. 1249. L'ouvrage est intéressant par la note plus personnelle qui s'y accuse et surtout par l'échappée de vue qu'il ouvre sur les préoccupations populaires : on y voit encore la trace des attaques des sectes hérétiques dans le peuple, par exemple, sur l'augmentation ou la diminution quantitative du corps du Christ, c. I, col. 1250; c. ii, col. 1251, ou sur l'appellation de sacramentum, vcl figura, c. viii, col. 1254; en même temps s'y reflètent les questions débattues dans les écoles : par exemple, liinc qiiwritur, solct quœri, etc., c. v, vi, col. 1252, 1253, sur la valeur de la consécration jiar les mauvais prêtres, c. x, col. 1255, etc. S'il est très net sur la conversion : panis in corpus substantialiter i>crtatur,c. ix, col. 1255, ce qu'il dit sur les hosties mangées par les animaux est singulier, col. 1255. Voir plus loin. Remarquons le soin qu'il prend de donner comme point de départ à sa dissertation, le trifarie corpus Domini dicitiir, c. xi : le corps né de la Vierge, le corps présent â l'aulcl, le corps mystique ou l'figlise. L'insistance sur ce dernier point s'cxi)lique entre autres choses, chez Honoré
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comme chez d'autres auteurs médiévaux, par la vogue des règles exégétiques de Tyconius, diverses fois résumées, mises en vers, etc., au moyen âge. Voir 7/a régula, de corpore hiperpiio Domini, dans Burkitt, The book of rulcs of Tyconius, dans Texts and sludies for biblical and patrislical literaturc, Cambridge, 1894, c. III, 1, p. 8. Innocent III l'invoque expressément. Voir plus loin. Enfin, signalons aussi la place faite par suite à l'incarnation, c. m, col. 1250- 1251, tout comme chez Odon de Cambrai, Nicolas d'Amiens et quelque peu aussi Guillaume de Saint- Thierry; chez Rupert de Deutz, comme chez tous les mystiques, elle est fort importante. Voir plus loin.
Parmi les courts morceaux qui placent le mieux les essais de systématisation des Sommistes dans le milieu des questions débattues à ce moment, il faut mettre les quelques pages d'un abbé Abbaud, d'une abbaye non nommée et qui, dans son exposé De fraclione corporis Domini, va jusqu'aux extrêmes du plus grossier capharnaïtisme. Il attaque peut-être Abélard et, sûrement, l'un des dialecticiens Sommistes de son temps. C'est encore une fois à Mabillon que nous devons cette pièce intéressante dans l'histoire de la théologie eucharistique, il l'a tirée d'un manuscrit du monastère de Saint-Père de Chartres. P. L., t. clxvi, col. 1339 sq.; Mabillon, Vetera analecta, Paris, 1723, p. 52-55.
Plus éloignée de ces controverses et par sa date et par son objet — le début la ferait ranger parmi les lettres de direction — est la lettre de Pierre de Blois, EpisL, cxL, P. L., t. ccvii, col. 416-422, à un jeune diacre d'Angleterre sur l'étude des sciences sacrées, oùil donne comme exemple de la profondeur des mystères les merveilles de l'eucharistie : exposé théologique fort remarquable, dans lequel l'auteur a bénéficié des progrès réalisés par les écoles pour l'expression des divers points du dogme : pane et vino transsubslanlialis... accidentia sine subjecio rémanent et apparent. Ibid., co\. 420-421. La réponse de Baudouin de Cantorbéry (f 1190), encore moine de Zordes (comté de Dorset), pensons-nous, à ce moment, est beaucoup plus développée, mais se ressent tout autant que la précédente de ia marche progressive de la théologie. Liber de sacramento altaris seu Epistola, P. L., t. cciv, col. 641-774. Elle est adressée à Barthélémy, évêque d'Exeter, son protecteur, qui l'avait consulté. Notons toutefois qu'il s'y rencontre des répétitions, col. 674, 675, etc., des différences d'allures, tantôt exposé de foi, tantôt discussions dialectiques, fragments exégétiques, col. 687 sq., paraphrases liturgiques, col. 625 sq., etc., qui font planer un doute sur l'authenticité de certaines parties. Signalons, dans l'état actuel de la pièce, la défense du mot transsubstanliatio, tout comme celle de l'ôaoo'jcriov, malgré le silence de la sainte Écriture, col. 662, et les pages finales sur la théologie de la conversion, des accidents, etc., col. 770-773 : fragments d'un cours scolaire ou d'un cahier d'étudiant qui nous donne les échos d'un enseignement tel qu'on en trouve chez Roland ou la Summa. \ Baudouin nous a laissé, en outre, un Tractatus de sacramento eucharistise, où il insiste notamment sur la foi à ce mystère. Ibid., col. 408-410. Citons encore, parmi les cisterciens, Ernald de Bonneval (f 1186), qui expose la doctrine eucharistique dans son De cardinalibus operibus Christi, c. vi, P. L., t. clxxxix, col. 1641-1650).
