III. ENFER D'APRÈS LES THÉOLOGIENS. — On
trouve de la théologie de l'enfer, dans les Pères, spécialement chez saint Augustin 'et saint Grégoire le Grand; mais elle est fragmentaire et rudimentaire ou superficielle. En Occident, au xii« siècle, on commence à examiner j)lus profondément et plus méthodiquement les questions De novissimis. Cf. Schwane, op. cit., t. V, p. 221-228; Turmel, op. cit., p. 356 sq.
Hugues de Saint-Victor, le premier, introduit systématiquement dans sa synthèse théologique le De inferno. De sacram. fidei, 1. II, part. XVI, De fine hominis, c. iii-v. De pœnis aninmninr. De locis pœnarum;De qualilule lormentonim gchcnnaliiim, P. L., t. CLxxvi, col. 584 sq. D'ailleurs, à peu près rien de personnel et d'ajouté à la tradition; à signaler quelques opinions, restes de vieilles obscurités : les damnati minus mali ne sont peut-être pas encore en enfer; les démons peuvent avoir des corps éthérés pour souffrir du feu ; le théologien de Saint-Victor fait en général son possible pour retenir l'élan de l'investigation rationnelle sur les peines de l'enfer et pour ramener d'autres docteurs (ceux de Sainte-Geneviève sans doute, disciples d'Abélard) à la simplicilas crcdendi. Cf. part. XVIII, de statu futuri saculi, c. ii, III, V, VI, VIII, XV, nouvelles questions sur l'enfer-
Pierre Lombard reste encore, lui aussi, dans la ligne simplement traditionnelle et compilatricc de textes :Sf/)/.,l. IV, dist. XL 1V-XLVII,XL1X-L,7'.L., t. cxcii, col. 945 sq. ; il est incomplet et indécis sur plusieurs questions déclarées insolubles, sur les corps des âmes séparées, sur la mitigation.ctc, comme saint Augustin.
Alexandre de Halès,Sî;/;i/nn theol., part. IV, q. xv, m. IV, a. 4, §4, rejette nettement toute dilation : les sentences, portées par Dieu au jugement dernier, concernent les corps ressuscites. De môme, saint Bonaventure. In IV Sent., l. IV, dist. XLIV, p. ii. a. l,q. i. Mais c'est Albert leGrand,/;î/\'5c;î/., I. IV, dist. XLIV, qui a eu surtout le mérite de briser les vieux cadres imparfaits du De inferno et de dessiner le premier la synthèsccomplète de ce traité en y introduisant sa méthode rationnelle, toc. cit., a. 33-42, Opéra, Lyon, 1C51, 20 in- fol.,' t. XVI, p. 855 sq. Si, sur ce point, Albert est
l'initiateur, saint Thomas conduit le traité à son achèvement; dans la synthèse théologique, nous citerons assez souvent le docteur angéliquc. Au point de vue de la systématisation, saint Thomas traite séparément de l'enfer des anges, Sum. Iheol., I», q. lxiv, et de l'enfer des hommes, lïl^ Supplem., q. j.iijx scj., tiri:comme l'on sait de Vin IV Sent., l. IV, dist. XLIV sq. C'est pourquoi tant de théologiens postérieurs, commentant saint Thomas, traitent surtout de l'enfer dans le De angelis, par exemple, Suarez, les Salmanticenses, Billuart, etc., de même Petau; au xix« siècle, Pcrrone, Mazzella ajoutent le De inferno au De Deo créante, de homine. Mais, en général, les théologiens récents ont enfui détaché eu traité spécial tout le De novissimis, avec son De inferno. pour en faire le dernier traité de la théologie.
Après saint Thomas, les opinions ne diflèrent guère que sur trois points au sujet de l'enfer : le .mode de l'action du feu de l'enfer, la raison de l'éternité du supplice et de l'obstination des damnés dans le mal, la mitigation, dont il sera question dans trois articles spéciaux. Voir Feu, Mitigation, Obstination.
Sur le reste de la doctrine, il n'y a rien de spécial à signaler, et, pour éviter d'inutiles répétitions, on trouvera dans la synthèse théologique les principales opinions et les principaux auteurs qui ont contribué à développer la théologie intégrale de l'enfer.