2. Sermons. — Si la prédication de l'époque parle fréquemment de l'eucharistie, l'absence d'une fête du saint-sacrement (la fête du Corpus Christi n'apparaîtra, comme on le sait, qu'au xiii» siècle) ne place pas de sermons sur le sacrement de l'autel, dans le cycle liturgique ordinaire de l'année, excepté au jeudi saint; encore beaucoup de ceux qui nous sont con-
servés pour ce jour ont pour sujet le lavement des pieds. Il n'y a pas lieu d'essayer de donner une nomenclature complète (impossible dans l'état actuel de l'inédit). Contentons-nous de citer ici quelques spécimens. Pierre de Celles (■}- 1187) emploie diverses fois le mot de transsubstantiatio dans ses nombreux sermons, In cœnaDomini, serm. xxxv-xli, P.L., t. ccii, col. 740-770, voir plus loin, et y a des pages excellentes sur la doctrine eucharistique. Signalons encore le Serm.,-Kxxix, in cœnaDomini, 6, qui parle surtout de la communion, le Serm., xxxx, 7, contient une espèce de résumé de la doctrine des écoles, et le Serm., xl, 8, où vient le mot Iranssubstantiare. Ibid.,
Plusieurs, parmi ceux qui ont été faussement attribués à Hildebert de Lavardin, contiennent des passages qui méritent l'attention, surtout le fameux Serm., xciii, où intervient le mot transsubstantiatio dans une exhortation aux prêtres, P. L., t. clxxi, col. 776; il est l'œuvre de Pierre Comestor (f 1184). Hauréau, Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, 1887, t. xxxii, 2" partie, p. 41 (de l'extrait).
Un autre, qui a beaucoup de chances d'être composé par Geoffroy Babion, insiste sur les dispositions requises, Ser/n., liv, P. L., t. cl-xxi, col. 601-606; Hauréau, op. cit., p. 31, sur la conversion du pain et du vin, col. 501, par la toute-puissance divine, sur les effets de l'eucharistie, col. 603-604.
Les Serm., xvi et xviii, du cistercien Garnier de Rochefort (f 1199, ou mieux, vers 1210), évêque de Langres,sont mêlés de beaucoup de symbolisme, mais reflètent les doctrines scolaires. P. L., t. ccv, col. 673,
Un sermon, qui se rencontre dans les Deflorationes SS. Palrum, 1. I, P. L., t. clvii, col. 909-911, attribuées à Werner de Saint-Biaise (cette attribution est douteuse), soulève une question liée à celle de l'authenticité de certaines œuvres d'Honoré d'Autun. Cf. Kelle, dans Sitzungsberichte der k. k. Akademie der Wisscnschaften in Wien. Philos, histor. Klasse, 1901,
1902, 1903; Endres, dans Historisches Jahrbuch,
1903, t. XXIV, p. 827; Philosophisches Jahrbuch, 1903, t. XV, p. 455, etc. Il se fait remarquer par quelques emprunts aux textes des collections canoniques et ses passages sur la communion sous une seule espèce, col. 910, la conversion, col. 910, et la consécration par tous les prêtres bons ou mauvais, col. 911, etc. Notons ici en passant la note qui suit le m» sermon sur le jeudi saint : de separatione animœ et corporis in Christo, col. 914-916, et qui rappelle, outre un écho de Pierre Lombard, Sent., 1. III, dist. XXI, 1, les controverses auxquelles est mêlé, en Bavière, Gerhoch de Reichersperg.
Vers la fin du xii^ siècle, en France, nous rencontrons Raoul l'Ardent, cf. Geyer, art. cit., dans la Tiibinger theologische Quartalschrift, 1911, qui a un substantiel sermon sur l'eucharistie, P. L., t. clv, col. 1833, etc., Homil., xlviii, in episl. et evang. dominica. Il s'y exprime nettement sur les accidents, col. 1834, le sacramentum communionis et la raison de cette dénomination, col. 1834, les paroles de la forme : Hœc est forma verborum quam dum sacerdos profcrt, sacerdos invisibilis panem convertit in corpus suum, col. 1835; des échos s'en rencontrent peut-être jusque dans la prédication allemande de ce siècle. Voir le sermon du prêtre Conrad, An dem Antlazlage, n. 30, dans Schônbach, Altdcntsche Predigten, Graz, 1891, t. m, p. 70.
Les sermons en langue vulgaire publiés par Schônbach contiennent beaucoup d'extraits empruntes plus ou moins textuellement aux maîtres des écoles françaises, à Pierre Lombard surtout, iftirf., p. 70, et
EUCHARISTIE AU XIP SIECLE EN OCCIDENT
passim, à Honoré d'Autun, à Rupert, etc. Voir t. m, n. 97, p. 222-224, sur la transsubstantiation, etc.; t. II (1888), n. 2, p. 77-80, sur l'eucharistie, avec des emprunts au n. 38 du pseudo-Hiklebert, P. L., t. CLXxi,col.535,etc.
3" Œuvres cxégéliqiies. — • Avec les sermons qui ont pour sujet l'exégèse des textes eucharistiques de l'Ancien ou du Nouveau Testament, il faudrait parler aussi des commentaires proprement dits. L'exégèse scripturaire, fort féconde à ce moment et si peu originale, a fréquemment entremêlé de développements théologiques les pages relatives à l'eucharistie. Citons Brunon de Segni, voir plus loin; Rupert de Deutz, dont il faudra reparler à propos de l'impanation; Bruno le Chartreux, Expositio in psalmos, Ps. xxi, P. L., t. CLii, col. 725; Expositio in Episiolas S. Pauli, I Cor., c. V, x, P.L., t. CLiii,col. 148, 176, etc. Nous avons déjà parlé des sermons de saint Bernard sur le Cantique des cantiques, Serm., lxv, lxvi, P. L., t. CLxxxii, col. 1087 sq., où il s'en prend aux sectes hérétiques. Son continuateur Gilbert de HoUand, abbé de Swineshead, dans le diocèse de Lincoln, depuis 1164, a aussi une page excellente sur la théologie de l'eucharistie. In Canlica, serm. vu, n. 8, P. L., t. CLxxxv, col. 46-47. Le commentaire fort célèbre au xii* siècle de Raoul de Saint-Germer en Flaix, sur le Lévitique, Commentarionim in Leviiicum libri XX, dans la Maxima bibliotheca veterum Patrnm, Lyon, 1677, t. xvii, p. 47-246, fait des allusions fréquentes aux rites de la nouvelle loi qu'il compare à ceux de l'ancienne. Le but poursuivi par l'auteur leur communique un intérêt qui ne peut se mesurer à la valeur contestable des rapprochements qu'il établit; c'est pour confirmer dans la vraie foi les âmes hésitantes devant les objections des Juifs, qu'il veut montrer dans l'ancienne loi la figure de la nouvelle loi. Prœfalio, ibid., p. 48-49.
Il n'y a pas davantage à citer toute la liste des autres auteurs. Mais deux noms qui ne peuvent être omis ici sont ceux de Zacliarias Chrysopolitanus et de Pierre Comestor. Le premier fait un commentaire sur une Concordia evangelica qu'il attribue, à tort, à Taticn (en réalité, c'est celle de Victor de Capoue, remaniée); il y donne en trois points un substantiel résumé de la doctrine de l'Église sur la conversion, les accidents et les mystérieux contrastes de la présence du Christ au ciel et sur l'autel; ce dernier passage fait songer aux antithèses de l'incarnation dans la fameuse lettre de saint Léon à Chalcédoine. Epist., xxviii. Il termine par un important témoignage sur les vestiges de l'hérésie bérengariennc au milieu du xii<^ siècle. In unum ex quatuor, iv, l.'iO, P. L., t. ci.xxxvi, col. 503-508, surtout col. 507, 508 : .S'u;i/ nonnulli, imo forsan mulli, sed vix nntari possiinl, qui cum damncdo Bercngarin idem sentiiinl, et lamrn eumdcm cum Ecclesia damnant. In hoc videliccl dan\nant cum, quia jormam vcrborum Ecclesiie abjicicns nudilatc sermonis scandatum movcbat. Non sequebatur,ut dicunl, usum Scriplurarum, quœ pf/.ss/ni res significanles tanquam signiftcatas apprllanl, prœsertim in sacramentis ul corum virtutcs exprimant. Alii vcro iatenler imponunl, quod non intelligant tropos rt pguralas loculiones, ideoque miserabili morte anima' signa pro rébus accipiant. Illud quoquc maxime dérident quod panis et vini speries quidam dicunt in ane apparere; quidam vero sensus corporcos falli, post cnnversionem panis et vini in carnem et sanguinem Cliristi.
La célèbre Ilistorin scolaslica de Pierre Conicslor (avant 1176), si répandue au moyen âge comme l'atlesteiit les innombrables manuscrits, mentions et citations de l'œuvre, consacre le c. ci.ii des Evangelia à l'eucharistie. Il y emploie le mot transsubstantiatio c{. y a une note intéressante sur le moment de la consé-
OICT. DE TIIKOL. CATllOL.
cration par le Christ, P. L., t. cxcvni, col. 1618, dont nous devrons reparler plus loin. Zacharias Chrysopolitanus parle également de la « forme » à la dernière cène. Op. cit., ibid., col. 503-508.
4» Œuvres liturgiques. — 1. Traités liturgiques. — • A côté de ces traités, sermons, lettres, etc., se placent les œuvres des liturgistes. S'ils considèrent avant tout dans l'eucharistie le sacrifice et les cérémonies de la messe, leur pensée sur les principaux points de la théologie eucharistique ne laisse pas de percer dans leurs écrits, qui à ce titre méritent d'être passés en revue.
Les livres liturgiques trouveront leur place propre dans l'article sur la messe. Le xii" siècle, du reste, n'assiste qu'à la disparition des anciens usages liturgiques, celtiques, mozarabiques, etc.; leurs particularités, quand elles intéressent l'histoire des doctrines, n'ont donc plus leur place marquée ici. Le concile d'York de 1195 exige la correction des livres liturgiques : ad verum et probatum exemplar canon missœ corrigatur. Decr. ii, ^lansi, t. xxn,col. 653. Signalons toutefois, en raison des principes théoriques qui les commandent, une note intéressante d'un ancien missel du mont Cassin dans Ebner, Quellen und Forschungen zur Geschichtc... des Missale romanum, Fribourg-en-Brisgau, 1896, p. 329, et quelques anciens usages liturgiques des nouveaux ordres comme les cisterciens, les prémontrés, les chartreux, auxquels nous ferons allusion plus loin. Ces usages ont un intérêt spécial dans la question de l'origine de l'élévation de l'hostie et du calice. Voir, outre les historiens de la liturgie, M. Van Waefelghem, Liturgie de Prémontré, Le liber ordinarias, p. 7.5-70, dans les Analectes de l'ordre de Prémonlré, 1905 sq. Voir Élévation, t. iv, col. 2320.
Le xii"^ siècle a été particulièrement fécond en œuvres liturgiques, les unes développées à la manière de traités systématiques, comme chez Rupert de Deutz, .lean Béleth, Sicard de Crémone; les autres, souvent des meilleures, plus concises à la façon de courtes monographies, sous forme de lettres, de sermons, etc., comme chez Yves de Chartres ou Hrunon de Segni, etc.
L'aurore du xii" siècle est encore éclairée par l'd'uvre liturgique de Bernold de Constance (j- 1100) (|ui avait déjà pris la plume à jjropos de l'eucharistie, comme il l'atteste dans son De Berengarii l\icrcsiarchœ damnatione multiplici, n. 11, P. L., t. cxi.viii, col. 1458. Son Micrologus, si précieux à divers égards et définitivement enlevé à Yves de Chartres par dom Morin, Revue bénédictine, 1891, t. viii, p. 385, ne contient rien qui offre un intérêt spécial du i)oint de vue dogmatique : l'aHirmation de la présence réelle est nette, par exemple, c. xvi, xix, P. L., t. ci.i, col. 987, 989. Il a aussi la triple signification du corps du Christ, c. xvi, col. 988, qui, avec des interprétations diverses, joue un si grand rôle à celle époque.
La paraphrase, fort remarquable, des prières du canon de la messe jusqu'à l'Agnus Dei, P. L., t. ci.x, col. 1053-1070, par Odon de Cambrai (f 1113), contient sous une formule très claire la croyance à la conversion du pain et du vin en la substance du corps et du sang de .lésus-l^brisl : sub eisdem qualitatibus nuitida substantia ut sub figura et sapore substantise prioris farta sit vera substantia Christi corporis et sanguinis, col. 1002; mais il place le moment de la consécration, à la dernière cène, dans la bénédiction qui précède les paroles : Hoc est corpus..., col. 1062 : patrt quod /xmis accepta bcnediclionc fartussit corpus Cliristi, non cnim post benedictionem dixis.trt : Hoc est corpus mciini, nisi in benediclione ftcret corpu.i suuni. Voir, plus loin, Innocent III et d'autres. Parmi les productions lilurgicjues de celle époque, il faut compter (juehiues